lundi, mai 21, 2007

Carlos Dourthé, du violoncelle à la direction


Carlos Dourthé fut naguère violoncelle solo de l'Orchestre National de France. A partir de septembre 2007, il sera l'un des assistants de Kurt Masur. Ce qui ne l'empêche pas, déjà, de mener une carrière de chef d'orchestre qui s'étoffe de mois en mois.
Carlos Dourthé, vous avez commencé le violoncelle à l’âge de dix ans...
— Oui, je suis né à Santiago du Chili et mon père, lui-même violoniste, avait joué au Pérou, au Luxembourg, au Mexique. C’est lui qui m’a donné envie de faire de la musique et qui m’a aussi conseillé d’aller chercher des idées ailleurs. Grâce à un concours international de violoncelle où il y avait notamment, parmi les membres du jury, des personnalités du Conservatoire de Paris et de la Juilliard School, j’ai obtenu une bourse qui m’a permis d’entrer au CNSM de Paris où j’ai travaillé avec Bernard Michelin. Je me suis par la suite perfectionné avec Maurice Gendron.
Quel effet vous a fait Paris? Y étiez-vous déjà venu?
— Paris était pour moi un mythe, la Ville-lumière ! Avant de venir y perfectionner le violoncelle, je n’étais sorti du Chili qu’à deux reprises, pour me rendre aux États-Unis et à Porto Rico. Quand j’ai appris que j’avais décroché cette bourse, je suis d’abord allé à Bordeaux pour parfaire ma connaissance de la langue française, et à Paris, quelques mois plus tard, je me suis installé dans le XVIIIe, puis dans le XIIIe arrondissement. J’ai passé en tout quatre ans au Conservatoire, qui était alors installé rue de Madrid. Ces années ont été l’occasion de belles rencontres, les études étaient bien organisées, nous recevions les cours d’ensembles comme le Beaux-Arts Trio, le Quatuor Juilliard, le Quatuor Amadeus, et c’est là que j’ai fondé le Quatuor Ysaÿe en compagnie de l’altiste Miguel da Silva, et de Christophe Giovaninetti et Romano Tomasini. Je suis resté cinq ou six ans au sein du Quatuor Ysaÿe, puis je suis entré comme violoncelle solo au sein de l’Orchestre de Jean-François Paillard, avec lequel j’ai enregistré de nombreux disques et voyagé un peu partout en Europe, aux États-Unis, en Amérique du sud, au Japon...
Vous êtes toujours resté amoureux de votre instrument...
— Toujours ! J’ai toujours éprouvé une vraie joie à jouer du violoncelle, à la fois au sein d’un orchestre ou comme soliste. Je me souviens de ce Premier Concerto de Chostakovitch que j’ai interprété alors que j’étais violoncelle solo de l’Orchestre National, Salle Olivier Messiaen. Charles Dutoit dirigeait l’orchestre, j’avais entamé avec fougue le dernier mouvement, et tout à coup, patatras ! je brise une corde. Je me décourage pendant une seconde, puis je vois Hervé Derrien, mon collègue dans l’orchestre, me tendre son propre instrument. Je m’en empare, la pique glisse sur le sol, mais je me souviens parfaitement de ma partie et je termine le concerto avec son violoncelle. De pareilles aventures arrivent rarement mais elles vous marquent pour toujours !
Comment êtes-vous arrivé à Radio France?
— Je suis entré en 1988 à l’Orchestre National comme violoncelliste du rang puis, trois mois plus tard, comme violoncelle solo. Lorin Maazel était à l’époque directeur musical de l’orchestre. J’ai occupé ce poste jusqu’en 2000, année qui a marqué les débuts de mes problèmes neuro-musculaires. Les médecins ont diagnostiqué une «dystonie de fonction», mais n’ont guère réussi à trouver la cause profonde du mal, qui a commencé à se manifester par une faiblesse de l’annulaire de la main droite. Avec le temps, mon doigt s’est peu à peu consolidé, ce qui m’a permis de revenir dans l’orchestre comme violoncelle du rang. J’ai aussi appris à me ménager, et je me suis dit qu’il était possible, après tout, de faire de la musique sans jouer du violoncelle : en devenant chef d’orchestre, par exemple. C’est ainsi que j’ai repris contact avec mes amis chiliens et que j’ai pu diriger l’Orchestre du ministère de l’Éducation, à Santiago, dans la Sérénade de Dvorak et deux symphonies de Mozart. C’était en 2005. Depuis cette date, j’ai beaucoup dirigé au Chili et en Argentine.
Et très récemment, vous avez été choisi, avec trois autres jeunes chefs d’orchestre, pour être assistant de Kurt Masur...
— C’est un vrai privilège, qui prendra effet en septembre 2007. De plus, pour un chef d’orchestre, être violoncelliste du rang, c’est recevoir sans cesse des cours particuliers ! J’ai en projet de diriger en mars 2008 l’Orchestre National de Montpellier en formation de chambre, et j’aimerais à terme donner dix à quinze concerts par an et fonder mon propre orchestre. J’ai déjà trouvé les musiciens. Il n’y a plus qu’à mettre au point le cadre. Propos recueillis par Christian Wasselin