jeudi, août 31, 2023

HOMME DU JOUR/ PATRICIO GUZMAN

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LE RÉALISATEUR CHILIEN EST LE LAURÉAT DU PRIX NATIONAL
DES ARTS DE L’IMAGE ET DE L’AUDIOVISUEL 2023 AU CHILI.
PHOTO AFP
par Latifa Madani
Le prestigieux prix lui a été décerné à l’unanimité du jury pour « sa précieuse contribution et son engagement en faveur de la vérité et de la mémoire ». Après Raoul Ruiz en 1997, Patricio Guzman est le deuxième cinéaste à recevoir une telle distinction.
par Latifa Madani.


Auteur d’œuvres documentaires d’une créativité et d’une beauté remarquables, salué par l’ensemble de la critique, multiprimé.


Patricio Guzman, 82 ans, est connu, entre autres, pour la Bataille du Chili, une trilogie sur les périodes Allende et Pinochet. Exilé depuis les années 1980, il est resté attaché à son pays. Son autre trilogie – la Cordillère des songes, la Nostalgie de la lumière et le Bouton de nacre, qui a obtenu un Ours d’argent à Berlin en 2015, lui a valu une reconnaissance unanime.

mardi, août 29, 2023

MORT DE GUILLERMO TELLIER, PRÉSIDENT DU PARTI COMMUNISTE CHILIEN

Mort de Guillermo Tellier, président du Parti communiste chilien/   Prisonnier sous Pinochet, membre de la direction clandestine du Parti communiste chilien (PCCh), député, Guillermo Teillier, est décédé ce mardi.
LOGO PCCh

Le président du Parti communiste chilien Guillermo Teillier est décédé mardi 29 août, à l’âge de 79 ans. Il avait rejoint la Jeunesse communiste en 1958. Fait prisonnier après le putsch d’Augusto Pinochet, il avait été libéré en 1976. Il avait alors participé à la direction clandestine du parti et joué un rôle dans la guérilla contre la dictature militaire.

Trois fois député après 2010, Guillermo Teillier avait pris la tête du parti en 2005, à la suite du décès de la dirigeante Gladys Marin. Le PCCh auquel il a donné sa vie a salué son rôle de « stratège pour la consolidation des forces populaires et de gauche et d’homme d’État ».

Le président de gauche, Gabriel Boric a salué mardi un « camarade qui a lutté toute sa vie, un homme indispensable. Un visionnaire qui a ouvert la voie aux femmes. Un visionnaire qui a ouvert la voie aux femmes et aux nouvelles générations ». Il a décrété un deuil national.

GUILLERMO LEÓN TEILLIER DEL VALLE

Nous republions ici l’entretien qu’il nous avait accordé en 2013. Déjà, il appelait à une Constituante pour sortir des institutions héritées de la dictature d’Augusto Pinochet.

Avec six autres formations, le Parti communiste du Chili (PCCh) est membre de la Nouvelle Majorité, dont la candidate à la présidence est Michelle Bachelet. Pourquoi la création d’une telle alliance ?

Le premier objectif est de mettre en échec la droite, et ainsi contenir son projet néolibéral, conservateur et restrictif. Le deuxième objectif est de créer une dynamique populaire pour qu’un nouveau gouvernement soit capable de porter un programme de réformes et de lois structurelles : le changement de la Constitution imposée par Pinochet en 1980, un système d’éducation gratuit et de qualité, ainsi qu’une profonde réforme fiscale pour financer l’éducation, l’amélioration du système de santé, les petites retraites et les politiques sociales en général.

Changer la Constitution implique, entre autres, que l’État garantisse des droits aux personnes, notamment le droit des peuples originaires, la décentralisation du système administratif de l’État, le changement du système binominal et la réaffirmation de la souveraineté sur nos richesses naturelles…

Notre programme comprend des mesures qui assurent l’égalité entre femmes et hommes, ou encore la préservation de l’environnement qui paraît si contradictoire avec le besoin de renforcer une politique énergétique vitale au développement du pays. Il faut établir de nouveaux droits pour les travailleurs, comme celui à la syndicalisation et à la négociation collective. Notre projet répond aux demandes sociales exprimées dans les luttes, celles des jeunes et des travailleurs. C’était là notre troisième objectif.

En quoi la Nouvelle Majorité se démarque-t-elle de la Concertation, très critiquée après ses seize années de pouvoir ?

La Nouvelle Majorité n’est pas l’ex-Concertation. Elle correspond à un nouveau cycle de la vie politique du pays, et Michelle Bachelet l’a compris. L’action de la Concertation est critiquée. Nous aussi, nous la critiquons et nous n’avons aucun problème à le dire.

Mais l’important aujourd’hui, c’est notre unité dans la diversité et notre engagement à concrétiser notre programme dont le contenu dépasse largement les propositions avancées ces vingt dernières années. Pour la première fois depuis longtemps, le pays va se prononcer sur deux modèles opposés – néolibéralisme ou démocratie –, déterminants pour le futur.

Cette Alliance a-t-elle vocation à se pérenniser ?

Oui. L’intention est d’initier un nouveau cycle de transformations. Quatre ans de mandat présidentiel ne seront pas suffisants. Si nous maintenons et fortifions cette convergence politique, si le programme se concrétise, nous pourrons compter avec l’appui populaire pour aller de l’avant.

Justement, comment concrétiser ce programme dans l’actuel cadre institutionnel ?

