samedi, octobre 06, 2007

Au Chili, le clan Pinochet derrière les barreaux


A défaut d'avoir coincé Augusto Pinochet, mort il y a un an avant d'être jugé, la justice chilienne a mis derrière les barreaux son clan Pinochet pour corruption. Au total, ce sont pas moins de 23 personnes qui ont été mises en détention provisoire hier après-midi à Santiago. Toute la famille de l'ancien dictateur (sa femme et ses cinq enfants), ainsi que son ex-avocat, sa secrétaire et de nombreux militaires à la retraite ont dormi dans différentes prisons de la capitale chilienne hier, sur demande du juge Carlos Cerda, qui instruit depuis plusieurs années l'affaire Riggs, une vaste opération de détournement de fonds publics et d'évasion fiscale.


C'est un signe fort que donne la justice chilienne, elle qui avait tant été critiquée ces dernières années alors qu'elle échouait à mettre sous les verrous Pinochet. Un virage semble pourtant avoir été pris depuis un an en matière de droits de l'homme, avec l'arrestation et l'extradition de l'ancien dictateur péruvien Fujimori, et désormais avec la mise en détention du clan Pinochet. Le Chili, qui est candidat au Conseil des droits de l'homme de l'ONU, cherche ainsi par tous les moyens à redorer son blason et sa crédibilité sur ces questions sensibles.

"C'est avec l'élection de Michelle Bachelet que les mentalités ont changé", expliquait début 2006 le juge Juan Guzman Tapia, le premier à avoir intenté des procédures judiciaires contre l'ancien dictateur et qui estimait à l'époque "possible" un procès contre Pinochet. Celui-ci est mort avant, et avec lui les six procédures criminelles à son encontre pour meurtres, tortures et disparitions forcées. Ce n'est pas le cas du procès pour détournement de fonds, puisque dans cette affaire, la justice dispose d'autres suspects, qui sont tous aujourd'hui derrière les barreaux.

Une affaire révélée par le Sénat américain

En 2004, une commission d'enquête du Sénat américain sur la banque Riggs révèle que l'ancien dictateur Augusto Pinochet détient pas moins de 27 millions de dollars, répartis dans plus d'une centaine de comptes bancaires à travers le monde, comptes qu'il avait ouverts grâce à une dizaine de fausses identités. C'est à l'époque un coup dur pour celui qui avait toujours maintenu une image de probité, et pour sa famille, qui est elle aussi impliquée dans les détournements de fonds. Pour mémoire, Lucia, la fille de Pinochet s'est fait arrêter en 2005 alors qu'elle cherchait à rentrer aux Etats-Unis, et a préféré faire demi-tour et revenir au Chili pour éviter un procès sur le sol américain.

Depuis les révélations du Sénat américain, la justice chilienne a peu à peu reconstitué le réseau financier mis en place par Pinochet et les membres de cette nébuleuse opaque. "C'est l'aboutissement d'un long travail", a expliqué le juge Cerda. L'enquête a permis de lever le voile sur les pratiques du dictateur et de ses proches: détournement de 27 millions de dollars de fonds publics pendant la dictature, ce à quoi il faut ajouter 8 millions d'euros dus au fisc chilien, car ces sommes n'ont bien sûr jamais été déclarées. Les 23 prévenus encourent chacun une peine de dix à quinze ans de prison.

"Personne n'est au dessus de la loi".

Les partisants de Pinochet crient à la "persécution" contre la famille, et ont demandé que Lucia Hirart, la veuve de l'ancien général, âgée de 83 ans, "soit traitée avec le respect dû à une ancienne première dame de la Nation". Gonzalo Townsend Pinochet, le président du parti Action Pinochétiste Unitaire, et neveu de l'ancien dictateur, appelle le commandant en chef de l'armée chilienne, le Général Izurieta, à "prendre ses responsabilités". Dans le même temps, les associations de droits de l'homme saluent la décision de la justice chilienne, mais soulignent que "ce qui compte ce sont les violations des droits de l'Homme, les meurtres, les disparitions, etc.". La présidente de la République, qui fut elle-même victime de la dictature, et dont le père est mort assassiné par les sbires de Pinochet, a commenté ainsi la détention du clan: "Personne n'est au dessus de la loi." Ce qui est un peu plus vrai aujourd'hui