[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

VIOLETA PARRA AU CONSERVATOIRE D'HELSINKI,
LE 1ER AOÛT 1962.
PHOTO YRJÖ LINTUNEN
[ Cliquez sur la flèche pour Écouter le podcast ]
Écouter - 08:08
RFI Cet été, « Des refrains pour l'histoire » revient pour une deuxième saison. Le principe est simple : raconter la grande Histoire à travers des chansons populaires devenues des repères collectifs. Derrière chaque morceau se cache un événement, une époque, un fait de société ou un pan de mémoire que ces chansons ont contribué à transmettre. Aujourd'hui, Natalia Olivares de la rédaction en espagnol de RFI nous emmène au Chili, où la chanteuse et poétesse Violeta Parra composa une chanson qui allait devenir un hymne des révoltes sociales, une chanson de résistance à la dictature dans toute l'Amérique latine.
RFI Publié le : 30/08/2026 - 08:18
![]() |
| VIOLETA PARRA |
Le Chili des années 50. Un pays fait de chaînes de montagnes et de mer interminables, de villages andins, de forêts millénaires, de mines de cuivre et de profondes inégalités sociales. D'un côté les élites urbaines, de l'autre, les paysans, les mineurs, les travailleurs qui font tourner l'économie mais dont personne ne raconte vraiment l'histoire. Personne, sauf une femme : Violeta Parra.
![]() |
| VIOLETA PARRA - HEBDOMADAIRE « ECRAN » N° 1196 - DU 22 DÉCEMBRE 1953 |
► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR
Sans elle, une partie de la mémoire populaire chilienne aurait sûrement disparu. Fille de paysan et de professeurs d’un petit village, alors que tout le monde regarde vers la modernité, elle fait exactement l'inverse. Elle, elle veut être libre, elle veut comprendre et ressentir. Elle prend le large avec sa guitare à 14 ans. Elle traverse, seule, le pays. Elle enregistre les chansons des campagnes, les histoires des villages, les mélodies, les voix du territoire. Elle comprend que la culture, c'est du pouvoir.
![]() |
« GRACIAS A LA VIDA » FUT ENREGISTRÉE POUR LA 1ÈRE FOIS EN 1966 SUR L'ALBUM LAS ÚLTIMAS COMPOSICIONES, LE DERNIER ALBUM PUBLIÉ PAR VIOLETA PARRA AVANT SON SUICIDE EN 1967 |
Violeta Parra engagée et contestataire impose le folklore dans les musées. Elle est la première artiste latino-américaine à exposer au Louvre, à Paris. Ses céramiques, ses peintures et ses broderies deviennent un récit d’histoire. Et nous voilà en 1966, quand Violeta Parra écrit « Gracias a la Vida ». À la première écoute, on a l'impression d'entendre une chanson légère et optimiste avec les notes du charango, la guitare traditionnelle des Andes. L'album s'appelle Ultimas composiciones, dernières compositions.
Merci à la vie, merci pour les yeux, merci pour les sons, merci pour les mots, mais non, cette chanson n'est pas légère et optimiste. Elle remercie la vie alors que tout va mal. Violeta traverse une période noire : la rupture avec l'amour de sa vie. Une histoire d'amour à Paris. Son texte est un crève-cœur qui résonne comme un testament. Elle se donne la mort un an plus tard et elle laisse une phrase : « Je ne me suicide pas par amour. Je le fais à cause de l’orgueil qui déborde des médiocres ».
![]() |
| À L'ARRIÈRE-PLAN «LE CHAPITEAU DE LA REINE ». CETTE «REINE » AVAIT DEUX LECTURES : LE CHAPITEAU SE TROUVAIT DANS LA COMMUNE DE LA REINA (LA REINE), ET SA FIGURE PRINCIPALE ÉTAIT NATURELLEMENT LA REINE DU FOLKLORE. OBSÈQUES-ADIEUX À VIOLETA PARRA |
Elle ne connaîtra pas le sort de sa chanson. Le 11 septembre 1973 c'est le coup d'État militaire au Chili, et sa chanson entre dans l'Histoire. En même temps que le dernier discours de Salvador Allende, le président déchu par la junte militaire. Des milliers de personnes sont emprisonnées, contraintes à l'exil ou réduites au silence. « Gracias a la vida », n'est plus une chanson, c'est un symbole. L’Argentine, l’Uruguay, le Brésil, le Paraguay et d’autres vivent la répression des dictatures. On peut censurer des discours, interdire des journaux, brûler des livres, mais une chanson se mémorise, se transmet. « Gracias a la vida » franchit les frontières alors qu'elle n'a pas été écrite pour ça. Elle est reprise par des artistes comme Mercedes Sosa, Chavela Vargas, Omara Portuondo et même plus récemment, Jennifer Lopez. En Europe, c'est Nana Mouskouri, Luz Casal, Colette Magny, qui lui rendent hommage. Joan Baez aux États-Unis.
« Gracias a la Vida » accompagne des mouvements sociaux, des concerts de solidarité et des rassemblements populaires. Partout, le même message résonne : « Être contre l'orgueil qui déborde des médiocres », comme le dit le testament de Violeta Parra. Finalement, c'est peut-être ça le génie de Violeta Parra : faire de ses souffrances et de son crève-cœur un hymne de résistance. Comme si dire merci devenait déjà un acte de rébellion.
[ Cliquez sur la flèche pour visionner la vidéo ]



















![Manuela Martelli à Ciné 32, à Auch, le 20 août [Ph. YF]](https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEhsl5oPZfZb2lm_j_6MUhEX9qVSTGb7IwYmoVFNrc1HQUaFvgZXhx1_cP8t5F_SGR3CIsbStJ2fSHbyDgmObFhVuVQjGdkTYuWzst7ZqAL4P2QCGyXmJCpzqhuDh_fHPydTjW-ln8ja4DWrDEnyWCMJMSmCRIfKFoJjaDuq4jeOH-E7oJ2eFwOEAw/w76-h200/sans-titre-8.jpg)





.jpg)