La méthode sera identique à celle qui a prévalu pour notre programme, c’est-à-dire un travail d’unité et de participation populaire. Qui décide en ultime ressort, c’est la souveraineté, celle du peuple. S’agissant de la Constitution, cela dépend des résultats qu’obtiendront ceux qui veulent la changer et ceux qui s’y accrochent coûte que coûte. Le peuple veut une nouvelle Constitution.

S’y opposer serait antidémocratique. Le sentiment majoritaire doit prévaloir. Si une majorité parlementaire peut rompre avec les quorums établis par la dictature, alors le processus pourra s’initier au Parlement. Mais, quoi qu’il en soit, il y aura un plébiscite informé et contraignant. Le Parlement peut également demander à l’exécutif d’approuver une assemblée constituante.

Concernant le Parti communiste, quels résultats attendez-vous ?

Les communistes sont entrés au Parlement il y a à peine quatre ans, avec trois députés (en raison du système électoral – NDLR). Nous présentons neuf candidats au Parlement et un sénateur. Nous espérons obtenir entre cinq et sept parlementaires, parmi lesquels figureraient des figures du mouvement étudiant comme Camila Vallejo et Karol Cariola, ou encore le dirigeant syndical du cuivre, Cristian Cuevas.

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Nous avons joué un rôle important dans la mobilisation sociale qui a précédé ce nouveau moment politique, tout comme nous nous sommes engagés dans le travail unitaire qui a contribué à former la Nouvelle Majorité. Nous continuerons à agir sur ces deux tableaux.

LE PRÉSIDENT DU PARTI COMMUNISTE CHILIEN
 EST MORT LE 29 AOÛT 2019, À L'ÂGE DE 79 ANS.
PHOTO AFP

mardi, août 22, 2023

PLUIES ET INONDATIONS AU CHILI FONT DEUX MORTS, DES MILLIERS DE SANS-ABRI

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 UN RÉSIDENT LOCAL SE PRÉPARE À RETIRER UNE VOITURE APRÈS UN
GLISSEMENT DE TERRAIN SUITE AUX FORTES PLUIES QUI ONT FRAPPÉ
LES RÉGIONS DU CENTRE ET DU SUD DU CHILI, À CONSTITUCION, CHILI.
PHOTO PRISE LE 21 AOÛT 2023 SEBASTIAN MARTINEZ

Pluies et inondations au Chili font deux morts, des milliers de sans-abri / De fortes pluies frappent les régions du centre et du sud du Chili, à Constitucion

Par Reuters

PHOTO CARABINEROS DE CHILE

 Lecture 1 min.

Deux personnes sont mortes dans des inondations survenues lundi dans le centre du Chili, tandis que des milliers d'autres ont été évacuées ou se sont retrouvées sans abri du fait des tempêtes de pluies frappant des communautés isolées.

LE PRÉSIDENT CHILIEN, GABRIEL BORIC, EN COMPAGNIE DES
MILITAIRES LORS D'UN COMITÉ DE CRISE AVEC LES AUTORITÉS
DE LA RÉGION DU MAULE FACE AU SYSTÈME FRONTAL QUI AFFECTE
 LA ZONE CENTRE-SUD DU PAYS, À LINARES.
PHOTO  PRÉSIDENCE DU CHILI

► À lire aussi :     CÔNE SUD: LE CHILI ET L'ARGENTINE ENREGISTRENT DES TEMPÉRATURES RECORD EN PLEIN HIVER AUSTRAL

Le président Gabriel Boric a déclaré l'état de catastrophe naturelle alors qu'il se rendait dans l'une des zones les plus affectées par les intempéries, à environ 250 kilomètres au sud de la capitale Santiago.

Fin juin, déjà, des régions environnantes avaient connu les plus importantes pluies en trois décennies, un phénomène amplifié par la tempête El Niño.

Les météorologues s'attendent à des pluies supplémentaires dans ces régions montagneuses. Les autorités ont prévenu des risques accrus d'inondations et de glissements de terrain.

Plus de 26.000 personnes n'ont pas accès aux services essentiels et près de 34.000 ont été évacuées, selon les données de l'agence nationale de gestion des secours.

(Reportage Natalia Ramos et Lucinda Elliott; version française Jean Terzian)

