vendredi, avril 12, 2024

IL Y A 63 ANS, YOURI GAGARINE DEVENAIT LE PREMIER HOMME À VOLER DANS L'ESPACE

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PHOTO AGENCE SPATIALE CANADIENNE

La Russie célèbre lundi avec émotion l'anniversaire du premier vol dans l'espace réalisé le 12 avril 1961 par Youri Gagarine (en russe : Ю́рий Алексе́евич Гага́рин). Il est resté un héros national 63 ans plus tard et le symbole de la domination soviétique dans la conquête spatiale.

France24

PHOTO EVGENIA NOVOZHENINA
Le 12 avril 1961 à 9 h 07, heure de Moscou, c'est par une phrase enjouée restée dans les mémoires que Youri Gagarine avait commencé sa mission. "C'est parti !", lançait-il avant de décoller à bord d'un vaisseau Vostok depuis le cosmodrome alors ultra-secret de Baïkonour, dans la république soviétique du Kazakhstan.

Son vol durera 108 minutes, le temps de réaliser une orbite autour de la Terre avant d'atterrir dans la steppe russe.

Le président russe, Vladimir Poutine, se déplacera lundi 12 avril à Engels, 700 kilomètres au sud-est de Moscou, sur le site de l'atterrissage du cosmonaute où un mémorial a été édifié en l'honneur de ce vol historique.

La minuscule capsule Vostok dans laquelle le cosmonaute fut bringuebalé dans des conditions extrêmes est quant à elle montrée au musée de la Conquête spatiale de Moscou, pour une exposition intitulée "Premier" qui ouvrira mardi.

Outre cette capsule, le musée montrera de nombreux effets personnels de Youri Gagarine datant de son enfance ou de ses exploits spatiaux, tels l'imposante clé utilisée pour allumer les moteurs de son vaisseau ou le siège éjectable avec lequel il quitta la capsule à sept kilomètres au-dessus du sol.

Une exposition montée en grande pompe, témoignage de l'aura intacte de Youri Gagarine aux yeux des Russes. Avec AFP

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PHOTO EFE

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mardi, avril 09, 2024

COMMÉMORATION DU 50ème ANNIVERSAIRE DU 25 AVRIL

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COMMÉMORATION DU 50ème
ANNIVERSAIRE DU 25 AVRIL
DESSIN MARTA NUNES


 1974 -25 AVRIL - 2024

  APARCOA 
EXTRAIT DE CHILE, AMIGA RDA1975 
COMPOSITION DE  ZECA AFONSO 


Le 25 Avril 1974, le Mouvement des Forces Armées (MFA) a renversé la dictature qui opprimait le peuple portugais depuis 48 ans. (…) Démocratiser, décoloniser et développer, a été la devise qui a fait revenir le Portugal dans le forum des nations libres et en faveur de la paix.


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lundi, avril 08, 2024

ANNIVERSAIRE DE LA DISPARITION DE PABLO PICASSO

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PORTRAIT DE L'ARTISTE PABLO PICASSO, 1948.
PHOTO GJON MILI 

Pablo Picasso : L'artiste visionnaire qui a changé le cours de l'art / En ce 8 avril 2024, nous commémorons le 51ème anniversaire de la disparition de Pablo Picasso, l'un des artistes les plus influents et les plus prolifiques de l'histoire. Peintre, sculpteur, graveur, céramiste et poète, Picasso a laissé une empreinte indélébile sur l'art du XXème siècle, ouvrant la voie à l'art moderne et inspirant des générations d'artistes.

Journée mondiale

Les premières années : De Malaga à Paris

PABLO PICASSO, 1904,  À PARIS,
PHOTO  RICARD CANALS I LLAMBÍ

Pablo Ruiz Picasso est né le 25 octobre 1881 à Malaga, en Espagne. Fils de Don José Ruiz y Blasco, professeur de dessin, le jeune Pablo montre très tôt des dons exceptionnels pour le dessin et la peinture. Après des études aux Beaux-Arts de Barcelone et de Madrid, Picasso s'installe à Paris en 1904, alors capitale mondiale des arts.

