[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]
PHOTO PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE
Pour la deuxième année de suite, les commémorations officielles de la Victoire du 8-Mai 1945 vont être organisées sans public à Paris, en raison de l'épidémie de Covid-19.
[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]
PHOTO PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE
Pour la deuxième année de suite, les commémorations officielles de la Victoire du 8-Mai 1945 vont être organisées sans public à Paris, en raison de l'épidémie de Covid-19.
[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]
![]() |
| «EN 2020, LA FORTUNE DES MILLIONNAIRES CHILIENS ANALYSÉE PAR FORBES A ATTEINT 40,3 MILLIARDS DE DOLLARS, SOIT UN BOND DE 73% PAR RAPPORT AUX CHIFFRES DU MÊME CLASSEMENT DANS SA VERSION PRÉCÉDENTE.» |
La pandémie de Covid-19 a plongé des millions de personnes dans la pauvreté à travers le monde. Au Chili, des députés souhaitent imposer une taxe exceptionnelle sur le patrimoine des grandes fortunes du pays. Ici un manifestant brandissant un drapeau chilien le 20 décembre 2020, lors du mouvement social contre les inégalités sociales qui a secoué le pays.
![]() |
| PHOTO MARTIN BERNETTI / AFP |
Ces députés chiliens souhaitent imposer une taxe exceptionnelle sur le patrimoine des grandes fortunes du pays. Le texte a été présenté notamment par une députée communiste, qui s'est fait connaître pendant le mouvement étudiant de 2011 au Chili pour la gratuité de l'éducation.
![]() |
| CANDIDATOS Y CANDIDATAS A CONSTITUYENTES LISTA CHILE DIGNO, VERDE Y SOBERANO |
Il s'agirait de taxer à hauteur de 2,5% le patrimoine des super riches, avec pour objectif d'utiliser ensuite cet argent pour financer le plan de relance post-pandémie et des aides sociales pour les personnes qui ont souffert de la crise sanitaire et économique.
Le texte est débattu en ce moment au Parlement, et les entreprises qui ont fait le plus de bénéfices l'an dernier devraient aussi voir leurs impôts passer exceptionnellement de 27 à 30% si le texte est adopté. Le gouvernement est contre ce projet mais des députés de la majorité ont tout de même soutenu l'idée au début des débats, qui se poursuivent cette semaine encore.
Un plan qui pourrait rapporter 6 milliards et demi de dollars à l’État
![]() |
| DES DÉPUTÉS CHILIENS DÉPLOIENT UNE BANDEROLE À L'ASSEMBLÉE "TAXE SUR LES GRANDES FORTUNES" PHOTO AGENCIA UNO |
Les grandes fortunes chiliennes seraient donc mises à contribution. Si l’on ne prend que le haut du classement, on trouve la famille Luksic, qui détient notamment des mines de cuivre ; ou encore Julio Ponce Lerou, l'ancien gendre du dictateur Augusto Pinochet qui a dirigé une entreprise d'exploitation de lithium. Il y aussi la famille Paulmann, qui a fait fortune dans la grande distribution, et encore le président lui-même, Sebastian Piñera, quatrième homme le plus riche du Chili. Il a fait fortune dans la banque notamment, et comme les autres, son patrimoine a augmenté pendant la pandémie.
Avec cette proposition de loi, si le président avait toute sa fortune au Chili, ce qui n'est pas entièrement le cas, il devrait s'acquitter de 73 millions de dollars d'impôt sur la fortune.
Un système des impôts qui fait débat
![]() |
| LA DÉPUTÉE COMMUNISTE CAMILA VALLEJO, EST À L'ORIGINE DE L'INITIATIVE |
Cette taxe sur les grandes fortunes, si elle est approuvée, ne permettrait pas forcément de récupérer autant d'argent que ce qu'annoncent les auteurs du texte, mais cela ravive le débat au Chili sur la manière dont il faudrait réformer la fiscalité dans le pays, pour réduire l'écart entre les différentes classes sociales.
Plusieurs organisations internationales appellent les autorités chiliennes à mener rapidement une réforme en ce sens.