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CHILI : MIGUEL LITTIN, LE DESTIN D’UN CLANDESTIN

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RÉGIS DEBRAY, MIGUEL LITTIN
ET SALVADOR ALLENDE EN 1971
PENDANT LE TOURNAGE DE
 « COMPAÑERO PRESIDENTE ».
Rencontre / Chili : Miguel Littin, le destin d’un clandestin/ Exilé chilien durant dix-huit ans avant de tourner clandestinement un documentaire sur la dictature de Pinochet, le cinéaste et écrivain, militant lié au président Allende, est aujourd’hui conseiller constitutionnel. Rencontre à Santiago à l’occasion d’une rétrospective visible en ligne, témoignage d’un attachement viscéral à son pays.
Miguel Littin attend à l’heure dite derrière la grille de l’ancien congrès, à mi-chemin entre la Plaza de Armas et la Moneda, le palais présidentiel, au cœur de Santiago. Le garde à l’entrée lui sert du «Don Miguel, vous attendez quelqu’un ?» Sa présence permet même d’éviter les portiques de sécurité. Il n’en a pas toujours été ainsi. Le cinéaste-écrivain chilien, 81 ans, qui fait l’objet d’une rétrospective en accès libre sur le site de la Cinémathèque du Chili, est réapparu sur les écrans des chaînes d’infos en continu le 7 mai, à l’heure de l’élection des 51 conseillers constituants chargés de réécrire le texte fondateur du pays andin, hérité du règne d’Augusto Pinochet en 1980.
Présenté par le Parti socialiste, presque malgré lui, il s’est retrouvé à siéger auprès d’une majorité d’élus d’extrême droite (23 membres), hostiles par principe à un remix de la Magna Carta, lui, qui faisait partie des milliers d’opposants persona non grata qui ont fui la dictature après le coup d’Etat du 11 septembre 1973, sous peine d’être torturés ou passés par les armes. «La vie réserve parfois de drôles de surprises. Je suis venu ici tourner un film en tant que clandestin en 1985 (Actas de Chile) et voilà que je fais désormais partie de l’officialismo. Maintenant, en tout Maintenant, en tout cas, soyons dignes de la tâche qui nous est assignée, trouvons un accord pour la sérénité d’une nation divisée. Sinon, l’histoire ne pardonnera pas à ceux qui se laissent emporter par les passions ou les revanches du passé», assure-t-il d’emblée.

Miguel Littin, au congrès de Santiago, au Chili, le 7 juin.  2023 The Associated Press. Photo Esteban Felix

Il y a deux mois, tous les membres de la nouvelle assemblée constituante, des communistes à l’ultra-droite, l’ont ovationné lors du discours inaugural qui lui incombait en tant que doyen. Pour préparer sa harangue, il convient avoir lu «les 10 constitutions précédentes et beaucoup d’ouvrages d’auteurs et d’hommes politiques qui n’ont pas été bien appréciés au Chili», comme Santiago Arcos et Francisco Bilbao, les fondateurs de la Société pour l’égalité, la première organisation officielle d’intellectuels libéraux au milieu du XIXe siècle. A son retour d’exil, en 1991, Littin deviendra aussi durant deux mandats le maire de Palmilla, sa ville natale, dans la vallée de Colchagua, à 90 kilomètres au sud de la capitale.


De sa démarche hésitante, il fait admirer un cèdre du Liban plus que centenaire, des palmiers en majesté et une paire de cloches venue d’une église voisine qui a brûlée il y a plus d’un siècle et demi qui trône dans le courtil. Comme s’il signifiait sa connexion à un passé antédiluvien. Miguel Ernesto Littin Cucumides fait partie d’une famille composée d’aïeuls palestiniens (versant paternel) et grecs (versant maternel), arrivés juste avant la Première Guerre mondiale, d’où émergeront plusieurs générations de Chiliens dont «presque tous étaient socialistes en raison de l’importance du rôle de l’Etat». Dans son enfance, la propriété de sa grand-mère arabe dans sa province d’O’Higgins est souvent utilisée par des forains itinérants. Un jour, un homme vient avec un projecteur de cinéma et demande s’il peut accrocher un drap entre les arbres. Littin a 9 ans et découvre alors Rome, ville ouverte de Roberto Rossellini. Il comprend confusément que «le cinéma allait habiter [s]a vie. Je ne savais pas encore ni pourquoi ni comment…»

Plus tard, il étudie le théâtre, à l’université du Chili à Santiago, avant de devenir réalisateur de feuilletons pour la chaîne de la fac. Ses compétences le confrontent alors à l’histoire politique de son pays et, en 1964, à l’âge de 22 ans, il participe à la troisième campagne présidentielle de Salvador Allende, le candidat du Front d’action populaire (Frap), la coalition de gauche. «Du jour au lendemain, j’ai été chargé de superviser les «spectacles de masse» du Frap. Comme ça a été un succès, j’ai continué», dit-il. Un de ses amis de la «U», l’université, se souvient qu’il «s’occupait du look du «Chicho» [surnom d’Allende, ndlr], de ses prestations télévisées. Il restait néanmoins connecté au cinéma. Il connaissait Patricio Guzmán qui allait à la même fac et surtout Raúl Ruiz, son grand pote depuis l’adolescence. Les deux rêvaient de révolutionner le théâtre et le cinéma chiliens mais pas de la même façon».

«Je me souviens de chaque plan» Bien qu’évoluant dans des directions opposées, Littin et Ruiz, tous deux apprentis cinéastes, partagent le même goût pour la cuisine, la poésie et «un amour irrationnel pour les films» (dixit Littin). En 2007, Raúl Ruiz écrivit une sorte de lettre ouverte qui situait la différence entre les deux hommes : «Au début des années 70, Miguel a choisi une voie que j’appellerais nerudienne. Il est parti à la recherche d’un cinéma grand public […], au ton généreux, à l’esprit épique […]. Moi, en bon Chilien, j’ai choisi le camouflage, l’ironie, la cinéphilie. Miguel n’a pas voulu changer d’attitude. Imperturbable, il est resté fidèle à la voie qu’il s’était tracée, le panaméricanisme révolutionnaire, national et populaire.»