C'est dans le bouillonnant quartier de Montmartre que Picasso va forger son style unique. Influencé par les maîtres de l'art moderne comme Cézanne, Toulouse-Lautrec, Gauguin ou encore l'art africain, il explore différentes techniques et styles, passant de sa période bleue empreinte de mélancolie à une période rose plus gaie et poétique.

LES DEMOISELLES D'AVIGNON

La révolution cubiste

Mais c'est en 1907, avec Les Demoiselles d'Avignon, que Picasso va véritablement bouleverser l'histoire de l'art. Cette toile monumentale, qui déconstruit les formes et les perspectives traditionnelles, marque la naissance du cubisme. Avec son ami Georges Braque, Picasso va explorer pendant des années ce nouveau langage pictural, caractérisé par la fragmentation des formes, la multiplication des points de vue et l'introduction de matériaux bruts dans la peinture (sable, papier, bois...).

"La peinture n'est pas faite pour décorer les appartements. C'est un instrument de guerre offensive et défensive contre l'ennemi." — Pablo Picasso

Le cubisme va révolutionner l'art du XXème siècle et inspirer de nombreux mouvements comme le futurisme, l'art abstrait ou encore le surréalisme, dont Picasso sera un compagnon de route.

GUERNICA EN COURS D'EXÉCUTION, ÉTAT VII, DANS L’ATELIER
DES GRANDS‐AUGUSTINS À PARIS, EN MAI‐JUIN 1937,
PHOTO DE DORA MAAR.
RMN - GRAND PALAIS MATHIEU RABEAU © SUCCESSION PICASSO 2018

Guernica, le cri contre la barbarie

Si Picasso est souvent décrit comme un génie égoïste et misogyne, il était aussi profondément engagé contre l'injustice et la barbarie. Son œuvre la plus célèbre en témoigne : Guernica, peinte en 1937 en réaction au bombardement de la ville basque par l'aviation nazie, est devenue un symbole universel de la dénonciation de la guerre et du totalitarisme.

Avec ses formes torturées, ses visages hurlants et son absence de couleurs, Guernica exprime toute l'horreur et l'absurdité de la guerre. Exposée au pavillon de la République espagnole lors de l'Exposition universelle de 1937 à Paris, elle devient immédiatement une icône de l'art engagé.

PABLO PICASSO  À MOUGINS, FRANCE - 1966
PHOTO TONY VACCARO

L'artiste protéiforme

Tout au long de sa vie, Picasso n'a cessé d'explorer de nouveaux médiums et de nouvelles formes d'expression. Outre la peinture et le dessin, il s'est passionné pour la sculpture, la gravure, la céramique, réalisant un nombre incroyable d'œuvres (on estime sa production à plus de 50 000 pièces !).

Il a aussi exploré d'autres arts comme la poésie, écrivant des pièces de théâtre surréalistes comme Le Désir attrapé par la queue, ou la danse, créant des décors et des costumes pour les Ballets russes de Diaghilev.

Picasso était un artiste insatiable, toujours en quête de nouveaux défis et de nouvelles expériences. Comme il le disait lui-même : "Je ne cherche pas, je trouve."

L'héritage de Picasso

Pablo Picasso s'est éteint le 8 avril 1973 à Mougins, en France, laissant derrière lui un héritage artistique colossal. Son influence sur l'art du XXème siècle est immense, et son nom est devenu synonyme de génie créatif.

PABLO PICASSO, LES FEMMES D'ALGER (VERSION 'O’), 1955
 ÓLEO SOBRE LIENZO, 114 × 146.4 CM.
COLECCIÓN PRIVADA. © SUCESIÓN PICASSO, VEGAP, MADRID, 2023

Aujourd'hui, ses œuvres comptent parmi les plus chères du monde (Les Femmes d'Alger a été vendu pour 179 millions de dollars en 2015) et sont exposées dans les plus grands musées, du MoMA à New York au Musée Picasso à Paris, en passant par le Reina Sofía à Madrid.

