dimanche, août 13, 2006

Graffiti 2





Graffiti +

Un graffiti est une inscription ou un dessin tracé, peint ou gravé sur un support qui n'est normalement pas prévu à cet effet. Longtemps regardé comme un sujet négligeable, le graffiti est aujourd'hui considéré, selon les points de vue, comme un moyen d'expression, comme un
art visuel, comme une nuisance urbaine ou comme un facteur d'insécurité.

vendredi, août 11, 2006

CHILI, LE DÉCLIN DE VALPARAISO

Nous sommes à Valparaiso. "Ici, dit un historien, on fait comme si l'histoire n'avait pas existé." Ronald Smith, notre interlocuteur, est un Chilien au nom anglais, comme beaucoup de ses compatriotes nés dans ce port du Pacifique où tant de marins britanniques débarquèrent après avoir doublé le cap Horn. Il est professeur à l'université de Valparaiso et directeur de la radio de cette institution. Il se définit comme un "Porteño" pur sucre, comme l'on nomme ici les habitants de Valparaiso, un enfant de cette ville à nulle autre pareille. Il prononce son nom comme il se lit en castillan. "Esmit", dit-il en vous serrant la main.

Esmit, donc, affirme que les Chiliens en général et les Porteños en particulier "continuent à nier l'histoire car celle-ci leur fait honte. Quand elle s'est accomplie, nous avons préféré regarder ailleurs, faire comme si de rien n'était. C'est ainsi que nous sommes devenus les champions de la litote. Quand nous évoquons le 11 septembre 1973, nous parlons toujours de pronunciamiento militaire pour ne pas dire coup d'Etat." Il parle d'un type nommé "le gitan Rodriguez" qui chantait jadis : "Je suis né ici simplement/Et je n'ai jamais su l'histoire de Valparaiso."

C'est ainsi pour tous les Porteños, dit notre historien. Personne ne sait même quand et par qui la ville fut fondée, c'est une énigme que personne ne cherche vraiment à percer. En ce sens, Valparaiso est à l'image du Chili, qui pourtant avance à contretemps du reste du pays, elle si pauvre aujourd'hui alors que le Chili va bien, elle qui fut si prospère quand ce dernier n'était que le cul-de-sac du monde, comme une île perdue coincée entre la mer et les montagnes, étirée tout en longueur. "Ma maigre patrie", disait Pablo Neruda.

"Nous occultons l'histoire, poursuit Ronald Smith, nous n'assumons pas notre passé. Nous minimisons les événements quand la vérité est trop dure à affronter." Ainsi, rien n'indique que c'est ici, à Valparaiso, qu'a commencé le coup d'Etat, à l'aube du 11 septembre 1973, quand l'infanterie de marine prit position dans la ville alors que le calme régnait encore à Santiago, la capitale.


Rien n'indique non plus que les deux protagonistes les plus marquants de l'histoire chilienne contemporaine, le général Augusto Pinochet et le président Salvador Allende, sont tous les deux des enfants de Valparaiso. Le premier y est né le 25 novembre 1915 et le second le 26 juin 1908. Pinochet et Allende ont étudié dans la même rue, l'avenida Colon. Allende fut collégien au lycée public Eduardo de la Barra et Pinochet élève d'une école de curés français, El Sagrado Corazon, à deux pâtés de maisons.

Aucune plaque commémorative, pas même un graffiti vengeur sur les murs des deux établissements. La seule trace visible de l'histoire récente est l'immeuble du Congrès, une structure pesante. Par amour pour sa ville natale, à moins que ce ne soit par haine de la représentation parlementaire, c'est ici que Pinochet a installé le pouvoir législatif, dans un quartier assez désolé. Cet éloignement de la capitale suscite un absentéisme alarmant, lequel serait la véritable cause du peu de lois que produit le Chili, la plupart n'étant pas validées faute d'atteindre le quorum de députés exigé.