En réalité, le futur conseiller constitutionnel va débuter son œuvre avec un film qui résonne comme une déflagration, fort éloigné de celles qui allaient suivre. Le Chacal de Nahueltoro (1969) revisite en noir et blanc un fait divers atroce advenu en 1960 où un paysan analphabète et alcoolique tue la veuve avec qui il s’est mis à la colle avant d’assassiner ses cinq enfants et d’être fusillé, après un passage en prison supposément rédempteur. «Je me souviens de chaque plan. Nahueltoro a marqué ma mémoire à jamais. Cette histoire racontait un Chili presque médiéval qui a traumatisé tout le pays. C’était comme si chacun voulait s’accaparer une partie de l’horreur : la police, les journalistes, la justice, l’administration pénitentiaire et même les simples citoyens», dit-il. Un coup d’éclat ascétique jusqu’à l’os, avec peu de dialogues, dans des paysages décharnés.

«Le Chacal de Nahueltoro» (1969) de Miguel Littin.

Deux ans plus tôt, en 1967, Littin a découvert le cinéma Novo brésilien au festival de Viña del Mar et, à l’évidence, il en a retiré des bénéfices secondaires freudiens. Plébiscité par Pablo Neruda, le film connaît à sa sortie un certain succès. Bientôt, pourtant, Glauber Rocha, chef de file de la nouvelle vague brésilienne, et les siens ne seront plus qu’un lointain souvenir. En novembre de la même année, Salvador Allende est élu président à sa quatrième tentative, grâce à l’Unidad Popular, la première coalition de gauche à accéder au pouvoir de l’histoire de la nation andine. Littin devient une manière de cinéaste officiel, prend les rênes de ChileFilms, la boîte de production de l’Etat chilien, et filme la rencontre dispensable entre Allende et Régis Debray pour Compañero Presidente.

Même s’il a du mal à le reconnaître encore aujourd’hui, il démissionne au bout d’un an à la suite de désaccords idéologiques avec certains ministres. Les jours de la «voie chilienne du socialisme» sont comptés. Le 11 septembre 1973, les militaires chiliens, aiguillonnés par l’administration Nixon et la CIA, renversent le gouvernement élu et bombardent la Moneda. Le chef de l’Etat meurt dans le palais présidentiel dans des circonstances restées obscures. Ce jour-là, Isabel, la femme de Littin, apprend que son mari a été arrêté et exécuté devant le bâtiment de ChileFilms. En fait, un sergent de l’armée compatissant, qui avait vu son premier film, l’a laissé s’échapper. Durant un mois, le couple et leurs trois enfants déménageront de maison en maison, avant de s’enfuir pour un exil qui durera dix-huit ans. Au Mexique pendant une décennie, au Nicaragua, puis en Espagne. «Je n’ai jamais douté revoir mon pays. Le président innommable allait forcément finir par dégager» jure-t-il.

«Exilé à l’intérieur de moi-même»

Au cours de ces années à l’étranger, Miguel Littin réalise six films pour des compagnies de sept pays. Invité à Cannes ou Berlin, nommé deux fois pour l’oscar du film étranger, le cinéaste ne rêve que de rentrer chez lui à l’ombre de la cordillère. En 1985, il revient clandestinement au Chili pendant la dictature pour y tourner le documentaire Actas de Chile. «L’expérience a été très intense. Chaque jour était comme une vie. Je devais coordonner toutes les équipes qui travaillaient dans le pays et rendre compte de la situation. J’étais impatient de le faire car je pensais que c’était ainsi que je pourrais aider mon pays à gagner en liberté. Au fil du travail, j’ai senti que le temps m’échappait, que je risquais d’être arrêté par la police», raconte-t-il.

Pour l’aventure, il se façonne une couverture : celle d’un homme d’affaires uruguayen à la tête d’une agence de publicité parisienne. Il rase sa barbe, sa calvitie est accentuée, change de démarche, modifie son accent, ses gestes et même son rire. Trois équipes arrivent au Chili avant lui. Elles sont censées tourner autant de documentaires sous divers prétextes. Durant ces six semaines, le réalisateur se balade du nord au sud et redécouvre son attachement viscéral à la terre qui l’a vu naître. Bien sûr, on sent le danger, la mort qui rôde quand il y a des contrôles de police ou qu’il se balade à Santiago. Plus que le film lui-même, c’est sans doute le livre, l’Aventure de Miguel Littin, clandestin au Chili, qu’en a tiré son ami Gabriel García Márquez qui fascine. «Il m’a interrogé pendant dix-huit heures dans une bodega madrilène. C’est un journaliste, il s’est toujours intéressé aux histoires que personne ne peut inventer», confie le cinéaste. «Moi, Miguel Littín, fils de Hernán et Cristina, réalisateur et l’un des 5 000 Chiliens avec une interdiction absolue de revenir, j’étais de retour dans mon pays après douze ans d’exil, bien que toujours exilé à l’intérieur de moi-même : j’avais une fausse identité, un faux passeport et même une fausse épouse», écrit l’auteur colombien à la première personne tout au long du récit.

En novembre 1986, un magazine de Santiago publie une interview du réalisateur, titrée en une : «Littin est venu, il a filmé et il est parti». En représailles, les agents des douanes de Pinochet qui se rappellent que la devise du pays stipule «Par la raison ou par la force» brûlent les 14 000 exemplaires de la première édition de l’ouvrage en public. Au moment de le quitter, on demande s’il a l’impression d’être un survivant. «Dieu ne joue pas aux dés», conclut-il, sybillin.

Rétrospective Miguel Littin sur le site de la Cinémathèque du Chili avec treize films du cinéaste en accès libre.

