vendredi, avril 20, 2007

PUERTO EDÉN




Perdu dans les fjords du sud du Chili, Puerto Edén est en pleine effervescence. Le président de la République a choisi de visiter ce village austral qui n’a même pas de curé.
Sergio Zagier La Nación


Quatre heures du matin, l’obscurité est quasi complète, seule la passerelle du ferry est éclairée. Après une traversée compliquée à travers les canaux chiliens, nous arrivons finalement en vue de la baie qui abrite Puerto Edén, l’un des villages du Chili austral [sur l’île Wellington, région administrative de Magellan et de l’Antarctique chilien]. L’île de Chiloé, à peu près au centre du Chili, est la dernière étape au sud de la zone à forte densité de population du pays. A partir de là, jusqu’au pôle, le Chili se désagrège en îles, îlots, canaux et fjords, tandis que la présence humaine se fait de plus en plus rare. Presque au beau milieu de ce casse-tête pour cartographes, un village isolé : Puerto Edén.



Quelques minutes plus tard, une poignée de bateaux et de canots en bois – dont l’équipage est parfois composé de femmes – viennent s’agglutiner autour du ferry de la ligne Navimag. Comme en prévision d’un naufrage, les passagers de notre bateau jettent leurs bagages dans les canots qui viennent d’arriver, pour ensuite y descendre eux-mêmes et disparaître dans les ténèbres de cette baie aux eaux calmes. Tout ce branle-bas de combat n’a pris que quelques minutes. Nous ne sommes pas les seuls étrangers à bord du ferry. Un curé de Santiago, accompagné de jeunes missionnaires laïcs, est venu apporter un peu de spiritualité et d’animation aux enfants d’Edén. Un petit groupe d’étudiants d’un lycée technique de Puerto Natales accomplit sa B.A. du mois en installant l’électricité dans certaines maisons.


“Le président est là, le président est là !” 

Le lendemain, dans les bateaux, les canots et les barques, tout le village se presse pour assister à la messe sur un petit îlot voisin du port, où l’on n’a pas vu une soutane depuis des années. Ce petit promontoire à la végétation exubérante, dénommé l’île aux Morts, est peuplé uniquement par les défunts de la communauté. Au-delà de la dévotion des villageois, cette invasion amphibie a été toute une aventure pour la bande de gamins locale qui furetait dans les caveaux de pierre en ruine pour découvrir de vieilles lampes à huile, des guitares et des ossements. Vers la fin de la troisième journée, alors que nous tuions le temps en taillant du bois dans le crachin et le silence, un attroupement a rompu le calme perpétuel. Une rumeur enfle : “Le Président est là, le président Frei [Eduardo Frei, président du Chili depuis 1994] est là !” Le chef des carabiniers parcourt le quai de long en large, lissant un uniforme qui paraît tout droit sorti d’une garde-robe. Les enfants, habitués de l’embarcadère, viennent se mêler aux curieux. Parmi eux, le maire, sorte de cacique blanc, qui trahit une nervosité proprement citadine. Quelques jours auparavant, le président du Chili a choisi ces eaux australes pour y passer ses vacances en famille. A bord de l’Achille, il rentre d’une croisière parmi les canaux de la Terre de Feu. Peu après, la proue grise d’un bateau de la flotte chilienne fait une entrée presque hautaine dans la baie, portant à son comble l’anxiété de l’attroupement (une bonne quinzaine de personnes, y compris la bande de gamins) qui a envahi le petit quai. Le bateau a jeté l’ancre au milieu de la baie. A partir de ce moment-là, c’est la confusion. Descendra ? Descendra pas ? On n’avait pas vu un président accoster à Puerto Edén depuis des temps immémoriaux. Le dernier président à s’être déplacé était le père de l’actuel président [1964-1970] Eduardo Frei.



Enfin, la pénombre commence à envelopper le village, tandis que chacun rentre chez soi ou dans sa pension de famille, comme c’est notre cas. Selon la radio, le cortège présidentiel a promis de débarquer le lendemain matin. Cette nuit-là personne n’est allé se coucher sans la crainte inavouable de trouver au matin la baie aussi vide que d’habitude. 


