vendredi, juillet 17, 2026

CHILI / LE SÉNAT APPROUVE LA RÉFORME ÉCONOMIQUE DU PRÉSIDENT


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LE SÉNAT CHILIEN DÉBAT DU PROJET PRÉSIDENTIEL DE
RÉFORME ÉCONOMIQUE À VALPARAISO, LE 15 JUILLET 2026
PHOTO CRISTOBAL BASAURE

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France24
Chili: le Sénat approuve la réforme économique du président / Valparaíso (Chili) (AFP) – Le Sénat chilien a approuvé jeudi la réforme législative proposée par le président d'extrême droite José Antonio Kast pour relancer l'économie via des réductions d'impôt sur les grandes entreprises, des mesures que l'opposition de gauche estime favorables avant tout aux plus riches.

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Il ne reste plus au texte qu'une dernière validation par la Chambre des députés où les partis de droite sont majoritaires.

LE ROBIN DES BOIS DES RICHES
IMÁGEN IA CHATGPT

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

"Le Chili a besoin de croissance et ce projet la rend possible", s'est félicité le ministre des Finances Jorge Quiroz après le vote, intervenu dans la nuit de mercredi à jeudi.

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Le plan prévoit notamment une réduction progressive de l'impôt sur les sociétés, qui passerait de 27% à 23%, soit un niveau proche de la moyenne des pays développés.

"Chaque point de baisse représente 420 millions de dollars de recettes en moins pour l'Etat" , a dénoncé la sénatrice d'opposition Beatriz Sánchez au cours des débats.

Le texte prévoit également un gel des conditions fiscales pendant vingt ans pour les investissements supérieurs à 350 millions de dollars.

Selon l'institut de sondage Cadem, 56% des Chiliens sont opposés à cette baisse des impôts.

UNE PERSONNE MANIFESTE DEVANT LE CONGRÈS NATIONAL À VALPARAISO
AU CHILI PENDANT LE DÉBAT AU SÉNAT SUR UN PROJET DE RÉFORME ÉCONOMIQUE,
LE 15 JUILLET 2026
PHOTO CRISTOBAL BASAURE

La popularité de José Antonio Kast est également en recul, tandis que son gouvernement a revu à la baisse ses prévisions de croissance annuelle, de 4% à 3,5% d'ici à 2030, année de la fin de son mandat de quatre ans.

"Cela n'en vaut pas vraiment la peine. Même s'il peut y avoir davantage d'investissements, il est tout aussi important que l'État dispose de ressources pour la santé, l'éducation et d'autres prestations publiques", a déclaré à l'AFP Ariela Jofré, 21 ans, aide-cuisinière à Santiago.

Autre mesure défendue par le gouvernement malgré les critiques de la gauche : le remboursement des investissements réalisés par les entreprises dont les autorisations environnementales seraient annulées par la justice.

Selon le Fonds monétaire international (FMI), le projet pourrait stimuler la croissance mais les baisses d'impôts et autres mesures d'incitation risquent de peser sur les finances publiques si elles ne sont pas compensées.

© 2026 AFP

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"Hier soir, ils auraient pu voter pour le Chili, mais ils ont élu les 1 % les plus riches.
Ces sénateurs ont approuvé la méga-réforme en faveur des plus fortunés."
Flyer Patipelao 🇨🇱 del


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lundi, juillet 13, 2026

CHILI / DES PIÉTONS PERCUTÉS PAR UN VÉHICULE SUR UN MARCHÉ À VIÑA DEL MAR

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CAPTURE D'ÉCRAN

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 Le Parisien

Chili : des piétons percutés par un véhicule sur un marché à Viña del Mar, au moins six morts et plusieurs blessés / Selon les premiers éléments partagés par les autorités locales, le conducteur du véhicule, qui a été interpellé par les forces de l’ordre ce dimanche, serait un membre de la marine chilienne.

Par Ariel Guez  Le 12 juillet 2026 à 18h22

Terrible drame ce dimanche 12 juillet au Chili. Au moins six personnes ont été tuées et sept autres blessées après avoir été renversées par un véhicule lors d’un marché à Viña del Mar, à l’ouest de la capitale Santiago, ont annoncé les autorités locales. La police chilienne précise que le conducteur a été arrêté.

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« Le conducteur, pour des raisons encore indéterminées, aurait perdu le contrôle de son véhicule » et percuté des piétons en bordure de la foire de Caupolicán, a déclaré le colonel Jorge Guaita, des Carabiniers de la préfecture de Viña del Mar, dans un message à l’AFP.

Dans un communiqué, la marine chilienne a indiqué que le conducteur était l’un de ses membres qui « n’était pas en service » et « conduisait un véhicule privé ». Les faits se sont produits sur une avenue située au nord de la ville, selon cette source.

