mardi, avril 06, 2004

SUR LES TRACES DE CHE GUEVARA

Ernesto Guevara Photo : Rene Burri/Magnum

À TRAVERS L'ARGENTINE, LE CHILI ET LE PÉROU • Sur les traces de Che Guevara 

En 1953, Ernesto Guevara a 25 ans quand il part avec son ami Alberto Granado pour un périple à moto en Amérique du Sud. Un demi-siècle plus tard, le journaliste et géographe italien Pietro Tarallo a suivi le même itinéraire. Bien sur, tout a changé ! 

La pleine lune se détache sur la mer et étend sur les vagues ses reflets argentés. Assis sur une dune, nous contemplons le mouvement incessant de la marée. Un spectacle nouveau qui nous trouble étrangement." C'est par ces mots qu'Ernesto Guevara commence son Voyage à motocyclette [éd. Mille et Une Nuits, 1997], "cette déambulation sans but à travers notre Amérique majuscule qui m'a changé plus que je ne l'aurais cru". L'image est idyllique, mais date des années 50. Celui qui allait devenir plus tard le Che et son ami Alberto Granado se trouvent à Villa Gesel, alors paisible village de pêcheurs au bord de l'Atlantique, devenu aujourd'hui une station balnéaire proche de Buenos Aires destinée aux classes aisées. Beaucoup d'autres localités d'Amérique du Sud ont connu le même sort. San Carlos de Bariloche, par exemple. Le Che raconte dans son journal combien Alberto et lui, en route pour le Chili, avaient été fascinés par "les bois millénaires et le parfum de la nature émanant de ce village solitaire de montagne". 

Aujourd'hui, Bariloche est une ville qui a grandi trop vite, remplie d'hôtels énormes et d'immenses immeubles, subissant un va-et-vient continuel de 4 x 4 chargés de touristes européens en quête d'aventure soft en Patagonie. Quand on passe au Chili, l'impression se confirme. Santiago aussi a changé. 

Le Che disait que la ville ressemblait à Córdoba, une somnolente petite ville de province du nord de l'Argentine. Le quartier Bellavista avec ses gratte-ciel postmodernes de verre et d'acier est la carte de visite de la nouvelle artère qu'a fait tracer le président Ricardo Lagos. Les travaux de restauration de la Plaza de la Constitución, où se trouve le palais de la Moneda, ont été achevés à temps pour commémorer le triste trentième anniversaire du coup d'Etat de Pinochet. 

Le siège du gouvernement, repeint d'un blanc éblouissant, n'est plus inaccessible : les carabineros qui montent la garde à l'entrée autorisent désormais les touristes à pénétrer dans la cour intérieure et à prendre des photos. Et ceux-là sont nombreux à s'arrêter, en repensant à ces journées tragiques, devant le monument dédié à Salvador Allende, qui, avec ses formes rappelant les sculptures futuristes de Boccioni [peintre et sculpteur italien né en 1882 et mort en 1916, l'une des grandes figures du futurisme], semble veiller sur le palais où il trouva la mort et où disparut avec lui l'utopie de l'Unité populaire. "Les gens veulent oublier le passé", affirme Antonio Hecheverria, journaliste au Mercurio, le quotidien le plus lu de la capitale. "Les rues du quartier branché de Bellavista - une succession de cafés, de pubs, de restaurants, de boutiques et de boîtes de nuit - ne désemplissent pas avant l'aube." Beaucoup de Santiaguitos s'attablent, à partir de 5 heures de l'après-midi (après le bureau), aux cafés avoisinants. 

Les serveuses provocantes, court-vêtues et juchées sur des talons aiguilles, genre panoplie fétichiste, leur servent des pisco sour (le cocktail national : eau-de-vie, jus de citron, blanc d'oeuf, et quelques gouttes d'angustura). Les décolletés et les tenues hypersexy sont aussi l'uniforme des barmaids du Tantra Lounge, la discothèque culte des jeunes amateurs d'atmosphères "tantriques hyperréalistes" avec déco léopard et DJ techno. Le nord du Chili est un autre monde, où le temps est immobile. Tout n'y est que nature primitive, ciels infinis, vies de frontière. Dans le désert d'Atacama, le plus aride de la Terre, le peuple des "travellers chic" [voyageurs branchés] a trouvé sa nouvelle Mecque, entre mondanités baba cool et rituels classiques du New Age, dans cet endroit perdu au pied des Andes, devenu un puissant carrefour d'énergies positives. 

Au crépuscule, de jeunes créatifs de Santiago et des posthippies venus d'un peu partout se donnent rendez-vous pour fumer un chilom d'herbe sur l'énorme dune de sable doré de la vallée de la Lune. 

Le soir venu, ils se promènent dans la Calle Caracoles, la ruelle centrale de San Pedro d'Atacama, parmi les odeurs d'encens qui s'échappent des boutiques d'artisanat New Age, envoient des courriels depuis le cybercafé ou dînent dans les restaurants végétariens et bio qui prolifèrent. Les anciennes mines de salpêtre du désert, entre Iquique et Arica, sont devenues des musées d'archéologie industrielle à ciel ouvert. Il y eut ici, dans les dernières années du XIXe siècle, plus de 180 usines d'extraction et de conditionnement du salpêtre-nitrate, utilisé alors comme fertilisant [et composant de poudre à canon]. 

Les villes fantômes de Santa Laura et d'Humberstone n'ont pas changé depuis la visite du Che : calcinées par le soleil, avec des machines gigantesques et des bâtiments début de siècle ; Humberstone abrite même un théâtre en bois parfaitement conservé et une piscine en fer avec des plongeoirs.

Pietro Tarallo D (La Repubblica delle Donne) hebdo n° 705 - 6 mai 2004

lundi, décembre 01, 2003

MARIANA MONTALVO, TOUT UN CONTINENT

Mariana Montalvo avait déjà chanté India Song, Couleur café et Né quelque part en espagnol. Sur son nouvel album, Piel de aceituna, elle adapte de son timbre de brune la Chanson des vieux amants de Brel. 
MARIANA MONTALVO

Est-ce pour saluer un pays qui soutenait le Chili opprimé il y a tout juste trente ans à travers la voix de ses artistes Léo Ferré et Colette Magny ? La belle Chilienne se rendait cette année-là pour la première fois à Paris.


Elle est repartie faire un tour du monde avec Los Machucambos, a rencontré Angel Parra puis Alejandro Jodorowski, dont elle chantera les poèmes dans l'album Canta a Jodorowski.

Accordéon et fanfares sur quelques pas de salsa, Piel de aceituna est à nouveau puissamment traversé par tout le continent latino-américain. Poésie de fête que la chanteuse implore avec une souplesse franche, pas trop plaintive, pas trop solennelle, pour qu'on puisse l'aimer. 

lundi, septembre 01, 2003

LA PRISE DU POUVOIR PAR PINOCHET

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PHOTO ARCHIVO PRENSA LATINA
 

Le 11 septembre 1973, une junte militaire renversait le président Allende et portait Augusto Pinochet à la tête du Chili. Le point de départ d'une dictature pendant laquelle des milliers de personnes allaient être torturées, tuées. Le temps aussi de profondes transformations économiques.

Olivier Compagnon dans mensuel 279 daté septembre 2003

Le 16 octobre 1998, l'arrestation à Londres du général Pinochet et l'hypothèse d'un procès organisé en Europe pour les crimes commis entre 1973 et 1990 ont rappelé à l'opinion internationale la nature violemment répressive de la dictature qui sévit au Chili durant seize ans. Lorsque Pinochet rentra finalement libre à Santiago le 3 mars 2000, il fut pourtant accueilli chaleureusement par une partie de la population chilienne, outrée à l'idée que celui qu'elle considère toujours comme le père de l'actuelle prospérité du pays aurait pu être condamné après les poursuites engagées par le juge espagnol Garzon.

