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DEUX GUANACOS COURANT DANS LE DÉSERT DE L’ATACAMA, AU CHILI, EN 2022. PHOTO JON G. FULLER |
Sciences et environnement Chili / Préservation. Un plan pour faire revenir les guanacos dans la cordillère de la capitale chilienne / Braconnage, perte d’habitat, chiens errants… Au Chili, la multiplication des dangers a fait chuter la population de guanacos, camélidés emblématiques de la cordillère des Andes. Pour y remédier, un programme de repeuplement vient d’être lancé dans la région de Santiago, raconte “El País”.
Courrier international Lecture 3 min. Publié le 3 janvier 2026 à 11h52
El País Traduit de l'espagnol
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| COURRIER INTERNATIONAL |
Le guanaco pourrait bientôt faire son retour dans la cordillère de la capitale chilienne. C’est en tout cas l’objectif du projet de repeuplement de ces mammifères dans la région métropolitaine de Santiago. “Si l’on regarde l’histoire des peuples autochtones, que ce soit les Tehuelches ou les autres cultures chiliennes, [cet animal] a toujours été là. Aujourd’hui, on l’associe au nord du pays et à la Patagonie, mais on oublie trop souvent qu’il était bien plus facile d’en apercevoir dans toute la cordillère, il y a de cela trente à quarante ans”, rappelle Cristián Saucedo, directeur de la vie sauvage à la fondation
Rewilding Chile, qui participe à cette initiative.
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Dans les montagnes de la capitale, la population de guanacos, espèce apparentée au lama, à la vigogne et à l’alpaga, ne dépasserait pas 300 et 400 individus éparpillés à l’état sauvage. C’est le mammifère terrestre le plus grand du pays, puisqu’il peut mesurer jusqu’à 2 mètres de long et peser jusqu’à 120 kilos. À l’époque précolombienne, la population totale de guanacos atteignait entre 30 et 50 millions d’individus sur le continent sud-américain. Or, on estime maintenant qu’il en reste moins de 5 %, dont 90 % sont regroupés en Argentine, et les 10 % restants (une population de 300 000 guanacos) au Chili, principalement en Patagonie.
Les initiateurs du projet de repeuplement ont annoncé, début octobre, que seize de ces camélidés ont été transférés dans des sanctuaires naturels qui serviront de centres de reproduction, avant d’être réintroduits dans les montagnes. C’est seulement la première étape du plan élaboré par un important réseau de collaborateurs de l’université du Chili, du Réseau de sanctuaires de la région métropolitaine de Santiago et de la fondation Rewilding Chile, sans compter le soutien d’administrations comme le gouvernement régional de Santiago.
Onze mois et demi de gestation
Le guanaco n’est pas en voie d’extinction, mais son repeuplement pourrait aider à préserver les écosystèmes fragiles qui dépendent en partie de sa présence, comme les plaines, les prairies et les zones humides, affirment les chercheurs qui ont participé au projet. Cristián Saucedo précise :
“Il ne s’agit pas de prendre le premier guanaco venu dans un élevage, de le relâcher dans la cordillère et de croiser les doigts pour que tout aille bien.”
“C’est un processus à long terme qui intègre des étapes bien précises”, insiste-t-il. Au point que les personnes derrière cette initiative assurent qu’elle est inédite. Le plan comprend cinq axes de travail, détaille Benito González, coordinateur du projet et enseignant-chercheur à l’université du Chili. Les voici : le contrôle des menaces qui pèsent sur la faune sauvage, la restauration des écosystèmes, la promotion du tourisme de découverte de la nature, le développement de l’éducation à l’environnement et l’approfondissement du plan de repeuplement à partir des centres de reproduction.
Benito González précise qu’à ce jour, les centres de reproduction comptent une dizaine de guanacos femelles, sachant que l’espèce est capable de mettre bas une fois par an, après une gestation de onze mois et demi. Par la suite, leur nombre devrait augmenter, avant qu’elles ne soient relâchées dans la nature, probablement dans cinq à six ans. “L’objectif à long terme, d’ici une vingtaine d’années, est que les vallées de la région métropolitaine comptent pour la plupart un millier d’individus chacune”, assure Benito González.
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SPÉCIMEN DE GUANACO DANS LA CHAÎNE MONTAGNEUSE CENTRALE DE LA RÉGION MÉTROPOLITAINE (CHILI). FOTO FRANCO DAVICO |
Reproduction en captivité
À ces actions s’ajoutent les mesures de conservation “in situ”, afin de protéger les guanacos dans leur environnement naturel, et celles “ex situ” [hors site], qui concernent la reproduction de ces animaux en captivité, avant qu’ils ne soient relâchés dans des zones stratégiques. Les chercheurs soulignent que le braconnage des guanacos et leur expulsion des zones de pâturage du bétail sont les deux causes principales de la chute drastique de leur population.
Mais ils alertent également sur une autre menace potentielle pour ces animaux au Chili : les chiens errants, qui sont tenus responsables de la baisse du nombre de guanacos dans le nord du pays.
Claudio Orrego, gouverneur de la région métropolitaine de Santiago, insiste sur le fait qu’il s’agit d’une espèce fondamentale pour la capitale chilienne :
“Le guanaco fait partie d’un écosystème plus complexe, qui nous accompagne depuis des années et des années.”
Il tient aussi à mettre en avant les progrès réalisés dans le plan de gestion de la cordillère, avant de conclure : “En somme, [cela revient à] reconnaître que Santiago ne saurait exister sans reconnaître le rôle clé de la montagne.”
Maolis Castro
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