mardi, décembre 26, 2006

IL A VRAIMENT FAIT ÇA, FREUD ?

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PHOTOMONTAGE
C’est l’un des plus anciens et des plus opiniâtres serpents de mer de l’histoire de la psychanalyse qui n’en manque pas. Il semble pourtant qu’on ne se soit jamais autant rapprochés de la résolution de l’énigme, sans que pour autant cela bouleverse notre approche de la théorie de l’inconscient : oui et non, Sigmund Freud s’est-il tapé sa jeune belle-sœur ? 
La république des livres Blog de Pierre Assouline
pardonnez mon langage quelque peu grivois mais c’est bien de cela qu’il s’agit dans ce que les experts considéraient avec une telle importance qu’ils l’appelait l”‘affaire Minna” -non que Mrs Bernays fut spécialement une affaire mais il semble que sa proximité avec le maître ne fut pas sans influence sur sa biographie intellectuelle (mais laquelle ? là, je m’y perds…). Jusqu’à présent, les plus éminents historiens de la psychanalyse s’accordaient sur le fait qu’une réelle attirance réciproque les liait, en tout cas au-delà des limites généralement admises par la belle familiarité.

Il est vrai que depuis longtemps certains assuraient qu’elle avait même dû avorter, mais toutes les sources remontaient toujours à Carl Gustav Jung, considéré par bien des gardiens du temple comme une langue de pute pour tout ce qui touche à Freud. En fait, on leur supposait une longue liaison mais rien ne permettait de l’imaginer autre que platonique puisque Freud lui-même le laissait entendre. Or un chercheur vient de découvrir un document attestant que Sigmund et Minna Bernays ont séjourné au même moment et dans la même chambre d’hôtel. Ca s’est passé le 13 août 1898 au cours de vacances dans les Alpes. Chambre 11 du Schweizerhaus (Maloja). Il avait 42 ans et elle 33. La preuve? Une page jaunie du registre sur laquelle on peut lire : “Dr Sigm Freud u frau”, ce qui signifie qu’en plus, il la faisait passer pour sa femme légitime ! 
SIGMUND FREUD  AVEC  SA  FEMME,  MARTHA BERNAYS FREUD, 
AU CENTRE, ET SA SŒUR, MINNA BERNAYS, À GAUCHE, EN 1929.

PHOTO THE NEW YORK TIMES
Le journal de l'hôtel indique un désir illicite que le Dr Freud n'a pas réprimé (publié en 2006).  / Les signatures laissées dans un registre d'hôtel suisse semblent prouver une liaison entre Sigmund Freud et la sœur cadette de sa femme.
Par Ralph Blumenthal 24 décembre 2006
Peut-être n'était-ce qu'un lapsus freudien. Ou un cas de se cacher à la vue de tous.
Quoi qu'il en soit, Sigmund Freud, griffonnant dans les pages d'un registre d'hôtel suisse, semble avoir laissé la réponse à une question qui a titillé les universitaires pendant une grande partie du siècle dernier : avait-il eu une liaison avec la sœur cadette de sa femme, Minna Bernays ?
Les rumeurs d'une liaison amoureuse entre Freud et sa belle-sœur, qui vivait avec les Freud, ont longtemps persisté, malgré les dénégations catégoriques des fidèles de Freud. Le psychanalyste suisse Carl Gustav Jung, disciple de Freud et plus tard son grand rival, a affirmé que Mlle Bernays lui avait avoué une liaison. (L'allégation a été rejetée par les freudiens comme malveillance de la part de Jung.) Et certains chercheurs ont même émis l'hypothèse qu'elle pourrait être tombée enceinte de Freud et avoir avorté.
On savait qu’il y avait été en villégiature, ainsi que sa belle-soeur, mais on ignorait qu’ils y avaient été si proches. Celui qui a découvert le pot aux rosses est un sociologue mâtiné de psy du nom de Franz Maciejewski. Sa révélation peut jeter un trouble dans certaines chapelles de la psychanalyse en ce que la personne de Freud y est souvent idéalisée au-delà du raisonnable. Parfois, la vénération y est telle qu’elle prête un comportement irréprochable au théoricien de la sexualité lequel, rappelons-le, reconnût lui-même avoir cessé de faire l’amour après 45 ans. Bref, tout cela est très freudien. Et si l’on découvrait qu’il s’agissait d’une chambre à deux lits séparés par une table de nuit, choix résultant d’un lapsus de Sigmund au moment de la réservation?

