samedi, décembre 29, 2007

CROISIÈRE EN PATAGONIE CHILIENNE



La Patagonie chilienne est mal connue, au contraire de l'autre Patagonie, l'Argentine, très à la mode. Coincée entre la cordillère des Andes et l'océan Pacifique, elle séduit les amateurs de grands espaces, de solitude et de paysages grandioses. Parfois inhospitalière et inquiétante, elle est aussi envoûtante que devaient l'être les terres vierges au lendemain du Big Bang. 

Christine Legrand Chiloé (Chili) Envoyée spéciale

Une des façons de la découvrir est de naviguer dans cette "mer intérieure" qui s'étend de Puerto Montt, à 1 000 km au sud de Santiago du Chili, jusqu'au cap Horn. "C'est le royaume du vent, du froid et de la pluie", avertit Luis Antonio Kochifas, le capitaine du bateau Skorpios-II en route pour une croisière de 800 milles jusqu'aux Campos de Hielo Norte (Champs de glace Nord) à travers les archipels de Llanquihue, Chiloé, Chonos et Aysén. Un labyrinthe de lacs et de canaux aux eaux limpides et calmes. Pas de danger pour ceux qui n'ont pas le pied marin. La traversée se fait entre îlots sauvages, fjords abrupts, volcans de neige éternelle et sombres forêts. Le crachin de ce bout du monde découvert en 1520 par Fernand de Magellan se révèle vivifiant. 

Il fait bon rêver sur le pont balayé par les rafales du vent austral. Les éclaircies sont nombreuses. Le ciel est alors d'un bleu cristallin. La mer prend une couleur turquoise digne des Caraïbes et les couchers de soleil sur la cordillère des Andes sont époustouflants. A tout moment, il est possible de rendre visite au capitaine dans la cabine de pilotage. C'est le meilleur poste d'observation. Les compagnons de voyage sont nombreux : phoques, dauphins, baleines bleues, pélicans, cormorans et albatros chers à Charles Baudelaire. 

On comprend pourquoi le milliardaire américain Douglas Tompkins, ancien businessman épris d'écologie, s'est offert le parc Pumalin, 250 000 hectares de nature sauvage que l'on aperçoit à bâbord en traversant le golfe d'Ancud. Un achat qui a suscité une violente polémique au Chili, certains accusant Tompkins de vouloir s'approprier une des réserves d'eau douce les plus importantes de la planète. 

Le haut lieu du voyage est le glacier San Rafael, vieux de 30 000 ans et situé sur le 46e parallèle. On s'en approche à bord de petites embarcations, en naviguant parmi des icebergs, véritables sculptures flottantes finement ciselées de cristaux bleu indigo ou vert émeraude. Spectacle magique et silence imposant, régulièrement brisé par le bruit assourdissant des pans entiers de la muraille de glace qui s'effondrent et s'engouffrent dans les eaux froides comme des monstres marins se retournant sur eux-mêmes jusqu'à ce qu'ils trouvent leur équilibre. 

"Aujourd'hui, la richesse c'est le pétrole, mais demain l'eau sera la ressource la plus prisée du monde", pointe le guide Fernando Huichaman qui rappelle que la Patagonie est la troisième réserve d'eau de la planète après l'Antarctique et l'Arctique. "Il faut se dépêcher de venir admirer le glacier, car il est menacé de disparition", soupire le guide. A cause du réchauffement climatique, la fonte s'est accélérée ces dernières années et le glacier recule de 60 à 80 mètres par an. 

La lagune de San Rafael a été découverte en 1674 par l'Espagnol Bartolomé Diaz Gallardo. Une expédition de jésuites s'y aventura en 1766 et 1767 à la recherche de la mythique cité des Césars qui, selon une légende, abritait des trésors d'or et de pierres précieuses, rescapés du naufrage d'un navire espagnol. 

Pendant toute la traversée, on aperçoit au large des élevages de saumon. Le Chili en est le deuxième producteur au monde après la Norvège. Les escales sont les bienvenues pour les marcheurs. A Puerto Aguirre, des enfants se proposent comme guides du petit port de pêche. Sur fond de collines verdoyantes, le village est de toute beauté, avec ses humbles maisons en bois peintes de couleurs vives qui semblent défier le gris du ciel. A Quiltraco, les thermes s'inscrivent au milieu d'une végétation exubérante, piscines couvertes ou à l'air libre, eau à 36 degrés. 

