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| LE CERRO PARANAL ET LA VOIE LACTÉE AU-DESSUS PHOTO A. GHIZZI PANIZZA / ESO |
ASTRONOMIE / Au Chili, le projet industriel qui menaçait le ciel astronomique du désert d’Atacama ne verra pas le jour / Le géant américain AES Corporation prévoyait d’implanter un imposant site de production d’hydrogène à seulement quelques kilomètres des télescopes européens, ce qui aurait gravement nui à la qualité de leurs observations.
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Le Monde
Par Gary Dagorn Publié aujourd’hui à 17h33, modifié à 17h43 Temps de Lecture 2 min.
dans le nord du Chili, le ciel immaculé du désert d’Atacama devrait finalement garder son éclat intact. Au grand soulagement des astronomes, le projet de méga-usine baptisé « INNA », qui devait s’implanter à seulement quelques kilomètres de plusieurs observatoires astronomiques européens, a été finalement annulé. L’information, révélée par AES Andes, la filiale chilienne du géant AES Corporation qui portait le projet, a été confirmée, lundi 2 février, par l’Observatoire européen austral (ESO), qui attend néanmoins encore la notification formelle des autorités chiliennes compétentes.
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AES avait déposé, en décembre 2024, une étude d’impact environnemental auprès des autorités chiliennes dans le but d’implanter un imposant site industriel de production d’hydrogène vert et d’électricité éolienne dans le désert chilien. Le site devait occuper une trentaine de kilomètres carrés de terres à seulement 11 kilomètres au sud de Cerro Paranal, où est implanté le Very Large Telescope (VLT) de l’observatoire européen austral (ESO) ; et à 25 kilomètres du site du futur Extremely Large Telescope (ELT), qui deviendra, lors de son achèvement en 2030, le plus grand télescope jamais construit.
Une proximité immédiate qui aurait eu de graves conséquences sur la qualité du ciel de cette région du Chili, connue pour offrir les meilleures conditions d’observation astronomique du monde. « La situation était surréaliste », témoigne Guy Perrin, astronome à l’Observatoire de Paris et représentant de l’État français au conseil de l’ESO. « AES décide de s’installer là parce qu’ils ont besoin d’énergie solaire. Evidemment, Atacama est un endroit privilégié pour ça, mais le désert fait pratiquement 2 000 kilomètres de long. On ne comprenait pas pourquoi ils avaient choisi de s’installer là, avec un investissement aussi important, sachant que ça allait forcément créer des problèmes », souffle l’astronome.
Le 17 mars 2025, l’ESO publiait une analyse qui confirmait ses craintes initiales : le projet d’AES aurait généré une augmentation de 35 % de la pollution lumineuse au-dessus du VLT, de 55 % au-dessus du Cherenkov Telescope Array (CTA) et de 5 % au-dessus du futur ELT. Un chiffre qui peut paraître acceptable, mais qui est en réalité déjà « incompatible avec les conditions requises pour des observations astronomiques de classe mondiale », fait valoir l’ESO. « Quand on est à 5 % de pollution lumineuse supplémentaire, l’essentiel des observations peut être fait, précise Guy Perrin. Le problème, c’était que la raison pour laquelle vous construisez l’ELT, ce n’est pas pour faire l’essentiel des observations, c’est pour faire celles qui sont impossibles autrement. Si vous êtes à la limite de détection d’un objet et que vous rajoutez un bruit supplémentaire, ça va vous empêcher d’observer cet objet. »
Qualité du ciel en déclin
Outre la pollution lumineuse, l’usine d’AES aurait gêné les observations en augmentant la turbulence atmosphérique, la vibration des sols et la quantité de poussières soulevées dans la région, autant de perturbations qui auraient nui à la qualité des observations faites par les télescopes de l’ESO.
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L’ESO rappelle néanmoins « pleinement soutenir la décarbonation de l’énergie ». « Les projets d’énergie verte sont tout à fait compatibles avec les observatoires astronomiques, à condition que les différentes installations soient situées à une distance suffisante les unes des autres », souligne le directeur général de l’institution, Xavier Barcons, qui avait déjà affirmé l’an dernier que « le Chili ne devrait pas avoir à choisir entre l’accueil des observatoires astronomiques et le développement de projets d’énergie verte ». Contacté, AES Corporation n’a pas répondu.
Si le projet INNA était emblématique de la façon dont les activités humaines peuvent altérer l’accès au ciel profond, son annulation ne suffira pas à enrayer le lent déclin de la qualité du ciel que les astronomes observent, même au Chili. « Paranal est le site astronomique professionnel où le ciel est vraiment le plus sombre au monde et où, a priori, on peut détecter les objets les plus faibles », fait valoir Arthur Vigan, chercheur CNRS au laboratoire d’astrophysique de Marseille. « Malheureusement, la qualité du ciel à Paranal se dégrade depuis vingt ou trente ans, poursuit-il. Des mines et des industries lourdes s’installent à quelques dizaines ou quelques centaines de kilomètres et ont un impact sur le ciel. Petit à petit, ces zones très isolées se font rattraper par la civilisation ».
Gary Dagorn
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| LA GALAXIE DU SCULPTEUR VUE PAR MUSE PHOTO ENRICO CONGIU, CHERCHEUR À L'ESO PHOTO ENRICO CONGIU ET ADAM LEROY |
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