Mais au-delà de sa valeur marchande, l'œuvre de Picasso reste d'une incroyable vitalité et continue d'inspirer les artistes du monde entier. Par son audace, sa liberté et son engagement, Picasso a montré que l'art pouvait changer notre regard sur le monde et, peut-être, le monde lui-même.

En ce 8 avril 2024, rendons hommage à ce géant de l'art moderne, à ce créateur infatigable qui a osé briser les codes et repousser les limites de la création. Pablo Picasso n'est plus, mais son œuvre, elle, est plus vivante que jamais.

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dimanche, avril 07, 2024

ANNIVERSAIRE DE LA NAISSANCE DE GABRIELA MISTRAL

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GABRIELA MISTRAL
ANNIVERSAIRE DE 
LA NAISSANCE DE GABRIELA MISTRAL
1889 -7 AVRIL- 2024
POÈME DU JOUR AVEC LA COMÉDIE-FRANÇAISE, 
FRANCE CULTURE, LE  08.03.2013,  
« ABSENCE» LU PAR SYLVIA BERGÉ, 
DURÉE : 00:01:45 


Poème extrait du recueil D'amour et de désolation , traduit de l’espagnol par Claude Couffon (© ELA/La Différence 1988)
Poèmes choisis par Philippe Garnier
Prise de son, montage Claude Niort, Pierre Henry
Réalisation Anne-Pascale Desvignes
DORIS DANA ET GABRIELA MISTRAL 
À NUEVA YORK, 1954.
Gabriela Mistral, de son vrai nom Lucila de María del Perpetuo Socorro Godoy Alcayaga, née le 7 avril 1889 à Vicuña et décédé le 10 janvier 1957 à New York, fut une éducatrice, diplomate, féministe et poétesse chilienne, Prix Nobel de littérature en 1945.

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vendredi, avril 05, 2024

LE 5 AVRIL 1818


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« LA BATAILLE  DE MAIPÚ »
LITHOGRAPHIE DE THÉODORE GÉRICAULT 1819

LETTRE DE SAN MARTÍN À PUEYRREDÓN
SUR LA BATAILLE DE MAIPÚ
Le 5 avril 1818 fut livrée  la bataille de Maipu, qui assure l'indépendance du Chili. La bataille entre l'armée des Andes, commandée par le général San Martin, et les troupes royalistes sous les ordres du général espagnol Mariano Osorio; elle est considérée comme l'une des plus décisives des guerres d'indépendance sud-américaine. 

Après cette défaite, l'Espagne abandonna sa lutte contre les républiques australes et concentra ses troupes pour la défense du Pérou, dernier bastion de son empire américain.



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mardi, avril 02, 2024

DÉCÈS DE FERNANDO ORELLANA, PHOTOGRAPHE ET INFOGRAPHISTE CHILIEN ENGAGÉ

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FERNANDO ORELLANA 
C'est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de Fernando Orellana, survenu le mercredi 27 mars 2024, dans la commune d’Argenteuil, France, à 70 ans, emporté par un cancer foudroyant.

LE PHOTOGRAPHE
 FERNANDO ORELLANA
PHOTO RENÉ DÁVILA
Carlos Fernando Orellana Aguirre est né à Santiago du Chili le 21 février 1954, fils de Carlos Orellana Riera et de Estela Aguirre Argomedo. Pendant 50 ans, il a vécu avec sa compagne et épouse Bibiana Martínez, avec laquelle il eut un enfant, Matías.

Fernando a été photographe, infographiste et concepteur de sites web. 

Vers la fin des années soixante, il participe à la grande marche de 120 kilomètres entre les villes de Valparaiso et Santiago, contre la guerre de Vietnam et s’affilie comme militant auprès des jeuneuses communistes chiliennes («la Jota»), où il était connu par le surnom de «Peluca». Au sein de celles-ci, il participe à la légendaire brigade muraliste «Brigada Ramona Parra».  