Chiloé, l'île aux 150 chapelles, est la terre natale de l'écrivain Francisco Coloane, le Jack London chilien. En la visitant en 1835, le naturaliste anglais Charles Darwin s'était émerveillé de la variété de la faune et de la flore. Après le port de Queilen, pourvu de relais pour les portables et Internet, une escale de plusieurs heures permet de visiter Castro, la capitale de l'île. 

Fondée en 1567, Castro, maintes fois occupée par de redoutables corsaires, est un lieu de légendes. C'est la troisième ville la plus ancienne du Chili, après Santiago et La Serena. Depuis 1988, elle abrite un Musée d'art moderne (MAM), riche de la plus importante collection d'art contemporain du pays, et un musée régional doté d'une collection d'objets et d'instruments musicaux illustrant la culture du bois. Castro possède les derniers exemplaires de "palafitos", typiques maisons en bois construites sur pilotis au bord de l'eau. Il faut gravir les ruelles escarpées pour visiter l'église San Francisco, de style néogothique, construite tout en bois par des ébénistes locaux, entre 1910 et 1912, et qui a été déclarée patrimoine de l'humanité. En redescendant sur les quais, il faut se perdre dans les dédales du grand marché artisanal, le plus important du Sud chilien. 

De retour à Puerto Montt, avant de remonter dans l'avion pour Santiago, prendre le temps de flâner à travers le pittoresque marché de fruits de mer et de poissons d'Angelmo, qui approvisionne les petits restaurants voisins ayant vue sur la baie surplombée de volcans. Le port, qui abrite aujourd'hui 160 000 habitants, fut au XIXe siècle la terre d'asile de milliers d'immigrants allemands. Mais aussi celle d'une aventurière bretonne originaire de Riec-sur-Belon (Finistère), Laurence de Solminihac, qui implanta l'ostréiculture au Chili et fit fortune. Elle avait retrouvé le crachin de son pays natal. Christine Legrand Carnet de route Accès. Vol quotidien direct entre Paris et Santiago du Chili par Air France à partir de 948 euros (tél. : 3654). De Santiago, des compagnies aériennes locales assurent quotidiennement plusieurs correspondances pour Puerto Montt (entre 110 et 145 euros). Par bateau, les croisières se font de septembre à fin avril à bord du Skorpios-II, qui part tous les samedis (matin) de Puerto Montt pour une croisière de six jours. Confortable avec plusieurs types de cabine : single ou suite le prix de la croisière oscille entre 690 € et 1 174 € suivant la saison (chambre, consommations et repas compris), et 50 % de réduction pour les moins de 12 ans s'ils partagent la cabine des parents. La taxe portuaire d'embarquement est de 12 dollars (8,30 €). La compagnie Skorpios offre d'autres croisières, dont une de six jours, encore plus au sud de la Patagonie chilienne, de Puerto Natales jusqu'au glacier Pio XI. Gastronomie. Cuisine raffinée, idéale pour faire une cure de poissons et de fruits de mer, le tout arrosé d'excellents vins chiliens. Plat typique, le "curanto", à base de fruits de mer, viande de porc, saucisses et pommes de terre. Un peu lourd, mais efficace pour affronter le vent et le froid ! Côté cocktail, le traditionnel "pico sour". Lecture. Charles Darwin, Voyage d'un naturaliste autour du monde. Fait à bord du navire le Beagle de 1831 à 1836 (éd. La Découverte, 2006, 552 p., 14,50 €). Antonio Pigafetta, Magellan. Le Premier Tour du monde (éd. Tallandier, 2005, 25 €) et Le Voyage de Magellan, 1519-1522 (éd. Chandeigne, 2007, 2 vol., 68,50 €). Romans et nouvelles de l'écrivain chilien Francisco Coloane, qui ont été traduits en français. Les Terres de décembre (Lucien Souny éditions, 2007, 16 €), d'Olivier Page, un beau récit sur la Patagonie chilienne par un rédacteur du Guide du routard. Artisanat. Castro abrite un des plus beaux marchés artisanaux du Sud chilien : objets en bois, céramiques, paniers de fibre végétale, tissus, chandails et poupées en laine. Informations. L'ambassade du Chili en France, www.amb-chili.fr. Pour les croisières, www.skorpios.cl. Agence de voyage : Mer et Voyages, 9, rue Notre-Dame-des-Victoires, 75002 Paris, www.mer-et-voyages.com.