Exilé chilien durant dix-huit ans avant de tourner clandestinement un documentaire sur la dictature de Pinochet, le cinéaste et écrivain, militant lié au président Allende, est aujourd’hui conseiller constitutionnel. Rencontre à Santiago à l’occasion d’une rétrospective visible en ligne, témoignage d’un attachement viscéral à son pays. Exilé chilien durant dix-huit ans avant de tourner clandestinement un documentaire sur la dictature de Pinochet, le cinéaste et écrivain, militant lié au président Allende, est aujourd’hui conseiller constitutionnel. Rencontre à Santiago.


mercredi, août 09, 2023

RÉUNIS AU BRÉSIL, LES PAYS AMAZONIENS CRÉENT UNE ALLIANCE CONTRE LA DÉFORESTATION

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 LES DIRIGEANTS DES HUIT PAYS FONDATEURS DE L’ORGANISATION
 DU TRAITÉ DE COOPÉRATION AMAZONIENNE (OTCA), LORS DU
SOMMET POUR LA PRÉSERVATION DE LA RÉGION,
À BELEM (BRÉSIL), LE 8 AOÛT 2023.
 PHOTO  PRÉSIDENCE COLOMBIENNE

PLANÈTE / CLIMAT / Réunis au Brésil, les pays amazoniens créent une alliance contre la déforestation/ Contrairement aux attentes des organisations de défense de l’environnement, cette déclaration de huit pays ne présente aucun objectif commun pour éradiquer totalement la déforestation, comme le Brésil a promis de le faire d’ici 2030.

Le Monde avec l'AFP

Temps de Lecture 3 min.

DESSIN IVÁN LIRA

Les pays sud-américains d’Amazonie ont décidé de consolider leurs efforts contre la déforestation de la région en formant, mardi 8 août, une nouvelle alliance lors d’un sommet pour la préservation de la région, à Belem, au nord du Brésil.

► À lire aussi :     EUROPE – AMÉRIQUE LATINE : RETROUVAILLES AU SOMMET

LA DÉFORESTATION EN AMAZONIE
INFOGRAPHIE  JULIA HAN JANICKI, JEAN-MICHEL CORNU

La création d’une entité intitulée « Alliance amazonienne de combat contre la déforestation » est stipulée dans une déclaration commune signée par le Brésil, la Bolivie, la Colombie, l’Equateur, le Guyana, le Pérou, le Suriname et le Venezuela.

Cette union « a pour but de promouvoir la coopération régionale dans le combat contre la déforestation, pour éviter que l’Amazonie n’atteigne le point de non-retour ». Si ce point de non-retour était atteint, l’Amazonie émettrait plus de carbone qu’elle n’en absorberait, ce qui aggraverait le réchauffement de la planète.

Mais contrairement aux attentes des organisations de défense de l’environnement, cette déclaration commune publiée à l’issue du premier des deux jours du sommet ne présente aucun objectif commun pour éradiquer totalement la déforestation, comme le Brésil a promis de le faire d’ici 2030.

Ce document fleuve en 113 points pose de façon détaillée les jalons d’une coopération entre les huit pays membres de l’Organisation du traité de coopération amazonienne (OTCA), pour promouvoir le développement durable dans cette vaste région qui abrite environ 10 % de la biodiversité mondiale.

« C’est un premier pas, mais il n’y a pas de décision concrète, c’est juste une liste de promesses », a réagi Marcio Astrini, responsable de l’Observatoire du Climat, un collectif brésilien d’ONG. « Alors que des records de température sont battus tous les jours, ce n’est pas possible que les dirigeants des pays amazoniens ne soient pas capables de mettre noir sur blanc dans une déclaration que la déforestation doit être réduite à zéro », a-t-il fustigé.

Faire plus que des discours

Le sommet s’est ouvert le jour où le service européen Copernicus confirmait que le mois de juillet a été le plus chaud jamais enregistré sur Terre.

« Il n’a jamais été aussi urgent de reprendre et d’étendre notre coopération », a déclaré le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, dans son discours d’ouverture, évoquant un « nouveau rêve amazonien ». Plus tôt dans la journée, il avait promis que le sommet serait « un tournant » dans la lutte contre le réchauffement climatique

Son homologue colombien Gustavo Petro a pour sa part appelé à ce que les discours se traduisent en actes concrets au plus vite. « Si nous sommes au bord de l’extinction, si c’est lors de cette décennie qu’il faut prendre des décisions, que sommes-nous en train de faire, à part des discours ? », a-t-il lancé.

Lula et Gustavo Petro sont accompagnés à Belem de leurs homologues de la Bolivie, de la Colombie et du Pérou. L’Equateur, le Guyana et le Suriname sont représentés par des ministres, et le président vénézuélien, Nicolas Maduro, souffrant d’une otite, a été remplacé au pied levé par sa vice-présidente, Delcy Rodríguez.

Le sommet à Belem fait office de répétition générale pour cette cité portuaire de 1,3 million d’habitants du nord du Brésil qui accueillera en 2025 la conférence de l’ONU sur le Climat COP30. D’autres pays non-membres de l’OTCA ont été invités au sommet, notamment la France, qui possède un territoire amazonien avec la Guyane et sera représentée mercredi par son ambassadrice à Brasilia, Brigitte Collet.

« Il est urgent de mettre un terme à la déforestation», a déclaré mardi sur X (anciennement Twitter) le président français Emmanuel Macron, appelant « à protéger les réserves vitales, de carbone et de biodiversité, dans l’intérêt des pays forestiers, de leurs populations et du monde entier ».