Il s’engage activement dans le processus de transformations sociales du gouvernement de l’Unité Populaire dirigé par Salvador Allende contribuant entre autres, en tant que membre du Taller Gráfico (atelier graphique) du Département de Communications de l'Universidad Técnica del Estado (UTE), qui a joint son apport au processus de changement social mis en marche durant cette période.

Suite au coup d’État militaire du 11 septembre 1973 au Chili, il s’exile en France. 

De 1978 à 1989, en tant que designeur graphique, il joint l’équipe d’Araucaria, la revue culturelle trimestrielle de l’exile chilien, dont son père, Carlos Orellana, a été le rédacteur en chef. 


FERNANDO ORELLANA
PHOTO ARCHIVE DE FAMILLE
Déployant son talent infographique et de photographe, il développe multiples sites web sur des sujets politiques et culturels, qui illustrent la créativité foisonnante du processus de l’Unité Populaire au Chili et qui retracent divers travaux, dont les siens comme auteur, sur la mémoire, l'histoire, la culture chiliennes. À noter particulièrement «Una calle Salvador Allende », qui, avec la contribution des exilés chiliens, répertorie les rues ou lieux publics à travers le monde, ayant reçu le nom de l’ancien président Salvador Allende, «Chile: Breve Imaginería política 1970 – 1973», qui rend compte du projet de transformations sociales au Chili et de la production artistique et culturelle (affiches, murales discographie) qui l’accompagne. Ce site inclut une page sur la revue Araucaria, entre autres.

Fernando a poursuivi sans cesse son travail photographique, même pendant la pandémie de covid-19 et jusqu'à tout récemment. En témoignent les pages des sites «Déplacement dérogatoire (France 2020 / 2024)» et «Voisins, voisines».

Une cérémonie d’adieu aura lieu le vendredi 5 avril 2024 à 15h au Crématorium de Cormeilles en Parisis, 27 rue Georges Méliès, 95240 Cormeilles-en-Parisis.

Adieu compañero, que la terre te soit légère. 

lundi, avril 01, 2024

L’ATTAQUE CONTRE TIKTOK OU LA COMPÉTITION DES TARTUFFE

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PARTI COMMUNISTE CHINOIS ET TIKTOK AUX ÉTATS-UNIS,
ILLUSTRATION PAR ALEXANDER HUNTER
POUR THE WASHINGTON TIMES 
DU CONFLIT SINO-AMÉRICAIN À LA GUERRE ISRAÉLO-PALESTINIENNE / L’attaque contre TikTok ou la compétition des TartuffeLes conflits armés sont aussi des guerres de récits. Les réseaux sociaux y prennent une part active, tous contrôlés par des groupes américains à l’exception d’un : le chinois TikTok. Depuis des années, élus démocrates et républicains veulent le ramener dans le giron états-unien ou l’interdire. Dernier prétexte avancé : il est « pro palestinien », voire antisémite.

par Martine Bulard

TARTUFFE

Alors qu’Israël interdit tout accès à la bande Gaza aux reporters étrangers et tire sur les journalistes palestiniens comme sur des lapins — avec une centaine de morts dans la profession depuis le 7 octobre 2023 — que deviendraient les (déjà trop rares) informations sur Gaza si un réseau social comme TikTok venait à disparaître ? Si un seul propriétaire, à savoir Meta, obtenait le monopole de la diffusion des plateformes en ligne ? Ces questions ne relèvent pas totalement du fantasme.

Le 13 mars 2024, élus républicains et démocrates de la Chambre des représentants américaine ont arrêté un projet de loi exigeant la vente de la célèbre application à une entreprise « sûre » — c’est-à-dire états-unienne. Faute de quoi, elle serait interdite. Ce projet doit encore être voté par le Sénat. Il n’est donc pas pour demain. Cependant, républicains et démocrates savent en général dépasser leurs divergences quand il s’agit de la Chine. Et TikTok appartient au groupe chinois ByteDance.

