lundi, février 11, 2008

Une menace canadienne


Une bestiole bien de chez nous vole la vedette au réchauffement climatique en Terre de Feu.

Notre animal fétiche, le castor, ravage les forêts de la région. Il a déjà emporté plus de 30 000 hectares de forêt.

En 1946, des Argentins ont décidé de se lancer dans le commerce de la peau de castor. Ils l'ont donc importé des castors en Terre de feu pour en tanner le cuir.
Quelques années plus tard, les profits réalisés avec la pêche de la centolla et les pressions de divers lobbies ont rendu cette activité financièrement moins intéressante. Oubliés, les castors en ont profité pour sauver leur peau en filant dans la nature. La Terre de Feu n'était pas prête pour cette invasion.

Si dans nos forêts quelques prédateurs s'assurent de contrôler la prolifération de cette espèce, il en va autrement en Terre de Feu. Loin des ours, des loups, des lynx et compagnie, le rongeur canadien pullule. «Je n'ai jamais vu de castors en aussi bonne condition physique, leur taux de survie doit donc être très élevé», précise Pierre Canac-Marquis, du ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec, qui a été appelé à aller en Terre de Feu l'an dernier à la demande du gouvernement chilien.

Des 25 spécimens importés initialement, la population a explosé à plus de 100 000 en Terre de Feu uniquement. À titre comparatif, c'est comme s'il y avait 20 000 castors dans l'île de Montréal, plutôt que les 200 actuels. Cette surpopulation amène son lot de problèmes. "Ici, le cycle de la forêt boréale est adapté à la présence du castor. Par exemple, l'orignal profite des étangs que provoque le rongeur", rappelle PierreCanac-Marquis. Ce n'est pas le cas en Terre de Feu où des forêts entières, démunies face à cette menace pour laquelle elles n'ont pas été préparées, meurent. Les arbres ont été abattus ou noyés par les inondations provoquées par les barrages. Les barrages empêchent également les truites de frayer. Qu'importe où l'on va, on ne peut marcher sans tomber sur une castoraie ou voir des rondins portant les marques distinctives des incisives du rongeur. Plus de 30 000 hectares de forêt ont ainsi succombé à ses ardeurs. Lors d'une marche de près de trois heures, nous n'avons pu passer plus de 15 minutes sans voir des signes de la présence de l'animal. Même dans les endroits sans arbres, comme dans la pampa, on trouve sa trace. Quand il est obligé, en raison de la surpopulation, de coloniser des endroits sans arbres, le castor peut marcher de deux à trois kilomètres et se rabattre sur les poteaux de clôture pour user ses incisives.

Après avoir exporté les castors, faut-il maintenant envoyer des trappeurs? Un des principaux problèmes au Chili, c'est le manque d'expérience. "Ce n'est pas tout d'acheter des pièges ou différents systèmes. Il faut aussi savoir s'en servir. Le Chili ferait bien de se hâter, car comme le constate avec inquiétude Sergio Andrade, biologiste marin et naturaliste chilien, "ils sont maintenant sur le continent".