Éminemment paradoxale, la mémoire de la dictature oscille aujourd'hui en effet entre le souvenir des atteintes aux droits de l'homme qu'elle perpétra sans discontinuer et la reconnaissance d'un héritage économique en trompe-l'oeil, qui semble avoir fait du Chili un îlot de prospérité au coeur d'une Amérique latine récemment frappée par plusieurs crises de grande ampleur1.

Le 11 septembre 1973, un coup d'État mené par les forces armées renverse le gouvernement Allende et met un terme à l'Unité populaire UP, coalition des forces politiques de gauche parvenue démocratiquement au pouvoir en 1970 et décidée à tracer « pacifiquement » une « voie chilienne vers le socialisme ». Cet événement, qui retint l'attention du monde entier durant plusieurs semaines et contribua à l'édification d'une véritable mythologie autour de l'UP, inaugure une dictature caractéristique des régimes qui fleurissent en Amérique latine dans les années 1970. En cela, il constitue une rupture dans l'histoire d'un pays où la Constitution de 1925 n'avait jamais été remise en cause et où l'armée était réputée loyaliste.

Le régime instauré par Pinochet fournit également aux théories économiques néo-libérales élaborées aux États-Unis un terrain d'expérimentation bientôt appelé à devenir un modèle. Autant d'éléments qui font des années 1973-1990 au Chili un champ d'études privilégié pour comprendre l'Amérique latine à l'aube du XXIe siècle.

Aujourd'hui encore, l'historiographie reste partagée quand il s'agit d'évoquer les causes du coup d'État : les uns évoquent la volonté des forces armées chiliennes, appuyées par les États-Unis, de mettre un terme à une expérience politique leur semblant menacer l'unité de la nation ; d'autres insistent plutôt sur les divisions internes de l'UP, partagée entre un réformisme d'inspiration keynésienne et la tentation d'accélérer les transformations sociales par un véritable soulèvement révolutionnaire ; d'autres enfin soulignent les résistances d'une partie de la société chilienne au passage à un socialisme d'État. Ces trois facteurs ont certainement joué de manière concomitante.

Quoi qu'il en soit, une journée suffit aux forces armées pour balayer l'UP et s'emparer du pouvoir : le coup d'État est lancé dans le port de Valparaíso par le soulèvement de la marine ; il aboutit à Santiago au bombardement du palais présidentiel de La Moneda et à la mort d'Allende. A l'origine du putsch, une junte militaire dirigée par le général Augusto Pinochet, commandant en chef de l'armée de terre. Lointain descendant d'un Français émigré au Chili au XVIIIe siècle, Pinochet né en 1915 a rapidement gravi tous les échelons de la hiérarchie militaire. Formé à l'École militaire de Santiago, il remplit plusieurs missions diplomatiques notamment aux États-Unis et devient général de brigade en 1968. En août 1973, Allende le nomme commandant en chef des forces armées dans l'espoir qu'il apaise les velléités putschistes de l'armée chilienne, pourtant de tradition apolitique. On connaît la suite...

En l'espace de quelques jours, la junte soutenue par l'ensemble de l'armée chilienne renie le gouvernement en place, proclame la dissolution du Parlement, instaure l'état de siège et l'état d'urgence2 assortis d'un couvre-feu, suspend les libertés syndicales et la plupart des organes de presse. Elle justifie le soulèvement par la lutte contre le communisme et puise une partie de son inspiration dans le coup d'État militaire intervenu en 1964 au Brésil3. La crainte d'une socialisation de l'économie et le rejet de la lutte des classes au nom des intérêts supérieurs de l'unité nationale figurent dans toutes les déclarations officielles qui font immédiatement suite à la prise du pouvoir.

Cette doctrine dite de « sécurité nationale », qui consiste à défendre le pays, par tous les moyens, contre le communisme, ennemi intérieur et extérieur, caractérise une série de dictatures militaires au pouvoir en Amérique latine, au Brésil, en Argentine ou en Uruguay, dans les années 1970. Elle repose sur quelques caractéristiques principales :

1 un exercice du pouvoir renonçant dans un premier temps à toute légitimité populaire, mais tentant progressivement de réintroduire un air de démocratie grâce aux pratiques plébiscitaires ;

2 l'état de siège permanent ;

3 la conversion des services secrets en police politique ;

4 l'élimination ou la réclusion systématique des opposants ;

5 l'institutionnalisation de la torture comme symbole du terrorisme d'État.

Dans les jours qui suivent le coup d'État, la nature répressive du nouveau pouvoir s'affiche clairement. Des milliers de personnes sont arrêtées et, pour une bonne part, regroupées dans l'enceinte de l'Estadio nacional le principal stade de Santiago. Outre les principales personnalités de l'UP, ce sont surtout les militants des partis d'extrême gauche notamment du MIR, Movimiento de izquierda revolucionaria et du mouvement ouvrier qui sont victimes de cette violence politique : ils sont torturés, exécutés, parqués dans des camps de concentration ou portés disparus.

En octobre 1973, un commando connu sous le nom de « Caravane de la mort » sillonne le nord du pays en hélicoptère et élimine en l'espace de quelques jours 75 opposants considérés comme dangereux. L'exposition médiatique de certaines personnalités qui avaient pris fait et cause pour l'UP ne suffit pas à les protéger. Ainsi le très populaire chanteur Victor Jara, retrouvé mort dans une rue de Santiago quelques jours après le 11 septembre.

La junte lance des appels à la délation tandis qu'est mise en place une police politique, la Direccion de inteligencia nacional DINA, active dès 1973, mais officiellement créée en juin 1974 - elle cède la place en août 1977 à la Central nacional de informaciones CNI. Jusqu'à la fin de 1974, l'éradication du « cancer marxiste » est menée de manière systématique et les opposants traqués scrupuleusement. Ainsi, dans l'éducation, près d'un tiers du corps enseignant est démis de ses fonctions. Au total, durant les années Pinochet, le nombre de tués et de disparus se serait élevé à 5 000-6 000.

Pour beaucoup, l'exil devient alors le seul salut possible. Il prend rapidement des proportions massives pour concerner près de 1 million de Chiliens au total soit environ un dixième de la population de 1975. Il conduit à la constitution d'une opposition de l'extérieur s'efforçant d'organiser la résistance et de sensibiliser l'opinion internationale notamment en France, en Angleterre ou en Suède.

Mais les frontières de la répression ne sont pas étanches, et plusieurs personnalités opposées au régime sont victimes d'attentats organisés hors du Chili par les services secrets de la junte : par exemple, en septembre 1976, Orlando Letelier, ministre des Affaires étrangères de l'UP, est exécuté à Washington.

Le Chili de Pinochet recourt enfin au plan Condor. Cette opération, élaborée en étroite collaboration par diverses dictatures militaires Brésil, Chili, Argentine, Uruguay, Paraguay, a pour objectif l'élimination du marxisme. Elle bénéficie du soutien de la diplomatie nord-américaine et serait à l'origine de 50 000 à 70 000 meurtres ou disparitions. Elle conduit notamment à la disparition de nombreux Chiliens réfugiés en Argentine. Longtemps restée secrète, l'existence du plan Condor est attestée depuis la découverte en 1992, dans la banlieue d'Asuncion, de nombreuses archives du régime du général Stroessner, au pouvoir au Paraguay de 1954 à 1989.