Le lendemain matin, de bonne heure, Puerto Edén est en pleine effervescence. De vieilles femmes balaient, les jeunes missionnaires apprêtent les enfants, les carabiniers sont en grande conversation quant à l’impossibilité de mobiliser le canot de la police (il est au mouillage en raison d’avaries). Et c’est l’arrivée du Président : à peine à terre, le cortège se met en devoir de visiter le “microcentre” (plus micro que centre). Les missionnaires préparent les enfants des écoles pour qu’ils chantent, le maire se lance dans un discours en forme de supplique, ces dames de la municipalité ont préparé une affiche de bienvenue et réclament aux autorités davantage de fil à broder (résultat, la femme de Frei, Martita Larrechea, s’est engagée à faire le nécessaire). Enfin a lieu la visite du local d’Emaza, petite boutique de l’entreprise semi-publique qui vend des provisions dans les régions isolées – une institution dont la plupart des personnalités ignoraient jusqu’à l’existence. Pour le plus grand bonheur des enfants et du chirurgien-dentiste qui fait sporadiquement la tournée d’Edén, l’épouse du Président a apporté une boîte de friandises qu’elle va distribuer en toute équité. Après ces formalités, le moment est venu de passer au shopping. Mme Celia et son mari, Carlos, représentants de la dernière douzaine d’Indiens Alacaluf [ou Kaweskar], présents dans ces contrées depuis cent siècles, attendent imperturbables, sur le quai, non plus l’hommage officiel mais les clients susceptibles de leur acheter leurs petits canoës souvenirs. 

Le ferry de la Navimag est le seul lien avec le monde 

Hormis les membres de la marine chilienne affectés àPuerto Edén et les autres voisins qui, à un moment ou à un autre, se sont exilés dans ces parages si lointains, les plus anciens colons de cette région sont les descendants de l’ethnie Alacaluf, peuple canoéiste [et pêcheur, véritables nomades de la mer] en voie de disparition qui a dominé les canaux depuis Chiloé jusqu’au cap Horn. Ici, une douzaine de personnes ont du sang alacaluf dans les veines. Les plus jeunes ont déjà abandonné leurs racines, quittant Edén pour Punta Arenas, plus au sud. Carlos Kemchi et sa femme, Celia, n’ont que peu de souvenirs d’enfance et connaissent mal la langue de leurs ancêtres. Toutefois, ils collaborent volontiers avec ceux qui essaient de reconstituer le passé des Alacaluf, répondant aux questions du mieux qu’ils le peuvent. De fait, nous avons rencontré chez eux un chercheur qui, depuis plusieurs années, passe de longues périodes dans cette zone afin de recueillir la mémoire des derniers Alacaluf. Les descendants des Indiens locaux vivent dans un secteur bien précis de Puerto Edén. Leurs quatre ou cinq habitations en préfabriqué ont été installées par l’Etat, à une distance considérable du quai. Les structures paraissent en bon état, mais certaines familles entretiennent fort mal ces logements. Impossible de profiter de notre dernière journée si l’on ne veut pas manquer le ferry. Nous passons le plus clair de notre temps sur le quai, à côté de nos bagages. Bien que nous nous soyons pris d’affection pour Edén et ses habitants, l’idée de rester là encore une semaine pour une raison quelconque nous inspire une inquiétude qui confine à la claustrophobie. Enfin, à notre grand soulagement, nous voyons apparaître la proue rouge du bateau de la Navimag, fendant les flots transparents de la baie. Il est le seul lien avec le monde extérieur, auquel nous appartenons encore.



jeudi, avril 05, 2007

La nébuleuse de la Carène revisitée


Passé maître dans l’art du traitement d’image, l’amateur américain Robert Gendler met parfois ses talents au service des astronomes professionnels. En atteste cette vue fascinante de la nébuleuse de la Carène réalisée depuis l’observatoire de La Silla, au Chili, à l’aide du télescope de 1,54 m. Au sein de la plus belle nébuleuse du ciel se trouve Êta de la Carène, une étoile gorgée de mystères, visible sur la droite de l’image. Longtemps considérée comme l’une des plus massives de la Voie lactée, elle serait en fait un système double. Lorsque les deux étoiles sont au plus proches tous les 5,5 ans, leurs vents stellaires entrent en collision, créant ainsi un sursaut de luminosité. En 6 secondes, ces géantes consomment autant d’énergie que le Soleil en un an ! À ce rythme, leur espérance de vie est très courte : provoqueront-elles la prochaine supernova de la Voie lactée ?Crédits image : Robert Gendler et Jan-Erik Ovaldsen

mercredi, avril 04, 2007

Play



Play nous plonge dans le Santiago d’aujourd’hui. On s’y promène au gré de la musique, des sons et des odeurs, suivant tour à tour Cristina, Tristan ou Irene, qui se suivent parfois eux-mêmes. Chacun de ces personnages vit dans cette ville contemporaine, cherchant sa place, confronté à sa solitude. Mais ces êtres ne font que se croiser, et ce sont finalement leurs propres solitudes qui se rencontrent.