LA MAIRESSE MACARENA RIPAMONTI

Une enquête ouverte

Alors qu’une enquête a été ouverte par la police locale pour déterminer les circonstances du drame, la marine chilienne ajoute avoir « ordonné l’ouverture d’une procédure administrative interne » après cet « accident grave ».

La marine chilienne « exprime ses plus sincères condoléances aux familles et aux proches des victimes », peut-on également lire.

Viña del Mar est une cité balnéaire située au centre du Chili, dans la région de Valparaíso, à environ 110 km à l’ouest de la capitale Santiago.

Sur Instagram, la maire de cette ville de 330 000 habitants, Macarena Ripamonti, a annoncé que la municipalité va engager des « poursuites judicaires », précisant avoir récupéré des images de vidéosurveillance.

Les secours ont été rapidement dépêchés sur place, assure la ville de Viña del Mar. Macarena Ripamonti, qui a adressé ses condoléances aux familles des victimes, a affirmé que la municipalité « sera aux côtés » des habitants.

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samedi, juillet 11, 2026

CHILI : ANNIVERSAIRE DE LA NATIONALISATION DU CUIVRE

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« Journée de la dignité nationale | Le 11 juillet 1971,
 le Congrès national du Chili a approuvé à l'unanimité
la nationalisation et la mise sous contrôle de l'État du cuivre,
ce qui a été reconnu comme un véritable acte de dignité,
de souveraineté et de justice sociale pour notre pays. »

FLYER COMMÉMORATIF DU PCCh 

55ème ANNIVERSAIRE DE LA NATIONALISATION DU CUIVRE 
« JOURNÉE DE LA DIGNITÉ NATIONALE » 
 1971 -11 JUILLET- 2026

 « NUESTRO COBRE » 


 DU  COMPOSITEUR EDUARDO YAÑEZ BETANCOURT,
 PARU DANS L'ALBUM «LA MARCHE ET LE DRAPEAU. ANTHOLOGIE DE CHANSONS INÉDITES » 
ENREGISTRÉ À PARIS FRANCE EN 1977, DANS LES ÉTUDES PATHÉ MARCONI-EMI 
SOUS LE LABEL: DICAP ‎– 2C 150-99461 /2. LE THÈME « NUESTRO COBRE» 
FUT ENREGISTRÉ EN PUBLIC À L'OLYMPIA, LE 15 SEPTEMBRE 1973. 

 ANNIVERSAIRE DE LA NATIONALISATION DU CUIVRE
AFFICHES DE L’UNITÉ  POPULAIRE
 

L11 juillet 1971, l’État chilien prend le contrôle de la quasi-totalité de l’industrie minière, dont le cuivre, et de toutes les activités stratégiques comme la métallurgie. C’est la nationalisation décidée par le gouvernement de l'Unité populaire de Salvador Allende avec le soutien de tous les groupes politiques du Parlement chilien, et votée à l'unanimité au Congrès lors d’une séance historique. Le 11 juillet 1971 est nommé depuis au Chili « la journée de la Dignité Nationale ».


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 ANNIVERSAIRE DE LA NATIONALISATION DU CUIVRE
AFFICHES DE L’UNITÉ  POPULAIRE 

vendredi, juillet 10, 2026

LE LEADER DES CHICAGO BOYS

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BANNIÈRE WEB


Le leader des Chicago boys / 
Patricia Arancibia Clavel et Francisco Balart Páez, Sergio de Castro : arquitecto del modelo económico chileno, Providencia, Ediciones Universidad Finis Terrae / 
Ministre de l’Économie puis des Finances (1975-1982) d’Augusto Pinochet, Sergio de Castro a été l’un des principaux cadres civils de la dictature chilienne. Il est l’artisan de la première application des mesures néolibérales à l’échelle internationale.

 Télécharger l'article : PDF   néolibéralisme , extrême droite , Chili

par Damien Larrouqué, le 9 juillet 2026

Initialement paru en 2007, cet ouvrage a fait l’objet d’une seconde édition en mai 2025 à la suite du décès, un an plus tôt, de Sergio de Castro, l’un des principaux hiérarques civils de la dictature chilienne (1973-1990). Par l’entremise de ce personnage controversé, le livre nous offre une entrée inédite dans les rouages de la junte pinochétiste et nous décrit, par le menu, le processus par lequel le Chili s’est converti au néolibéralisme autoritaire. Aussi propose-t-il une lecture complémentaire à l’investigation magistrale menée par Manuel Gárate Château dans le cadre de sa thèse de doctorat soutenue à l’Ehess en 2010, traduite en espagnol deux ans plus tard et plusieurs fois rééditée [1].

PREMIÈRE DE COUVERTURE DE "SERGIO DE CASTRO"
ARQUITECTO DEL MODELO ECONÓMICO CHILENO

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Bâti essentiellement sur des entrevues avec l’intéressé et citant d’autres ouvrages à caractère testimonial (mémoires, entretiens et essais d’acteurs politiques), ce récit n’est pas à proprement parler une biographie. Sur le fond d’une part comme sur la forme d’autre part, il souffre d’au moins deux faiblesses, mais qui n’enlèvent rien à son intérêt.