Valparaiso, selon Smith, est un amphithéâtre, un demi-cercle qui escalade le paysage. "La ville est la spectatrice et la mer est l'actrice de l'histoire", cette "mer tranquille qui te baigne et te promet un futur splendide", dit un sonnet de l'hymne national. C'est grâce au trafic maritime que la ville fut prospère, et le déclin du port, après la construction du canal de Panama, marque le début de sa décadence. Pourtant Valparaiso regarde la mer de loin, sans jamais s'en approcher.

Les vagues de l'histoire meurent au pied des collines. Pour comprendre la ville, il faut donc prendre du recul. Il faut abandonner les rues du centre, ses trottoirs étroits, ses bistrots bon marché, ses vieux édifices splendides et crasseux, il faut sortir des galeries marchandes un peu louches où se concentrent les coiffeurs, les cinémas pornos et cette invention chilienne que sont les cafes con piernas, littéralement des "cafés avec des jambes", étonnantes cafétérias populaires où l'on prend un express au comptoir servi par des jeunes femmes en bikini qui vous embrassent gentiment sur la joue pour vous dire bonjour.

Il faut quitter cet aimable enfer, donc, et monter au paradis (Va al paraiso, "vas au paradis", est une bénédiction à l'origine du nom de la cité), escalader les collines, les cerros auxquels on peut accéder par ces ascenseurs qui sont à la ville ce que la tour Eiffel est à Paris. Là-haut, tout est calme. Les maisons, des plus jolies villas aux plus misérables masures faites de tôles ondulées rongées par la rouille, voient l'océan au loin. Si personne dans les hauteurs ne vous invite à regarder par sa fenêtre, il suffit d'aller chez Pablo Neruda pour profiter du point de vue.

La maison du poète, la "Sebastiana", est aujourd'hui un musée. Et ce musée, une merveille de couleurs, de peintures marines, de verreries anciennes, donne raison à Smith quand il affirme qu'à Valparaiso on peut effacer les traces de l'histoire, si celle-ci dérange.

Neruda, qui fut un aimable diplomate, un communiste élégant et un poète génial, est mort d'un cancer quelques jours après le coup d'Etat du 11 septembre. Les militaires, après son décès, mirent sa maison à sac. Mais, en bons soldats, leur forfait fut commis sans désordre, les objets et oeuvres d'art furent dûment catalogués et conservés dans les entrepôts des casernes. Tout fut restitué au retour de la démocratie, et la maison apparaît aujourd'hui comme si elle n'avait jamais été agressée. "Ah ! C'est très chilien, ça", s'exclame Smith.
Ici, pourtant, l'histoire peut se lire tous les jours. Il existe à Valparaiso le vigile du temps, un journal, El Mercurio de Valparaiso, qui est le plus ancien quotidien du monde en langue castillane. Son premier numéro date du 12 septembre 1827.
Déjà, à l'époque, les nouvelles ne sont pas très bonnes. Au théâtre de la ville, lors du quatrième acte d'une "sublime tragédie", écrit le rédacteur, un certain Fallarton, officier de la marine de Sa Majesté britannique, ordonne à un citoyen, "sur un ton menaçant et insolent", de lui laisser son siège. Ledit citoyen refuse, "comme il est naturel, note le Mercurio, mais sans se départir de la modération et de la décence exigées par les lieux." Très vite, la bagarre est générale et le commandant de la place ordonne l'arrestation du marin anglais, que deux soldats chiliens sont chargés de maîtriser. Fallarton tue l'un d'eux d'un coup de pistolet.

Le criminel s'enfuit, mais plusieurs de ses camarades sont arrêtés. Interviennent alors le gouverneur de la ville, le consul britannique et le commandant de la frégate Doris, qui demande la liberté de ses marins. Le gouverneur obtempère, et "l'on note, précise le journal, le mécontentement du peuple, qui estime que cette affaire s'est conclue d'une manière humiliante pour la nation".