La répression ne peut cependant expliquer seule que Pinochet ait pu se maintenir à la tête du pays pendant seize ans. Dans un premier temps, la junte militaire bénéficie d'importants soutiens intérieurs qui lui permettent d'asseoir fermement son pouvoir. De larges secteurs de la société, de l'Église aux milieux industriels et financiers en passant par une bonne partie des classes moyennes, approuvent l'intervention des forces armées qui rétablit l'ordre public, met un terme aux nombreuses grèves qui paralysaient le pays et écarte le spectre d'une révolution socialiste.

À l'étranger, l'émotion suscitée dans l'opinion par le renversement d'un régime issu des urnes ne suffit pas à isoler la junte d'un point de vue politique et économique. Les États-Unis, où une partie des élites militaires chiliennes avaient été formées dans un anticommunisme viscéral depuis les années 1950, accueillent avec soulagement la chute de l'UP. Le Chili d'Allende était perçu comme un « nouveau Cuba » qui menaçait des intérêts économiques considérables. Aussi l'administration républicaine de l'époque alloue-t-elle d'importants crédits au nouveau régime, en même temps qu'elle participe à sa reconnaissance internationale.

Quant aux autres gouvernements - à l'exception notable de l'URSS -, ils se contentent pour la plupart de protestations de principe et ne tardent pas à accueillir les nouveaux ambassadeurs en provenance de Santiago.

Sur ces bases, le général Pinochet dispose de toute latitude pour imposer son pouvoir. Dans un premier temps, il agit surtout par décrets-lois au nom de l'urgence du redressement national et garantit une impunité durable aux acteurs du coup d'État par une amnistie en 1978.

Finalement, il prépare en 1980 une nouvelle Constitution qu'il fait approuver par référendum le 11 septembre et qui entre en vigueur le 11 mars 1981. Censé signifier un retour à la normalité institutionnelle, ce texte couronne l'entreprise politique entamée en septembre 1973 et impose une tutelle de l'armée sur les institutions. Investi d'un pouvoir illimité et autorisé à restreindre inconditionnellement les libertés fondamentales, Pinochet devient officiellement président de la République pour une période de huit ans au terme de laquelle sera organisée une nouvelle consultation référendaire.

Sans que l'on puisse réellement parler de reconstitution des oppositions dès les années 1970, la dictature se trouve bientôt confrontée à une crise de légitimité liée à la défection de quelques-uns de ses soutiens initiaux. L'Église catholique, qui n'avait pas rechigné à la célébration de quelques cérémonies en l'honneur des nouvelles autorités, ne tarde pas à émettre des critiques sur la violation des droits de l'homme, notamment par la voix du cardinal-archevêque de Santiago Mgr Raul Silva Henriquez. Dès 1973, elle crée, conjointement avec l'Église luthérienne, un comité Pro Paz auquel se substitue en 1976 le Vicariat de la solidarité destiné à porter assistance aux chômeurs, aux clandestins et aux anciens prisonniers.

Les autorités religieuses sont bientôt relayées par des personnalités importantes du puissant parti démocrate-chrétien la première des formations démocrates-chrétiennes à avoir accédé au pouvoir en Amérique latine avec Eduardo Frei Montalva en 1964, particulièrement bien implanté parmi les classes moyennes et l'électorat féminin. Celui-ci, qui avait majoritairement soutenu le coup d'État de 1973, rejoint le camp des opposants lorsqu'il se voit privé d'espace politique et constate l'ampleur de la répression.

Privé de la légitimation spirituelle d'une alliance entre le sabre et le goupillon, le régime tend alors à se rapprocher des églises pentecôtistes4 présentes au Chili depuis le début du siècle et en plein essor depuis le milieu des années 1950 : en 1978 est par exemple célébré un Te Deum dans la cathédrale méthodiste de Santiago, auquel assiste le général Pinochet.

Par ailleurs, les relations avec les États-Unis connaissent un net refroidissement dans la deuxième moitié des années 1970, du fait de l'assassinat d'Orlando Letelier à Washington, mais aussi de la nouvelle politique latino-américaine favorable aux droits de l'homme que tente de promouvoir l'administration Carter un peu partout dans le monde. Plus généralement, l'opprobre internationale s'intensifie avec le vote par l'Assemblée générale des Nations Unies, en décembre 1977, d'une résolution condamnant la violence politique au Chili.

Reste que la société chilienne demeure majoritairement favorable à la junte en cette fin des années 1970 : un plébiscite organisé en janvier 1978 conforte le pouvoir de Pinochet, qui recueille le soutien des trois quarts des électeurs. Pour ces électeurs, l'argument décisif était sans doute la confiance dans la politique économique de rupture inaugurée quelques mois après le coup d'État et censée restaurer la prospérité perdue.

Au-delà de la terreur politique, le coup d'État du 11 septembre 1973 est en effet à l'origine d'une véritable révolution économique qui dote la junte d'une identité que ne pouvait lui fournir un projet politique indigent. Depuis la Seconde Guerre mondiale, l'État menait au Chili une politique volontiers interventionniste. A partir de 1970, l'Unité populaire, nourrie de l'expérience castriste et d'une tradition marxiste-léniniste mâtinée de keynésianisme, avait encore accentué le rôle de l'État dans la vie économique et sociale, notamment en augmentant salaires et minima sociaux puis en décrétant de nombreuses nationalisations dans les domaines industriel et bancaire. Avec le coup d'État, l'économie chilienne vit un tournant décisif sous l'influence des théories néolibérales élaborées aux États-Unis, et plus particulièrement à la School of Economics de l'université de Chicago autour de Milton Friedman.

Entre les libéraux américains et chiliens, les relations étaient anciennes. Dès le milieu des années 1950, de jeunes étudiants chiliens avaient été formés à Chicago avant de devenir professeurs à Santiago : c'est le cas de Sergio de Castro qui deviendra ministre de l'Économie d'avril 1975 à décembre 1976, puis ministre des Finances jusqu'en avril 1982.

Le dogme du marché, pensé comme le nouveau paradigme de la liberté, est également relayé au début des années 1970 par des catholiques conservateurs comme Jaime Guzman ou Gonzalo Vial, souvent proches de l'Opus Dei, et par le principal quotidien du pays, El Mercurio . Il s'impose rapidement par toute une série de mesures qui permettent d'expérimenter, grandeur nature, des postulats qui guideront moins d'une décennie plus tard l'administration américaine sous Reagan et le gouvernement Thatcher en Grande-Bretagne.

Conforme aux postulats néolibéraux, l'action de ceux qu'on appelle les « Chicago Boys » commence par une phase d'ajustement récessif, supposée mener à une étape de prospérité et de redistribution des richesses. Cela passe par le contrôle de l'inflation et la stabilisation monétaire, par la baisse des dépenses publiques et la lutte contre le déficit budgétaire, par les privatisations et la réduction considérable des attributions de l'État, mis en oeuvre à partir du milieu des années 1970.

Rapidement, l'économie chilienne voit ses exportations augmenter de manière considérable, attire les investisseurs étrangers et retrouve des taux de croissance étonnants dans le contexte de la crise économique mondiale 9,9 % en 1977, 8,3 % en 19795. Certes, le Chili traverse en 1982 une grave crise qui contraint l'État à un réinvestissement passager et relègue les Chicago Boys au second plan, mais la parenthèse semble close trois ans plus tard lorsque reprend un processus accéléré de privatisations, dans les domaines des télécommunications et de l'électricité notamment. La potion libérale a permis au Chili d'entrer dans la modernisation et de s'intégrer aux marchés mondiaux.