Il faut rappeler qu'au Chili, 1% de la population détient plus d'un quart des richesses du pays. Et il y a moins de deux ans, des manifestations historiques ont eu lieu, précisément contre ces inégalités sociales.
Les Chiliens seront d’ailleurs appelés aux urnes dans moins de deux semaines pour élire une assemblée constituante, qui sera chargée de rédiger une nouvelle Constitution.
[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]
![]() |
| « ☆ » #JADUE 2022 ÉLECTIONS AU CHILI « PROPAGANDE ÉLECTORALE » |
SUR LE MÊME SUJET :
[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]
ILLUSTRATION RAMIRO ALONSO Pour Marc Bloch, auteur de L’Étrange défaite, la cause de la débâcle de juin 1940 n’était pas seulement militaire mais d’abord politique. De la même façon, le désastre annoncé de printemps 2022 n’est pas seulement de nature électorale. La débâcle de la démocratie se construit depuis des mois par une sorte de capitulation rampante et générale face à l’extrême droite.
![]() |
| ALAIN BERTHO PHOTO ANTOINE DOYEN |
Ainsi s’ouvre L’Étrange défaite écrite par Marc Bloch au lendemain de la capitulation de l’armée française en juin 1940. « À qui la faute ? », se demande-t-il. Quels mécanismes politiques ont conduit à ce désastre et à l’effondrement d’une République ? Si les militaires, et surtout l’état-major, sont aux premières loges des accusés, nul n’échappe à l’implacable regard de l’historien : ni les classes dirigeantes qui ont « préféré Hitler au Front Populaire », ni la presse mensongère, ni le pacifisme munichois, ni la gauche qui n’a pas eu besoin de ses adversaires pour ensevelir ce Front populaire qui fit si peur aux bourgeois.
Les « brumes », l’aveuglement et la soumission passive aux récits des futurs vainqueurs ont conduit inexorablement à une capitulation anticipée. Comment ne pas y reconnaître la logique des moments sombres que nous vivons sidérés.
La banalisation de la menace factieuse
![]() | |
|
Sidérés, nous le sommes par la légèreté de la réponse gouvernementale. Un tweet de la ministre des Armées ne parle que « d’irresponsabilité » de « généraux en retraite ». Pour Florence Parly le soutien que leur apporte Marine Le Pen « reflète une méconnaissance grave de l’institution militaire, inquiétant pour quelqu’un qui veut devenir cheffe des armées ». N’y aurait-il à voir que de l’irresponsabilité militaire et de l’incompétence politique ?
Il faut attendre le lundi 26 avril pour que Agnès Runacher secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances s’avise que le texte a été publié jour pour jour 60 ans après l’appel des généraux d’Alger. En parlant de « quarteron de généraux en charentaises », elle semble considérer que la simple paraphrase d’une expression de l’allocution de De Gaulle, le 23 avril 1961 suffira à protéger la démocratie. Ce dernier, plus martial, en uniforme, parlait surtout de « putsch » et d’un « groupe d’officiers ambitieux et fanatiques ».
Sidérés, nous le sommes par le silence persistant, cinq jours après la publication du texte factieux, de l’essentiel les leaders de la droite, du centre, de la gauche et des écologistes.
Sidérés, nous sommes encore de l’isolement de ceux qui appellent un chat un chat tels Éric Coquerel, Benoît Hamon ou Jean Luc Mélenchon. Ce dernier rappelle au passage que l’article 413-3 du code pénal prévoit cinq ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende pour provocation à la désobéissance des militaires.
![]() |
| JEAN-PIERRE FABRE-BERNADAC |
Qui sont donc les ennemis que ces militaires appellent à combattre pour sauver « la Patrie » ? Qui sont les agents du « délitement de la France » ? Le premier ennemi désigné reprend mot pour mot les termes de l’appel des universitaires publié le 1 novembre 2020 sous le titre de « Manifeste des 100 » : « un certain antiracisme » qui veut « la guerre raciale » au travers du « racialisme », « l’indigénisme » et les « théories décoloniales ». Le second ennemi est « l’islamisme et les hordes de banlieue » qui veulent soumettre des territoires « à des dogmes contraires à notre constitution ». Le troisième ennemi est constitué par « ces individus infiltrés et encagoulés saccagent des commerces et menacent ces mêmes forces de l’ordre » dont ils veulent faire des « boucs émissaires ».