► À lire aussi :       AARON BUSHNELL A REFUSÉ DE GARDER LE SILENCE SUR LES HORREURS À GAZA

Reconnaissons aux faucons américains une certaine constance. Ils se battent depuis 2020 pour s’accaparer la plateforme qui a séduit adolescents et jeunes adultes — la « génération Z » née avec Internet et le numérique. Celle-ci est friande de TikTok qui totalise 170 millions d’utilisateurs aux États-Unis, soit davantage qu’Instagram (157 millions) et presqu’autant que Facebook (175 millions) qui recrute dans les couches un peu plus âgées. Jusqu’alors, les dirigeants américains avançaient avec une très grande prudence : priver la jeunesse de son mode de communication favori n’est pas une chose aisée, et on ne sait jamais ce qu’il peut arriver si l’on y touche.

 LA FOLLE AVENTURE DU « TARTUFFE »
ILLUSTRATION SEVERIN MILLET

PARTI PRIS IDÉOLOGIQUE ET TIROIR-CAISSE

Visiblement, le concepteur du projet de loi, Mike Gallagher, l’un des plus farouches sinophobes des États-Unis, a trouvé l’argument massue pour accélérer le processus en panne depuis quatre ans : TikTok est pro palestinien voire antisémite… Comme Pékin réclame un cessez-le-feu d’urgence à Gaza, l’ouverture des négociations, la fin de la colonisation israélienne, et que l’application est chinoise, ses utilisateurs sont forcément « manipulés par le gouvernement chinois ». Se combinent ainsi parti pris idéologique et opération économique, espoir d’imposer un récit plus favorable à la guerre israélienne et volonté de stopper l’avance chinoise dans le numérique, en faisant tomber dans l’escarcelle nationale l’un des réseaux sociaux les plus inventifs du moment.

Du point de vue des massacres commis par Israël, le spécialiste Anthony Goldbloom, qui a étudié les données TikTok pour les acheteurs de publicité, a effectivement trouvé beaucoup plus de vues de vidéos avec des hashtags pro palestiniens que pro israéliens. Selon lui, le ratio peut aller jusqu’à 69 contre un1. Faut-il voir ici la preuve que Pékin est entré dans la tête des Américains ? Ou la preuve qu’une majorité de jeunes est contre la guerre ? Pour avoir la réponse, il suffit de lire les reportages dans les journaux américains, ou simplement les sondages attestant que les moins de 35 ans (environ la moitié des utilisateurs de l’application chinoise) sont majoritairement antiguerre. C’est d’ailleurs l’une des raisons des faibles performances du président-candidat Joe Biden.

Car l’application a choisi de ne pas censurer les contenus, en Occident du moins. En Chine, TikTok est introuvable. Seul Douyin, sa version exclusivement réservée au pays, très étroitement surveillée, a droit de cité. Au royaume de l’hypocrisie, Pékin qui crie au scandale peut prétendre au poste suprême. Néanmoins, Joe Biden rivalise dans la tartufferie : en février dernier, le président américain ouvre un compte TikTok le dimanche du très populaire Super Bowl pour poster une vidéo sur sa passion du football et en mars, il fait savoir qu’il signera avec enthousiasme la loi Gallagher interdisant l’application.

DES IMAGES INÉDITES EN PROVENANCE DE GAZA

En attendant, TikTok n’inflige pas de censure. C’est bien là que réside son succès. Y sont postées des vidéos commentant la guerre de Benyamin Nétanyahou, apportant des images en provenance de Gaza (quand les Palestiniens ont de l’électricité et Internet), mais aussi d’Israël, comme le raconte ce professeur d’une université dans un reportage du Washington Post : « Quand la guerre a éclaté, mes étudiants ont navigué en divers endroits sur TikTok pour voir quel genre de vidéos étaient populaires en Israël par rapport à Gaza, en Cisjordanie ou en d’autres endroits. Je n’avais jamais pensé à faire ça»2.

 ILLUSTRATION  ZENA EL ABDALLA

Cette liberté met en fureur Nétanyahou et ses acolytes. Elle dérange tout autant les républicains américains ouvertement pro israéliens et anti palestiniens, que les démocrates de Joe Biden qui déplorent la situation humanitaire des Gazaouis, et finissent par réclamer un cessez-le-feu lors de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies du 25 mars 2024, mais continuent de livrer des armes qui tuent les civils palestiniens. Le conflit se mène aussi sur le plan de l’information et de l’image3.