Érigée en modèle de développement et de lutte contre la crise par le Fonds monétaire international, la révolution économique chilienne porte en elle des conséquences sociales que ne masquent pas complétement la bonne santé des indices macroéconomiques, la forte diminution de la mortalité infantile ou les quelques mesures prises par le régime contre l'extrême misère comme le Plan d'emploi minimum de 1976 destiné à résorber le chômage, qui a créé des travaux d'intérêt public en échange de rémunérations particulièrement basses.

On observe en effet dans le même temps la précarisation de larges couches de la population, une lente érosion des classes moyennes et une répartition de plus en plus inégalitaire des revenus par habitant. Ainsi estime-t-on en 1990 que 40 % de la population vit dans la pauvreté, soit deux fois plus qu'au milieu des années 1970.

Mais le désengagement de l'État se fait surtout sentir dans certains secteurs comme la protection sociale promotion de systèmes d'assurance-maladie privés et diminution de moitié des dépenses publiques de santé par habitant entre 1973 et 1993 ou le système des retraites, qui apparaissent complètement sinistrés aujourd'hui6. Ainsi le Plan Laboral de 1979, en plus d'instaurer un nouveau code du travail qui restreint considérablement les libertés syndicales, substitue au système de retraites par répartition une formule par capitalisation soumettant la prise en charge de la vieillesse aux aléas des marchés financiers.

Le domaine de l'éducation est lui aussi particulièrement touché : la diminution des dépenses publiques, la décentralisation des administrations et des financements et la flexibilité des programmes scolaires conduisent à la mise en place d'un système éducatif à deux vitesses. Peu ou prou, l'école publique devient celle des pauvres et l'école privée celle des classes moyennes et hautes de la société. L'enseignement supérieur n'est pas épargné : pour un étudiant en économie entre 1982 et 1985, les coûts d'inscription augmentent de 80 % à l'Université du Chili et de 85 % à l'Université catholique. Quant au salaire d'un enseignant en fin de carrière dans l'équivalent du secondaire, il diminue de plus de 40 % entre 1971 et 1979.

Des éléments qui ne sont pas étrangers au rejet du régime. Dès la charnière des années 1970 et 1980, de nombreux mouvements sociaux, associatifs et culturels voient ou revoient le jour et commencent à alimenter une opposition larvée. Celle-ci se traduit, à partir de 1983, par une série de protestas dont l'initiative revient dans un premier temps aux syndicats. Ces manifestations originales, pouvant par exemple prendre la forme d'un concert de casseroles, sont souvent violemment réprimées, mais ouvrent la voie à la reconstitution d'une opposition politique.

Décimés par la répression et minés par de multiples divisions héritées de l'UP, la gauche et les syndicats se reforment lentement dans la clandestinité et jettent les bases d'un dialogue avec le parti démocrate-chrétien. En août 1985, un accord national pour le retour à la démocratie est ainsi paraphé par onze partis représentant presque toute l'opposition à Pinochet, sous la houlette du nouveau cardinal-archevêque de Santiago Mgr Fresno.

Cela ne signifie pas pour autant que les pratiques du pouvoir se soient réellement assouplies dans les années 1980. Au contraire, elles connaissent de soudains durcissements, en réaction aux protestas ou après l'attentat organisé par le Front patriotique Manuel Rodriguez organisation militaire clandestine issue du PC duquel Pinochet réchappe de peu le 7 septembre 1986.

Le voyage du pape Jean-Paul II au Chili en avril 1987 ne contribue pas non plus à modifier le climat politique, bien que des milliers d'opposants s'emparent de l'événement pour clamer leur mécontentement.

C'est finalement très largement selon les termes de la Constitution de 1980, et non pas seulement sous la pression de la rue et des partis d'opposition, qu'est organisé le référendum du 5 octobre 1988 censé confirmer Pinochet à la tête de l'État pour huit années supplémentaires. Celui-ci est convaincu de pouvoir conserver ses fonctions en faisant évoluer le régime vers une démocratie restreinte.

Il doit toutefois accepter une certaine ouverture politique réouverture des listes électorales et légalisation des partis du fait de l' aggiornamento de la politique latino-américaine de Washington. Les États-Unis concentrent alors leurs efforts sur la lutte antimarxiste en Amérique centrale mais se montrent plutôt favorables au rétablissement de la démocratie dans le cône Sud.

En dépit des pressions exercées par le régime sur l'opinion, la campagne massive organisée par l'opposition conduit à la victoire du « non », qui l'emporte avec 56 % des suffrages exprimés.

Pinochet est donc contraint d'organiser des élections générales l'année suivante. Le 14 décembre 1989, le démocrate-chrétien Patricio Aylwin, candidat de la Concertation des partis pour la démocratie, est élu face à Hernan Büchi, ancien ministre des Finances de la dictature, et prend officiellement ses fonctions le 11 mars 1990. Ainsi débute ce qu'il est convenu d'appeler la transition des années 1990, au cours de laquelle l'ombre du général persiste et obscurcit le retour à la démocratie.

Selon les termes de la Constitution de 1980, Pinochet bénéficie en effet d'une immunité totale, grâce à la fonction de commandant en chef de l'armée de terre qu'il conserve jusqu'en 1998, puis au poste de sénateur à vie qui lui revient à partir de cette date. Mais il se retire définitivement de la vie politique après l'épisode londonien de 1999-2000 et renonce à son poste de sénateur en juillet 2002, après avoir reçu l'assurance qu'il ne serait pas jugé dans son pays.

Les années Pinochet demeurent toutefois omniprésentes au Chili. Au-delà de l'impossible procès qui aurait rendu justice aux victimes de la dictature, les gouvernements de la transition se sont en effet accordés à conserver la Constitution de 1980 : bien que révisé à deux reprises, ce texte symbolise la profonde empreinte laissée par la junte.

Par ailleurs, le modèle néolibéral a lui aussi survécu à la transition démocratique, y compris sous la présidence actuelle du socialiste Ricardo Lagos, en charge des affaires depuis décembre 1999. Le « jaguar de l'Amérique latine » continue à attirer les investisseurs étrangers et a pour l'instant échappé aux crises qui ont secoué récemment le sous-continent.

Mais il n'a pas connu un réinvestissement de l'État dans la vie économique et sociale à la hauteur de ce que pouvaient attendre les 20 % de Chiliens vivant dans la misère.

Notes :

1. La plus spectaculaire de ces crises est celle qui éclata en Argentine en décembre 2001.

2. L'état de siège est un régime d'exception qui prévoit des restrictions des libertés publiques ; l'état d'urgence se contente de renforcer le pouvoir des autorités administratives.

3. Le président brésilien João Goulart tenta de lancer une réforme agraire et des nationalisations. L'armée le renversa en 1964 et instaura une dictature qui dura jusqu'en 1985.

4. Le pentecôtisme est un mouvement religieux apparu aux États-Unis au début du XXe siècle, que l'on classe communément parmi les protestantismes.

5. Cf. Banco central de Chile, Indicadores économicos y sociales, 1960-1989 , Santiago, 1989.

6. Cf. Raúl Guerrero, « Les politiques sociales au Chili », Cahiers des Amériques latines n° 15, 1993, pp. 51-71

lundi, novembre 01, 1999

LE MUSÉE DE LA SOLIDARITÉ SALVADOR ALLENDE

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Les habitants du quartier populaire de Yungay, dans le centre de Santiago, aiment décorer leurs façades de couleurs vives. Des bâtisses du XIXe siècle retrouvent ainsi une nouvelle jeunesse grâce à des coloris violets, bleus, verts ou roses. Une nouvelle nuance est récemment venue enrichir cette palette: un jaune safran recouvre désormais les murs de l'ancienne Ecole normale de filles, vieille d'un siècle. Près de cinq ans ont été nécessaires pour restaurer et transformer le bâtiment. 