Alicia Scherson, qui réalise ici son premier long-métrage, nous entraîne dans un conte urbain, naviguant entre la solitude du quotidien et la quête d’identité de ses personnages. Chilienne elle-même, née à Santiago du Chili, on sent que la réalisatrice nous montre le véritable visage de cette ville, belle, pleine de couleurs, mais qui, à l’instar des autres grandes villes, bouge vite, très vite, et dans laquelle il est facile de se perdre, au sens propre comme au figuré.

La solitude qui habite aussi bien Cristina que Tristan est alors très palpable. Elle, originaire du Sud du Chili, se sent encore un peu perdue dans cette grande métropole aux aspects tentaculaires mais qu’elle aime déjà et qu’elle tente d’apprivoiser un peu plus chaque jour par de longues promenades. Lui, semble être d’ici, mais sa vie se dérobe sous ses pieds. Sa femme, Irene, le quitte ; il n’a plus de travail pour cause de grève et il se fait voler son sac par un ivrogne qui le confond avec un certain Walter. Ca y est, le lien vient d’apparaître ! Le sac. Cristina le trouve en effet le lendemain, dans une poubelle. Par sa musique, ses cigarettes et ses papiers, elle s’immisce peu à peu dans l’univers de Tristan et s’approprie, d’une certaine manière, un bout de sa vie. C’est sa façon bien à elle de combattre sa solitude.

Sensation, tout au long du récit, que pour faire face à leur solitude, chacun des personnages cherche l’autre inconsciemment, sans véritablement le trouver. La mise en scène traduit très justement cette idée du « chat et de la souris » en jouant avec les lieux. Plusieurs d’entre eux sont communs aux deux personnages, mais pas l’unité de temps, et ce sont les retours en arrière qui finalement nous ramènent à la croisée des chemins.

Le sentiment de solitude est renforcé par cette quête d’identité. On sent que les personnages ont tous le besoin de savoir qui ils sont et de se sentir appartenir ; oui, mais à qui et à quoi ? Ils ont des difficultés à s’ancrer et dérivent, espérant trouver leur port d’attaches. Ils flottent dans l’attente… Cristina, indienne Mapuche, n’arrive pas à trouver réellement sa place. Doit-elle se raccrocher à ses racines indiennes ou plutôt à Chun-Li, héroïne du jeu vidéo Street-Fighter auquel elle joue pendant de nombreuses heures ? Elle se trouve alors confrontée à un clash entre ses traditions et la modernité dans laquelle elle évolue désormais. Alicia Scherson appuie cette impression en la faisant cohabiter avec un vieil Hongrois malade, lui aussi étranger dans cette ville. Quant à Tristan, de descendance européenne, il se sent parfois à l’écart du reste de la population.
Alors, l’un et l’autre se promènent, s’égarant dans l’espoir de mieux se retrouver.

Le scénario est lui-même conforté par l’intelligence et le côté créatif de la mise en scène. Les idées « fusent » et sont bien retranscrites à l’écran. La réalisatrice joue avec nos sens pour les mettre en éveil. Les couleurs vives excitent nos yeux. La grande importance apportée à la musique et aux divers sons (qu’elle sait parfaitement bien mettre en valeur) titille nos oreilles et nous offre cette sensation de toucher, de pouvoir ressentir les choses. Le fait aussi que Cristina ait ce besoin incessant de sentir les objets et les gens permet à la réalisatrice de plonger réellement le spectateur dans l’atmosphère de la ville. Et le passage au beau milieu des rêves étranges, parfois absurdes, des personnages caresse notre imaginaire.

Tous nos sens sont alors sollicités et c’est avec un véritable plaisir que l’on se livre au jeu, se laissant porter, emmener dans les rues de Santiago aux côtés des personnages, à la recherche, nous aussi, d’on ne sait qui ou quoi, bercés par la mélodie de Morir de Amor.
Film réalisé par Alicia Scherson

Genre Mélodrame
Durée 105 mn | Sortie 2007 | Couleur
Avec Coca Guazzini, Viviana Herrera, Andres Ulloa, Aline Küppenheim, Jorge Alis, Francisco Copello, Juan Pablo Quezada