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LE PERVERS, LA LOI ET L'ÉTAT D'EXCEPTION

L'exception chilienne

Dans un continent en proie à la crise et à la récession, le Chili affiche des performances étonnantes: inflation faible, finances publiques saines, commerce extérieur soutenu, croissance ralentie mais positive... Une bonne santé économique due au modèle libéral mis en place sous la dictature et conforté sous la démocratie

par Michel Faure


Bon, alors? Merci Pinochet? La question suscite un long silence, puis le sourire résigné d'Oscar Landerretche, un type qui connaît la chanson. « Eh bien oui, répond ce socialiste chilien, directeur des études économiques de la Fundacion Chile 21, la boîte à idées du PS local. On doit reconnaître, dit-il, le rôle central qu'a joué le gouvernement militaire dans la libéralisation du marché, la liberté des changes, l'ouverture du pays à la concurrence internationale. » Une pause, afin de mesurer son effet, puis le bémol de l'histoire, censé en changer le sens et le ton: «Remarquez cependant, reprend-il, que le véritable boom économique, la hausse remarquable des investissements, la croissance forte et soutenue, tout cela n'a vraiment eu lieu qu'à la fin des années 1980, une fois assurée la stabilité à long terme. Avec le retour de la démocratie.» Nous sommes à Santiago, au Chili, où les économistes sont tous un peu historiens, et où tout va bien, merci, dans une Amérique latine où rien ne va plus, cependant. Pourquoi pareille exception? Pourquoi ici et nulle part ailleurs dans le sud de ce continent les habitants sont-ils plutôt prospères, les pauvres ne sont-ils pas miséreux, pourquoi les caisses de l'État et les coffres des banques sont-ils pleins? Pourquoi, dans une région qui connaît de folles espérances et tant de désespoirs, des émeutes, des caudillos et des guérillas, des taudis, des bandits, tant de pauvres et quelques politiciens milliardaires, la vie semble-t-elle ici si tranquille, calme, voire un peu ennuyeuse, sans passion ni angoisse? La seule inquiétude que l'on ressent au Chili est celle, au fond, qui saisit tout voyageur, pour peu qu'il soit plutôt démocrate, quand il finit par se demander si par hasard toute cette sage prospérité n'aurait pas pour origine les décisions prises au temps détestable (11 Septembre 1973 - 5 octobre 1988) d'un vieux dictateur, Augusto Pinochet, dont les idées libérales seraient restées cantonnées, sous son grand képi, dans les étroites limites de l'économique et du financier, alors qu'au-delà des barbelés la politique restait prisonnière.

«La classe politique a su éviter le désordre et la vendetta»

