mercredi, mai 09, 2007

Héros fragiles




En sortie la semaine prochaine, soit le jour de l'ouverture du Festival de Cannes, le film d'Emilio Pacull «Héros fragiles» aurait mérité une exposition plus flatteuse. Cela commence comme une fiction pour bifurquer aussitôt vers le documentaire : de retour au Chili, Emilio Pacull enquête sur la mort de son beau-père, le journaliste Augusto Olivares, ami et proche collaborateur de Salvador Allende, mort quelques minutes avant lui le 11 septembre 1973. Il retrouve les survivants du groupe qui a voulu croire alors qu'une autre manière de vivre la politique était possible, et qui se sont battus pour elle. La grande force du film réside dans la mise en perspective de ces événements avec le monde d'aujourd'hui. Comment ce qui s'est passé au Chili il y a plus de trente ans permet de comprendre ce à quoi nous sommes confrontés aujourd'hui. C'est de l'histoire en mouvement, qui va chercher dans le passé les clés qui ouvrent les portes de ce temps. Va-etvient constant et passionnant, à travers aussi bien les rencontres avec les acteurs de 1973, les extraits des films de Costa-Gavras «Etat de siège» et «Missing», sur lesquels Pacull était assistant, qu'au fil de l'entretien avec le prix Nobel d'économie Milton Friedman, un des inventeurs de ce néolibéralisme qui trouva dans le Chili de Pinochet un terrain d'expérimentation rêvé. Tout cela sans didactisme aucun, avec le désir constant, au contraire, de dessiner une oeuvre à visage humain, profondément émouvante et passionnante.