Dans une métropole moderne, deux êtres cherchent l'amour et ne parviennent pas à se trouver.
C'est l'été à Santiago et la vie parfaite de Tristan se décompose. Sa copine le quitte, son travail est interrompu par une grève et son sac volé...
De l'autre côté de la ville, le rythme tranquille de Cristina est lui aussi perturbé. Elle trouve le sac dans une poubelle et pénètre ainsi dans le monde de Tristan grâce à ses écouteurs de musique, en fumant ses cigarettes et en devenant le témoin silencieux de sa chute. Cristina et Tristan errent à la recherche l'un de l'autre dans la ville polluée et suffocante, sans jamais se trouver...

mardi, avril 03, 2007

ARCHIPEL DE JUAN FERNANDEZ : SUR L'ÎLE DE ROBINSON CRUSOÉ



Pascale Otis a vécu intensément l'aventure du Sedna IV en Antarctique. Aujourd'hui, cette biologiste extrême participe à un nouveau périple océanique à bord du Whistler pour découvrir les secrets du Pacifique. Une traversée qui lui permettra de poursuivre ses recherches sur les changements climatiques. Elle s'est arrêtée récemment sur l'île de Robinson Crusoé. Voici son récit.

Nous connaissons tous la fabuleuse aventure de Robinson Crusoé qui raconte les aventures de l'homme se retrouvant seul sur une île déserte. Mais saviez-vous que le roman a été basé sur une histoire vécue et que l'île existe vraiment?

Pour écrire son roman, l'auteur britannique Daniel Defoe s'est inspiré des aventures d'Alexander Selkirk, un marin écossais qui a passé 52 mois (de 1704 à 1709) seul sur une île à environ 640 km à l'ouest du Chili.

Dans le célèbre récit, écrit en 1719, l'île n'est par contre pas située dans le Pacifique, mais plutôt dans l'Atlantique le long de la côte est du Venezuela. La raison en est bien simple : au Chili, les indigènes de l'époque n'avaient pas la fâcheuse habitude de manger leurs semblables. Robinson n'aurait alors pas pu sauver son fidèle serviteur et compagnon Vendredi des troupes cannibales. Mais en réalité, Vendredi n'a jamais existé et le personnage a sans doute été inventé par l'auteur pour amener un peu de piquant à l'histoire de Selkirk...

Loin d'avoir été laissé derrière par l'équipage, Alexander Selkirk avait en fait demandé d'être débarqué sur l'une des îles du Pacifique après s'être querellé avec le capitaine du navire pirate sur lequel il naviguait. En 1704, le jeune homme âgé de 28 ans se fait ainsi abandonner de son plein gré sur l'île déserte de MasaTierra, où il vécut seul pendant un peu plus de quatre ans avant d'être retrouvé. En 1966, la célèbre île est rebaptisée île de Robinson Crusoé pour rendre hommage au personnage du livre alors devenu célèbre dans le monde... et pour promouvoir l'attrait touristique dans l'archipel.

Un peu d'histoire

Petite promenade dans les rues de l'île de Robinson Crusoé. On y rencontre autant d'animaux domestiques que d'être humains...


Photo Pascale Otis

L'île de Robinson Crusoé fait partie de l'archipel de Juan Fernandez, nommé en l'honneur de l'explorateur espagnol qui en fit la découverte en 1563. L'archipel comprend trois îles : Robinson Crusoé, Santa Clara et Alejandro Selkirk, sur lesquelles vivent aujourd'hui un peu moins de 1000 personnes.

Avant la construction du canal de Panama, ces îles servaient d'escale et de ravitaillement en eau douce pour les bateaux qui contournaient l'Amérique du Sud en empruntant le détroit de Magellan. Depuis cette époque, les îles sont devenues une attraction touristique, mais également un paradis pour les amateurs de botanique.

À quoi ressemble l'île de Robinson? J'imaginais une terre recouverte de palmiers, de fruits exotiques, de canne à sucre sauvage, d'orangers, de cacaoyers et de fleurs de toutes sortes le long des plages de sable doré à perte de vue. Vous aussi ? Bien entendu, car d'après le roman, on s'impose en effet facilement l'image luxuriante d'une île tropicale.

En fait, l'île où séjourna Selkirk n'a rien d'un paradis tropical puisque la température annuelle moyenne n'y est que de 17 °C. L'île est désertique sur la majorité du territoire, ne laissant qu'une petite partie assez humide pour y permettre la survie de quelques plantes qui s'accrochent au peu de terre qui recouvre la roche volcanique friable. Déçue? Non. Car c'est justement la combinaison de conditions extrêmes et d'isolement qui en a fait un endroit unique au monde.

