mercredi, octobre 10, 2007

"Le Rideau de sucre" : pèlerinage dans le vert paradis d'une enfance cubaine


Camila Guzman était âgée de 2 ans quand elle est arrivée à Cuba. Ses parents avaient fui le Chili après le coup d'Etat du 11 septembre 1973 (son père est le cinéaste Patricio Guzman). Elle a été élève à l'école primaire Antonio-Maceo, ainsi nommée en l'honneur d'un héros de la guerre d'indépendance cubaine, elle a porté l'uniforme des pionniers, est allée travailler aux champs avec ses condisciples.

Devenue cinéaste et à nouveau exilée (elle a quitté Cuba en 1990), Camila Guzman est retournée à Cuba, où elle a retrouvé ses camarades de classe, et a filmé les lieux de son enfance. Le Rideau de sucre est un film très simple qui alterne les propos de Cubains plus tout à fait jeunes, l'exploration d'un paysage de bâtiments décrépits et de luxuriance tropicale et les photos de famille.

Il ne faut pas chercher dans les anciens élèves de l'école Antonio-Maceo l'écho d'une opinion cubaine qui reste encore virtuelle : ils sont tous d'une indulgence affectueuse pour le Cuba de leur enfance, au temps où l'on célébrait le culte des saints guérilleros Camilo Cienfuegos et Che Guevara, où l'on croyait vraiment que l'argent n'avait pas d'importance et que le système permettrait à chaque jeune de réaliser son rêve de cosmonaute ou d'artiste.


L'analyse historique établit sans doute que cette société idéale n'a jamais existé dans la réalité, mais Le Rideau de sucre n'est pas un film politique. Pour son pèlerinage, Camila Guzman a remis en service son regard d'enfant. Elle pratique très délibérément la naïveté, et sa dévotion au Cuba d'antan fait ressentir encore plus cruellement le délitement de l'île et du peuple qui l'habite.

C'est moins la misère matérielle des Cubains d'aujourd'hui que met en scène la jeune cinéaste que leur déchirement affectif : chaque famille est divisée par l'exil, les rangs des anciens élèves s'éclaircissent chaque année au rythme des départs pour les Etats-Unis ou l'Europe. Cette tonalité doucement désespérée est simplement exprimée, avec beaucoup de force.