Chacune et chacun reconnaîtra facilement les islamo-gauchistes, les séparatistes et les black blocs, ces épouvantails stigmatisés, dénoncés, combattus par le pouvoir comme par une partie de l’opposition. Ce texte a au moins une vertu : il identifie clairement la nature fascisante des diatribes de Jean-Michel Blanquer, Gérald Darmanin ou Frédérique Vidal. Il renvoie à leur responsabilité celles et ceux qui gardent le silence, organisent le débat public autour de ces thématiques sur la scène médiatique, s’abstiennent à l’Assemblée sur des textes de loi à la logique islamophobe – quand ils ne votent pas pour –, signent des tribunes universitaires pour réclamer une police de la pensée. Il renvoie à ses responsabilités le Bureau national du Parti socialiste qui, dans sa résolution du 27 avril, persiste à affirmer « qu’il serait absurde de chercher à nier ces sujets qui nous font face » comme « ces minorités agissantes » qui prônent la « désaffiliation républicaine ».
Baromètre incontesté des dérives intellectuelles, l’omniprésent Michel Onfray, aujourd’hui obsédé par la décadence de la France, ne partage-t-il pas le diagnostic des factieux ? Sa sentence du 27 avril dans la matinale d’Europe 1, « l’intérêt de l’islamo-gauchisme est de détruire la nation, la souveraineté nationale, la France, l’histoire de France, tout ce qui constitue la France », est immédiatement reprise par Valeurs actuelles. Quelques jours plus tôt, dans une envolée digne de Gérald Darmanin, il assénait au Point : « On a un seul problème en France, c’est que la loi n’est pas respectée ». Mais de quelle loi parle Michel Onfray quand il ajoute, à propos du verdict en appel du procès des jeunes de Viry-Châtillon : « Il y a des gens à qui on dit : […] peut-être que vous faites partie de ceux qui auraient pu tuer, mais la preuve n’est pas faite, on est pas sûr que c’est vous, allez, vous pouvez rentrer chez vous. L’affaire est terminée pour vous. » Pour Michel Onfray, le scandale n’est pas la mise en accusation délibérée d’innocents par une police en quête désespérée de coupables mais un principe de droit : la présomption d’innocence elle-même !
La capitulation rampante
Voilà où nous en sommes. Voilà pourquoi il est pour beaucoup si difficile de se scandaliser d’un appel factieux quand les ennemis désignés sont ceux-là même qui sont désignés à longueur d’antenne et de déclaration politique dans ce désastreux consensus « républicain » réunissant l’extrême droite, la droite et une partie de la gauche.
Chacune et chacun y va de sa surenchère. Anne Hidalgo enjoint les Verts « d’être au clair avec la République » à propos de la laïcité alors même que Yannick Jadot demande de « sortir de toute naïveté et de toute complaisance », pour « combattre l’islam politique », proposant de « contrôler les financements des associations » et de « renforcer tous les dispositifs sur le contrôle des réseaux sociaux ».
La discussion et le vote de la loi sur le « séparatisme », puis les débats hallucinants sur l’organisation de « réunions non mixtes » au sein du syndicat étudiant Unef nous en a fourni un florilège. Pour le communiste Stéphane Peu comme pour le socialiste Olivier Faure, la question n’est pas de combattre sur le fond la notion de « séparatisme » mais de rester dans une « loi équilibrée » qui « renforce la République » (Peu) et d’éviter « la surenchère » (Faure). L’un comme l’autre et comme nombre de députés de leurs groupes, s’abstiendront lors du vote à l’Assemblée nationale. Seule La France insoumise a sauvé l’honneur et dénoncé, notamment par la voix de Clémentine Autain dès le 16 février, une loi qui « ouvre la boîte de Pandore pour des idées qui stigmatisent et chassent les musulmans » et « nous tire vers l’agenda de l’extrême droite ».