Voici alors que la troupe anglaise débarque du navire. "Un cri d'alarme générale se fait entendre d'un extrême de la ville à l'autre et messieurs les commissaires de guerre et de marine, don Victorino Garrino et don Joaquin Ramirez, courent vers la caserne de l'artillerie et arment les soldats et les citoyens." Le journaliste du Mercurio nous informe qu'en "peu de temps tout était fin prêt pour sauvegarder l'indépendance nationale et couvrir de honte et de terreur les impudents qui eurent la téméraire arrogance de provoquer notre intrépidité".
Aujourd'hui, c'est plus calme. Les seules traces de l'influence britannique sont, à l'exception de l'ami Esmit et de ses semblables, quelques immeubles aux colonnades décrépies du centre-ville et de jolies maisons victoriennes sur les collines, souvent transformées en bed and breakfast avec des vues sur la baie à vous donner le vertige et un horrible café soluble au fond d'une tasse pour petit-déjeuner.

Pour le visiteur un peu las qui voudrait boire un verre au niveau de la mer, il reste toujours El Tradicional Bar Ingles, au 851 de la rue Lord-Cochrane, une bonne maison à l'ancienne, avec un vaste comptoir en bois verni, des gravures de batailles navales, des nappes blanches, du rosbif rouge et un vieux barman aux joues fraîches et aux cheveux blonds sans doute raccourcis par son voisin le coiffeur spécialisé en corte naval, la coupe réglementaire de la marine. Avec son noeud papillon et sa chemise à manches courtes, le barman est un Chilien à tête d'Anglais. En bon Anglais il n'a d'ailleurs jamais froid, même quand, comme aujourd'hui, la ville grelotte dans une brume glaciale venue de l'océan.

Signe des temps : le bar n'a plus beaucoup de clients et le Mercurio n'a pas beaucoup de bonnes nouvelles à annoncer. Le journal ne dit plus qu'il est "mercantile, politique et littéraire", ni que " se publieront tous les avis qui nous seront adressés à cette fin, en quelque idiome étranger qu'ils soient". Ici, déclare le rédacteur en chef, Alfredo Larreta Lavin, "la vie n'est pas simple". La mort non plus du reste, si l'on en croit l'enseigne d'une entreprise de pompes funèbres de l'avenue Colon : "Funerario Divino Corazon de Jesus, facilités de paiements."

Larreta Lavin est un monsieur calme qui porte un petit gilet de laine gris sans manches comme tous les hommes d'âge mûr au Chili, me semble-t-il, dès qu'arrivent les premiers froids de l'hiver austral. Il est venu à Valparaiso de sa ville natale de Talca, plus au sud, pour y faire ses études de droit - il avait raté l'examen pour l'université de Santiago - et il y est resté, sans trop savoir pourquoi. Il a fini par aimer la cité de sa jeunesse étudiante et il l'observe chaque jour avec une tendresse un peu triste, comme s'il était au chevet d'un malade opiniâtre qui résiste encore à accepter les derniers sacrements.

Ici, contrairement à Santiago où elle est mieux cachée, la misère se voit. Des mendiants aux coins des rues, des vendeurs ambulants qui étalent sur les trottoirs des bricoles pathétiques, des bistrots ouvriers, une déglingue urbaine générale. Le port n'est plus ce qu'il était et l'industrie a été aspirée par Santiago, à seulement une heure et demie de route. Le taux de chômage dans la ville s'élève à 18 %, contre 9,5 % au niveau national. Valparaiso, qui compte 280 000 habitants, a perdu, en dix ans, 10 % de sa population.

Le Chilien a la réputation d'être austère, besogneux, introverti, respectueux de l'ordre et de l'autorité, héritier des gènes de ses ancêtres obstinés qui ont mené leur voyage "le plus loin que l'on puisse aller sans tomber de la planète", comme l'écrit Isabel Allende dans un joli livre de souvenirs, Mi Pais inventado, après avoir franchi les Andes accompagnés de mules.