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Une analyse partiale, d’allure inachevée, mais éclairante

Publié par les presses de l’université Finis Terrae – laquelle est administrée par la très conservatrice Congrégation des légionnaires du Christ, l’ouvrage s’avère relativement orienté au niveau idéologique, sans pour autant manquer d’objectivité scientifique. Les deux auteurs, Patricia Arancibia et Francisco Balart, respectivement docteure en histoire de l’université Complutense de Madrid et professeur de droit public à l’Université du Chili, font montre d’une grande rigueur dans la restitution des faits, tout en entretenant une certaine complaisance envers la figure et le rôle qu’a joué Sergio de Castro (1930-2024) dans les premières années de la dictature. Aussi ont-ils choisi de confier la préface de la première édition à Pablo Baraona, qui fut son collègue économiste, également formé au monétarisme à l’université de Chicago, et qui lui a succédé au ministère de l’Économie en décembre 1976.

Concernant l’architecture de l’ouvrage, elle s’avère étonnamment bancale, car elle se révèle, en quelque sorte, tronquée. Et pour cause, la trajectoire académique et institutionnelle relatée s’interrompt au milieu des années 1980. En somme, seule la première moitié de la vie de celui qui fut notamment ministre de l’Économie (1975-1976) puis des Finances de Pinochet (1976-1982) nous est ici retracée. L’ouvrage se termine avec son départ du gouvernement, consécutif à la crise économique qui frappe le Chili en 1982 et lors de laquelle il s’est refusé à cautionner des mesures contre-cycliques, impliquant le retour à un interventionnisme honni. À l’aune de ce portrait intellectuel, Sergio de Castro apparaît comme un partisan obtus du laisser-faire, qui n’a juré jusqu’au bout que par les mécanismes de marché [2].

Chacun pour soi et Dieu pour tous

Futur adepte d’un darwinisme économique et social forcené, Sergio de Castro se forge dès la naissance la conscience que la vie est une compétition de tous les jours. Né à Santiago le 30 janvier 1930, au cœur de l’été austral, avec deux mois d’avance, ce grand prématuré est le puîné d’une fratrie de trois garçons. Élevé dans la foi catholique, Sergio grandit entre la ville minière d’Oruro et La Paz en Bolivie, où son père est directeur d’une entreprise d’import-export de produits britanniques. Scolarisé au collège jésuite San Calixto, il raconte une enfance heureuse et bagarreuse, dont l’un des jeux les plus amusants consiste, avec ses camarades, à pousser dans le dos les cholitas (femmes autochtones) pour leur faire dévaler les pentes abruptes de la capitale bolivienne – ce qui en dit long sur la très grande considération qu’il porte, dès le plus jeune âge, aux plus faibles que lui...

Doué pour les études mais fainéant, il achève sa scolarité dans une école anglaise à Santiago, où il se confesse les vendredis, rend les coups sur les terrains de rugby les samedis et assiste à la messe les dimanches. Après une année à l’Université de Colombie-Britannique à Vancouvert, il est contraint de rentrer au Chili, en septembre 1950, suite au décès de son père. Il tente alors de reprendre le négoce familial, mais faute de formation et de contacts, l’entreprise périclite. En reprise d’études, Sergio s’inscrit, en mars 1951, dans la filière d’ingénierie commerciale de l’Université du Chili. Mais rapidement, l’impétueux jeune homme déchante. La forte politisation de ses camarades l’exaspère.

Dès l’année suivante, il renonce à l’Université publique pour rejoindre l’Université catholique (UC), pourtant bien moins prestigieuse à l’époque. Qui plus est, en marge du Droit, de la Médecine ou de l’Architecture, la faculté de Commerce et de Sciences économiques de l’UC compte parmi les filières les moins courues. Outre la doctrine sociale de l’Église, on y enseigne à l’époque « l’économie domestique » qui consiste – rapporte-t-il avec ironie – « à vérifier si le prix des tomates du marché était plus ou moins cher que celui de l’épicerie » (p. 51). Le raisonnement scientifique « brillait par son absence » (p. 51).

À la faveur de l’accord qui est signé entre l’UC et l’Université de Chicago au milieu des années 1950 – et dont les tenants et aboutissants ont déjà fait l’objet de nombreux travaux universitaires [3], de Castro part se former dans l’Illinois, sous la tutelle de l’économiste hispanophone Arnold Harberger (aujourd’hui âgé de 101 ans), lequel devient le mentor de cette première cohorte de jeunes économistes aux dents longues qu’il surnomme « les tigres ». Leur appétit est vorace. Aux côtés de Pablo Baranoa ou Arturo Fontaine, de Castro scelle un pacte : inspirés par les enseignements de Milton Friedman, Friedrich Hayek, Theodore Schultz, Georg Stigler ou encore Gregg Lewis, ils se promettent de transformer le Chili sur la base d’une rupture paradigmatique avec le keynésianisme alors triomphant.