Christine Legrand Chiloé (Chili) Envoyée spéciale


Accès. Vol quotidien direct entre Paris et Santiago du Chili par Air France à partir de 948 euros (tél. : 3654). De Santiago, des compagnies aériennes locales assurent quotidiennement plusieurs correspondances pour Puerto Montt (entre 110 et 145 euros).
Par bateau, les croisières se font de septembre à fin avril à bord du Skorpios-II, qui part tous les samedis (matin) de Puerto Montt pour une croisière de six jours. Confortable avec plusieurs types de cabine : single ou suite le prix de la croisière oscille entre 690 € et 1 174 € suivant la saison (chambre, consommations et repas compris), et 50 % de réduction pour les moins de 12 ans s'ils partagent la cabine des parents. La taxe portuaire d'embarquement est de 12 dollars (8,30 €). La compagnie Skorpios offre d'autres croisières, dont une de six jours, encore plus au sud de la Patagonie chilienne, de Puerto Natales jusqu'au glacier Pio XI.
Gastronomie. Cuisine raffinée, idéale pour faire une cure de poissons et de fruits de mer, le tout arrosé d'excellents vins chiliens. Plat typique, le "curanto", à base de fruits de mer, viande de porc, saucisses et pommes de terre. Un peu lourd, mais efficace pour affronter le vent et le froid ! Côté cocktail, le traditionnel "pico sour".Lecture. Charles Darwin, Voyage d'un naturaliste autour du monde. Fait à bord du navire le Beagle de 1831 à 1836 (éd. La Découverte, 2006, 552 p., 14,50 €). Antonio Pigafetta, Magellan. Le Premier Tour du monde (éd. Tallandier, 2005, 25 €) et Le Voyage de Magellan, 1519-1522 (éd. Chandeigne, 2007, 2 vol., 68,50 €). Romans et nouvelles de l'écrivain chilien Francisco Coloane, qui ont été traduits en français. Les Terres de décembre (Lucien Souny éditions, 2007, 16 €), d'Olivier Page, un beau récit sur la Patagonie chilienne par un rédacteur du Guide du routard.
Artisanat. Castro abrite un des plus beaux marchés artisanaux du Sud chilien : objets en bois, céramiques, paniers de fibre végétale, tissus, chandails et poupées en laine.
Informations. L'ambassade du Chili en France, www.amb-chili.fr. Pour les croisières, www.skorpios.cl. Agence de voyage : Mer et Voyages, 9, rue Notre-Dame-des-Victoires, 75002 Paris, www.mer-et-voyages.com.


jeudi, décembre 27, 2007

32 arrestations suite au titre de Colo Colo


Le club de Colo Colo a remporté dimanche son 27e titre de champion du Chili en se débarrassant aisément de l'Université Conception (3-0). Un triomphe fêté par des milliers de supporters du club dans tout le pays qui a débouché sur certains incidents. La presse espagnole indique que la police a dû intervenir dans les rues de Santiago après que certaines personnes ont bloqué la circulation, alors qu'au moins quinze personnes ont été interpellées après avoir pris d'assaut une pharmacie dans la ville de Los Angeles, à 500 kilomètres au sud de la capitale. Au total, 32 personnes ont fini en prison.

vendredi, décembre 21, 2007

« Aidons le Père Noël»



Fermeture de la campagne « Aidons le Père Noël» Le bureau Centrale de la Poste à Santiago a effectué la cérémonie de fermeture de 15ª édition de campagne de Noël « La Poste du Chili aide le Père Noël ».

50 enfants de « Aldeas Infantiles SOS» ont reçu des cadeaux qu'ont préparés des travailleurs de l'entreprise des Courriers. Photos : Héctor Yáñez

jeudi, décembre 20, 2007

Photo Aldo Solimano

Le corps d’un ancien dirigeant ouvrier mort dans le Massacre de l'École Sainte María de Iquique, a été exhumé au cimetière de "Pozo al Monte" pour être transféré à Iquique. En 1907, milliers de travailleurs du salpêtre ont été assassinés pour avoir fait en grève.


samedi, décembre 15, 2007

Excommunié par Benoît XVI, un prêtre fonde sa propre Eglise au Chili


Loin d'abandonner la soutane, un prêtre excommunié par le pape Benoît XVI en raison de ses positions jugés schismatiques, a décidé de fonder sa propre Eglise au Chili, pays très catholique d'Amérique latine. A 53 ans, le père Fray Domingo Faundez continue sans complexe d'assurer messes, baptêmes et mariages à Piedra Azul, un hameau perdu sur les bords du Pacifique, près de la ville de Puerto Montt, à 1.000 km au sud de Santiago.