Si le débat parlementaire gomme un peu les aspérités, l’affaire des réunions « non mixtes » au sein de l’Unef est l’occasion d’un déferlement de sincérité imbécile. On n’en attendait pas moins de Manuel Valls qui s’empresse de poser l’argument clef de la curée : « Les réunions "racialisées" légitiment le concept de race ». Le lendemain Marine Le Pen le prend au mot et réclame des poursuites contre ces actes racistes. Anne Hidalgo apporte sa voix contre une pratique qu’elle considère comme « très dangereuse » au nom de « ses convictions républicaines ». Olivier Faure, moins « équilibré » que sur la loi contre le « séparatisme » renchérit comme « une dérive incroyable ».
Quelle « dérive » ? Tout simplement « l’idée que sont légitimes à parler du racisme les seules personnes qui en sont victimes », alors que « c’est l’inverse qu’il faut chercher ». Dominés restez à votre place, nous parlerons pour vous ! Aimé Césaire dans sa lettre à Maurice Thorez, dénonçait ce qu’il nommait le « fraternalisme » : « Un grand frère qui, imbu de sa supériorité et sûr de son expérience, vous prend la main pour vous conduire sur la route où il sait se trouver la Raison et le Progrès. » Or, ajoutait-il, « c’est très exactement ce dont nous ne voulons plus » car « nous ne (pouvons) donner à personne délégation pour penser pour nous. »
Olivier Faure revendique un « universalisme » que ne renierait pas le candidat communiste à la présidentielle, Fabien Roussel pour qui « les réunions segmentées selon la couleur de sa peau, sa religion ou son sexe, ça divise le combat ». Le PCF n’hésite pas à défendre en théorie l’Unef tout en se joignant cœur réactionnaire des condamnations de ses pratiques.
Audrey Pulvar cherchant peut-être un compromis dans la présence maintenue mais silencieuse d’un blanc dans une réunion de personnes racisées, se prend une volée de bois vert du chœur des bonnes âmes universalistes. La « dilution dans l’universel » est bien « une façon de se perdre » comme l’écrivait encore Aimé Césaire en 1956.
Ce chœur hystérisé, rien ne le fera taire, ni le rappel élémentaire d’Éric Coquerel que les groupes de parole sont « vieux comme le monde, comme le mouvement féministe, comme les alcooliques anonymes », ni la prise du conscience de l’énormité morale, politique et juridique des positions prises ainsi dans une émotion révélatrice.
Refuser de comprendre que la parole des dominées et dominés a besoin de se constituer à l’abri des dominants, c’est nier, de fait, la domination. Ce déni de la domination, et de sa violence, est une violence supplémentaire infligée à celles et ceux qui la subissent.
Au passage, une partie de la gauche a par ailleurs perdu un repère simple en matière de liberté : la liberté de réunion est la liberté de réunion. Elle n’est plus une liberté si elle est sous condition de surveillance par une présence « hétérogène ». À quand les réunions de salariés avec présence obligatoire du patron ? Les réunions de femmes avec présence obligatoire d’un homme ? Les réunions d’étudiants avec présence obligatoire d’un professeur ? Les réunions de locataires avec présence obligatoire du bailleur ? Les réunions d’antiracistes avec présence obligatoire d’un raciste ?
Ces héritiers et héritières d’une longue tradition politique liée aux luttes sociales révèle ainsi leur déconnexion avec les mobilisation d’aujourd’hui, celles qui de #MeToo à Black Lives Matter ébranlent le monde et nous interrogent sur quelle humanité nous voulons être au moment où notre survie est officiellement en question. Ces mouvements de fond martèlent, 74 ans après Aimé Césaire, que « l’heure de nous-mêmes a sonné. »
Nul doute, hélas, que ce qui fait ainsi dériver des femmes et des hommes issus de la gauche, c’est le poids pas toujours avoué, mais prégnant et souvent irrationnel, de l’islamophobie. Cette adhésion générale à un complotisme d’État touche plus fortement les espaces partisans, voire universitaires, que le monde associatif. On a pu le constater lors de la dissolution du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) fin 2020 quand la fermeté les protestations de la Ligue des droits de l’Homme ou d’Amnesty international n’a eu d’égale que la discrétion de la gauche politique. La palme du mois d’avril revient sans conteste à Caroline Fourest qui lors du lancement des États Généraux de la Laïcité a pu déclarer sans frémir que « ce mot islamophobie a tué les dessinateurs de Charlie Hebdo et il a tué le professeur Samuel Paty ».