   Le président du CEP, Jorge Cauas, a participé à la conférence de
bienvenue « Fondements d’un système social libre » en avril 1981.
Parmi les participants figuraient Friedrich Hayek, Theodore Schultz,
Ernst Mestmäyer et Chiaki Nishiyama.
(Centro de Estudios Públicos via Wikimedia Commons)

Des amphithéâtres universitaires aux arcanes militaires

Pendant plus de dix ans, ceux qui se font bientôt appeler les « Chicago Boys » prêchent dans le désert. Le caractère disruptif de leur diagnostic anti-étatique et de leur solution pro-marché rebutent d’autant plus au Chili que sa capitale accueille, depuis 1948, la fameuse Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPAL), une structure onusienne qui défend un développementalisme piloté par les pouvoirs publics. Au-delà de quelques think tanks internationaux qui gravitent dans l’orbite de la fameuse Société du Mont Pèlerin, peu nombreux sont les spécialistes à se réclamer d’un nouveau modèle macroéconomique. Du reste, on ne parle pas encore de néolibéralisme [4]. Cet isolement académique se manifeste au sein même de l’UC, où le département d’économie, dirigé par de Castro à partir de 1965, quitte physiquement le siège historique situé au cœur de Santiago pour s’installer deux ans plus tard dans un couvent excentré, désormais connu comme le « campus San Joaquin ».

Lors de la campagne électorale de 1970, les économistes de l’UC se rapprochent du candidat conservateur Jorge Alessandri, qu’ils ne parviennent cependant pas à convaincre du bien-fondé de leurs propositions hétérodoxes. Chef de file de l’Unité populaire, Salvador Allende l’emporte sur un projet de gauche radicale. Financées en sous-main par la CIA, les organisations patronales engagent alors un travail de sape contre le gouvernement socialo-communiste. La situation économique se dégrade, le déficit budgétaire explose et l’inflation atteint des pourcentages à trois chiffres. Fin 1972, de Castro et ses acolytes commencent la rédaction d’un programme de libéralisation drastique connu comme « La Brique » (El Ladrillo) [5], qu’ils finalisent quelques semaines avant le coup d’État militaire, perpétré le 11 septembre 1973.

Dès le 14 septembre, le professeur est sollicité pour devenir conseiller de l’officier désigné ministre de l’Économie. C’est le début de son ascension météoritique au sein de la junte. Sa première mesure consiste à s’attaquer au contrôle des prix, qui s’exerçait alors sur quelque 3500 biens et services. Alors que ses collègues prennent les rênes de l’ODEPLAN, le département de planification d’où ils s’attèlent à la libéralisation économique, les étudiants qu’il a formés rejoignent de nombreux ministères et entreprises publiques, avec pour mission de réaliser un audit général sur la base duquel sabrer massivement dans les dépenses et résorber un déficit public abyssal. À la manière d’un Elon Musk et son DOGE avant l’heure, de Castro met sur pied ce que l’on surnomme « la patrouille juvénile » en charge de démanteler le colosse bureaucratique.

En avril 1975, face à une crise économique qui perdure, le dictateur Pinochet abandonne les vues développementalistes en vogue dans l’état-major et cède sa confiance à l’impétueux leader des Chicago Boys. De Castro est nommé ministre de l’Économie (avril 1975) puis des Finances (décembre 1976). Sous sa férule, le Chili se transforme en laboratoire du néolibéralisme : ouverture aux capitaux étrangers, stricte discipline budgétaire, réduction d’impôts sur les sociétés, privatisation massive (dans les transports, l’industrie lourde et le secteur bancaire notamment), fin du système de retraite par répartition, et surtout marchandisation de biens fondamentaux, tels que la santé, l’éducation ou encore l’eau.

«Ce n'est pas la sécheresse, c'est le pillage.»
 GRAFFITI SUR UN MAISON À PETORCA, RÉGION DE VALPARAISO, 2021 

Au début des années 1980, le « miracle économique chilien » prend bientôt des allures de mirage. Alors que la hausse du taux d’intérêt directeur aux États-Unis a renchéri le prix du dollar et provoqué une onde de choc sur les marchés internationaux, la libéralisation de l’activité bancaire a entraîné une explosion de l’endettement privé dans le pays. Cette croissance artificielle se solde par une série de faillites. Si de Castro défend une régulation renforcée des entités financières et accepte le principe d’une recapitalisation (novembre 1981), en bon économiste monétariste qu’il est, il refuse catégoriquement de dévaluer et milite pour supprimer le salaire minimum. Son mentor, Milton Friedman, reçu pour une seconde visite à Santiago au même moment, le conforte dans sa position. Mais son intransigeance agace au sein de la junte, qui craint un retournement de l’opinion publique face au marasme économique qui s’installe. Après avoir tenu tête pendant plusieurs semaines à Pinochet, de Castro lui remet sa démission en avril 1982. Entraînant dans son sillage un regain d’inflation, la dévaluation tant décriée approfondit la crise, ainsi que le déplorent les auteurs (p. 363 et suivantes).