Le Porteño, lui, est connu au contraire comme quelqu'un d'aimable et plutôt rebelle, un enfant de marins et d'aventuriers, heureux de vivre dans une ville ouverte comme un moulin, "ce port sans porte" qu'a chanté Neruda. De fait, la ville a accueilli tout le monde, elle a lu dès la fin du XVIIIe siècle tous les livres des Lumières, qui portent en castillan le joli nom de "la Ilustracion". Beaucoup de navigateurs sont restés à Valparaiso et l'on retrouve leurs traces aujourd'hui. Des Allemands (le restaurant Hamburg sert toujours de la choucroute et des saucisses), des Italiens (leur école, sur l'avenue Pedro-Montt, dont l'architecture fasciste mériterait une inscription aux monuments historiques du Cône sud, est sur le point d'être détruite pour faire place à un supermarché), des Français, qui fondent des collèges religieux, et des Anglais donc, dont l'influence fut si grande que la première dette extérieure du Chili fut celle du pays envers la Grande-Bretagne.

Toutes ces communautés organisent leurs brigades de pompiers, leurs fanfares, leurs églises, jouent des pièces de théâtre, forment des clubs. "La ville était une splendeur, nous dit Smith. Elle était gaie, elle abritait un nombre considérable de bars à marins, avec filles et musique. Le dernier d'entre eux, le Roland Bar, a fermé ses portes il y a peu."

Le déclin de Valparaiso commence avec l'ouverture du canal de Panama, "et la triste vérité, c'est qu'il continue encore aujourd'hui", remarque Larreta Lavin. Le début du XXe est ainsi le début de la fin de la prospérité de la ville. Et la fin n'est pas très belle à voir. Mais c'est aussi le début du rebond, jure un économiste optimiste (ils sont rares), ancien ministre régional de l'économie et, lui aussi, amateur de la petite laine sans manches : "Nous remontons la pente !"
Cet économiste s'appelle Alejandro Corvalan et il est persuadé qu'il existe pour Valparaiso une issue de secours : "l'économie du patrimoine". Ce patrimoine, que l'Unesco a reconnu propriété de l'humanité, Corvalan le définit comme un bien unique, non reproductible, le moteur d'une nouvelle économie émergente où se mêleraient le tourisme, les services et l'industrie de la communication.

"Nous sommes comme les chiens des rues", nous dira Ronald Smith pour parler de l'avenir, évoquant ces bêtes qui errent dans la ville. "Ils sont à notre image, astucieux, prudents, sans agressivité, ils cherchent à se nourrir. Ils sont comme nous, sans histoire et préoccupés par leur survie."


Michel Faure

Article paru dans Le Monde l'édition du 16.07.2006

jeudi, août 10, 2006

Graffiti

Inscription spontanée ou clandestine dans un lieu public comportant en proportion variable des formes abstraites, des idéogrammes ou pictogrammes et du texte. Cette forme d'expression populaire, ou tout au moins non académique, peut utiliser des textes de la littérature canonique (citation, clin d'oeil intertextuel) et prétendre elle-même à un statut littéraire, souvent contesté, comme écriture de protestation ou de libération. Certaines formes de happenings prétendument sauvages, organisés en marge des institutions ou par les institutions d'art plastique ou dramatique elles-mêmes, semblent indiquer que l'accès à un statut artistique et littéraire peut être paradoxalement programmé ou attribué a posteriori par les instances de légitimation culturelle. Le graffiti semble ainsi s'affirmer comme une nouvelle forme d'art d'expression et de communication dans la seconde moitié du XXe siècle.
Valparaiso Chili

Sust. masculin, pluriel: graffitis ou graffiti, de l'italien graffito, ti, «dessin», dérivé de graffio, «coup de griffe, égratignure», mais surtout «stylet», du latin graphium, «poinçon à écrire», emprunté au grec grapheion se rattachant au verbe graphein, «écrire». L'idée d'écrire avec un poinçon, par extension avec un objet agressif ou agressivement contre une surface (un mur), est présente dans le terme. Comme terme spécialisé, graffiti se répand dans les langues européennes au milieu du XIXe siècle. En français les singuliers graffito (attesté en 1866 et préféré par Malraux entre autres écrivains) et graffite (attesté en 1878) sont devenus rares ou recherchés. Leur usage a tendance à se limiter aux «écritures et dessins qu'on trouve sur les murs antiques». Pour les gribouillages contemporains, les puristes recommandent de n'employer graffiti qu'au pluriel même s'il n'y a qu'un dessin: «des graffiti obscènes». Les dérivés graffitique (adj.), graffitiste (adj.), graffiteur,se (subst.) sont des néologismes récents appartenant à la langue spécialisée. JMG