Paradis pour botanistes

Les otaries sont abondantes sur les plages. À cette période de l'année, les mères viennent de mettre bas et passent beaucoup de temps à allaiter leurs jeunes pendant que les mâles s'affaires à défendre leur territoire.



Photo Pascale Otis

Les îles de l'archipel de Juan Fernandez se sont formées il y a entre trois et quatre millions d'années et sont donc relativement jeunes en termes d'histoire de notre planète. Étant isolées, les plantes qui ont été introduites initialement, probablement par les oiseaux marins, sont vite devenues distinctes de leurs cousins. Le nombre d'espèces endémiques, c'est-à-dire celles qui ne peuvent se rencontrer qu'à cet endroit sur la planète, s'élève à près de 140 espèces et est l'un des plus élevés du monde.

Malheureusement, l'activité humaine est maintenant considérée comme étant la cause principale de la régression végétale endémique de l'archipel, débutant il y a plusieurs décennies avec l'introduction de chèvres, de plusieurs autres animaux domestiques et de près de 200 plantes exotiques.

Depuis la découverte de ces îles, au XVIe siècle, l'homme y a considérablement changé la physionomie originelle : déboisement, exploitation des ressources et introduction de nouvelles espèces végétales et animales exotiques. Les espèces végétales endémiques sont vite devenues vulnérables, étant très spécialisées pour survivre dans des conditions extrêmes mais stables, et donc très limitées dans leur capacité d'adaptation aux changements. C'est ainsi tout un équilibre naturel qui a été déstabilisé au fil du temps.

Encore aujourd'hui, le potentiel chimique, pharmaceutique et génétique de la flore de ce petit morceau de paradis n'est que très peu connu. Heureusement, les temps changent de manière positive et la protection de l'environnement devient de plus en plus une cause légitime. Il y aura par contre toujours de l'intérêt là où il y a un potentiel de profit.

D'ailleurs, cet intérêt de la part de certaines compagnies est évident, surtout lorsqu'on apprend que la majorité de la recherche qui se fait sur la flore endémique des îles de l'archipel de Juan Fernandez est financée par Yves Rocher...

Repères

Le cheval est plus pratique que la voiture. D'ailleurs, on n'y compte que quelques rares véhicules motorisés.



Photo Pascale Otis


Géographie : l'île de Robinson Crusoé fait partie, avec les îles de Santa Clara et d'Alejandro Selkirk, de l'archipel de Juan Fernandez, du nom de l'explorateur espagnol qui les découvrit en 1563. Les îles sont situées à environ 640 km à l'ouest du Chili et servaient d'escale et de ravitaillement en eau douce pour les bateaux qui contournaient l'Amérique par le détroit de Magellan, avant la construction du canal de Panama.

Climat : méditerranéen

> Habitants : le groupe d'îles couvre environ 144 km² et moins de 1000 personnes y résident. Environ 400 personnes vivent sur la plus grande île, celle de Robinson Crusoé.

Économie : la plupart des habitants vivent de la pêche. Le homard y est particulièrement abondant!

Langue parlée : espagnol

Accessibilité : située à 667 km à l'ouest de Valparaíso au Chili, l'île est accessible aux touristes par voie aérienne (2 h à 3 h) ou par voie maritime (25 à 72 h).

Pour en savoir plus sur la découverte des îles du Pacifique par l'équipe de Défi Québec Monde : www.defiquebecmonde.com.

Plus de photos dans le site

lundi, avril 02, 2007

Des débris de satellite russe frôlent un Airbus

Les passagers et l’équipage d’un Airbus de la compagnie Lan Chile sont passés très près de la catastrophe dans la nuit de mardi, au beau milieu du Pacifique, entre Santiago et Auckland.

Grosse frayeur pour le pilote de l’Airbus 340 du vol 801 de Lan Chile, dans la nuit de mardi, à mi-chemin entre le Chili et la Nouvelle-Zélande. Vers 22 heures, le pilote a vu des débris de satellite en feu croiser à une vitesse vertigineuse la route de son appareil, à une distance qu’il a estimée à cinq milles nautiques (environ neuf kilomètres). Tellement près que le pilote a confié avoir entendu, malgré le bruit des moteurs de l’avion, le hurlement des débris qui plongeaient de l’atmosphère dans l’océan Pacifique. « Nous volions à 880 kilomètres à l’heure, notre vitesse de croisière. A cette vitesse, nous étions à seulement quarante secondes de la collision », a précisé le pilote. Alarmé, le commandant de bord du vol Lan Chile 801 a aussitôt alerté les contrôleurs aériens de l’aéroport d’Auckland.