L’influence posthume

L’ouvrage se conclut sur le retour en grâce des solutions néolibérales, à la faveur de la nomination, trois ans plus tard, d’, unHernán Büchi « vrai-faux » Chicago Boys (formé à Columbia, mais friedmanien par conviction, et artisan entre autres de la réforme des retraites par capitalisation).

Quant à de Castro, une brève recherche sur internet nous apprend qu’après son départ du gouvernement, l’économiste retourne aux affaires, prenant notamment la tête d’un fonds de pension puis de la banque Edwards, l’une des principales entités financières du Chili.

Depuis la transition démocratique, son héritage académique, économique et institutionnel, comme celui des Chicago Boys dans leur ensemble, n’a jamais été aussi valorisé. Un certain Miguel Kast a été son élève à la UC puis formé, comme lui, à Chicago, à partir de 1971 [6]. Le flambeau du néolibéralisme autoritaire dont ils se sont tous deux réclamés a aujourd’hui été repris par le petit dernier de la fratrie Kast, José Antonio de son prénom, l’actuel président d’extrême droite élu en novembre 2025 [7]. Au-delà de la figure de Pinochet, le spectre de la dictature militaro-civile plane toujours sur le Chili, tel un condor aux griffes macroéconomiques se repaissant de la carcasse de l’État.

Patricia Arancibia Clavel et Francisco Balart Páez, Sergio de Castro : arquitecto del modelo económico chileno, Providencia, Ediciones Universidad Finis Terrae, 2025, 392 p.

par Damien Larrouqué, le 9 juillet


Notes :
[1] Manuel Gárate Chateau, La revolución capitalista de Chile (1973-2003), Santiago, Ediciones Universidad Alberto Hurtado, 2012, 589 p. Pour plus de renseignements, lire la recension que lui a consacrée Stéphane Boisard pour les Cahiers d’Amérique latine (n°74, 2014, p.199-203).

[2] Lors de l’éruption sociale d’octobre 2019, il déclarait encore dans la presse que le «  système se défend lui-même  » et qu’un «  modèle sans développement économique aurait été bien pire encore  ». Cf. Damien Larrouqué, «  Introduction. Le Chili s’est réveillé… et après  ?  », IdeAs, n°15, 2020, note n°2.

[3] Voir notamment : Juan Gabriel Valdés, Pinochet’s Economists : The Chicago School of Economics in Chile, Cambridge, CUP, 1995 & Sebastian Edwards, The Chile Project : The Story of the Chicago Boys and the Downfall of Neoliberalism, Princeton, PUP, 2023.

[4] Pour une mise en perspective historique, lire Quinn Slobodian, Les Globalistes : une autre histoire du néolibéralisme, Seuil, 2022.

[5] Comme l’écrivent les auteurs, ce tapuscrit imprimé sur du papier de mauvaise qualité à quelques dizaines d’exemplaires, est devenu un «  objet de culte  », que «  presque personne n’a lu  » (p.148). Il est néanmoins distribué auprès des membres de la junte qui en font deux ans plus tard, sous l’impulsion des Chicago Boys, leur programme macroéconomique. Ce document est téléchargeable sur le site du Centre d’études politiques, un think tank néolibéral, qui a notamment eu Hayek pour président d’honneur. Pour plus d’informations sur les relais hayékiens dans le pays, lire : Damien Larrouqué, «  Le savant sans le politique : La conception hayékienne de l’action publique au Chili  », Terrains/Théories, n°16, 2022.

[6] José del Pozo Artigas, Diccionario histórico de la dictadura cívico-militar en Chile, Santiago, LOM Ediciones, 2018, p. 102-103.

[7] Pour plus de renseignements, lire : Stéphanie Alenda et Damien Larrouqué, «  José Antonio Kast au pouvoir au Chili : un tournant symptomatique d’une radicalisation droitière en Amérique latine  », The Conversation, 24 mars 2026 [https://doi.org/10.64628/AAK.k3vjhqhes]

jeudi, juillet 09, 2026

LA FRANCE ET LE CHILI, UNE HISTOIRE ANCIENNE MAIS TOUJOURS BIEN VIVANTE

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La France et le Chili, une histoire ancienne mais toujours bien vivante / Contrairement à d’autres communautés européennes, les Français ne se sont jamais concentrés dans une seule région ni autour d’une activité particulière. Leur empreinte est plus diffuse mais elle n’en est pas moins profonde. Le Chili est sans doute l’un des pays d’Amérique latine où l’héritage français demeure le plus vivace. Les estimations évoquent plusieurs centaines de milliers de chiliens d’ascendance française. Au fil des générations, cet héritage continue de s’exprimer et de se transmettre à travers les histoires familiales, les prénoms ou encore l’intérêt pour la langue et la culture française.