CENSURE SUR X, FACEBOOK ET INSTAGRAM

Sur les autres réseaux populaires, la censure plus ou moins directe sévit massivement depuis le 7 octobre. Quelques post d’Orient XXI en ont fait l’expérience, ne pouvant être partagés sur X ou sur Facebook, comme c’est le cas de certains récits de Rami Abou Jamous, notre correspondant à Gaza qui tient régulièrement son journal de bord.

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D’une façon plus globale, Human Rights Watch (HRW) pointe « la censure systémique des contenus pro palestiniens sur Instagram et Facebook »4. Ces contenus issus de comptes palestiniens ou de personnes défendant leurs droits ne sont tout simplement pas diffusés : ce que l’on appelle le « bannissement furtif » (shadow banning). Ils ne sont pas retirés, toutefois les algorithmes sont conçus pour qu’ils restent invisibles ou presque. Pour contourner l’obstacle, les utilisateurs mettent une pastèque pour désigner la Palestine (dont le drapeau possède les mêmes couleurs rouge, vert, noir et blanc), changent une lettre en astérisque ou en point pour parler de Gaza, ce qui empêche d’être repéré par les algorithmes. Il ne s’agit là que d’une faible parade.

UN JEUNE HOMME EST SUR UN TOIT ET PREND UNE PHOTO AVEC SON
SMARTPHONE  DEPUIS RAFAH, DANS LE SUD DE LA BANDE DE GAZA,
LE 28 OCTOBRE 2023, JOUR OÙ L'ACCÈS À INTERNET ET AU
RÉSEAU TÉLÉPHONIQUE A ÉTÉ COMPLÈTEMENT COUPÉ À GAZA / 
PHOTO  MOHAMED ABED / AFP

Amnesty International constate également ce phénomène. « Les politiques et systèmes de modération de contenus de Meta réduisent de plus en plus au silence les voix en faveur de la Palestine sur Instagram et Facebook », note la directrice d’Amnesty Tech qui s’inquiète, car cette « censure contribue à l’effacement des souffrances des Palestiniens »5.

Ce qui vaut, de façon si dramatique, pour la guerre israélienne contre les Palestiniens, vaut dans tous les domaines. On oublie trop souvent que le monopole des trois géants américains — Méta, Google et Elon Musk (X) — sur la communication numérique planétaire constitue une menace pour les démocraties. Cela ne blanchit pas pour autant TikTok. Mais le forcer à se vendre à l’un des trois ne ferait que renforcer leur mainmise. Il en est de même pour son interdiction. C’est d’une régulation publique dont les internautes ont besoin.

LOGICIELS ESPIONS CHINOIS ?

Certes, comme les autres, TikTok véhicule de fausses informations et des propos plus ou moins haineux. Cependant, cela n’a rien à voir avec la nature autoritaire du régime chinois. Les dirigeants américains craignent que le président Xi Jinping aspire les données des utilisateurs occidentaux pour nourrir de sombres projets, pas uniquement commerciaux. Son patron, le Singapourien Shou Zi Chew, sous le feu des questions des élus du Congrès pendant plus de cinq heures l’an dernier, a essayé de rassurer : son groupe est détenu à 60 % par des investisseurs institutionnels tels les richissimes fonds de gestion d’actifs BlackRock et Susquehanna International Group, spécialisé dans la Tech, à 20 % par les fondateurs chinois et le reste par le personnel. Trois des cinq membres du conseil d’administration de l’application sont des Américains. Enfin, les serveurs stockant les données sont installés aux États-Unis, sur le cloud Oracle, et non plus sur le sol chinois ou singapourien.