dimanche, août 06, 2006

Victor Jara



Fondation Víctor Jara
pour la récupération de sa mémoire
La Fondation Victor Jara a été créée en 1993, 20 ans après sa disparition. Elle s’est donnée pour but de sensibiliser la mémoire collective au sujet du chanteur et dramaturge chilien, tué par les militaires le 15 septembre 1973, suite au coup d’état au Chili. Cette mémoire collective a été persécutée avec acharnement par la dictature, qui a essayé sans succès de l’effacer. Afin de permettre aux jeunes générations l’accès au riche héritage de l’œuvre de Víctor, la fondation lance une très vaste campagne de récupération au Chili et à travers le monde. Elle vise à sauver l’ensemble de son œuvre des longues années de censure officielle et de clandestinité au Chili, par le rassemblement d’objets, de photographies, d’écrits et d’enregistrements audiovisuels inédits de l’artiste. D’autre part, la campagne cherche à réunir des traces de son passage en tournée par divers pays du monde, sous forme d’affiches de concerts, de coupures de presse, photos ou toute autre forme de témoignage. Un appel est lancé aux communautés chiliennes et latino-américaines de l'importante diaspora, ainsi qu’aux chercheurs intéressés par l’œuvre de Víctor Jara. Les ambassades chiliennes se tiennent prêtes à accueillir les témoignages partout dans le monde.
Parmi ses activités, la Fondation a déjà publié trois livres autour de l’œuvre de l’artiste. Avec d’autres partenaires, elle a aussi œuvré pour la récupération du stade Chili, lieu du meurtre du chanteur, utilisé comme camp de concentration par les militaires en 1973. Destiné à être rasé par les autorités, ce stade est aujourd’hui préservé comme lieu de mémoire, et voué aux activités culturelles pour les chiliens.

La persévérance des familles est récompensée. Les procédures judiciaires contre les anciens bourreaux, dont Pinochet, se multiplient.

"Loi d'amnistie contournée. Tandis que l'intouchable Augusto Pinochet n'a jamais été aussi près d'affronter un procès dans son pays, les procédures judiciaires contre les anciens bourreaux se multiplient. La plus récente, qui date du 9 décembre, est symbolique. Trente et un ans après l'assassinat du chanteur populaire et engagé Victor Jara, lors des premiers jours de la dictature, la justice a mis en examen un ex-lieutenant-colonel de l'armée de terre : Mario Manríquez Bravo était responsable du Stade national, transformé en camp de détention et de torture pour des milliers d'opposants dans les semaines qui ont suivi le coup d'Etat du 11 septembre 1973. Victor Jara, membre du Parti communiste et partisan de l'Unité populaire de Salvador Allende, a péri parmi les premiers du camp, criblé de balles, après avoir eu les mains écrasées à coup de crosses de fusil.

Si cet assassinat tombe sous le coup de la loi d'amnistie mise en place par Pinochet en 1978 ­ elle protège les militaires de toute poursuite judiciaire pour des exactions commises entre le 11 septembre 1973 et le 10 mars 1978 (période correspondant à l'état de siège) ­, tous les espoirs sont pourtant permis. Le 18 novembre, dans une affaire semblable, la Cour suprême, la plus haute instance du pays, a refusé d'appliquer la loi d'amnistie. Elle a estimé que l'«état de siège» permettait d'appliquer les conventions de Genève, qui dépassent la juridiction nationale. Cette décision crée donc un précédent très favorable à la condamnation et à l'emprisonnement des quelque 250 militaires poursuivis aujourd'hui ."