Hanane Bitam 8 juillet 2026 Temps de lecture 6–9 minutes

Qu’en est-il des Français présents aujourd’hui au Chili ?

Ils sont environ 9500 inscrits au registre consulaire. En réalité, la communauté française est généralement estimée entre 10 000 et 15 000 âmes. Leurs pas les portent aux quatre vents dans ce pays couché entre la cordillère des Andes et l’océan Pacifique. Leur présence est toutefois particulièrement marquée à Santiago et dans la région de Valparaíso. Ils travaillent dans les principaux secteurs d’activité traditionnels, comme l’agriculture, l’industrie du cuivre, l’enseignement, le service public. Nombre d’entre eux sont également employés par les quelque 300 entreprises françaises implantées au Chili, dont plusieurs occupent une place de premier plan dans des secteurs stratégiques de l’économie chilienne, témoignant ainsi de la solidité des liens économiques entre les deux pays. Cette communauté rassemble aujourd’hui des profils très variés : expatriés, étudiants, binationaux mais aussi des Français installés depuis de nombreuses années. Les binationaux constituent de véritables passerelles entre les deux cultures, contribuant ainsi à la transmission de la langue et de la culture françaises. Évoluant naturellement entre les deux univers, ils contribuent à faire vivre ce lien au quotidien, que ce soit dans l’enseignement, le monde professionnel ou les échanges culturels.

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Cette communauté française qui ne date pas d’hier

Entre 1840 et 1940 plus de 25000 Français se sont installés au Chili où ils ont notamment contribué au développement du commerce et de la viticulture. Leur implantation était particulièrement visible dans la région de Valparaiso, où se trouvent plusieurs des grandes vallées viticoles chiliennes. Et pour cause ! Plus d’un siècle plus tard cet héritage reste bien vivant. Il n’est d’ailleurs pas rare d’y croiser des chiliens prénommés Alexis ou Mathieu, descendants de ces familles françaises dont les racines continuent de traverser les générations.

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Cette relation historique perdure, et trouve un prolongement contemporain avec l’adhésion du Chili en 2024 à l’Organisation internationale de la Francophonie. La chambre de commerce franco-chilienne, fondée il y a plus de 140 ans, témoigne elle aussi de la solidité et de l’ancienneté de ces relations. Ce lien s’appuie sur un important réseau d’institutions françaises présent dans tout le pays : ambassade, 7 agences consulaires, 6 Alliances françaises et de nombreux établissements scolaires. Le lycée français de Santiago accueille plus de 5000 élèves dont un tiers ont au moins un parent français. Nous y reviendrons un peu plus bas dans cet article.

Le domaine universitaire n’est pas en reste. Les échanges entre les deux nations, particulièrement développés, illustrent eux aussi cette proximité, avec plus de 6000 accords entre établissements. Cette dynamique se reflète dans la mobilité étudiante : La France est de nos jours le quatrième pays d’accueil des étudiants chiliens.

Des pompiers et une amitié

Parmi les héritages les plus singuliers et insolites figure la quatrième compagnie de pompiers de France de Santiago appelée tout simplement Pompe. Fondée en 1863 elle perpétue la mémoire et les traditions de la communauté française et conserve les traditions des sapeurs-pompiers de Paris. Étroitement liée aux pompiers de l’Hexagone, elle est présente à tous les événements officiels français: le 14 Juillet, le 11 Novembre, ainsi qu’à la Sainte-Barbe, patronne des sapeurs-pompiers. Tout ceci rappelle que les liens entre la France et le Chili ne relèvent pas uniquement de l’histoire.

 DÉLÉGUÉS BOMBEROS ET FRANÇAIS POSANT ENSEMBLES
© MARINE NATIONALE

Aujourd’hui, la présence française au Chili s’inscrit dans une dynamique de coopération économique, éducative, culturelle, scientifique et militaire, portée par un réseau d’institutions actives sur le terrain. Dans un contexte national en constante évolution marqué par des débats sociaux et des ajustements réguliers des politiques migratoires et, plus largement, par une identité nationale qui semble plus que jamais en quête de définition, les Français installés dans le pays évoluent actuellement dans un environnement administratif et social qui exige une capacité d’adaptation permanente.