Sa paroisse fondée dans une petite maison, appelée l'Eglise apostolique et oeucuménique Santa Maria au Pied de la Croix, accueille tous les "exclus" du catholicisme officiel: homosexuels, mères célibataires ou encore divorcés.
"Mon Eglise est ouverte à tous, je n'exclus personne", se défend Fray Domingo Faundez.

Graves comportements
Le Vatican l'a excommunié en juillet en raison de ses "graves comportements" contraires aux positions prônées par sa hiérarchie. Une première dans ce pays très conservateur sur le plan des moeurs, où 80% de la population se dit catholique. "Je continue de célébrer la messe comme prêtre. Je ne me sens pas en dehors de l'Eglise, je me sens tout à fait en paix et avec encore plus d'envie d'aimer le Seigneur", affirme ce prêtre, dont la modeste paroisse compte quelque 150 ouailles.

Dans un communiqué officiel, le diocèse de Puerto Montt a reproché au prêtre son "comportement grave". La hiérarchie catholique déplore sa "désobéissance publique envers ses supérieurs et son refus de faire amende honorable après les demandes qui lui ont été présentées avec patience et charité". "Ils m'accusent de parler contre l'Eglise. Moi, cela me dérange qu'ils ne fassent pas voeux de pauvreté (...) et qu'ils vivent comme des riches. Quelle faute est la mienne de dire la vérité", a rétorqué le prêtre chilien.

Contraception
Il n'a cure de l'avertissement du Vatican qui lui interdit officiellement de se recommander du clergé, de célébrer des messes ou des baptêmes, d'entendre les confessions ou de délivrer l'extrême onction. Du point de vue de l'Eglise, les mariages qu'il prononce n'ont aucune valeur. Le prêtre rebelle s'est affiché tout aussi ouvertement comme un franc partisan des méthodes contraceptives, y compris de la "pilule du lendemain", qui a suscité une forte controverse au Chili.
L'Eglise catholique chilienne avait sévèrement critiqué la décision, prise en mars 2006 par la présidente socialiste Michelle Bachelet, de distribuer gratuitement la pilule du lendemain aux adolescentes de plus de 14 ans pour éviter les grossesses non désirées.


Même les pharmacies ont renâclé à distribuer cette pilule, bien que près de 38.000 enfants naissent chaque année au Chili de mères adolescentes, selon les statistiques officielles. "Si je démissionnais, ce serait trahir le Christ, son évangile et son peuple. Alors, que faire? Je le trahis ou non? Hé bien, c'est non!", a tranché le prêtre anticonformiste. (belga)

jeudi, décembre 13, 2007

Au Chili , le cuivre dérouille

[Cliquez sur la photo pour agrandir l'image]José Pablo Arellano, président de Codelco
Photo
Corporation Nationale du Cuivre du Chili
Imaginez une entreprise contrainte d’embaucher 5 000 travailleurs d’un coup, ce qui représente une augmentation de plus d’un quart de ses effectifs. L’affaire se passe au Chili - pays où l’Inspection du travail ne rigole pas -, concerne une entreprise symbole, Codelco, le premier producteur de cuivre au monde (18 000 salariés), et a commencé il y a cinq mois. «Seconde catégorie». Au mois de juillet, les sous-traitants et contractuels de la plus grosse entreprise publique chilienne mènent 36 jours d’une grève dure. Ils réclament le respect de la loi, entrée en vigueur six mois plus tôt. Cette loi impose à l’entreprise d’embaucher tout travailleur sous-traitant qui réalise des tâches permanentes, directement sous ses ordres. «Grâce à elle, soulignait la présidente socialiste Michelle Bachelet, il n’y aura plus de travailleurs de première et de seconde catégorie.» José Pablo Arellano, président de Codelco, maintient que l’entreprise respecte la loi... Faux, a déclaré l’Inspection du travail la semaine dernière. Selon elle, l’entreprise doit donc embaucher près de 5 000 travailleurs sous-traitants. Elle donne les noms, prénoms et postes de chacun d’eux. Un coup dur pour Codelco qui pâtit déjà d’une augmentation générale de ses coûts et d’une baisse de sa production... et pourrait lui faire perdre sa place de numéro un mondial. Augmenter sa masse salariale annuelle de 300 millions de dollars, c’est beaucoup. Trop, a tranché Codelco.
[Cliquez sur la photo pour agrandir l'image]
Photo Corporation Nationale du Cuivre du Chili