Par BRAS OLIVIER correspondance


Un long travail qui a permis l'inauguration, début septem bre, du musée de la Solidarité Salvador-Allende. Quatre palmiers marquent les coins d'une vaste cour. Tout autour se répartissent, sur deux étages, une dizaine de salles d'exposition. Des ouvriers s'activent encore à l'aménagement d'un auditorium. Le musée devra donc attendre encore quelques mois avant d'être terminé. Le délai fait sourire ceux qui sont à l'origine du projet. Car voilà plus de vingt-cinq ans qu'ils rêvaient de pouvoir accrocher une incroyable collection artistique aux cimaises du musée Salvador Allende.


« Acte révolutionnaire ». « J'ai vraiment l'impression d'avoir réalisé une utopie, explique le peintre chilien José Balmes, qui vient de recevoir le Prix national de l'art. Il s'agit presque d'un acte révolutionnaire. La majeure partie des ambitions politiques d'Allende a été anéantie par la dictature. Mais nous avons au moins réussi à mener ce projet culturel jusqu'au bout.» Directeur de l'Ecole des beaux-arts de Santiago en 1971, Balmes se souvient de l'opération Vérité, qui avait vu affluer au Chili intellectuels et artistes du monde entier. « Les médias locaux étaient alors très orientés politiquement et ils ne cessaient de critiquer le travail du gouvernement. L'objectif de la rencontre était de montrer la réalité du pays en invitant des observateurs étrangers », explique José Balmes. 

Parmi les invités se trouvait notamment le critique d'art espagnol José Maria Moreno Galvan. C'est à lui que revient l'idée d'un musée de la Solidarité destiné à accueillir les œuvres d'artistes souhaitant manifester leur soutien au gouvernement d'Unité populaire. « Le jour où le projet est né, nous nous trouvions non loin du palais présidentiel de La Moneda. Nous avons alors décidé d'aller en parler à Salvador Allende. Ceux qui le connaissaient pouvaient facilement arriver à son bureau. Le projet l'a enchanté et il l'a immédiatement mis en route. » 

Un Comité international de solidarité artistique avec le Chili a ensuite vu le jour. Il était présidé par l'exilé cubain Mario Pedrosa, alors vice-président du Syndicat international des critiques d'art, et comprenait notamment parmi ses membres Louis Aragon. Les contacts des différents membres ont permis la rapide arrivée des premières œuvres au Chili, certaines ambassades se chargeant de les acheminer. Quelques mois plus tard était inauguré le musée de la Solidarité dans l'Institut d'art latino-américain de Santiago. 460 œuvres constitueront le fonds de ce musée, jusqu'au coup d'Etat de septembre 1973.




dimanche, avril 11, 1999

LE CARDINAL RAUL SILVA HENRIQUEZ ARCHEVÊQUE DE SANTIAGO


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LE CARDINAL RAUL SILVA HENRIQUEZ 
LE CARDINAL RAUL SILVA HENRIQUEZ, archevêque de Santiago de 1962 à 1983, est mort, vendredi 9 avril 1999, dans la capitale chilienne. 
né le 27 septembre 1907 à Talca, le cardinal Silva Henriquez avait pris la défense des victimes de la répression au lendemain du coup d'Etat du général Pinochet de septembre 1973. Ardent défenseur des droits de l'homme, il avait fondé le Vicariat de la solidarité pour accueillir les victimes de la dictature et rassembler des témoignages sur la répression, avant de prêcher la réconciliation nationale à la fin des années 80.

vendredi, août 01, 1986

ESQUISSE D’UN ÉLOGE FUNÈBRE

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PHOTO CDI COPESA

LA CROISSANTE SOLITUDE DU GÉNÉRAL PINOCHET
Esquisse d’un éloge funèbre VOICI qu’approche le jour de l’infâmie. Il faut donc prendre au sérieux l’homme que fut Pinochet, le tyran des premiers temps, auteur du 11 septembre 1973.
Le premier Pinochet s’appelait Guillaume. Arrivé au Chili, il s’octroya la particule : « Guillermo de Pinochet, baptisé à Saint-Malo, France » (1). Il venait, en effet, de Bretagne, avec des marchandises en liquidation, fuyant la famine des années 1700, époque des guerres entre Bourbons et Habsbourgs pour la succession de la couronne d’Espagne, qui ouvrirent les côtes de l’empire hispanique aux Français et provoquèrent la disette en France (2). Ce dut être un immigrant costaud, marchant nu-pieds, qui, d’auberge en auberge borgne et d’écurie en taverne, rassembla son gros baluchon, le remplissant de pacotilles au hasard des grands chemins. On sait qu’il arriva au début du dix-huitième siècle à Concepcion, qu’un Breton ne pouvait connaître que par référence à l’Immaculée (3). Il s’y maria en 1722 avec Ursula de la Vega, bourgeoise de la ville possédant des haciendas. Sens prétendre retracer toute sa généalogie, il suffit de noter que les Pinochet furent des gens de l’arrière-pays, du terroir, durant les dix-huitième et dix-neuvième siècles, et qu’ils produisirent un fromage d’un blanc cessé, dur, maladorant, connu au Chili sous le nom de fromage de chanco, et inconnu du reste du monde.

Le grand-père d’Augusto Pinochet eut six enfants (dont un naturel ?). Le dernier se nomma Auguste et fut le père du dictateur. S’il était le bâtard, alors il n’eut pas de terres ; il partit en tout cas pour Valparaiso au début de ce siècle et travailla dans les douanes. En 1914, il épousa doña Avelina Ugarte, de famille créole mi-basquaise, qui vient de mourir à Santiago à plus de quatre-vingt-dix ans (4). Don Pinochet et doña Ugarte eurent six enfants, et, parmi eux, Auguste.

Mme Ugarte. d’après ce que l’on sait, fut une femme impérieuse : « Il est si timide, le Tito, si sensible, l’entendit-on dire un jour de 1974 ; pour s’imposer, il doit tuer tous ses ennemis. Il n’en tue pas assez. Il a toujours été comme ça. » Augusto Pinochet Ugarte se maria avec doña Lucia Hiriart Rodriguez. Le père de la « première dame de la nation », Osvaldo Hiriart — d’origine basque française — fut avocat et « arriva à ministre » dans les années 1940 (3). La mère de doña Lucia, comme on l’appelle au Chili, était une dame Rodriguez Adura, qui accepta son beau-fils comme qui ferait une grâce.

Études sans gloire

LE jeune Pinochet fut inscrit au collège des Pères français de Valparaiso, que le petit douanier put difficilement payer. Il fit des études sans gloire et, à l’âge de quatorze ans, entra à l’École militaire. À partir de là, sa carrière de soldat est bien connue car, dès son arrivée au pouvoir, il s’empressa de divulguer sa biographie et la fit même ajouter en annexe au livre qu’il publia sous le titre El Dia Decisivo, 11 de Septiembre de 1973 (5). Il fut cadet, devint général, fut nommé commandant en chef de l’armée de terre le 24 août 1973 par le président Salvador Allende, qu’il abattit (6). Depuis son entrée dans une école chère, même pour fils de riches, durant les années 20, et jusqu’au 11 septembre 1973, le trait distinctif de sa vie fut l’arrivisme. Ses camarades de classe à l’école militaire et dans le généralat l’ont clairement dit, avec ce mot ou avec un autre (7).