Il a expliqué qu’il venait de voir des débris de satellite pénétrer dans l’atmosphère et passer juste devant et derrière son avion. « Les autorités russes nous avaient avertis qu’un satellite devait quitter son orbite et pénétrer dans l’athmosphère, mercredi, entre 10h30 et midi. En fait, il semble qu’elles se soient trompées de douze heures », explique Ken Mitchell, le porte-parole du contrôle aérien néo-zélandais, qui gère trente sept millions de kilomètres carrés d’espace aérien. L’océan Pacifique sert souvent de cimetière aux satellites ou aux débris spatiaux. Mais les informations sur les horaires et les destinations finales de ces débris sont communiqués aux contrôleurs aériens des pays concernés.

« En général, nous connaissons les horaires et les lieux de chute des débris spatiaux. Nous les communiquons aussitôt aux compagnies aériennes. Et il est très rare que ces données soient erronnées. Donc, il est très rare que des avions se trouvent au milieu de ces chutes de débris », poursuit Ken Mitchell, avant d’ajouter : « Mais, cette fois, il est vrai que cinq milles nautiques, c’est “inconfortablement” près ! » Les contrôleurs aériens néo-zélandais ont aussitôt retransmis l’alerte du pilote chilien à l’équipage d’un avion de la compagnie Aerolinas Argentinas qui effectuait un vol Auckland-Santiago, environ dix degrés plus au sud que l’avion de Lan Chile. « Nous leur avons demandé s’ils voulaient faire demi-tour. Mais le pilote a estimé que le danger devait être passé et a décidé de continuer sa route », précise Ken Mitchell.

Bien que cela ne soit pas encore confirmé par les autorités russes, il semble que le satellite qui a frôlé l’appareil chilien soit le Progress 23P, venu tout droit de la station spatiale internationale. Ce qui est sûr, c’est que le pilote de l’avion Lan Chile qui a décrit la chute et le son des débris enflammés aux contrôleurs aériens d’Auckland avait l’air très inquiet à la radio. A 10 000 mètres d’altitude, au-dessus du Pacifique, et à mi-chemin entre le Chili et la Nouvelle-Zélande, une inquiétude somme toute bien compréhensible.

DINGUE DES MOUCHES



Entomologie. Avant la grande exposition sur les mouches qui commence mercredi au muséum d'histoire naturelle à Paris, Christophe Daugeron nous fait partager sa passion pour ces insectes qu'il est parti étudier aux quatre coins de la planète. Avec un objectif: réhabiliter "le peuple des mouches", fort de plus de deux mille espèces.

Par Emmanuelle CHANTEPIE

Il est parti chercher ses trophées dans le frigo du couloir. Dans ses mains, trois boîtes en plastique, genre Tuperware. Vite, un peu de place sur son bureau et le voilà qui dépose son précieux colis. Cachés sous le couvercle, des dizaines de petits tubes d'alcool sont soigneusement alignés. "Voici ce que j'ai ramené de ma mission en Patagonie, au Chili..." Christophe Daugeron a le sourire banane et l'oeil qui frise: tapis au fond de ses fioles, on distingue des milliers de vulgaires moucherons. "Non, ce sont des mouches. De la famille des Empididae", précise-t-il un peu vexé. "Et là-dedans il y a plusieurs dizaines d'espèces encore jamais identifiées", ajoute-t-il en remballant prestement son trésor.

Département systématique et évolution. Installé au bout d'un couloir du bâtiment d'entomologie du Muséum national d'histoire naturelle, à Paris, le maître de conférences se donne du mal pour convaincre. S'il a choisi depuis près de quinze ans de se consacrer à l'étude de cette petite mouche, c'est qu'elle a un comportement exceptionnel. "Le mâle offre un cadeau aux femelles avant l'accouplement et, comble du raffinement, il va parfois jusqu'à emballer son présent dans un cocon de soie. On ne voit ça nulle part ailleurs. Pas même chez Homo sapiens !"

Sûr de son effet, Christophe Daugeron poursuit son récit. Et raconte qu'en guise d'offrande nuptiale l'Empididae ne mégote pas: il récupère un insecte mort, souvent deux fois plus gros que lui, pour l'offrir à sa belle. Et tout ça pour quoi? "Ces mouches se nourrissent du nectar des fleurs, et ces proies sont les seules sources de protéines dont disposent les femelles pour la maturation de leurs oeufs. Mais les mâles ne sont pas toujours réglo, avoue l'entomologiste. Parfois, le paquet cadeau est vide."

