jeudi, septembre 27, 2007

PÉROU • Et maintenant il faut juger Fujimori

L'ancien président Fujimori est arrivé le 22 septembre à Lima, où il a aussitôt été écroué en attendant d'être jugé. Son extradition du Chili représente un progrès incontestable pour le Pérou, se félicite le journaliste et ex-ministre de l'Intérieur Fernando Rospigliosi.

L'arrivée de Fujimori dans un centre de détention, le 22 septembre AFP
L'extradition de Fujimori a la magnitude d'un séisme de 8,4 degrés, du jamais-vu au Pérou. Jamais, dans notre pays, qui a vu tant de corrompus briguer le pouvoir, on n'avait mis en procès un ancien président pour des délits aussi graves que ceux dont est accusé Fujimori.

Malgré les nombreux dysfonctionnements du système anticorruption, c'est incontestablement un immense progrès pour le Pérou, un pays à la tradition d'impunité immémoriale, que l'un des responsables des vols commis au cours de la dernière décennie soit déjà condamné et sous les verrous [Vladimir Montesinos, l'ancien chef des services secrets de Fujimori, condamné pour trafic d'armes], et l'autre en prison et sur le point de passer en jugement. Sans compter que certains de leurs complices importants purgent déjà des peines.

On ne peut pas oublier ceux qui ont rendu ce dénouement possible, la poignée de Péruviens qui ont dénoncé les malversations de Fujimori et de Montesinos, dans des conditions particulièrement difficiles. En effet, c'était une époque où il était risqué de défier le pouvoir en place et où ces deux sinistres associés [Fujimori et Montesinos] étaient applaudis par la majorité de nos concitoyens, jouissaient des sympathies de la communauté internationale, contrôlaient presque tous les médias et régnaient sans partage.

Les ondes sismiques de cet événement vont affecter tout particulièrement le palais du gouvernement et du Congrès. De toute évidence, dès le début de sa campagne, [le président] Alan García a noué des alliances occultes avec le fujimorisme et les a renforcées une fois parvenu à la tête du gouvernement.

Les députés fujimoristes - qui, plus qu'un groupe politique, forment un clan - ont soutenu sans réserves le gouvernement [d'Alan García] pendant quatorze mois. Et ils sont prêts à continuer à le faire, à une condition : que le gouvernement fasse jouer son influence décisive sur le pouvoir judiciaire pour que Fujimori s'en sorte le mieux possible.

Les liens de García avec le fujimorisme vont au-delà d'une alliance tactique temporaire. Le président est entouré de politiques, de chefs d'entreprise et de militaires à la retraite qui sont étroitement liés avec le clan Fujimori. Même s'il le souhaitait - et, apparemment, il ne le souhaite pas -, il aurait du mal à se défaire de tels alliés.

Juste après que la deuxième chambre de la Cour suprême chilienne eut pris sa décision concernant Fujimori (avant de la rendre publique), le gouvernement péruvien a brusquement changé d'attitude. On a eu droit à des déclarations dures, à des exigences véhémentes.

Manifestement, le gouvernement sait que cette affaire aura un coût politique. Même si l'ancien dictateur conserve un noyau de sympathisants, il a la majorité de la population contre lui.

L'extradition a aussi eu raison de cette idée fausse, mais très répandue, selon laquelle Fujimori était un grand stratège, un habile calculateur. Il apparaît aujourd'hui tel qu'il a toujours été : un médiocre sans scrupule qui a profité d'une situation propice et bâti sa légende sur le monstrueux appareil de chantage, de corruption et de crimes que Montesinos a mis en place.

Sans son associé, Fujimori ne vaut plus grand-chose. Dans un moment de lucidité, il a fui le pays [en novembre 2000, il se réfugie au Japon] et renoncé à la présidence en se rendant compte que, sans le système Montesinos, il n'était rien. Mais l'ambition et l'ennui l'ont obnubilé, jusqu'au jour où il a commis la très grave erreur de quitter le Japon [le 6 novembre 2005, il débarque au Chili, où il est arrêté le lendemain].

Sa lâcheté proverbiale l'a amené à postuler, désespéré, un siège au Sénat japonais [en arrêt domiciliaire à Santiago, il est candidat le 27 juin à un siège de sénateur au Japon pour le Nouveau Parti du peuple, une petite formation populiste, et battu]. Une fois de plus, il se trompait.

Même si le simple fait d'extrader et juger Fujimori est une grande avancée, il reste encore bien du chemin à parcourir. De nombreuses forces vont se mettre en mouvement pour obtenir qu'il soit libéré et n'écope que de sanctions légères. Si elles y parvenaient, ce serait un triomphe pour la corruption et l'impunité, avec de graves conséquences pour l'avenir du pays.
Fernando Rospigliosi
Perú 21
Peru21 L'article original
Fernando Rospigliosi