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| JUAN CARLOS MUÑOZ,LE MINISTRE DES TRANSPORTS ET DES TÉLÉCOMMUNICATIONS CHILIEN, LORS D’UNE VISITE DU PORT DE SAN ANTONIO, DANS LA RÉGION DE VALPARAISO (CHILI), LE 24 SEPTEMBRE 2025. RAUL BRAVO/AFP |
INTERNATIONAL / CHILI /Tensions entre le Chili et les États-Unis autour d’un projet de câble sous-marin vers la Chine / Washington a révoqué les visas de trois responsables gouvernementaux chiliens accusés d’avoir « érodé la sécurité régionale » en soutenant un projet de câble sous-marin de fibre optique entre le Chili et la Chine. Porté par l’entreprise China Mobile, il doit relier Valparaiso à Hongkong.
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Le Monde
Par Angeline Montoya Publié hier à 17h30 Temps de Lecture 4 min.
C’est une nouvelle illustration de l’ingérence des États-Unis dans les affaires intérieures d’un pays. Au nom de la « sécurité régionale », Washington a révoqué les visas de trois responsables gouvernementaux chiliens vendredi 20 février. En cause, un projet de câble sous-marin de fibre optique entre le Chili et la Chine, Chile-China Express. La tension entre Washington et Santiago est croissante depuis lors, tandis que l’affaire prend une tournure politique au Chili.
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| CÂBLES SOUS-MARINS : LA GUERRE FROIDE ÉTATS-UNIS-CHINE MENACE L’INTERNET MONDIAL |
► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR
Les dirigeants concernés, a indiqué vendredi 20 février un communiqué du département d’État, « ont sciemment dirigé, autorisé, financé et apporté un soutien substantiel » à des activités ayant compromis des infrastructures critiques. Le secrétaire d’État, Marco Rubio, a précisé sur X que la mesure vise à « protéger la prospérité économique des États-Unis » et « la sécurité dans [leur] hémisphère »
Les trois responsables chiliens visés sont le ministre des transports et des télécommunications, Juan Carlos Muñoz, le sous-secrétaire aux télécommunications, Claudio Araya, et le chef de cabinet de celui-ci, Guillermo Petersen.
La réponse du président Gabriel Boric, qui vit les dernières semaines de son mandat, ne s’est pas fait attendre. Son gouvernement, a-t-il martelé, n’a « jamais réalisé aucune activité » portant atteinte à la sécurité des Etats-Unis ou d’un autre pays. « Nous n’acceptons pas que l’on nous impose des choses sur nos décisions souveraines », a-t-il ajouté.
Réduire la dépendance aux États-Unis
Le projet Chile-China Express, porté par l’entreprise China Mobile, doit relier Valparaiso (un port situé à 110 kilomètres au nord-ouest de Santiago) à Hongkong. Les États-Unis redoutent que le gouvernement chinois puisse accéder aux données transitant par le câble et mener des cyberattaques.
Santiago estime de son côté que le câble offrirait une connexion directe avec l’Asie et réduirait sa dépendance aux États-Unis pour son accès à Internet. Le pays ambitionne de devenir un « hub » numérique régional, avec 33 data centers installés et 34 autres en projet.
L’ambassade de Chine à Santiago a vivement dénoncé les sanctions, dimanche 22 février, accusant les États-Unis de vouloir « maintenir leur monopole sur les télécommunications internationales », et prédisant que, « tôt ou tard, les pays d’Amérique latine finiront par en avoir assez du harcèlement américain ».
La tension est montée d’un cran mardi 24 février, lorsque la porte-parole du gouvernement, Camila Vallejo, a rappelé que le Chili ne prenait pas ses décisions sous la « menace ou la pression ». « C’est ridicule, nous ne menaçons pas », a rétorqué l’ambassadeur américain, Brandon Judd, lors d’une conférence de presse. « Si le Chili veut participer au programme d’exemption de visa (…), a-t-il ajouté, nous devons avoir l’assurance que toutes les informations que nous transmettons au gouvernement chilien vont être protégées. » Le Chili fait partie des 40 pays concernés par le programme Visa Waiver, qui permet d’entrer sans visa aux États-Unis pour quatre-vingt-dix jours.
