samedi, mai 21, 2022

CANNES 2022 : DEUX PALMES D’OR EN COMPÉTITION, LE CHILI ET LÉA SEYDOUX

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PHOTO JULIE SEBADELHA / AFP

Cinquième jour de compétition à Cannes, et alors que deux candidats sérieux entrent samedi 21 mai dans la compétition, Patricio Guzmán nous fait partager son espoir d’un renouveau démocratique au Chili et Léa Seydoux nous émeut dans un film modeste et délicat.

Céline Rouden

Lecture en 3 min.

#YesweKant - Ñ -


Au cinquième jour de la compétition, ce sont deux réalisateurs déjà récompensés par une Palme d’or qui entrent ce soir, samedi 21 mai, dans la compétition. Le Suédois Ruben Östlund avait créé la surprise en 2017 avec The Square, farce fielleuse sur les milieux de l’art et l’hypocrisie des élites intellectuelles dont le cynisme n’avait à l’époque pas fait l’unanimité. Il est de retour sur la Croisette avec Triangle of sadness - rebaptisé Sans filtre pour sa sortie française - qui embarque deux mannequins influenceurs sur un yacht de luxe pour ce qui s’annonce encore comme une chronique acide de notre monde contemporain. Très attendu, le réalisateur devra montrer s’il confirme ou non les espoirs qu’a suscité en lui sa Palme d’or. Pas besoin de confirmation en revanche pour le réalisateur roumain Cristian Mungiu qui a décroché la Palme d’or en 2007 avec son deuxième film, 4 mois, 3 semaines et deux jours, le prix du scénario et un double prix d’interprétation féminine en 2012 pour Au-delà des collines, et un prix de la mise en scène en 2016 avec Baccalauréat. Son sixième film R.M.N., et son quatrième en compétition, se déroule dans un village multiethnique de Transylvanie où l’arrivée d’une poignée de travailleurs étrangers va fissurer l’apparente paix régnant dans la communauté locale, livrant ainsi un concentré de toutes les peurs qui agitent actuellement l’Europe.µ


RÉFÉRENDUM SUR LA NOUVELLE CONSTITUTION  4S 2022
« J'APPROUVE »

Le Chili rêvé de Patricio Guzmán

Le pays imaginaire du titre de son film - Mi país imaginario - présenté vendredi 20 mai en séances spéciales, c’est celui dont le documentariste chilien Patricio Guzman avait rêvé lorsqu’il y a plus de 40 ans il avait filmé les débuts de l’expérience socialiste de Salvador Allende, tuée dans l’œuf par le coup d’État du général Pinochet. Il en avait tiré à l’époque une trilogie intitulée La bataille du Chili réalisée en collaboration avec Chris Marker. Celui-ci lui avait alors donné comme conseil : « Si tu veux filmer un incendie, il faudra être à l’endroit où surgit la première flamme ». Aussi lorsque la colère du peuple chilien s’est réveillée en 2019, le cinéaste, s’il n’était pas là au tout début, a voulu se faire le témoin engagé et parfois incrédule de ce nouvel espoir en un renouveau démocratique. Il filme cette génération « sans peur » qui lutte pied à pied contre une police aux méthodes héritées de Pinochet, sans « leader ni idéologie », et dont le visage est essentiellement féminin. Ce sont exclusivement des femmes qui témoignent dans ce film, comme si la lutte contre l’oppression patriarcale était le revers de celle menée contre les élites corrompues, trop souvent blanches et masculines, de ce pays. Moins poétique que ses précédents documentaires (La cordillère des songes, Le bouton de nacre et Nostalgie de la lumière), le film émeut par les résonances qu’il fait vibrer chez le cinéaste entre passé et présent.

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Léa Seydoux, terriblement émouvante chez Mia Hansen-Love

L’actrice est désormais une habituée de la Croisette, même si elle n’avait pas pu être là l’année dernière pour avoir contracté le Covid-19 juste avant le Festival. Une frustration qu’elle a pu réparer cette année en venant présenter deux films. Comme star désormais internationale dans Crimes of futur, de David Cronenberg en compétition lundi 23 mai et plus modestement dans Un beau matin, de Mia Hansen-Love sélectionné à La Quinzaine des réalisateurs. Si ce film de la réalisatrice de Bergman Island, n’a pas l’ambition du précédent, il offre un magnifique écrin à une actrice qui ne cesse de nous surprendre par ses choix de carrière, passant allègrement d’un James Bond au cinéma d’auteur. Elle y interprète cette fois une jeune femme, veuve et mère d’une fillette qui se retrouve confrontée à la fois au déclin de son père (Pascal Greggory) atteint d’une maladie dégénérative et au début d’une histoire d’amour avec un ami (Melvil Poupaud) qu’elle n’avait pas revu depuis longtemps. Comme souvent dans la vie, la simultanéité de ces deux événements provoque un trop-plein émotionnel que nous fait partager admirablement Léa Seydoux. L’actrice s’y met à nu, au propre comme au figuré - cheveux courts, sans maquillage et allure masculine - et n’a jamais été aussi émouvante.


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