Mardi, l’entreprise a saisi la justice. Elle réfute le droit de l’Inspection du travail à lui imposer ses salariés. Elle estime son interprétation de la loi erronée. Et elle a de grandes chances de gagner. Jusqu’ici, la Cour suprême a donné raison à l’Inspection du travail dans seulement 30 % des cas, pour des affaires similaires. A l’Inspection, on craint une fragilisation de la loi sur la sous-traitance. Et le député Antonio Leal estime qu’en tant qu’entreprise publique, Codelco donne un très mauvais exemple au monde du travail et aux entreprises privées. Excédé. L’affaire accentue les divisions au sein du gouvernement. Car dans son directoire, Codelco compte les ministres des Finances et de la Mine du gouvernement Bachelet. En réfutant les conclusions de l’Inspection, ceux-ci contredisent le ministre du Travail. Le syndicat des sous-traitants du cuivre appelle à une grève nationale. Le patronat est excédé. Et la présidente Michelle Bachelet voit une nouvelle tempête couver.

dimanche, décembre 09, 2007

« C'EST UN FILM INDISPENSABLE », REGIS DEBRAY

LA NEIGE BRÛLE


Un homme et une femme, Boris et Imilla, se cherchent, se perdent, se retrouvent et se manquent. À travers l’Europe et l’Amérique. Dans la lutte, la torture, la mort, l’assassinat. Pour l’amour des hommes. L’Histoire à majuscule habite l’histoire des personnages ; elle est leur chair, leur souffrance, leur espérance.

RÉGIS DEBRAY





Propos recueillis par Jacques Mandelbaum
L’auteur n’a rien inventé : le roman était dans les journaux et la romance dans sa mémoire. Il revit, et nous fait vivre la « Passion » d’Imilla.  Libéré des geôles boliviennes où il a séjourné quatre ans pour sa participation à la guérilla aux côtés de Che Guevara, le philosophe Régis Debray s'installe au Chili en janvier 1971. Il y noue des liens d'amitié avec la plupart des personnages évoqués par Rue Santa Fe. On en retrouve des échos dans son oeuvre. Retour sur l'époque.

Pour quelle raison vous installez-vous au Chili en 1971 ?

Parce que j'avais été expulsé de Bolivie et qu'Allende m'a invité à rester, en me donnant une maison, une chaleur, une raison d'espérer. Il y avait l'espoir d'une reprise de la guérilla en Bolivie et dans les pays voisins et le Chili était une arrière-garde pour les activistes. Mais le Chili de 1971 c'était d'abord un havre de bonheur, avec une ferveur type Front populaire 1936. Après, j'ai regagné Cuba et enfin la France.

Quels rapports entreteniez-vous avec le MIR ?

Je me sentais sentimentalement proche de lui. Le MIR était une formation radicale mais pas extrémiste. Il pratiquait le soutien critique à Allende, auquel il reprochait ses compromis, sans prôner la lutte armée. Après l'expérience bolivienne, je commençais à faire le bilan critique de la lutte armée.

Et avec ses dirigeants ?

Miguel Enriquez était un ami, un homme plein de fougue, avec une intelligence déliée. Il y avait chez lui un mélange de mystique révolutionnaire et de joie de vivre, sans rien de mortifère. J'ai gardé le contact avec lui jusqu'au bout, et nous avons œuvré ensuite, après son assassinat, pour la libération de sa compagne, Carmen Castillo.

Que pensez-vous du film ?

Il y en a plusieurs. Le panégyrique d'un mouvement disparu, l'aventure de la famille Castillo, et l'itinéraire d'une femme. Ce dernier, avec son subtil travail de mémoire et de deuil, m'a le plus ému. C'est très beau.

Une question forte est le sacrifice de l'individu à une cause.

L'idée de mourir pour une cause a quitté le monde occidental. Ce film nous rappelle que, avant de déchoir en politique, la révolution fut une mystique.

Dans le film, le sacrifice va jusqu'à ses propres enfants.