On se souvient des Chicago boys. Ce furent de jeunes économistes chiliens qui, vers la fin des années 1970, vénérèrent deux maîtres: Milton Friedman, professeur à l'université de Chicago - d'où le surnom donné à ces élèves zélés de l'hémisphère austral - et Sergio de Castro, doyen de l'Université catholique de Santiago, qui avait tissé des liens entre les deux institutions académiques. Ils furent les moines-soldats du néolibéralisme et, avant même que leurs idées séduisent Margaret Thatcher à Londres ou Ronald Reagan à Washington, ils s'étaient mis au service de Pinochet. Ils sont officiellement apparus sur la scène politique en décembre 1976, dans le sillage de celui qui venait d'être nommé ministre des Finances, leur maître de la Catolica, Sergio de Castro. Ils n'ont cessé ensuite de renforcer leur rôle et leur influence jusqu'à leur apogée quand l'un d'eux, Hernan Büchi, plus jeune et plus pragmatique que leur ancien professeur, prit à son tour, en février 1985, le portefeuille des Finances. Ils ont fait de leur pays le laboratoire de leur modèle jusqu'alors théorique, fondé sur l'élimination des contrôles des prix, l'ouverture commerciale à la concurrence internationale, le soutien aux exportations et, surtout, un processus radical de privatisations, incluant les services de santé et de retraites, et rendant au secteur concurrentiel les centaines d'entreprises qui avaient été nationalisées durant le gouvernement de Salvador Allende. La dictature, dans cette affaire, n'avait pas que des inconvénients: elle permit d'imposer des réformes, sans discussion ni compromis, à une société condamnée au silence et à la docilité. Et de même que la Constitution chilienne adoptée par référendum en septembre 1980, sous la dictature, fut écrite, selon le mot d'un sénateur socialiste, «à la pointe d'une baïonnette», de même le furent ces réformes libérales mises en place sous le règne de la terreur politique et sociale. Le big bang sous Big Brother. Déplaisant, certes, mais permettant néanmoins à l'action économique une réelle cohérence. «Jamais on n'a perdu le nord», résume, en évoquant cette époque, Hernan Sommerville, président de l'association des banques chiliennes.

Un axe stratégique

Malgré ces origines douteuses, malgré ce paradoxe terrible qui a fait que la liberté économique a été imposée sous la contrainte politique, ces réformes ont profondément transformé la société chilienne. «Elles ont changé radicalement les structures de la production du pays et ont permis le décollage économique, écrit l'historien et politologue Carlos Huneeus dans un livre remarquable, El Regimen de Pinochet (Editorial Sudamericana, 2001), qui fait désormais autorité sur la période du régime militaire. Les autres dictatures en Amérique latine ont échoué dans leurs gestions de l'économie, tandis que celle de Pinochet a établi les conditions de la croissance, et ses principales institutions ont continué à fonctionner sous la démocratie. Le changement de régime s'est caractérisé à la fois par une profonde modification des structures politiques et par la continuité du système économique, précisément parce que celui-ci était tout à fait efficace.» La transition à la démocratie «a été un processus très subtil, estime Sommerville. La classe politique a su éviter le désordre et la vendetta».

Et c'est ainsi, grâce à ces mesures lointaines prises sous la botte du régime militaire mais préservées par de sages démocrates une fois vaincue la dictature, que tout va plutôt bien aujourd'hui. Le pays, qui avait sous Pinochet baissé unilatéralement ses tarifs douaniers, a continué à poursuivre sa politique d'ouverture. Il a signé depuis une décennie une série d'accords commerciaux bilatéraux (avec le Mexique, le Canada, l'Amérique centrale, l'Union européenne, la Corée du Sud et - en décembre 2002, en attendant ratification - les États-Unis). Ces traités constituent un axe stratégique pour cette nation dont les 15 millions d'habitants représentent un marché domestique trop étroit pour son ambition et ses entreprises. Le Chili est extraordinairement ouvert aux échanges. Ceux-ci représentaient, en 2001, 34,3 milliards de dollars, soit un peu plus de la moitié de son PIB (66,5 milliards de dollars). Il est le 4e exportateur de vin au monde, le 2e exportateur de saumons, après la Norvège, le 1er exportateur de fruits frais de l'hémisphère Sud, avant l'Australie et l'Afrique du Sud. Et ses futurs retraités n'ont pas de souci à se faire: les fonds de pension ont des avoirs évalués à 37 milliards de dollars, soit plus de la moitié du PIB.