Un autre trait, longtemps ignoré, aujourd’hui notoire, « catholicité » quelque peu intégriste et gourde, quoique l’on sache depuis quelques mois que, jeune lieutenant, il entra dans la franc-maçonnerie où il ne reste que peu de temps (8). Un prêtre, sous son gouvernement, lui a paru admirable : le Père Raul Hasbun, qui fait de la radio et de la télévision, écrit dans El Mercurio et est souvent cité par Pinochet (9).

Un troisième trait du personnage, peut-être plus noble que les précédents, c’est son ambition intellectuelle, Lorsqu’il était colonel, il publia (en 1968) un livre intitulé Geopolitica, Ses adversaires ont beaucoup ri des niaiseries du livre, de ses plagiats et de ses brutalités. Il y a, en effet, matière à rire lorsqu’on lit le tableau numéro 1 du troisième chapitre : « Principales caractéristiques des trois grandes races au monde, caucasoïde, mongoloïde, négroïde », leurs traits distinctifs étant expliqués par un renvoi au «  cheveu et poil » ou bien quand, à la dernière page, l’auteur dit qu’il a « quelques doutes sur (...) l’assèchement progressif de l’Asie et de l’Afrique » ; ou encore lorsqu’il fait référence aux « Scythes buveurs de lait de jument et qui figurent dans les récits d’Homère et d’Hérodote (10) ».

Une œuvre littéraire

ET, malgré tout, le rire est injuste. Il faut considérer :

a) que c’est un manuel et non pas un traité ; un livre de textes d’un professeur de l’Académie de guerre destiné à ses élèves préparant le cours d’état-major ; d’où les innombrables citations, avec et sans guillemets, cas dernières frôlant le plagiat, mais nonobstant lisible et intelligible pour des galonnés ; b) que l’information géographique et politique élémentaire est pareillement adaptés au cours qu’il donnait, et pas toujours archaïque ni sans valeur ; c) que, tout en suivant la pensée de certains géopoliticiens comme Robert Strauss Huppé (qu’il nomme dans sa bibliographie Robert Stnausg Hupé), ou celle de quelques Argentins, et des livres espagnols du temps de Franco, il montre la conception du monde et de l’État qu’il a faite sienne ; tout homme politique ou homme d’État ne peut en dire autant (la revue Hérodote a mis en relief certains de ces aspects).

En 1972, déjà général, et sous le gouvernement du président Allende, il publia un gros volume d’histoire militaire : La Guerra del Pacifico, Campaña de Tarapaca (11). Même pour un observateur qui ne fait pas autorité en matière d’histoire militaire et de stratégie, ce livre représente un travail considérable ; l’équivalent d’une thèse de troisième cycle, qui comptera sans doute dans la bibliographie chilienne pour l’histoire de cette guerre.

S’occuperait-on de ces deux livres uniquement parce que chacun sait que son auteur parvint au pouvoir en 1973 ? Quoi qu’il en soit, Geopolitica fut écrit par un colonel sans renom, et un colonel n’a pas de « nègres » — du moins dans le Chili d’avant le coup d’État, en un temps où l’armée était une institution professionnelle et où sas officiers ne bénéficiaient pas de salaires très élevés, ni de prébendes, ni de prestige. Il est possible aussi qu’il ait écrit de sa main une bonne partie du livre d’histoire militaire ; non sans l’aide éventuelle de collaborateurs, comme il put en trouver parmi ses assistants et ses étudiants lorsqu’il fit sa Geopolitica. Tout cela est légitime.

Il ne faut donc pas trop en rire. L’ambition de Pinochet ne se bornait pas au pouvoir politique, qu’en 1972 il voyait probablement encore loin de ses mains. Ambition intellectuelle et raisonnable, presque modeste, sérieuse en bonne partie.

Après qu’il se fut emparé de l’État et qu’il eut essayé, en le détruisent, d’accommoder ses idées aux réalités du Chili, il publia deux autres ouvrages. L’un d’eux, El Dia Decisivo, 11 de Septiembre de 1973, dont nous savons que la première version fut écrite par M. Emmerich, rédacteur d’El Mercurio ; des conseillers civils y mirent la main, comme M. Jaime Guzman, l’inspirateur de nombreux textes législatifs. Le livre est construit comme un très long entretien entre un interlocuteur anonyme et le « président » Pinochet qui évoque la journée qui le porta jusqu’au fauteuil d’Allende (12).

Le texte est une transcription corrigée des propos enregistrés par Pinochet. Son style littéraire, impossible à confondre avec celui de quiconque, et son stylo moral nous offrent des perles comme le récit suivant, quelques jours avant le coup d’État : « Je restai assis dans le fauteuil qu’on pourrait bien appeler des accusés, lorsqu’un général entra dans la pièce. C’était lin compagnon d’armes en qui j’ai toujours eu confiance, bien qu’il y eût des gens qui le montraient comme un ami d’Allende. Allende n’était pas encore arrivé dans la pièce. Elle était plaine, et tous s’étaient assis. Quelques minutes plus tard, Allende parut par une porte latérale. Je dois dire que son apparition fut spectaculaire : il s’est présenté d’une manière que je n’oublierai pas, même si je vivais cent ans. Il était vêtu d’un habit sombre et portait sur la tête une toque en astrakan. Une cape bleue doublée de rouge sang de bœuf et un grand col en fourrure enveloppaient ses habits. On aurait dit que Méphistophélès en personne était arrivé à la réunion » (p. 109).

Ayant ainsi décrit Salvador Allende, il dit de lui-même :

« Il y avait comme une lumière divine qui éclairait ces journées noires (...). Aujourd’hui, lorsque je regarde le chemin parcouru, je pense à la Providence, qui, sans brusquer les actes, déblayait la sente de tout obstacle afin de faciliter l’action finale que nous devions réaliser contre le gouvernement de l’Unité populaire » (p. 115).

À l’évidence, Pinochet veut ajouter les lauriers des lettres à la gloire de ses armes contre un peuple sans armes, mais jamais muet.

Il n’a jamais été l’homme des grands voyages à l’étranger : il connut quelque chose des États-Unis, bien plus de l’Équateur où il fut attaché militaire dans les années 60, certains pays d’Amérique du Sud, et rien, pratiquement, de l’Éurope et du reste du monde. Mais il connut le Chili, de l’intérieur, de garnison en garnison, de la caserne à l’École d’état-major, de Pisagua à Santiago.

À Pisagua vers la fin des années 40, il fut chargé des prisonniers politiques, membres du Parti communiste, confinés dans un camp de concentration en ce lieu aride. C’est là qu’il découvrit, dit-il dans El Dia Decisivo, ce qu’étaient les communistes : « Je me souviens que ces mêmes agitateurs arrogants, violents et grossiers, qui, quelques jours auparavant, insultaient l’armée de terre, étaient désormais des créatures muettes, qui pleuraient ou criaient en demandant grâce, pour qu’on ne les emmène pas. Beaucoup d’entre eux se montrèrent si lâches qu’il fallut désigner un conscrit pour les calmer. »

En ce même temps, il lisait des livres, auxquels il consacrait sans doute plus que les quinze minutes qu’il déclare accorder à la lecture, la nuit avant de s’endormir. Quels livres ? De l’histoire, surtout du Chili, de la géographie et de la géo-politique. De la littérature ? Admettons qu’il ait lu Hérodote et Homère, qu’il nomme à propos des Scythes. Il a lu aussi sur les Césars et ne s’est pas privé de citer les Romains pour justifier la dictature. Récemment, il disait lire, pendant ses veillées de quinze minutes, une biographie de Louis XIV. Et les documents : documents officiels et beaucoup de renseignements officieux, militaires et gouvernementaux ; aussi ce qui est publié dans les journaux, dans le Mercurio, et des coupures en espagnol de ce qui concerne le pays et sa personne. Il ne semble pas lire en d’autres langues : les bibliographies de ses ouvrages ne citent que les éditions en castillan d’œuvres écrites en d’autres langues.