Un maillage institutionnel et associatif particulièrement actif

Si la présence française au Chili est aussi vivace, elle le doit en grande partie à un réseau institutionnel, éducatif et culturel d’une densité exceptionnelle. Avec près de 20 000 apprenants répartis à travers le pays, le français s’impose aujourd’hui comme la seconde langue étrangère la plus enseignée après l’anglais. Cette vitalité s’appuie sur le plus grand réseau de lycées français d’Amérique latine, comme évoqué plus haut, au Chili, on trouve six établissements homologués ou partenaires de l’AEFE qui accueillent environ 7 300 élèves et mobilisent 600 enseignants. Du Lycée Antoine de Saint-Exupéry de Santiago au Lycée Charles de Gaulle de Concepción, en passant par Viña del Mar (Jean d’Alembert), Curicó (Jean Mermoz), Osorno (Claude Gay) et La Serena (Frédéric Mistral), ces structures constituent de véritables pôles d’excellence bilingue, complétés par des établissements chiliens d’élite labellisés LabelFrancÉducation comme le Colegio La Girouette.

Au cœur de cette diplomatie d’influence, l’Institut Français du Chili, établi dans le quartier de Providencia à Santiago, rassemble à lui seul plus de 1 100 étudiants en français langue étrangère et coordonne huit centres d’examens officiels (DELF, DALF, TCF). À ses côtés, six Alliances Françaises relient les territoires, du nord au sud jusqu’au milieu du Pacifique : Antofagasta, La Serena, Concepción, Valdivia, Osorno et Rapa Nui (Île de Pâques), regroupant près de 900 apprenants fidèles.

Le tissu associatif : entraide, accueil et convivialité au quotidien

Au-delà des institutions officielles, la vie de la communauté s’articule autour d’un tissu associatif dense, solidaire et chaleureux. Les nouveaux arrivants trouvent un point d’ancrage incontournable auprès de Santiago Accueil (membre du réseau international FIAFE). Avec son livret d’accueil de 150 pages, ses permanences juridiques et immobilières mensuelles et son traditionnel « Café Rencontre » organisé chaque premier jeudi du mois, l’association facilite l’intégration pratique et sociale de centaines de familles.

Dans le quartier de Las Condes, la Maison de France abrite l’Union des Français du Chili (UFC), véritable carrefour communautaire qui propose régulièrement des cycles de conférences thématiques et des soirées culturelles. La tradition historique de solidarité ne se dément pas non plus : l’Aide Française et les Dames françaises de la Bienfaisance veillent sur les compatriotes les plus vulnérables, en gérant notamment la maison de retraite Hogar Francés et en finançant des œuvres caritatives. À Valparaíso, la Société Française de Bienfaisance, fondée en 1856, perpétue cette même vocation d’entraide tout en hébergeant la bibliothèque multimédia de l’Alliance Française locale. Enfin, des structures d’échanges ciblées telles que l’ACFI (Association Franco-Chilienne d’Ingénieurs et professionnels), l’ADFE – Français du Monde ou encore l’Association d’Amitié France-Chili viennent enrichir ce dialogue permanent entre les deux sociétés.

LA MAISON DE FRANCE AU CHILI
©UNION DES FRANÇAIS DU CHILI

Fréquentation, actions récentes et rendez-vous à venir

La fréquentation soutenue de ces espaces témoigne d’un engouement qui dépasse largement le seul cercle des expatriés : binationaux, étudiants chiliens et passionnés de culture francophone s’y retrouvent tout au long de l’année.

Sur le plan de l’actualité et des actions immédiates, le calendrier franco-chilien est rythmé par plusieurs temps forts fédérateurs. Après le succès annuel du Festival de la Francophonie au mois de mars (qui rassemble ambassades, lycées et public autour de cycles de cinéma et de salons thématiques), le printemps et l’hiver austral font place au Concours National d’Art Oratoire en français (d’avril à septembre), mettant en lumière l’éloquence de la jeunesse chilienne. En fin d’année, le mois de novembre mobilise l’ensemble du réseau autour de la Semana del Francés en Chile, avec la célébration de la Journée Internationale des Professeurs de Français et le populaire Concours de la Chanson Francophone. Pour capter de nouveaux publics, l’Institut Français et ses partenaires ont récemment multiplié les formats innovants : lancement du webzine collaboratif REF (rédigé par les étudiants de tout le pays), diffusion de séries courtes sur les réseaux sociaux (En 90 secondes, La Palabra a los Profesores de Francés) et essor de podcasts universitaires natifs animés par les étudiants eux-mêmes, tels que Le Fragnol (Université de Concepción) et Ruta Francófona (Université Bernardo O’Higgins).

Notons qu’au quotidien, les associations maintiennent une dynamique continue avec des ateliers en journée, galas caritatifs des Dames de la Bienfaisance, déjeuners mensuels de sociétaires sur la côte (Viña del Mar/Valparaíso) et accueils personnalisés préparés par Santiago Accueil.