Manifestations pour une « Amazonie libre de pétrole »

De retour au pouvoir en janvier, Lula s’est engagé à mettre un terme d’ici 2030 à la déforestation, qui a fortement augmenté sous le mandat de son prédécesseur d’extrême droite Jair Bolsonaro. Les terres déboisées sont souvent transformées en pâturage pour le bétail, mais la destruction est également causée par des orpailleurs et des trafiquants de bois.

Mais le président colombien Gustavo Petro a affirmé que la « déforestation zéro » serait « insuffisante ». « La science nous a montré que même si on recouvre le monde entier d’arbres, ça ne suffira pas à absorber les émissions de CO2 (…). Il faut abandonner les énergies fossiles », a-t-il insisté. Selon lui, cette responsabilité est avant tout « des pays du Nord », tandis que « nous [les pays amazoniens] devons protéger l’éponge », comme il décrit la forêt tropicale.

Mais cette transition énergétique est un sujet plus sensible pour d’importants producteurs d’hydrocarbures de la région amazonienne, comme le Venezuela ou le Brésil. Cette question a également été abordée le week-end dernier, lors d’une rencontre de représentants de la société civile à Belem intitulée « Dialogues Amazoniens », avec des manifestations réclamant une « Amazonie libre de pétrole ».

Des indigènes participent à une marche pour la préservation de la forêt amazonienne, à Belem, au Brésil, le 5 août 2023. EVARISTO SA / AFP

Ces mots d’ordre sont réapparus mardi, lors d’un cortège qui a rassemblé environ 1 500 personnes dans les rues de Belem, dont des militants indigènes, qui brandissaient des banderoles avec des messages comme « Nous sommes ici depuis toujours ».

Mercredi, le sommet se poursuivra avec la participation de pays non-membres de l’OTCA invités à Belem, comme la France, mais aussi l’Allemagne et la Norvège, principaux bailleurs du Fonds Amazonie. L’Indonésie, la République du Congo et le Congo-Brazzaville, qui abritent de vastes forêts tropicales dans d’autres continents, ont également été invités

Le Monde avec l'AFP

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LE PRÉSIDENT BRÉSILIEN LULA (C),
LA MINISTRE DE L'ENVIRONNEMENT
MARINA SILVA (G) ET LA MINISTRE DES 
PEUPLES INDIGÈNES SONIA GUAJAJARA
POSENT POUR UNE PHOTO EN MARGE
DU SOMMET POUR L'AMAZONIE
À BELEM AU BRÉSIL, LE 7 AOÛT 2023
PHOTO RICARDO STUCKERT

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dimanche, août 06, 2023

AU CHILI, GONZALO JARA DEVIENT L’ÉGÉRIE DE LA LUTTE CONTRE LE CANCER DE LA PROSTATE

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«  FAIS VÉRIFIER TA PROSTATE, CHAMPION ! »
Au Chili, Gonzalo Jara devient l’égérie de la lutte contre le cancer de la prostate/ Cocasse. «  Fais vérifier ta prostate, champion ! » [«  On s'en foot !»  ]

[ -Ñ- Cliquez sur la flèche pour visionner la vidéo ]

So Foot

« BLOCAGE AVEC LE STADE ANAL ? »

Comme indiqué par la chaîne TNT, l’ancien défenseur international Gonzalo Jara (37 ans) est devenu l’égérie d’une campagne de dépistage du cancer de la prostate, chez lui, au Chili. Le même Jara qui avait mis un doigt… dans les fesses d’Edinson Cavani, en pleine Copa América 2015, avant de s’en prendre à Gastón Ramírez dans le même registre, en 2016.

Ironiquement, l’homme aux 115 capes qui évolue encore au Coquimbo Unido, a déclaré «  avoir esquivé la question du doigt pendant huit ans », avant donc de prendre les choses en main dans le domaine. La campagne initiée par TNT Sports Chile et intitulée «  Fais vérifier ta prostate, champion ! » prendra un tournant majeur le 3 septembre prochain, lors du Superclásico entre ses anciens clubs, l’Universidad de Chile et Colo Colo, qui tombe en même temps que la Journée nationale du dépistage prostatique.


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    CHILI : UNE BALEINE BLEUE S'ÉCHOUE SUR UNE PLAGE

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    UNE BALEINE BLEUE (BALAENOPTERA MUSCULUS) S’EST ÉCHOUÉE
    SUR LA PLAGE D'ANCUD, SUR L'ÎLE DE CHILOE,
    DANS LA RÉGION DE LOS LAGOS, AU CHILI, LE 5 AOÛT 2023.
    PHOTO CLAUDIO KOMPATZKI / AFP

    Une baleine bleue, mammifère considéré comme le plus grand animal sur la terre, s'est échouée sur une plage de l'île de Chiloé dans le sud du Chili, après son décès en mer, ont annoncé dimanche 6 août les autorités locales. Des habitants de la localité de Puerto Elvira, dans l'agglomération d'Ancud, avaient signalé samedi 5 août après-midi la découverte de ce gigantesque cétacé sur une petite plage de l'archipel, à environ un millier de kilomètres au sud de la capitale Santiago.
    PHOTO SERVICIO NACIONAL
    DE PESCA Y ACUICULTURA 🇨🇱

    Dépêché sur place, le service national chilien de la pêche (Sernapesca) a confirmé qu'il s'agissait bien d'«un grand cétacé de la famille des Balénoptéridés», sur le réseau social X (ex-Twitter). «Nous avons aidé à identifier le spécimen et il s'agirait, selon des éléments préliminaires, d'une baleine bleue», a ajouté le Sernapesca. Son directeur régional Cristian Hudson, cité dans les médias locaux, a indiqué pour sa part que «vu son état, la baleine devait avoir succombé en mer il y a déjà un certain temps et aurait dérivé dans cet état».