Claire MARTIN Libération, mardi 21 décembre 2004

samedi, août 05, 2006

LE LIEU DU BAN


Groupe de citoyens âgés.
Frise est du ParthénonAthènes.
Musée de l'Acropole.
Photo MSM
La crise de violence urbaine doit nous interpeller à double titre. Par la surexploitation médiatique qui transforme l'émeute, avec ses voitures et bâtiments qui s’embrasent, en spectacle. Mais aussi, par le traitement donné aux faits par les médias étrangers. À distance, tout fonctionne comme une loupe grossissante. Le phénomène est interprété de manière confuse ; on s’enflamme dans la surenchère, le désordre devient Intifada, les incendies sont perçus comme un signe avant-coureur de guerre civile. Les appels des proches lointains, pour savoir si nous allons bien, si nous n'avons pas été victimes des incidents, en témoignent. La violence suscite discussions et angoisse.
Cette réalité doit nous pousser à expliquer les phénomènes de violence urbaine dans un contexte plus vaste, celui d’un espace sociétal global.
La ville était la traduction spatiale des structures imposées par le développement du capitalisme. Une construction dont l’architecture était à la fois le théâtre et l’instrument. Quand le capital atteint le degré ultime de son abstraction, quand il règne sans entrave, quand il devient Spectacle, la ville devient elle-même représentation. La banlieue se révèle être cette nouvelle architecture, cet instrument, cette scène, ce spectacle.

Le capital s’était servi des formes politiques comme l’État et la Cité, pour s’imposer au monde. Au mode de circulation du capital «concentrique» se substitue le modèle plus flexible, plus rationnel, plus performant du réseau, de la circulation multipolaire «acentrique» actuelle. Le passage de la ville à la banlieue est la mise en scène de ce passage. La fin de la Cité et la fin de la politique sont un seul et même phénomène. Quand nous essayons d'expliquer la banlieue, la traduction fait disparaître la «banlieue» au profit de la «périphérie», évoquant ainsi le lien intime qui lie la ville à sa banlieue, en tant que ville rejetée hors de la ville.


La question de la banlieue, et de ce qu’elle représente, n’est pas une question parmi d’autres de la politique en général. Ce n’est pas non plus ce à quoi tend à la restreindre la vision de l’État qui la cantonne à la «politique de la ville», comme l’ensemble des mesures de prévention, de répression et de redistribution mises en œuvre dans les quartiers urbains en difficulté.

Dans une analyse du ban, à laquelle l’étymologie du mot banlieue nous renvoie, Giorgio Agamben écrit «le ban est à proprement parler la force, à la fois attractive et répulsive, qui lie les deux pôles de l’exception souveraine : la vie nue et le pouvoir, l’homo sacer et le souverain. […] C’est cette structure de ban que l’on doit apprendre à reconnaître dans les relations politiques et dans les espaces publics où nous vivons encore. L’espace du ban –la ban-lieue de la vie sacrée– est, dans la cité, plus intime encore que tout dedans et plus extérieur que tout dehors. Elle est le nomos souverain qui conditionne toutes les autres normes, la spatialisation originaire qui rend possibles et qui gouverne toute localisation et toute assignation de territoire.».


La déclaration de l’État d’Urgence et la loi le prorogeant pour trois mois afin de permettre au gouvernement français de maintenir l'ordre dans les banlieues illustre de manière limpide le glissement de l’État de droit vers l’État d’exception.