« Pourquoi les législateurs tentent-ils d’interdire TikTok au
lieu de faire ce que veulent réellement les électeurs ? »
PHOTO RAFAL MILACH 

Pourtant, selon les partisans de l’interdiction de TikTok, cela ne suffit pas. Le pouvoir chinois est soupçonné d’avoir déployé des logiciels espions pour s’accaparer les cerveaux, mais aussi influencer les choix américains, et fausser le jeu des élections. L’a-t-il fait ? Nul ne le sait. Rien dans ce que produisent les autorités et services de renseignement américain ne dit que son « algorithme a fait la promotion de la République populaire de Chine – et je suppose que si le directeur du bureau du renseignement national en avait la preuve, il l’aurait fournie », écrit Julia Angwin dans le New York Times (14 mars 2024). Ce que confirme la représentante démocrate de Californie, Sara Jacobs, après la rencontre entre les élus du Congrès et les services de sécurité nationale : « Pas un seul élément de ce que nous avons entendu dans ce briefing classifié n’est propre à TikTok. Ce sont des choses qui se produisent sur toutes les plateformes des médias sociaux »6.

Comme l’ont fait remarquer quelques élus de bon sens à la Chambre, il n’est pas besoin de détenir le capital d’une application en ligne pour créer des faux comptes, envahir les réseaux de fausses révélations voire tenter de manipuler les votes. Les démocrates ont d’ailleurs accusé Vladimir Poutine de tels desseins et, à ma connaissance, le président russe ne possède aucune application.

FAUX COMPTES AMÉRICAINS EN CHINE COMMUNISTE

Au moment où les médias et les dirigeants politiques occidentaux se déchaînaient unanimement ou presque contre TikTok, on a appris de la CIA que l’agence américaine avait « créé des faux comptes sur les réseaux sociaux chinois pour propager des rumeurs et diffuser des récits négatifs contre les dirigeants » dans l’espoir de « retourner l’opinion publique » et d’influencer l’extérieur. Le tout sous l’autorité du président de la République d’alors, Donald Trump7. Autre exemple de la tartufferie ambiante à propos de TikTok.

En fait, républicains et démocrates sont moins inquiets pour les cerveaux américains que pour les coffres forts des multinationales qu’ils défendent. Pour l’heure, une partie des données des utilisateurs occidentaux leur échappe alors que TikTok est sur le point de dépasser le chiffre d’affaires de Meta. Le dépouiller de ses précieuses data offrirait de juteuses perspectives. Mais cela permettrait surtout de s’approprier le logiciel et l’algorithme qui ont forgé le succès de l’application et qui témoignent d’une certaine avance de la Chine dans ce domaine. Le pouvoir chinois a déjà dit qu’il s’opposerait à une vente au nom du libre-échange et de la liberté d’expression défendue par le premier amendement de la Constitution américaine. Une autre tartufferie.

MÉDIAS > SOCIÉTÉS > MARTINE BULARD >  

#Réseaux sociaux #Bande de Gaza #Censure #Chine #États-Unis #Israël

Notes :

    1. « How TikTok Was Blindsided by U.S. Bill That Could Ban It », Stu Woo, Georgia Wells, Raffaelle Huang, Wall Street Journal, 12 mars 2024.
    2. « Young Americans are more pro-Palestinian than their elders. Why ? », Frances Vinall, Washington Post, 21 décembre 2023.
    3. «  Gen Z and Palestine : how social media activists are changing journalism forever », Laura Cugusi, UntoldMag, 12 janvier 2024.
    4. « Meta : censure systémique de contenus pro palestiniens », Human Rights Watch, 21 décembre 2023. 
    5. « Israël/Gaza  : les réseaux sociaux entre censure des voix palestiniennes et démultiplicateur de haine », Amnesty International, 2 novembre 2023.
    6. « Why Are Lawmakers Trying to Ban TikTok Instead of Doing What Voters Actually Want ? », Julia Angwin, New York Times, 14 mars 2024. 
    7. « Exclusive : Trump launched CIA convert influence operation against China», Joel Schectman et Christopher Bing, Reuters, 14 mars 2024.

                  LA FIN. IL N’Y AURA PAS D’INTERVENTION DIVINE.
                  DESSIN RAMÓN DÍAZ YANES


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