    PHOTO SERVICIO NACIONAL DE PESCA Y ACUICULTURA 🇨🇱

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    PHOTO SERVICIO NACIONAL DE PESCA Y ACUICULTURA 🇨🇱

    Les associations de défense de l'environnement ont souligné que la zone est très fréquentée par des bateaux de l'industrie aquacole et le trafic maritime important. Elles ont demandé une enquête pour établir si l'animal a été victime d'une collision. Selon le centre de conservation des cétacés du Chili (CCC), la famille des Balénoptéridés (ou rorquals) est très variée, incluant plusieurs espèces, allant d'environ neuf mètres pour la baleine de Minke jusqu'à 30 mètres pour la baleine bleue, qui est de ce fait considéré comme le plus grand animal sur la terre.

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    samedi, août 05, 2023

    5 AOÛT 1895 : MORT DE FRIEDRICH ENGELS

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    FRIEDRICH ENGELS
    PORTRAIT - 1865

    1895  - 5 août - 2023

    5 août 1895 : Mort de Friedrich Engels, ami intime de Karl Marx, révolutionnaire et théoricien majeur du communisme.

    Histoire des luttes

    FRÉDÉRIC ENGELS
    VERS 1845

    Friedrich est né à Barmen, issu d'une famille bourgeoise riche qui fait fortune dans l'industrie du textile. Tout le poussait à se satisfaire de l'héritage familial mais il souhaite d'abords faire des études car il s’intéresse à la philosophie. Au début des années 1840 il part rejoindre son père à Manchester et découvre la réalité violente et miséreuse de la condition ouvrière anglaise. Il refuse de se cantonner à la fréquentation de membres de sa classe sociale et fréquente les ouvriers et ouvrières au grand désarroi de son père. Il apprend à les connaître et se solidarise de leurs aspirations à une vie plus heureuse.

    En 1844, il rencontre Karl Marx à Paris pour la deuxième fois, mais c'est cette fois seulement qu'ils vont se lier d'amitié et entament alors un travail commun qui ne connaîtra pas d'interruption. En 1845, il publie la Situation de la classe laborieuse en Angleterre, où il apparaît comme un précurseur de la sociologie ouvrière, suivront 2 ouvrages en collaboration avec Karl Marx : La Sainte famille en 1845 et L'Idéologie Allemande en 1846 où ils critiquent la pensée des néo-hegeliens allemands. Dans le même temps, il milite activement de manière plus ou moins clandestine dans les réseaux socialistes européen. En 1847, il est invité avec Karl Marx à rejoindre la Ligue des Justes, et participe en juin de la même année à son premier congrès à Londres. Il parvient avec l'aide de Karl Marx à convaincre la Ligue d'abandonner sa terminologie humaniste et idéaliste et imposer une conception socialiste scientifique : La Ligue des Justes devient alors La « Ligue des Communistes ». Engels et Marx sont ensuite mandatés pour rédiger le manifeste de la Ligue, il sera achevé quelques semaines avant la Révolution Française de 1848 et restera célèbre comme « Le Manifeste du Parti Communiste ».

    FRÉDÉRIC ENGELS
    PORTRAIT - 1870

    Dans les années qui suivent, Engels est sur-actif dans les activités révolutionnaires allemandes. Grâce à son expérience militaire (il a dû faire son service militaire en Allemagne pour être autorisé à suivre des études), il est amené à mener des opérations lors de l'insurrection d'Elberfeld et rejoint la révolution en Bade et Palatinat durant les années 1848 et 1849. Mais la révolution échoue et il doit s'enfuir et retourner à Manchester où il reprend les activités familiales. Il profite de ce répit pour tirer un bilan de ses expériences révolutionnaires et utilise ses fonds pour aider son ami Karl Marx, installé définitivement à Londres, à poursuivre son travail. Dans le même temps, il collabore à de nombreux journaux et revues, fournissant des articles philosophiques mais aussi des notes sur l'art militaire, auquel il s'intéresse en révolutionnaire. 

    Il s'installe finalement à Londres en 1870 et travaille en relation étroite avec Marx jusqu'au décès de celui-ci en 1883. On lui doit ensuite d'avoir publié et préfacé les livres II et III du Capital, l’œuvre majeure de son ami. Bien que les apports d'Engels aient été fondamentaux à la théorie marxiste, il se place lui-même dans l'ombre de Marx : « Marx nous dépassait tous, il voyait plus loin, plus large et plus rapidement que nous tous. Marx était un génie, nous autres, tout au plus des talents. Sans lui la théorie serait aujourd'hui bien loin d'être ce qu'elle est. C'est donc à juste titre qu'elle porte son nom. » écrivait-il en 1888.