Il convient de souligner le lien paradoxal, mais constitutif, entre l’État de droit et l’État d’exception. Il faut prendre conscience qu’une «étrange relation de contiguïté qui unit la démocratie au totalitarisme» décrit le piège dans lequel sont enfermées les sociétés occidentales. «En gagnant [...] des libertés et des droits dans leurs conflits avec les pouvoirs centraux, les individus préparent à chaque fois simultanément une inscription tacite, mais toujours plus profonde de leur vie dans l’ordre étatique, offrant ainsi une assise nouvelle et plus terrible au pouvoir souverain dont ils voudraient s’af-franchir». La facilité du passage de l’un à l’autre ne peut pas nous laisser sans réfléchir. Il s’agit par ailleurs du déchiffrage de la difficulté politique majeure de notre siècle. «L’état d’exception a même atteint aujourd’hui son plus large déploiement planétaire. L’aspect normatif du droit peut être ainsi impunément oblitéré et contredit par une violence gouvernementale qui, en ignorant à l’ex-térieur le droit international et en produisant à l’intérieur un état d’exception permanent, prétend cependant appliquer encore le droit.» Les zones d’attente dans les aéroports, où s’entassent les réfugiés et les demandeurs d’asile, les frontières étatiques et les zones protégées à l’intérieur des villes; voilà les multiples visages de l’état d’exception. L’état d’exception migre aujourd’hui vers Guantanamo et prend la figure de l’obsession sécuritaire. «La déclaration de l’état d’exception est progressivement remplacée par une généralisation sans précédent du paradigme de la sécurité comme technique normale de gouvernement.»*. Dans les deux cas, le lien inexprimable entre la violence et le droit est soudain levé.


C’est ainsi qu’à l’ère du capital devenu Spectacle, tout ce qui était public est désormais privatisé. La banlieue est la ville devenue privée. La ville privée de vie, la ville privée de public, la vie privée en public. Des agoras désertes scrutées jour et nuit. Des routes encombrées et des trottoirs vides.


La banlieue traditionnelle pavillonnaire dont les services, forêts, piscines, jardins publics, ont été privatisés provoque la frustration des habitants des banlieues défavorisées. C’est le sentiment d’être en retard de privatisation qui est à l’origine de cette frustration. Le fait d’être contraint aux espaces publics. D’où la valeur vitale de la voiture qui brûle, instrument essentiel d’accès privé aux endroits privés, d’échappement au public.

La mondialisation a donné au capital la possibilité de réglementer le champ de la loi et celui de la morale. La loi du marché est devenue une sorte de territoire autonome où les gouvernements, coincés entre l’impuissance et l’hégémonie idéologique, ont peu à peu cessé d’inter-venir. Ce processus a été très lent et a débuté dans les années 1970. L’État a progressivement cessé d’assumer ses responsabilités en matière d’économie et a renoncé à réparer les «dommages collatéraux» de la logique de marché. Ce désengagement de l’État a dégradé sa propre autorité ; depuis, l’État ne protège plus les citoyens contre les violences du système économique.


L’État a retrouvé dans le thème de la sécurité la légitimation qu’il a perdue lorsqu’il a cessé de répondre aux attentes des citoyens dans le domaine social. Nous passons de l’État social à l’État pénal, un modèle déjà appliqué en Angleterre, au Chili et aux États-Unis et que, jusqu’à présent, l’Europe avait toujours refusé de suivre.

NOLO RIZKÁ

in État d’exception, Homo sacer,
Giorgio Agamben, Paris,
Éditions du Seuil, 2003
Paru dans Siglo XXI Novembre 2006

jeudi, août 03, 2006

Unité






Pablo Neruda



Il y a quelque chose de dense, uni, déposé au fond,
répétant son chiffre, son signe identique.
Les pierres ont touché le temps, c’est évident,
une odeur d’âge émane de leur fine matière,
et de l’eau qu’amène la mer et du sel et du rêve.



Une même chose m’entoure, un seul mouvement :
le poids du minéral, la lumière de la peau,
unis au son du même vocable : noche
l’encre des blés, de l’ivoire, des sanglots,
des choses en cuir, en bois, en laine,
vieillies, décaties, uniformes,
se dressent autour de moi telles des parois.



Je travaille sourdement, tournant sur moi-même,
comme le corbeau sur la mort, le corbeau de deuil.
Je réfléchis, isolé au milieu de longues saisons,
central, cerné de géographie silencieuse :
une température partielle tombe du ciel,
un empire extrême d’unités confuses
s’assemble en m’entourant.


Traduction : Bernardo Toro

mercredi, août 02, 2006

ARAUCARIA DE CHILE LA REVUE



Ce fut une revue trimestrielle publiée pendant les années de l'exil entre 1978 et 1989. Sa redaction suivit son cours jusqu'en 1984 à Paris, année où elle fut transférée à Madrid, là où, depuis ses débuts, on l’imprimait, et l’on organisait sa distribution.