Oui voilà ou nous en sommes. La menace d’une victoire du Rassemblement national ne se lit pas que dans les sondages. Elle se lit dans les renoncements. Elle s’enracine dans la banalisation voire le partage de ses thématiques disciplinaires, de ses émotions islamophobes, de son vocabulaire même.
L’évitement politique du réel
![]() | |
|
Quelle République, quelle démocratie, quelle liberté défend-on ici avec ces passions tristes ? Depuis plus d’un an, la réponse gouvernementale à l’épreuve sanitaire les a réduites à l’état de fantômes. L’état d’urgence sanitaire est reconduit de vague en vague de contamination. Notre vie est bornée par des contrôles, des interdictions et des attestations. Les décisions qui la règlent sont prises par quelques-uns dans le secret délibératif d’un Conseil de défense. Nous vivons suspendus aux annonces du président et de quelques ministres et, de plus de plus en plus, du président seul, autoproclamé expert omniscient en gestion de pandémie. Nous n’avons plus prise sur notre vie sociale, sur nos horaires, sur notre agenda, sur notre avenir même très proche. Nous n’avons plus de lieu de délibération, ces lieux qui des clubs révolutionnaires de 1789 aux ronds-points des gilets jaunes, en passant par la Place Tahrir et la Puerta Del Sol en 2011 sont l’ADN de la démocratie.
La violence de la menace létale mondiale que font peser sur nous le Covid et ses variants successifs nous fait espérer que cette épreuve prendra fin, que la parenthèse se refermera. Comme dans une période de guerre, cet espoir toujours déçu se renouvelle sans fin à chaque annonce moins pessimiste, à chaque communication gouvernementale sur les terrasses jusqu’à la déception suivante. Cette précarité sans fin est un obstacle collectif à la résistance démocratique, à la critique sociale, idéologique et opératoire de cette période qui s’ouvre et sera sans doute durable. C’est bien dans ce manque politique douloureux que s’engouffrent tous les complotismes de Q-Anon à l’islamophobie d’État.
Depuis le printemps 2020, les partis d’opposition ont cessé d’être dans l’élaboration et la proposition politique en lien avec la situation sanitaire. Le monologue du pouvoir ne provoque plus sporadiquement que des réactions, jamais d’alternative stratégique ni sur la réponse hospitalière, ni sur la stratégie vaccinale, ni sur l’agenda des restrictions sociales. Même l’absence de publication, des semaines durant début 2021, des avis du Conseil scientifique n’émeut pas des politiques beaucoup plus préoccupés par les réunions non mixtes à l’Unef.
Attac n’est pas beaucoup plus proactif malgré la publication sur son site en novembre 2020 d’un texte tout à fait pertinent de Jacques Testard sur la démocratie sanitaire. En général les think tanks sont plutôt discrets. L’Institut Montaigne est silencieux sur la stratégie sanitaire tout comme la Fondation Copernic qui n’y voit pas l’occasion de « mettre à l’endroit ce que le libéralisme fait fonctionner à l’envers ». Si le think tank Économie Santé des Échos déplore le manque de vision stratégique sanitaire, seule Terra Nova semble avoir engagé un véritable travail : une cinquantaine de contributions, des propositions sur l’organisation de la rentrée scolaire du 26 avril 2021, des propositions sur la stratégie vaccinale…
Pourquoi cette inertie collective sur les choix stratégiques ? Ce ne sont pas les sujets qui manquent tant la stratégie gouvernementale ressemble à tout sauf à une stratégie sanitaire. Sur le fond, aucun débat n’est ouvert sur le choix entre stratégie de cohabitation avec la maladie ou d’éradication virale. Ce débat aurait eu le mérite d’éclairer les incohérences gouvernementales comme la communication sur le « tester/tracer/isoler » de 2020 qui n’a été suivie d’aucun moyen opérationnel et humain nécessaire à sa mise en œuvre. Il aurait permis de discuter une stratégie vaccinale entièrement fondée sur l’âge (et donc la pression hospitalière) et non sur la circulation active du virus et la protection des métiers à risque. Cette stratégie a fait battre des records vaccinaux dans des territoires aux risques faibles et laissé à l’abandon les territoires les plus touchés par la surmortalité comme la Seine-Saint-Denis.