Une hypothèse : Pinochet est un lecteur en état d’urgence, tout comme sa carrière, ainsi qu’il le raconte lui-même, est jalonnée d’actions et d’états d’urgence, de siège, de loi martiale et de couvre-feu.

Il lisait, répète-t-il d’entretien en entretien, sur le marxisme, son ennemi séculaire, Disons plutôt millénaire, puisqu’un rien de millénarisme apocalyptique teinte ses idées et affûte son style (13). Il ne parait jamais las de connaître cet adversaire mortel. Il lisait et lit encore très probablement Lénine, dont il semble avoir utilisé un certain nombre de méthodes ; peut-être aussi d’autres auteurs marxistes traduits dans sa langue.

Mais son véritable domaine, c’est l’histoire : il est impossible d’ignorer l’influence de l’énorme Historia de Chile en vingt volumes de Francisco Antonio Encina sur une partie fondamentale de l’idéologie du régime (14).

Pinochet ne manque donc pas de titres pour être considéré comme un lettré, encore qu’une lecture entre les lignes révèle chez lui une capacité mécanique d’assimilation et une mémoire d’éléphant plus que l’intelligence spéculative de celui qui fait des lettres un motif de création propre.

Pinochet a-t-il été influencé par son prénom ? Il n’est pas le seul dans sa première junte et dans les suivantes. Le commandant en chef des carabiniers s’appelait Cesar Mendoza ; il a démissionné en 1985 après qu’un fonctionnaire du Vicariat de la solidarité, un professeur de l’enseignement secondaire et un artiste dessinateur eurent été égorgés par ses subordonnés. Le délégué de l’armée de terre auprès de la junte, jusqu’à il y a peu de temps, s’appelait Cesar Benavides. Pinochet semble fasciné par les symboles impériaux. Son prénom le prédestinait. Est-ce une sottise ? Pinochet possède plusieurs intelligences.

Un esprit de seigneur total

L’INTELLIGENCE du pouvoir, qu’il manifesta dans la préparation du coup d’État et lorsqu’il s’imposa à ceux qui l’avaient préparé avant lui et paraissaient ses égaux. Au gouvernement, il a su se jouer sournoisement des hommes politiques, aussi bien de ses partisans que de ses opposants. Des épisodes comme la prétendue ouverture du dialogue en 1983 sont la preuve d’une capacité politique exceptionnelle. Il a duré davantage que n’importe quel gouvernant du Chili depuis l’indépendance, au dix-neuvième siècle ; il bat le record de longévité depuis avant que la république en soit une et que le Chili soit le Chili. Certains voient en lui le meilleur exemple de politique politicienne de tout le vingtième siècle chilien.

Il a l’intelligence du pouvoir à l’intérieur des forces armées, surtout dans l’armée de terre. Il a tailladé de telle manière les promotions et les mises à la retraite que, selon Alain Joxe (15), vingt-sept ans le séparent en promotion militaire du plus jeune de ses cinquante-deux généraux, et dix-huit ans du plus vieux. Cela suppose que Pinochet est et se sent seul au pouvoir. «Je ne me fie à personne, je n’ai confiance en qui que ce soit », dit-il dans une réunion avec des journalistes, voilà quelques semaines. Non seulement parce que le pouvoir crée une solitude, mais aussi perce que, à l’âge de soixante-dix ans, on le voit — et il se voit lui-même — enraciné dans une période vaguement archaïque que ne parviennent pas à effacer ses tentatives pour moderniser les forces armées et l’économie : la colonie, l’époque où le gouverneur du royaume du Chili sous la couronne d’Espagne était aussi un capitaine général. C’est ainsi qu’il s’est fait appeler pour la première fois dans l’histoire de l’armée républicaine : capitaine général. Les autres sont des lieutenants-généraux ou des généraux de brigade : différents, distants, en-dessous.

Son personnage historique le magnétise. C’est un somnambule de son rôle, rôle unique dans les archives de la terre qu’il domine. Il a l’intelligence du patriarcat et un esprit de seigneur total des domaines chiliens.

Pourquoi le nommer, pourquoi ne pas le pousser dans l’oubli ? C’est que ce portrait en paroles d’un tyran — comme celui qu’a proposé Graham Greene : «  Il y a là aussi le plus grand  «rôle» qui soit — le général Pinochet en personne, celui que vous vous faites un plaisir de haïr. Comme Doris Karloff, le privilège d’être reconnu instantanément lui était vraiment acquis (...). Comme Karloff, il n’avait pas besoin d’avoir un texte à dire, il n’avait pas même besoin de grogner (16). » — peut servir à identifier un type dont chacun souhaite qu’il ne se répète pas.

Derniers traits de l’homme qui serait Pinochet. Il faut enfoncer les clous. Il y en a quatre.

Le premier est de l’ordre du fantasme. Lorsqu’il est interviewé, Pinochet se présente comme un homme pondéré, plein de bon sens, bien campé dans son corps et dans sa vie régulière, montre en main (les quinze minutes de lecture ; une demi-heure de gymnastique). Le Pinochet inflexible est un Pinochet subtil. Bon nombre de ses revirements politiques ne peuvent être attribués ni à ses connaissances ni à son intelligence, mais ils ont réussi, en frappant juste, par les mesures opportunes qui l’ont fait durer ; on ne peut les attribuer qu’à son inconscient. Il ne se fie à personne, mais est confiant dans ses profondeurs intérieures.

Le second clou est à double tête : Augusto Pinochet utilise un double langage oral. L’un, populo jusqu’à la grossièreté, («les politiciens à leurs bidons" : « les anciens parlementaires sont des pourceaux, des traîtres » (17) ; l’autre effleure la métaphore lyrique («Dans ce pays, pas une feuille ne bouge si je ne secoue pas l’arbre...»). Lorsqu’il rencontre en privé des dignitaires, le cardinal archevêque de Santiago, les officiers généraux des forces armées, les ambassadeurs et autres autorités étrangères ; Pinochet Augusto, de sa voix flûtée, avec des mots empruntés, use d’un ton plus cultivé que, au Chili, on appellerait le « Phébus militaire » (siútico militar) (18).

Le troisième : sa crainte angoissée, peu commune. Peut-être même noble : il ne veut pas faire moins qu’Allende au moment de la mort. Il sait — qui ne le sait pas ? — qu’il va mourir, probablement de mort violente ; on peut avoir la certitude morale qui il ne fuirait pas comme l’a fait Marcos, non pas tant parce qu’il n’aurait pas de lieu d’accueil, mais plutôt parce que, en trahissant Salvador Allende, il s’est condamné à s’identifier à lui. Au moment de la chute, il ne peut pas faire moins qu’Allende.

Et le quatrième ? Comment le décrire ? Avec les mots d’un Français : « Un comique inouï (...), horrible (...), car dans l’homme le plus méchant il y a un pauvre cheval innocent qui peine, un cœur, un foie, des artères où il n’y a point de malice et qui souffrent. Et l’heure des plus beaux triomphes est gâtée parce qu’il y a toujours quelqu’un qui souffre (19).  »

Comment un tel personnage s’est-il comporté à la tête de l’État ? Ses actes l’accusent. Comment les décrire sans employer les mots trahison, crime, corruption, attentats ? La tâche n’est pas impossible.