Depuis 1998 et les secousses financières qui avaient affecté l'Asie, puis la Russie et l'Amérique latine, la croissance, qui durant toute une décennie avait dépassé 7% au Chili, s'est considérablement ralentie. Elle reste encore positive, autour de 2%, d'après les premières estimations de 2002. Performance modeste, certes, par rapport aux exploits du passé, mais néanmoins remarquable alors que tous les pays voisins restent englués dans les crises et la récession. Au-delà des Andes, l'Argentine espère chaque jour avoir enfin touché le fond du trou. Au nord-est, vers Brasilia, Lula, un ancien métallo devenu président, commence par le commencement: la faim et la misère. Plus au nord, dans les pays andins, au Pérou, en Bolivie, en Equateur, la démocratie semble être sur le fil du rasoir et les désillusions, qu'illustrent des émeutes récurrentes, sont immenses. La Colombie reste en guerre avec elle-même et le Venezuela démontre quotidiennement que le populisme et l'incompétence forment un cocktail ravageur pour une société démocratique. Au Chili, en revanche, rien à signaler, sinon des taux d'intérêt bas (2,96%) et une balance commerciale positive ( 225 millions de dollars en janvier), sans parler d'une inflation modeste (2,8%), d'une dette publique qui reste encore dans les limites du raisonnable (38 milliards de dollars), avec 16 milliards de réserves dans les coffres d'une banque centrale parfaitement indépendante du pouvoir politique. Lequel, pour l'heure, est apparemment contaminé, puisque, officiellement social-démocrate, il est néanmoins fondamentalement libéral. «En premier lieu, nous sommes un pays tourné vers le marché», affirmait ainsi haut et fort, dans un discours récent, le ministre de l'Economie et de l'Energie, Jorge Rodriguez Rossi.

Un
État fort, à la fois autoritaire et protecteur de la libre entreprise

Donc, merci Pinochet, soit. Mais pas seulement. D'abord, le vieux putschiste, en arrivant au pouvoir, était, face aux questions économiques, comme une poule devant un couteau. «La vérité, c'est que le régime militaire, en matière économique, n'avait aucune idée», remarque François Edant, un banquier français qui vit depuis de longues années au Chili et travaille au Banco del Desarrollo. Sergio de Castro fournira une doctrine, sur un plateau, aux putschistes et ainsi leur sauvera la mise. Pour cet universitaire conservateur, le désastre de l'économie chilienne ne datait pas des années Allende, certes financièrement calamiteuses, mais remontait en fait à 1938, quand le Léon Blum chilien, Pedro Aguirres Cerda, un radical qui fait alliance avec les socialistes et obtient le soutien du Parti communiste, met fin à des années d'économie libérale et applique pour la première fois ici des recettes keynésiennes. Avec lui s'ouvre l'ère du capitalisme d'Etat. Le gouvernement non seulement régule et investit, mais il devient aussi entrepreneur, à travers notamment la Corfo, la Corporacion de Fomento de la Produccion, son bras armé dans l'économie. C'est à cela que mettent un terme les Chicago boys. Mais ils opèrent au Chili, un pays dont l'histoire a été fortement marquée par le conformisme social et l'autoritarisme politique, et qui n'a jamais complètement abandonné le concept d'un État fort et interventionniste. On en trouve les racines dans ce que l'on appelle encore aujourd'hui, avec une certaine révérence, le portalismo, en référence au pouvoir d'un homme d'affaires de Valparaiso devenu dictateur civil au début du XIXe siècle, Diego Portales, fondateur de la pensée républicaine et laïque chilienne. L'historien Alfredo Jocelyn-Holt lui a consacré un essai récent intitulé El Peso de la noche (Le poids de la nuit, éd. Planeta/Ariel). Cette tradition suppose l'existence d'un État fort, à la fois autoritaire et protecteur de la libre entreprise. Cette alliance de l'autorité politique et de l'aristocratie des affaires est, selon Portales, la garantie de l'ordre et de la tranquillité sociale. Sa pensée, au Chili, où dominent toujours le strict respect de la légalité, les principes d'ordre, de verticalité du commandement, de consensus social, n'a pas pris une ride. Ces principes n'ont jamais été totalement étrangers à la dictature. Ils restent prévalents sous la démocratie.