Pourquoi cette inertie collective sur la démocratie sanitaire ? Les appels dans ce sens n’ont pourtant pas manqué à commencé par les recommandations du Conseil Scientifique dès mars 2020 : le texte de Jacques Testard, un article de The Conversation au mois de juin 2020, l’excellent « tract » de Barbara Stiegler, De la démocratie en pandémie, paru chez Gallimard en janvier 2021 et assez bien relayé. Des propositions, voire des expérimentations, en termes de délibération et de construction collective des mesures sanitaires territorialisées, des contre expertises nationales basées sur des avis scientifiques et une mobilisation populaire auraient sans doute mobilisé de façon positive la polyphonie des exaspérations. On a préféré laisser réprimer la mobilisation lycéenne pour de vraies mesures sanitaires en novembre 2020.
Bref la construction de masse d’une alternative à l’incapacité autoritaire du pouvoir aurait pu, pourrait encore donner corps et usage à la démocratie, aujourd’hui désarticulée, qu’il nous faut essayer de défendre, pourrait incarner la République dans des exigences sociales et une puissance populaire sans lesquelles elle risque toujours de n’être qu’un discours de domination.
Une autre élection est-elle encore possible ?
![]() |
| ILLUSTRATION RAMIRO ALONSO |
En « rêvant d’une autre élection » comme d’autres ont rêvé d’un autre monde, la gauche permet tout simplement au président en exercice de s’exonérer de son bilan dramatique : un système de santé et des soignantes et soignants mis en surchauffe des mois durant, une mise en suspens de milliers de soins parfois urgents, des dizaines de milliers de Covid longs, plus de 100.000 morts, des territoires et des populations délibérément sacrifiés, des inégalités devant la mort et la maladie largement calquées sur les inégalités sociales et les discriminations, une vie sociale dévastée, une démocratie en miettes, une faillite biopolitique structurelle.
Comment lui en faire porter la responsabilité si on ne peut lui opposer aucune alternative ? Le pouvoir s’en réjouit d’avance et, renversant la charge de la preuve, semaine après semaine, somme chacune et chacun de présenter un bilan sur l’agenda qu’il déroule sans rencontrer beaucoup de résistance : les politiques sécuritaires et l’islamophobie d’État. Or, ce concours électoraliste du prix de la « laïcité », de la condamnation de l’islamisme, de la condamnation des formes contemporaines de lutte contre les discriminations, nous savons qui en sera la championne incontestée : elle en maîtrise à merveille les thématiques, le vocabulaire comme la véhémence.
Voici ce que les sondages, jour après jour, mesurent et nous rappellent. Dans ces conditions, l’absence de dynamique unitaire à gauche n’est pas la cause de la défaite annoncée, elle est déjà le résultat d’une perte majoritaire de boussole politique, le résultat d’une sorte d’évitement du réel, le résultat d’un abandon.
« L’étrange défaite » de juin 1940 a pris racine dans le ralliement des classes dirigeantes à la nécessité d’un pouvoir policier et discriminatoire. Nous y sommes. « L’étrange défaite » s’est nourrie de la pusillanimité d’une gauche désertant les vrais combats pour la démocratie, de la défense de l’Espagne républicaine au barrage contre un racisme aussi déchaîné qu’expiatoire. Nous y sommes sur les enjeux de notre temps. « L’étrange défaite » a été la fille du consensus munichois et de la capitulation anticipée. Nous y sommes. « L’étrange défaite » a été suivie de la mort d’une République. L’appel militaire du 21 avril en fait planer la menace.