C'est cornélien, admirable et répulsif. Il y a du monstrueux dans toute mystique, on est requis par un absolu. En 1943 aussi, les résistants français quittaient leurs enfants pour monter au Vercors et à la mort.

Comment porter le deuil d'une utopie ? C'est la mélancolie du film.

Et celle d'une génération. Dans une société où a fini par s'imposer le culte du fric, de l'image et de la réussite, le parti des vaincus est ringard. Ça reste le mien. Je vois deux façons de survivre. Faire oeuvre de création, comme Carmen Castillo, dont je définirais la mélancolie comme une fidélité sans amertume. Ou alors tourner la page et oublier. Le film aide à choisir la première solution. Il est donc indispensable.

Article paru dans l'édition du 05.12.07.

HORREURS DE JEUNESSE AU CHILI


À Cannes (Libération du 23 mai), une ovation avait suivi la projection. A Santiago, où a été présenté le film au mois d’octobre, le silence a duré longtemps. Dans la salle, ils étaient 600 : la vieille garde du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) et les autres protagonistes du film, dont ces habitantes des bidonvilles qui ont mené la résistance anti-Pinochet. Et puis les enfants de tous ceux-là. «J’étais très tendue, dit Carmen Castillo. Il y avait tout autour comme un grand silence intérieur. C’est tellement délicat, la mémoire des vaincus.» Quand les lumières se sont rallumées, elle a croisé certains regards dans la salle, et d’abord celui de la femme qui, dans le film, raconte la mort de ses deux jeunes fils militants. «Elle avait la tête haute. Je me suis sentie soulagée. Comme si cette mémoire collective, si longtemps effacée, avait trouvé un point d’ancrage.»

«Lieu du crime». Rue Santa Fe, septième documentaire de Carmen Castillo, a commencé presque par hasard, en 2002, alors qu’elle était à Santiago pour un autre tournage. «J’avais toujours refusé de revenir dans la maison. Et puis je me suis laissé entraîner. J’ai dit à mon équipe : "Bon, d’accord, on y va, et on enregistre tout ce qui se passe."» La maison, c’est celle où, le 5 octobre 1974, son compagnon, Miguel Enríquez, principal dirigeant du MIR dans la clandestinité, fut tué par la police de Pinochet alors qu’elle-même, enceinte de six mois, était grièvement blessée par une grenade. Sur les circonstances de la mort d’Enríquez et de sa survie à elle, miraculeuse - elle fut expulsée du Chili quelques jours plus tard, mais son bébé mourut avant terme -, Carmen Castillo était déjà partiellement revenue à l’occasion de La Flaca Alejandra, tourné en 1994, où elle retrouvait une de ses anciennes camarades qui, arrêtée et torturée, les avait trahis. Mais elle n’avait jamais voulu revoir «le lieu du crime».

La voilà donc débarquant rue Santa Fe, dans ce quartier modeste de Santiago où elle vécut pendant près d’un an une histoire d’amour et de clandestinité. Et ce que la caméra enregistre, alors qu’elle frappe aux portes des voisins et se présente - «Vous vous souvenez ? Il y a vingt-huit ans, c’est moi qui…» -, est proprement inouï. Un témoignage surtout. L’homme raconte que ce jour-là il a vu Miguel Enríquez sortir seul, sur le trottoir, peu après le début de la fusillade, à un moment où la Dina - la police - s’était apparemment repliée dans l’attente de renforts. Et qu’au lieu de prendre la fuite il est retourné dans la maison. Carmen Castillo comprend à cet instant qu’il n’a pas voulu la laisser seule. «Ma première réaction, quand je suis remontée dans la voiture, a été de vouloir effacer ces images. Je me disais que c’était impossible. Je ne supportais pas l’idée d’être responsable de sa mort.»

«Abandon». «Pourquoi lui et pas moi ?» et «à quoi sa mort a-t-elle servi ?» : C’est sur cet insupportable qu’est construit le film. A partir de ces deux questions, Carmen Castillo va remonter toute l’histoire - la sienne, celle du MIR, celle du Chili. Le film revient sur des éléments méconnus. Ainsi l’ordre donné à tous les exilés par la direction du MIR, à la fin des années 70, de rentrer clandestinement au Chili. Et la décision prise par les militantes qui revenaient d’abandonner leurs enfants, en les envoyant notamment à Cuba. Une histoire très douloureuse sur laquelle elle s’attarde. «Si on n’est pas capable d’expliquer, on ne fait qu’accentuer l’abandon», dit-elle.