Ces initiatives concrètes garantissent que la relation franco-chilienne s’incarne chaque jour dans l’action, l’entraide et le partage. Bien au-delà des chiffres et des institutions, cette présence continue de s’inscrire dans le quotidien et le paysage chilien, preuve qu’au Chili, l’histoire franco-chilienne ne se raconte pas seulement au passé. Elle continue de se réinventer loin des grandes évidences.

Auteur/Autrice Hanane Bitam

Ingénieure de formation et entrepreneure par goût des projets, Hanane cultive une passion de longue date pour l’écriture, la littérature et l’histoire. Polyglotte, enseignante et grande voyageuse, elle s’intéresse aux histoires humaines qui se cachent derrière les frontières et explore les territoires à travers leurs habitants, leurs cultures et les liens qu’ils tissent entre eux.


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mardi, juillet 07, 2026

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samedi, juillet 04, 2026

CHILI / CONDAMNATION HISTORIQUE D’UN JUGE ET D’UN CHEF DU RENSEIGNEMENT MILITAIRE POUR AVOIR ESPIONNÉ LE JOURNALISTE MAURICIO WEIBEL

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MAURICIO WEIBEL BARAHONA
 

 

Logo RSF
Chili : condamnation historique d’un juge et d’un chef du renseignement militaire pour avoir espionné le journaliste Mauricio Weibel / Le 30 juin, la justice chilienne a condamné l’ancien juge Juan Antonio Poblete et l’ancien directeur du renseignement de l’armée, le général à la retraite Shafik Nazal, à cinq ans de prison ainsi qu’à la privation définitive de leurs droits civiques pour avoir mené une opération d’espionnage illégal contre le journaliste d’investigation Mauricio Weibel. Reporters sans frontières (RSF), qui a suivi de près toute la procédure judiciaire, salue cette décision qui constitue un précédent historique pour la liberté de la presse. Enquêter sur la corruption ne doit jamais faire d’un journaliste une cible de la surveillance de l’État. Cette condamnation envoie un signal fort au Chili et à toute la région : les outils du renseignement existent pour protéger la société, non pour intimider la presse ni pour couvrir des réseaux de pouvoir. Cette décision doit ouvrir la voie à un réexamen approfondi des mécanismes de contrôle démocratique des services de renseignement et de la protection effective des journalistes qui enquêtent sur la corruption. RSF salue cette décision et appelle l’État chilien à garantir des réparations, un contrôle effectif des services de renseignement, mais également à ce que cela ne se reproduise plus.

Artur Romeu Directeur du bureau Amérique latine de RSF

Le journaliste d’investigation chilien et ancien correspondant de RSF de 2012 à 2016 Mauricio Weibel a été illégalement espionné en 2017 alors qu’il enquêtait sur des fraudes massives liées aux achats d’armes et aux fonds secrets du ministère de la Défense. Ses enquêtes ont permis à l’État chilien de récupérer près de 4,5 milliards de dollars (soit près de 4 milliards d'euros) et ont conduit à l’ouverture de procédures pénales contre des centaines de militaires. L’opération, connue sous le nom d’“Opération W”, a eu recours à de fausses ordonnances judiciaires afin d’intercepter illégalement ses communications.


VITRAIL ALLEGORIQUE DE LA JUSTICE QUI ORNE 
LE PALAIS DES TRIBUNAUX A SANTIAGO DU CHILI

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

Pour dissimuler le fait que la cible était un journaliste, l’ordonnance mentionnait le numéro de téléphone de Mauricio Weibel, mais sous l’identité d’une femme bolivienne faussement accusée d’être une agente étrangère. Après six années d’enquête, l’ancien juge Juan Antonio Poblete et l’ancien directeur du renseignement de l’armée, le général à la retraite Shafik Nazal, ont reconnu les faits dans le cadre d’une procédure abrégée devant le septième tribunal de garantie de Santiago – tribunal pénal chilien chargé de garantir les droits des prévenus et des victimes, de contrôler la légalité des arrestations et d'autoriser les mesures d'instruction.

À la suite du jugement, Mauricio Weibel a déclaré aux médias que cette décision envoyait un signal “non seulement au Chili, mais aussi au monde entier”, rappelant que celles et ceux qui exercent le journalisme d’investigation “ne peuvent être ni attaqués, ni placés sous enquête, ni persécutés” pour avoir révélé des informations d’intérêt public.

Au cours de l’audience, la procureure Ximena Chong a souligné que la loi sur le renseignement n’autorise des mesures intrusives que dans des limites strictes, liées à la sécurité nationale ou à la criminalité organisée. Lorsque ces prérogatives sont utilisées à d’autres fins – notamment pour obtenir des informations sur des journalistes –, elles doivent faire l’objet d’enquêtes et être sanctionnées.

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La justice chilienne a condamné ce mardi l'ancien président
 de la Cour d'appel de Copiapó, Juan Poblete,
ainsi que le général à la retraite Shafik Nazal,
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