Dans la période de son plus grand essor, la publication atteignit 37 pays, où un noyau de Chiliens, que le coup militaire avait éventé hors de nos frontières, demeurait. La donnée illustre l'importance qu'Araucaria a eue durant ces années et sert, en même temps, à souligner l'ampleur qu’ a atteint l'exil, un phénomène sans précédent dans notre histoire, peu connu et souvent considéré avec réserve et méfiance par les Chiliens qui n'ont pas abandonné le pays durant les années de la dictature.

L'exode massif d’artistes ou d’intellectuels qu'a provoqué le coup d'état de septembre 1973 a donné naissance à un phénomène extrêmement vaste et vigoureux : la culture Chilienne de l'exil. La projection extérieure du pays n'a jamais atteint comme alors une résonance planétaire semblable, avec l'oeuvre développée dans cette trentaine de pays par des cinéastes, de musiciens, peintres, auteurs, académiques et des cadres qualifiés dans les plus divers domaines de la production culturelle.

On a publié énormément de revues, celle qui a eu une plus grande signification a été Araucaria, par l'ampleur des matières traitées, ainsi que par la qualité, l’homogénéité et l’intérêt de ses articles; par le prestige et la représentativité de la majorité des collaborateurs qui apparaissent dans ses pages, et par l'attrait de leur présentation.

Publiée régulièrement pendant ses douze années d'existence, elle est arrivée virtuellement à devenir un objet culturel de référence obligatoire entre les Chiliens de la diaspora.

Revue de bibliothèque, Araucaria est aujourd'hui la source la plus précieuse pour celui qui souhaite approfondir la connaissance de ce qui a été la vie et l'activité créative du Chili d’extra-muros. Cet indice tente de faciliter la consultation des centaines de travaux publiés dans les onze mille pages que comprend la collection.
Traduit de l'espagnol par M.C.

Araucaria de Chile




Araucaria est un blog de l'association du même nom. Il publie des textes et contributions de ses membres et vise à informer des activités entreprises. Araucaria de Chile est aussi le nom d'une ancienne revue culturelle de l'exil chilien, publiée en France, puis plus tard en Espagne par le Parti communiste. Elle a été la revue la plus importante de celles publiées pendant la période dictatoriale. Aujourd'hui elle peut être consulté en ligne dans le site de memoria chilena. Araucaria est un arbre que les mapuches appellent Pehuen. 

L'Araucaria est connu en France sous la dénomination de «désespoir des singes» ou Araucaria du Chili. Son nom latin est : Araucaria araucana (Molina) K. Koch, synonymes Araucaria imbricata Ruiz et Pavón, Araucaria chilensis Mirb., Pinus araucanax Molina. Nous nous sentons quelque part des singes désespérés, et pour cette raison nous avons voulu garder ce nom pour notre association.

En France 94ème anniversaire du Pcch


















La Communauté chilienne a fêté le 94ème anniversaire du PC chilien

La Communauté chilienne parisienne a fêté le 94ème anniversaire du Parti communiste chilien le dimanche 18 juin 2006 dans la commune de Saint Denis. Répondant à l'invitation du coordinateur local du Pc chilien, plusieurs dizaines de personnes se sont réunies à la Maison de la jeunesse à cette occasion.

Les troubadours Francisco Villa et Eduardo Peralta étaient les hôtes d’honneur de cette rencontre, ils ont chanté plusieurs chansons de leurs répertoires respectifs, ils ont été très applaudis par les participants.

Le programme de la fête incluait un apéritif suivi d'un déjeuner de camaraderie. Au menu salade de tomates à la chilienne, grillade avec ses pommes de terre en robe de chambre, le tout arrosé d’un cabernet sauvignon du pays. Au dessert salade des fruits.

Après une intervention du porte-parole du Pcch, Patricio Arénas, la réunion a continué jusqu'à des heures avancées de l'après-midi.