La reconquête de la mémoire passe par de doubles retrouvailles : avec un passé militant qui fut, aussi, «beau et amoureux de la vie», et avec de jeunes Chiliens d’aujourd’hui qui se battent contre un système particulièrement dur pour les plus modestes. «Je ne suis pas nostalgique. Nous nous sommes trompés. Nous avons été vaincus. Mais je pourrais redire aujourd’hui exactement ce que je disais il y a trente ans. C’est l’absence de politique qui tue. Et je suis sûre qu’il n’y a pas de rédemption en dehors de l’engagement.»
Docu. Carmen Castillo, résistante anti-Pinochet, revient là où sa vie a basculé.
RENÉ SOLIS
Rue Santa Fe de Carmen Castillo, 2 h 40.

Un entretien avec la réalisatrice est paru dans Libération du 22 juin 2006.

mercredi, décembre 05, 2007

PASSES DE CHARITÉ

Source Photo
Une prostituée met ce week-end aux enchères le commerce de ses charmes à l'occasion du téléthon organisé chaque année au Chili. «J'ai déjà vendu 27 heures de travail», a confié Maria Carolina, devenue du jour au lendemain une star dans ce pays où l'Eglise catholique reste très influente.

«Un de mes clients a déjà versé son obole et il a, apparemment, fait une très bonne action», a-t-elle dit, en précisant avoir déjà réuni l'équivalent de 4000 dollars.

Le téléthon chilien, qui dure 27 heures, a débuté vendredi soir au bénéfice des enfants handicapés et issus de milieux défavorisés, en présence de toutes les stars de l'audiovisuel.

L'organisateur de l'événement s'est défendu d'encourager ainsi des activités «contraires à la morale». «Chacun fait ce qu'il peut pour la bonne cause», a-t-il expliqué.

Quant à Maria Carolina, elle affirme : «Il y a des gens qui vont faire des dons avec de l'argent d'origine bien plus douteuse que le mien.»

La prostitution adulte est légale au Chili.

Santiago, 30 novembre 2007 (d’après Reuters).

PATAGONIE: 360 DEGRÉS D'INFINI

On dit que la réalité dépasse la fiction. En marchant dans le parc chilien Torres del Paine, j’ai compris qu’elle dépassait parfois aussi les rêves.

Ça faisait neuf ans que j’étais passée par là, en pleine Patagonie, avec un ami qui n’avait rien d’un coureur des bois. Pas question, donc, de se taper des jours de marche pour le simple plaisir de la chose. Je m’étais jurée d’y retourner. Je me suis tenu promesse. Fin octobre, je m’envolais vers le Chili pour boucler la boucle, pour marcher la célèbre «W», une randonnée aussi mythique que populaire. Bon an, mal an, plus de 100 000 marcheurs viennent y battre la semelle, la majorité en haute saison, de décembre à mars. Cette fois, j’étais avec un ami qui bourlinguait déjà depuis huit mois quand je l’ai rejoint à l’autre bout des Amériques. La plupart des gens prennent trois ou quatre jours pour faire la «W», ce qui implique un itinéraire assez serré et d’exténuantes journées de marche. Nous en avions six. Certains n’y passent qu’une journée. C’est trop peu.

Nous partons le lundi matin de Puerto Natales, le village le plus près, à quelque 110 kilomètres. Deux heures plus tard, les célèbres silhouettes apparaissent discrètement à l’horizon. Un petit chapelet de montagnes avec, dedans, les grandes tours de roches et leur presque éternelle écharpe de nuages, comme si elles craignaient de prendre froid. On ne peut pas leur en vouloir, le printemps patagonien est plutôt frisquet en ce mois d’octobre. Environ 10 °C le jour, autour du point de congélation la nuit. Et du vent, en brises, en bises et en rafales. L’autobus nous dépose aux abords du lac Pehoe, que nous traverserons en catamaran. Magnifique traversée d’une demi-heure à ne plus savoir où poser les yeux, étourdis entre l’eau vert-de-gris et la dentelle de montagnes tout autour.

