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| LE CANDIDAT À LA PRÉSIDENCE CHILIENNE JOSÉ ANTONIO KAST, DU PARTI RÉPUBLICAIN, LORS DE SON DERNIER MEETING À TEMUCO (CHILI), LE 11 DÉCEMBRE 2025. PHOTO EITAN ABRAMOVICH |
Le Chili connaît un tournant politique vers l’extrême droite. Depuis mars 2026, le gouvernement de José Antonio Kast a placé au centre de son programme la sécurité, le contrôle de l’immigration irrégulière et une politique économique favorable à l’investissement privé. Le durcissement de l’appareil sécuritaire, la réduction des charges pesant sur le capital et la promesse de rétablir l’ordre ne constituent pas uniquement des choix de gouvernement : ils expriment une tentative de réorganiser les conditions de l’accumulation du capital dans un contexte de conflictualité sociale croissante.
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| DONALD TRUMP, NAYIB BUKELE, JAVIER MILEI ET JOSÉ ANTONIO KAST PHOTOMONTAGE L’ACTUALITÉ |
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| PINOCHET KAST SEGUIDORES DE KAST CELEBRARON EL TRIUNFO CON IMÁGENES DEL DICTADOR PINOCHET. PHOTO EITAN ABRAMOVICH |
La bataille culturelle
Des secteurs de la droite radicale conservatrice tentent de porter devant le Congrès des initiatives concernant l’avortement et d’autres questions sociétales. Kast a explicitement utilisé le langage de la lutte contre les « ismes », notamment le féminisme, l’indigénisme et le multiculturalisme. L’idée sous-jacente est assez claire : la gauche n’aurait pas seulement gouverné l’État ; elle aurait transformé la culture. Par conséquent, la droite ne devrait pas se limiter à gagner des élections : elle devrait reconquérir l’hégémonie culturelle.
La défaite électorale des forces progressistes a, entre-temps, ouvert une période de recomposition de la gauche. Mais il serait insuffisant d’interpréter cette conjoncture uniquement en termes institutionnels. La question décisive est ailleurs : quelle place le Chili occupe-t-il dans la division internationale du travail et quels rapports de pouvoir structurent son insertion dans le capitalisme mondial ?
D’un point de vue léniniste, le point de départ est le caractère international du capitalisme contemporain : concentration du capital, prédominance financière, exportation des capitaux et concurrence entre les grands centres économiques pour les marchés, les ressources et les positions stratégiques. Dans ce système, le Chili n’occupe pas une position comparable à celle des grandes puissances capitalistes. Son économie se caractérise plutôt par une forte dépendance à l’exportation de ressources naturelles — cuivre, lithium, produits agro-industriels et énergie — ainsi que par une présence considérable de capitaux étrangers.
Parler de dépendance ne signifie toutefois pas imaginer une bourgeoisie nationale passivement subordonnée à des intérêts extérieurs. Une partie importante des élites économiques participe à cet ordre économique et en tire profit. Le capital étranger investit, exploite les ressources et s’associe aux capitaux locaux ; les exportations génèrent des devises et de la plus-value, tandis qu’une bourgeoisie dépendante ou associée trouve dans cette intégration internationale les conditions de sa propre reproduction. La dépendance n’élimine donc pas la bourgeoisie nationale : elle définit le cadre dans lequel celle-ci accumule.
La relation entre les États-Unis et la Chine revêt ici une importance particulière. Le Chili entretient avec la Chine une relation commerciale fondamentale, renforcée historiquement par le fait que le Chili fut le premier pays d’Amérique du Sud à établir des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine, en 1970, sous le gouvernement de Salvador Allende. Pendant ce temps, Washington conserve un poids considérable dans les domaines financier, technologique, politique et stratégique. La lutte autour des « minerais critiques » — en particulier le cuivre et le lithium — fait du pays un espace d’une importance géoéconomique croissante. Ces minerais ne sont plus seulement des marchandises destinées à l’exportation: ils constituent des ressources essentielles pour l’électrification, les batteries, les infrastructures énergétiques et diverses industries technologiques.
La question ne consiste donc pas simplement à déterminer si le Chili est « dominé » par les États-Unis. La réalité est plus complexe. La concurrence entre les grands capitaux et les grandes puissances pour les ressources, les investissements, les marchés et les chaînes stratégiques introduit une dimension multipolaire dans la conjoncture chilienne. Le concept de « néo-impérialisme », bien que postérieur à Lénine, permet de décrire certaines de ces formes contemporaines de pouvoir : investissement étranger, contrôle technologique, propriété des entreprises, crédit, chaînes mondiales de production, propriété intellectuelle et dépendance à l’égard de certains marchés.
Dans ce contexte, le programme de Kast est plus qu’un simple projet idéologique de droite. Sa politique cherche à renforcer l’autorité de l’État, à garantir des conditions de sécurité favorables à l’accumulation, à encourager l’investissement privé, à approfondir l’exploitation des ressources stratégiques et à consolider l’insertion du Chili dans le marché mondial. Le discours sur la criminalité, l’immigration et « l’ordre » soulève ainsi une question de classe : qui supporte les coûts de la crise et sur quels secteurs sociaux repose principalement le renforcement de l’appareil répressif ?
La contradiction centrale demeure intacte. Le Chili possède des ressources stratégiques d’une immense valeur, mais continue de dépendre largement de leur exportation et des capitaux étrangers. Le dilemme ne réside donc pas dans la simple possession du cuivre ou du lithium, mais dans la question de savoir qui contrôle ces ressources, qui maîtrise la technologie, qui décide des investissements, qui s’approprie le surplus et quelle part de celui-ci est transformée en industrialisation et en autonomie économique.
La conjoncture chilienne de 2026 peut ainsi être caractérisée comme la convergence de trois processus: une offensive politique de la droite, une reconfiguration des conditions de l’accumulation capitaliste et une importance géopolitique croissante du pays dans la compétition pour les ressources stratégiques. Le Chili n’est pas un pays capitaliste expansionniste, pas plus qu’il n’est une simple victime de forces extérieures : c’est un capitalisme dépendant dont la bourgeoisie participe activement à l’ordre international qui la subordonne. La lutte autour du cuivre et du lithium pourrait ouvrir de nouvelles possibilités de développement ; elle pourrait également approfondir, si les rapports de propriété et de pouvoir ne sont pas modifiés, une dépendance dont la forme contemporaine n’a plus besoin de drapeaux coloniaux pour exercer sa domination.
M.C.
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| LE CANDIDAT JOSÉ KAST, SALUE SES PARTISANS LORS DE SON MEETING DE CLÔTURE DE CAMPAGNE À TEMUCO, AU CHILI, LE 11 DÉCEMBRE 2025 PHOTO EITAN ABRAMOVICH |
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