Fils de comptables, Christophe Daugeron est devenu dingue des mouches un peu par hasard. Après des études de biologie à Tours, son sujet de thèse l'a plongé dans le monde des diptères, ces insectes à deux ailes qui représentent entre 15 et 20 % des espèces animales vivant sur Terre. Grâce à une bourse décrochée à l'Institut royal des sciences naturelles de Belgique, il va partir à la conquête des Empididae en Thaïlande et à Singapour. Equipé de pièges à mouches et d'un appareil photo, il va bientôt découvrir leur parade amoureuse, scruter à la loupe les détails de leurs soies plumeuses, observer les teintes métalliques qui parent leur abdomen. Des bestioles minuscules d'à peine un centimètre pour les plus grosses... mais qui vont vite séduire le jeune homme.

"L'histoire du monde est écrite sur l'aile d'une mouche."

A 38 ans, après avoir parcouru toutes les latitudes, des îles Célèbes en Indonésie à la chaîne des Pyrénées, Christophe Daugeron a déjà identifié plusieurs dizaines de nouvelles espèces qui viendront s'ajouter aux deux mille déjà répertoriées. Mais comment différencier un moucheron d'un autre moucheron ? "Vous savez distinguer un chat d'un chien; et bien c'est un bon début", s'esclaffe le technicien du labo. "C'est grâce à l'appareil génital du mâle", reprend le scientifique, qui raconte comment il regarde au microscope le zizi des mouches pour découvrir "la forme et la structure de ces pièces génitales qui caractériseront ou pas une nouvelle espèce".

Soudain très sérieux, le chercheur veut faire sienne la phrase du pape des mouches, l'illustre Eugène Séguy, auteur de plus d'une vingtaine d'ouvrages et de plusieurs centaines d'articles scientifiques sur les diptères: "L'histoire du monde est écrite sur l'aile d'une mouche." Et à écouter parler Christophe Daugeron de phylogénie, une discipline qui permet d'établir des arbres de parenté entre les êtres vivants, on se dit que la mouche est vraiment plus qu'une maudite engeance chargée de nous tourmenter.

Pour parfaire son entreprise de réhabilitation du peuple mouche, l'entomologiste ouvre d'immenses armoires de bois qui abritent la collection de diptères du Muséum. Plus de trois millions de spécimens accumulés au cours des siècles et méticuleusement embrochés sur des épingles. Il y a là, rangées sur des étagères, la famille des drosophiles, cette mouche du vinaigre bien connue des généticiens, des mouches tsé-tsé responsables de la maladie du sommeil, les redoutables mouches des fruits, dont les larves provoquent le pourrissement, ces mouches bleues aussi, véritables auxiliaires de la police lorsqu'il s'agit de dater un meurtre. "Quand on voit des mouches, on peut dire : ça a été des vers. Quand on voit des hommes, on peut dire : ça en sera", disait Raymond Queneau.

* A partir du 4 avril, "L'expo qui fait mouches". Jardin des Plantes, Grande galerie de l'évolution. 36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, Paris 5e. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 10 heures à 18 heures.

dimanche, avril 01, 2007

COLONIA DIGNIDAD, UNE SECTE NAZIE AU PAYS DE PINOCHET


Le premier procès mettant en cause la dictature chilienne se tiendra en France en 2008. Les accusés devront répondre de la disparition de quatre Français. Inculpé, Paul Schaefer, ancien nazi pédophile, est le fondateur de la Colonia Dignidad. Dans ce film coup de poing, le réalisateur José Maldavsky enquête sur ce camp de concentration, secte pédophile, cache pour nazis et multinationale aux trafics les plus obscurs.

| Entretien avec le réalisateur |

"C'est le seul exemple dans le monde d'un système entièrement conçu pour satisfaire les perversions sexuelles pédophiles du leader d’une organisation", témoigne Hernan Fernandez, l'avocat des victimes de Paul Schaefer, dirigeant de la Colonia Dignidad.

Ceinte par les barbelés et les miradors, cette petite Bavière au pied de la cordillère des Andes a été aussi une planque pour nazis, une base arrière de la dictature de Pinochet, une multinationale pratiquant, entre autres activités, le trafic d’armes avec les puissances occidentales et une secte aryenne fondée sur l’enlèvement et l’esclavage.

Dans cet univers protégé et secret, et sous couvert de bienfaisance, Paul Schaefer a pu ainsi assouvir ses désirs pédophiles, en recrutant ses proies parmi les orphelins de la Seconde Guerre mondiale, puis les familles les plus pauvres de la région.