L’origine du projet de câble sous-marin remonte à 2016, lorsqu’un premier accord avait été signé pour un câble transpacifique reliant Shanghaï à Valparaiso. Mais lors du premier mandat de Donald Trump, Washington avait fait pression pour en modifier le tracé : le câble devait partir d’Australie et non de Chine. En juin 2025, un accord a été conclu avec Google sur le câble « Humboldt », attendu en 2027.
Processus de validation suspendu
En 2025, Pékin est revenu à la charge, avec un projet au départ de Hongkong. Des représentants de China Mobile ont rencontré le sous-secrétaire Claudio Araya et son chef de cabinet, Guillermo Petersen. Aucune information n’a filtré sur l’état des négociations.
Jusque-là, le gouvernement Boric assurait que le câble n’était qu’« en cours d’évaluation ». Mais mardi, le quotidien El Mercurio a révélé que le ministre des transports, Juan Carlos Muñoz, avait signé, le 27 janvier, le décret approuvant la concession à China Mobile pour trente ans, avant d’annuler la signature deux jours plus tard.
Après ces révélations, Juan Carlos Muñoz a expliqué que compte tenu des informations fournies par l’ambassadeur américain sur les risques d’un tel projet avec la Chine, le processus de validation avait été suspendu. Le diplomate américain a, lui, assuré avoir évoqué la possibilité de sanctions lors de ses « multiples » réunions avec les autorités chiliennes ces « deux derniers mois » ; il estime donc que le gouvernement ne devrait donc pas se montrer surpris par la révocation des trois visas. Mercredi, M. Muñoz et le ministre des affaires étrangères, Alberto van Klaveren, ont été convoqués pour s’expliquer devant la commission des affaires étrangères de la Chambre des députés.
Ce n’est pas la première fois que l’administration Trump sanctionne ou menace des responsables latino-américains pour des contrats liés à des entreprises chinoises. En 2021 au Chili, la société française Idemia avait obtenu un contrat pour la fabrication de passeports, après que Washington avait menacé de retirer le Chili du programme Visa Waiver si le marché revenait au consortium sino-allemand initialement retenu.
Un avertissement au futur président
En février 2025, au Costa Rica, les visas d’une quinzaine de responsables politiques, dont l’ex-président et prix Nobel de la paix Oscar Arias, avaient été révoqués pour avoir soutenu l’entreprise chinoise Huawei dans les appels d’offres pour la 5G.
« Le retrait des visas a l’air insignifiant, mais l’enjeu est immense, considère l’économiste et ancien ministre Carlos Ominami. Ça montre que les États-Unis sont prêts à agir durement pour limiter ce qu’ils appellent la présence stratégique de la Chine. Reste à définir ce qui est stratégique. Le lithium et le cuivre le sont, or la Chine y a beaucoup investi. » La Chine est de fait le premier partenaire commercial du Chili : elle est la destination de 40 % des exportations du pays sud-américain, contre seulement 14 % pour les États-Unis.
De nombreux analystes considèrent que l’avertissement américain s’adresse avant tout au président élu, l’ultraconservateur José Antonio Kast – un allié de Donald Trump –, qui prendra ses fonctions le 11 mars. C’est en effet à lui qu’il reviendra de trancher entre la continuité ou l’abandon du projet de câble sous-marin.
Quatre jours avant son investiture, le 7 mars, José Antonio Kast sera à Miami, en Floride, avec plusieurs autres dirigeants de droite de la région, à l’invitation du président américain. Le sommet, baptisé « Bouclier des Amériques », doit aborder les « interférences étrangères dans l’hémisphère », une façon détournée de parler de la Chine. M. Kast commencera ainsi son mandat entre le marteau et l’enclume. « Si on lui demande de choisir Washington plutôt que Pékin, estime M. Ominami, il risque d’être en difficulté avec le patronat chilien, qui a plus d’intérêts avec la Chine qu’avec les États-Unis. »
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| TENSIONS ENTRE LE CHILI ET LES ÉTATS-UNIS AUTOUR D’UN PROJET DE CÂBLE SOUS-MARIN VERS LA CHINE |
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