    Les œuvres majeures d'Engels se multiplient dans ces années : l'Anti-Duhring en 1878, Socialisme utopique et Socialisme scientifique en 1880, Dialectique de la Nature en 1883, l'Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État en 1884 et Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande en 1888. Un ensemble d'ouvrages où il met brillamment en application la méthode marxiste au regard de l'état des sciences et préoccupations de son époque et participe à révolutionner la pratique scientifique pour les années à venir.

    Le militantisme ne s'arrête pas non plus. Il est au cœur de la naissance de la IIème internationale dite « Internationale ouvrière » en 1889 et est véritablement la figure la plus incontournable du socialisme européen à la fin du XIXème siècle d'où sa présence à l'égal de Marx sur la grande majorité des représentations des grands penseurs du communisme. 

    Il décède finalement, sans enfant, à l'âge de 74 ans le 5 aout 1895 à Londres, ses cendres sont dispersées à la mer près des falaises d’Eastbourne et ne laissant donc aucune tombe à son nom.5 aout 1895 : Mort de Friedrich Engels, ami intime de Karl Marx, révolutionnaire et théoricien majeur du communisme.

    Friedrich est né à Barmen, issu d'une famille bourgeoise riche qui fait fortune dans l'industrie du textile. Tout le poussait à se satisfaire de l'héritage familial mais il souhaite d'abords faire des études car il s’intéresse à la philosophie. Au début des années 1840 il part rejoindre son père à Manchester et découvre la réalité violente et miséreuse de la condition ouvrière anglaise. Il refuse de se cantonner à la fréquentation de membres de sa classe sociale et fréquente les ouvriers et ouvrières au grand désarroi de son père. Il apprend à les connaître et se solidarise de leurs aspirations à une vie plus heureuse.

    En 1844, il rencontre Karl Marx à Paris pour la deuxième fois, mais c'est cette fois seulement qu'ils vont se lier d'amitié et entament alors un travail commun qui ne connaîtra pas d'interruption. En 1845, il publie la Situation de la classe laborieuse en Angleterre, où il apparaît comme un précurseur de la sociologie ouvrière, suivront 2 ouvrages en collaboration avec Karl Marx : La Sainte famille en 1845 et L'Idéologie Allemande en 1846 où ils critiquent la pensée des néo-hegeliens allemands. Dans le même temps, il milite activement de manière plus ou moins clandestine dans les réseaux socialistes européen. En 1847, il est invité avec Karl Marx à rejoindre la Ligue des Justes, et participe en juin de la même année à son premier congrès à Londres. Il parvient avec l'aide de Karl Marx à convaincre la Ligue d'abandonner sa terminologie humaniste et idéaliste et imposer une conception socialiste scientifique : La Ligue des Justes devient alors La « Ligue des Communistes ». Engels et Marx sont ensuite mandatés pour rédiger le manifeste de la Ligue, il sera achevé quelques semaines avant la Révolution Française de 1848 et restera célèbre comme « Le Manifeste du Parti Communiste ».

    Dans les années qui suivent, Engels est sur-actif dans les activités révolutionnaires allemandes. Grâce à son expérience militaire (il a dû faire son service militaire en Allemagne pour être autorisé à suivre des études), il est amené à mener des opérations lors de l'insurrection d'Elberfeld et rejoint la révolution en Bade et Palatinat durant les années 1848 et 1849. Mais la révolution échoue et il doit s'enfuir et retourner à Manchester où il reprend les activités familiales. Il profite de ce répit pour tirer un bilan de ses expériences révolutionnaires et utilise ses fonds pour aider son ami Karl Marx, installé définitivement à Londres, à poursuivre son travail. Dans le même temps, il collabore à de nombreux journaux et revues, fournissant des articles philosophiques mais aussi des notes sur l'art militaire, auquel il s'intéresse en révolutionnaire. 

    Il s'installe finalement à Londres en 1870 et travaille en relation étroite avec Marx jusqu'au décès de celui-ci en 1883. On lui doit ensuite d'avoir publié et préfacé les livres II et III du Capital, l’œuvre majeure de son ami. Bien que les apports d'Engels aient été fondamentaux à la théorie marxiste, il se place lui-même dans l'ombre de Marx : « Marx nous dépassait tous, il voyait plus loin, plus large et plus rapidement que nous tous. Marx était un génie, nous autres, tout au plus des talents. Sans lui la théorie serait aujourd'hui bien loin d'être ce qu'elle est. C'est donc à juste titre qu'elle porte son nom. » écrivait-il en 1888.

    Les œuvres majeures d'Engels se multiplient dans ces années : l'Anti-Duhring en 1878, Socialisme utopique et Socialisme scientifique en 1880, Dialectique de la Nature en 1883, l'Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État en 1884 et Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande en 1888. Un ensemble d'ouvrages où il met brillamment en application la méthode marxiste au regard de l'état des sciences et préoccupations de son époque et participe à révolutionner la pratique scientifique pour les années à venir.

    Le militantisme ne s'arrête pas non plus. Il est au cœur de la naissance de la IIème internationale dite «Internationale ouvrière » en 1889 et est véritablement la figure la plus incontournable du socialisme européen à la fin du XIXème siècle d'où sa présence à l'égal de Marx sur la grande majorité des représentations des grands penseurs du communisme. 

    Il décède finalement, sans enfant, à l'âge de 74 ans le 5 aout 1895 à Londres, ses cendres sont dispersées à la mer près des falaises d’Eastbourne et ne laissant donc aucune tombe à son nom.

    FRIEDRICH ENGELS
    PHOTO CIRCA 1891


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