Le 10 mars 2005, celui-ci a enfin été arrêté à l'issue de huit ans de cavale. Depuis 1960, la Colonia Dignidad ne cesse de défier les justices chilienne et internationale. Le réalisateur José Maldavsky a pu pénétrer son enceinte et a enquêté sur ses réseaux politiques et financiers, nationaux et internationaux, sur les crimes qu'elle a commis et qu’elle prépare peut-être encore.

A travers les nombreux témoignages de victimes et de leurs avocats, ceux des membres de la junte en prison et du gouvernement actuel, ce film apporte pour la première fois un éclairage sur le secret qui entoure cet univers et sur les ramifications de cette véritable toile d'araignée qui le protège encore au Chili et dans le monde.
Première diffusion : dimanche 1er avril 2007 à 21:40 (câble, satellite et TNT).

Durée : 85'
Auteurs : José Maldavsky, Frédéric Ploquin et Maria Poblete
Réalisateur : José Maldavsky
Production : France 5 / Temps noir
Année : 2006

UNE SECTE NAZIE AU CHILI

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]
PHOTO WORT.LU  
Crimes, tortures, pédophilie, trafic d’armes, esclavage... La Colonia Dignidad est un concentré des pires actes dont est capable l’espèce humaine. Fondée par un ancien nazi, cette colonie a bafoué les droits de l’homme en toute impunité durant près de quarante ans. Dans un documentaire exceptionnel, diffusé dimanche soir sur France 5, le réalisateur chilien José Maldavsky retrace l’histoire de cette «colonie dignité».
En septembre 1961, l’ancien nazi Paul Schäfer s’installe au Chili où il achète un immense domaine. Derrière ce que beaucoup considèrent comme une organisation de bienfaisance se cache une secte nazie et pédophile, entourée de barbelés et de miradors. Face à la caméra, les ex-colons témoignent d’un système esclavagiste, totalement coupé de la société. Pour Hernan Fernandez, avocat des victimes de pédophilie, « c’est le seul exemple dans le monde d’un système entièrement conçu pour satisfaire les perversions sexuelles pédophiles du leader d’une organisation ». Autre caractéristique de la colonie : elle est le relais de la dictature de Pinochet. « La situation stratégique de la colonie et son anticommunisme la conduisent à participer au coup d’État contre Allende le 11 septembre 1973, raconte José Maldavsky. Ensuite, elle devient un camp de tortures pour Pinochet. » Paul Schäfer met au service du dictateur chilien ce qu’il a appris sous Hitler. Durant près de quatre décennies, l’ancien nazi continue ses exactions en toute impunité. Il faudra attendre mars 2005 pour qu’il soit arrêté en Argentine où il s’est réfugié. Il est jugé au Chili et condamné à vingt ans de prison pour abus sur des mineurs. Il fait figure de principal accusé dans le seul procès de la dictature chilienne qui s’ouvrira en France en 2008.

Document à charge, ce film est une suite impressionnante de témoignages : ex-colons, avocats, juges, députés, anciens prisonniers politiques, préfets, colons, etc. Fait exceptionnel, Manuel Contreras, chef de la police secrète de Pinochet et son adjoint Pedro Espinoza, actuellement en prison au Chili, ont accepté de témoigner. «C’est la seule interview accordée par Contreras depuis qu’il est incarcéré, précise le producteur, Tancrède Ramonet. Il a accepté parce qu’à l’époque, il ne supportait plus que Pinochet se dédouane sur lui, il voulait donner sa version des faits.» Il a fallu deux ans d’investigation au réalisateur pour réunir ces témoignages : «Ça a été un travail de fourmi de réussir à tous les convaincre de l’importance de témoigner. Mais la vérité devait sortir.» Pour le réalisateur aussi, ce documentaire sert de thérapie. Journaliste, il a lui-même été emprisonné et torturé dans les geôles de Pinochet : «Ce film m’a permis d’aller au bout d’une situation que j’ai connue. J’ai pu avoir une vraie réflexion et me libérer.» Colonia Dignidad sera diffusée en Suisse, aux États-Unis et au Canada : «Je fais des films pour la planète, conclut José Maldavsky. Il est important que ce film soit vu partout dans le monde, parce que ça peut se reproduire n’importe où. Le fascisme n’est pas mort.»

Colonia Dignidad, une secte nazie au pays de Pinochet, à voir dimanche 1er avril, à 21 h 40 sur France 5 (90 min.).

Marie Barbier