1) Ses actes contre ses collègues : la mort, par explosion d’une voiture piégée, du général Prats à Buenos-Aires, et celle du général Bachelet en prison. Contre ses supérieurs civils ; le président Allende, l’ancien ministre de la défense, Orlando Letelier, assassiné à Washington, et bien d’autres. Contre ses subordonnés militaires, purgés le jour même du putsch, et pour beaucoup assassinés. Contre les fonctionnaires au service de l’État, persécutés, emprisonnés, exilés, bannis, illégalement déchus de leurs droits, torturés. Contre l’État même, la patrie et la nation. Contre les fondements mêmes de ses croyances religieuses et contre sa propre idéologie nationaliste.

2) Ses violations des droits des personnes et des droits du peuple. Faut-il rappeler toutes les condamnations prononcées contre lui par l’assemblée générale et la commission des droits de l’homme de l’ONU, par l’Organisation des États américains, par le Congrès des États-Unis et le Parlement européen, par plusieurs organisations comme Amnesty International ? Un ouvrage récent, World Human Rights Guide (20), considère que le Chili, parmi les pays où les droits individuels et collectifs sont violés, est en plus fâcheuse posture que la Pologne et le Paraguay.

3) Ses actions violant le droit en vigueur au Chili à l’époque du coup d’État et même sa propre Constitution, les lois de son propre régime à chaque nouveau tour de vis de la répression.

4) Ses actes de corruption personnelle et familiale (cas de la maison du « Cajon del Maipo » ; affaire Ponce Lerou, son gendre, etc.), la croissance non justifiée de sa fortune et de celle de ses proches ; la contagion corruptrice qui a fait du pouvoir judiciaire, sauf rares exceptions, un auxiliaire de l’exécutif militaire, et qui a imprégné les forces armées, en même temps qu’elle suscitait la création de groupes économiques civils d’une puissance sans précédent dans le pays (21).

5) La diminution du patrimoine territorial par les conditions d’acceptation des accords avec l’Argentine sur la zone australe et la cession d’une base aux États-Unis dans l’île de Pâques. En général, une perte de prestige et de capacité de négociation internationale, la militarisation idéologique des organismes de politique extérieure (22).

6) La perte de confiance interne et internationale, aggravée par des actes de terrorisme d’État commis à l’intérieur des frontières mais aussi dans des pays étrangers comme les États-Unis, l’Argentine, l’Italie.

Le régime et son chef ont produit la plus grave crise matérielle et morale que la république ait connue depuis l’indépendance ; de nombreux textes de la conférence épiscopale et des cardinaux Silva Henriquez et J. Francisco Fresno en font foi.

Tels sont l’homme et son œuvre. Le général Pinochet sait qu’il finira sa vie non pas dans un refuge, mais dans la violence, qui imprègne tout son pouvoir.

Armando Uribe

Professeur associé à l’université Paris-I, exilé chilien depuis le 11 septembre 1973.

Notes
(1) Gustavo Opazo Maturana, Familias del Antiguo Obispado de Concepcion, 1551-1900, Editorial Zamorano y Caperan, Santiago du Chili, 1957.
(2) Voir Lettres de Mme de Sévigné, bibliothèque de la Pléïade, Gallimard, tome II, Paris, 1955. Voir aussi Mémoires du duc de Saint-Simon, bibliothèque de la Pléaïde, Gallimard, tome I, Paris, 1948, passim.
(3) Voir Oscar Pinochet de la Barra, Los Pinochet en Chile, Siglo XVIII, Editorial del Pacifico SA, Santiago du Chili, 1979. Voir aussi la « Cronica » de Jorge Valladares Campo dans la revue Que Pasa : « Antepasados del Capitan General », Santiago, 1979.
(4) Voir El Mercurio, « Necrologia », mai 1986.
(5) Editorial Andrés Bello, Santiago, deuxième édition, 1980.
(6) Voir, sur les circonstances de sa nomination : Carlos Prats Gonzalez, Memorias, Editorial Pehuén, Santiago, 1985, pp. 496 à 511.
(7) Voir Memorias du général Prats, citées ci-dessus, ainsi que la lettre ouverte et les entretiens du général Roberto Viaux dans les revues Apsi, Cauce et Analisis de Santiago, numéros de février à mai 1986. Le général Viaux est responsable de l’attentat qui coûta la vie au général Schneider dans une tentative d’empêcher le président Allende d’accéder au pouvoir.
(8) Entretien avec l’ex-sénateur radical Angel Faivovich, revue Cauce, Santiago, début 1986.
(9) Voir revue Analisis, mai-juin 1986, où Pinochet dit qu’on l’ « attaque, attaque, attaque » dans la presse, qu’il appelle, en Citant le Père Hasbun « cloaque ambulant ». Le Père Hasbun est intervenu sous le gouvernement du président Allende dans un attentat qui provoqua la mort d’un ouvrier.
(10) Voir Augusto Pinochet Ugarte, Geopolitica, troisième édition, Editorial Andres Bello, Santiago, 1977, pp. 143, 235, 245.
(11) La cinquième édition est de 1980, Editorial Andres Bello, Santiago.
(12) Il est presque sûr que le fauteuil présidentiel, celui de Bernardo O’Higgins, le grand Libertador de la première indépendance du Chili au début été détruit par le feu des bombes le jour du putsch. Voir Gabriel Garcia Marquez, Miguel Littin Clandestino en Chile, 1986, récit de l’arrivée et du travail au pays du cinéaste chilien en 1985. Sur cet épisode, cf. International Herald Tribune, 7-8 juin 1986, p. 22.
(13) Le millénarisme a eu une étrange version chilienne dont l’influence se prolonge depuis le début du dix-neuvième siècle jusqu’à nos jours, notamment dans l’œuvre d’historiens chiliens contemporains comme Jaime Eyzaguirre et Maria Gongora, tous deux décédés mais encore influents auprès de quelques civils qui appuient Pinochet.
(14) Encina est aussi l’auteur d’un livre en deux volumes sur Portales, figure de l’histoire chilienne, assassiné en 1837. auquel Pinochet tente fallacieusement de s’identifier. Son Historia de Chile avait pour but explicite, comme il le laisse voir dans une de ses préfaces, de préparer culturellement l’instauration au Chili d’un régime autoritaire.
(15) Intervention dans une conférence du Parti socialiste, Paris, juin 1986. Alain Joxe est l’auteur de Las Fuerzas Armadas y el Sistema Politico Chileno, Editorial Universitaria, Santiago, 1970, dont les analyses sont plus fouillées que celles de l’œuvre plus récente et plus détaillée de Frederick M. Nunn : The Military in Chilean History (University of New Mexico Press, Albuquerque, 1976).
(16) Graham Greene, Getting to Know the General, the Story of an Involvement, Penguin Books, Harmondsworth, 1984, pp. 104-105.
(17) Voir le Monde, 29 mai 1986.
(18) Conversations de l’auteur avec quelques-unes des personnalités citées.
(19) Marcel Proust, Choix de lettres, réunies par Philip Kolb, Librairie Plon, Paris, 1965, pp. 136-137 : Proust à la comtesse de Noailles, juillet 1906.
(20)  World Human Rights Guide, publié par The Economist, Hodder and Stoughton, Londres, 1986.
(21) Ces affaires ont été évoquées dans les hebdomadaires Analisis, Cauce et Apsi entre 1983 et 1986. Voir aussi Fernando Dahse, Mapa de la extrema riqueza en Chile, Santiago, 1980.
(22) Voir Heraldo Muñoz, Las Relaciones Exteriores des Gobierno Militar Chileno, edit. del Ornitorrinco, Santiago, 1986.