À l’exceptionnalité de la période traumatique qui bouleverse depuis 14 mois en profondeur nos repères politiques, sociaux et vitaux, s’ajoute l’exceptionnalité de l’échéance institutionnelle du printemps 2022. Il est dérisoire d’y voir la énième occasion de porter un message minoritaire, dérisoire de donner le spectacle d’une querelle d’egos, dérisoire de jouer à qui sera responsable de la défaite. Le salut ne sera pas dans un compromis défensif sans principe mais dans un sursaut collectif d’ambition.
Il est temps de prendre la mesure du temps que nous vivons, car il est toujours temps de résister. Comme concluait Marc Bloch en septembre 1940, « peut-être est-ce une bonne chose d’être ainsi contraints de travailler dans la rage », car « est-ce à des soldats qu’il faut, sur un champ de bataille, conseiller la peur de l’aventure ? » Il ajoutait que « notre peuple mérite qu’on se fie à lui et qu’on le mette dans la confidence ». Alain Bertho
[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]
![]() |
| PHOTO CLAUDIO REYES / AFP |
SANTIAGO, 30 avril 2021 -- Le Chili a de nouveau enregistré plus de 7.000 nouvelles infections à la COVID-19 en une journée malgré une baisse hebdomadaire, avec 7.199 cas pour un total de 1.198.245, a annoncé vendredi le ministère de la Santé, ajoutant qu'il y avait également eu 106 décès supplémentaires, amenant le total des morts dues à la pandémie à 26.353.
![]() |
| MISE À JOUR LE 02 05 2021 |
![]() |
| IRACÍ HASSLER, CANDIDATE À LA MAIRIE DE SANTIAGO DU CHILI |
Dans le même temps, le ministère de la Santé a annoncé que la fermeture des frontières du pays, en vigueur depuis le 5 avril, sera renouvelée en mai.
[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]
![]() |
| « ☆ » #JADUE 2022 ÉLECTIONS AU CHILI « PROPAGANDE ÉLECTORALE » |
SUR LE MÊME SUJET :
![]() |
| PHOTO FRANCIS MASCARENHAS |
![]() |
| MÁX BERRÚ, DE SON VRAI NOM MÁXIMO BERRÚ CARRIÓN |
C'est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de Máx Berrú, survenu mardi 1er mai 2018 à Santiago du Chili.MÁXIMO BERRÚ CARRIÓN, NÉ À CARIAMANGA DANS LA RÉGION DE LOJA EN ÉQUATEUR, LE 5 JUIN 1942 ET DÉCÉDÉ À SANTIAGO DU CHILI, LE MARDI 1 MAI 2018, DES SUITES D’UN CANCER, A ANNONCÉ SA FAMILLE.
![]() |
| INTI-ILLIMANI |
La musique chilienne est en deuil : le musicien Max Berrú, l'une des grandes figures de la « nouvelle chanson chilienne », est décédé mardi 1er mai à Santiago à l'âge de 75 ans des suites d’un cancer, a annoncé sa famille. Il fut un membre fondateur du groupe de musique chilien Inti Illimani créé en 1967.
[ Cliquez sur la flèche pour visionner la vidéo ]
![]() |
| MÁX BERRÚ À GAUCHE LORS D'UN CONCERT À SANTIAGO DU CHILI EN 1967 |
![]() |
| « MAX PRÉSENT MAINTENANT ET À JAMAIS ! » HOMMAGE AU MILITANT MAX BERRÚ À VALPARAISO « BRIGADA CHACÓN ». DU PARTI COMMUNISTE CHILIEN |
[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]
![]() |
| MUSEO DE LA MEMORIA Y LOS DERECHOS HUMANOS |
ARCHIVES DU PATRIMOINE DE L’USACH
#1Mai
Nous saluons toutes et tous les travailleurs du pays et en particulier compañer@s l@s de notre université, un jour qui rappelle la grève du 1 er mai 1886 et les martyrs de Chicago, ouvriers exécutés pour participer aux journées de lutte visant à réduire le temps de travail à 8 heures par jour.
Nous partageons des images de la Marche du 1er mai 1972 à Santiago, enregistrées par le Département du cinéma et de la TV UTE, avec la voix de notre Victor Jara.