lundi, décembre 03, 2007

« RUE SANTA FE »: LA TRÈS BELLE HISTOIRE D'UNE DÉFAITE

Le documentaire de Carmen Castillo, qui retrace l'histoire collective de la gauche chilienne, est un film difficile à classer et relève du meilleur cinéma, assure El Mercurio. Ce quotidien conservateur, connu pour avoir soutenu la dictature de Pinochet, ne peut toutefois s'empêcher de se demander – inquiet – ce qui se serait passé au Chili si la gauche avait triomphé...
EL MERCURIO  ERNESTO AYALA
Dalle Santa Fe [Rue Santa Fe] nous est vendu comme l'histoire d'amour de deux révolutionnaires, mais en fait il n'y est guère question de la relation entre Miguel Enríquez, leader du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) et Carmen Castillo, réalisatrice du documentaire. Il ne s'agit pas non plus à proprement parler d'une biographie d'Enríquez. Calle Santa Fe n'est pas facile à classer. Tout commence au 275 de la rue Santa Fe, à San Miguel (Santiago), où Enríquez vivait clandestinement avec Castillo. C'est là qu'il a été tué, le 4 octobre 1974. A partir de cette date clé, la réalisatrice s'efforce de suivre deux fils narratifs : d'une part l'histoire collective, celle du MIR, et, à partir de là, celle du Chili, dans un souci de reconstruction de la mémoire historique ; d'autre part l'histoire individuelle, où Castillo est aux prises avec la culpabilité, les rancœurs et les doutes de son passé. Ces deux récits ont beaucoup de points communs, et la tension demeure tout au long des cent soixante minutes que dure le film. Il faut dire que Calle Santa Fe relève du meilleur cinéma. La réalisatrice sait ménager les pauses, les silences. Les scènes actuelles sont soigneusement photographiées, les images d'archives s'avèrent toujours pertinentes. Certaines séquences sont particulièrement impressionnantes, comme l'action de "redistribution" dans la población [au Chili, quartier populaire, bidonville] La Victoria (Santiago), où, en 1984, des jeunes du MIR distribuent le contenu d'un camion de Super Pollo [producteur de poulets chilien]. Ou bien celle où Carmen Castillo, encore enceinte de l'enfant qu'elle allait finir par perdre – à peine un mois après avoir été blessée par une grenade dans la rue Santa Fe –, raconte son histoire à un journaliste de Cambridge. Même s'il manquait à l'époque la voix off de Carmen Castillo, la tension et l'intelligence sont au rendez-vous.

Ces luttes en valaient-elles la peine ? Telle est la question autour de laquelle Calle Santa Fe s'articule. Le MIR a été le parti le plus persécuté par la dictature. Selon la Commission nationale d'indemnisation et de réconciliation (CNRR), qui, entre 1973 et 1990, a poursuivi le travail de la Commission Rettig, 440 militants de ce parti ont été tués (même si le documentaire parle de 800 (sans préciser l'origine de ce chiffre). Ce à quoi il faut ajouter l'énorme pourcentage de torturés, et, comme le montre bien le film, le dévouement total qu'exigeait le parti. Ainsi, quand l'opération Retou [des militants exilés] commence, en 1978, bon nombre des femmes qui reviennent clandestinement au Chili confient leurs enfants au projet "Foyer", conçu pour s'occuper d'eux. Carmen Castillo elle-même raconte qu'elle envoie sa fille, entre 6 et 17 ans, à Cuba, afin de se consacrer à la vie militante. Etait-ce la peine ? La réalisatrice pose la question avec gravité.

Vers la fin du film, on a le sentiment que la mort de Miguel Enríquez et celle de ses camarades ont transmis des valeurs qui sont plus que jamais d'actualité, un exemple que suivent et suivront les plus jeunes. Ainsi, le documentaire nous montre un Enríquez qui remplit encore des stades, et le MIR y apparaît comme une organisation puissante, bien que son influence reste souterraine.

Ceci dit, en tant que spectateur, je me suis demandé ce qui se serait passé si toutes ces bonnes intentions avaient triomphé. Si non contentes d'avoir réussi à vaincre Pinochet, elles étaient arrivées au pouvoir. Le Chili serait-il plus juste ? Plus libre ? Moins inégalitaire ? Une chose est sûre, il ne serait pas plus démocratique : le MIR se définissait comme guévariste et le Che, on le sait, ne croyait pas à la démocratie. Le Chili ressemblerait-il à Cuba ou au Venezuela d'aujourd'hui ? Le film ne pose pas ce genre de question.
Ernesto Ayala
El Mercurio