L'exception chilienne, si elle est incontestable, n'est donc pas seulement le résultat de politiques néolibérales vieilles d'un quart de siècle ni même d'un zèle particulier de la part des nouveaux gouvernants de Santiago à suivre aujourd'hui les recettes du «consensus de Washington», qui exige rigueur budgétaire, privatisations et ouverture des frontières. Elle réside aussi dans un subtil encadrement réglementaire qui modère et canalise le libéralisme de l'économie, corrige ses excès et prévient ses dérives éventuelles. Lors d'une visite en septembre 2002 au Chili, Joseph Stiglitz, le prix Nobel d'économie 2001, critique écouté des carences de la mondialisation, a identifié plusieurs facteurs qui expliquent, selon lui, l'exception chilienne. Le premier n'est pas l'ouverture des frontières, mais la sage gestion de celle-ci, et notamment le «péage» imposé aux «capitaux hirondelles», ces fonds spéculatifs qui s'en vont aussi vite qu'ils sont venus, et qui sont soumis au Chili à un lourd impôt s'ils ne restent pas investis au moins un an dans le pays. Cette mesure, selon l'économiste américain, a permis d'éviter les effets déstabilisateurs de la fuite de capitaux volatils, dont l'Argentine, notamment, a été une victime récente. Deuxième facteur, qui va à l'encontre de l'idée reçue d'une privatisation générale de l'économie chilienne: le maintien d'un secteur public d'un niveau raisonnable. Stiglitz cite notamment des entités publiques telles que la Codelco, la Corporation nationale du cuivre, qui permettent à l'Etat de conserver des sources de revenus et des outils d'intervention économique. Troisième élément: la mise en place progressive d'un filet de sécurité sociale, qui a joué son rôle dans la réduction du nombre de pauvres, estimée de 5 à 2 millions de personnes au cours des années 1990. Dernier élément, enfin: le maintien d'un niveau d'endettement raisonnable. Ce qu'a fait le Chili, selon le prix Nobel. Bref, avec son analyse, nous sommes loin, apparemment, des Chicago boys. Mais ces derniers n'ont jamais abandonné, eux non plus, l'ambition d'une régulation. Chaque fois qu'une concession était octroyée au secteur privé, souligne ainsi Edant, une «superintendance» chargée de son contrôle était aussitôt créée. Ce fut le cas pour les secteurs de l'énergie et de l'électricité, du téléphone, des banques, de la santé, des routes et des transports, et, bien sûr, des fameux fonds de pension chiliens, soumis à des règles strictes de concurrence et de prudence en matière d'investissements. Le résultat est un État plutôt efficace, contrôlant des services modernisés dans le cadre, assez singulier en Amérique latine, d'un système réglementaire respecté.

Peu de corruption


L'une des causes des succès chiliens souvent mentionnée serait l'absence, remarquable, de corruption dans ce pays. C'est ce que soulignait notamment, dans un article publié dans le quotidien espagnol El Pais en juillet 2002, l'écrivain péruvien Mario Vargas Llosa. Il citait le Chili comme l'exemple à suivre alors qu'ailleurs, «derrière le rideau de fumée de la modernité», les politiques et les entrepreneurs mafieux s'entendaient pour «s'enrichir à l'ombre des réformes». La presse locale, pourtant, fait, depuis la fin de l'année dernière, ses gros titres sur deux affaires - el caso Coimas et el caso Gate - qui provoquent un véritable séisme politique à Santiago dans les rangs de la Concertation, la coalition de centre gauche au pouvoir sous la présidence du socialiste Ricardo Lagos. L'affaire Coimas (une coima, en argot chilien, est un pot-de-vin) a démarré avec une fraude assez banale commise par une entreprise de contrôle technique d'automobiles, qui versait à des agents du ministère des Transports de l'argent ayant servi, selon les enquêteurs, à financer certaines campagnes électorales. L'affaire Gate (du nom d'une entreprise de conseil créée par un ancien fonctionnaire), elle, est une histoire assez classique de fausses factures dissimulant également des financements électoraux. Dans les deux cas, des responsables du PS sont compromis, et plusieurs députés ont vu lever leur immunité parlementaire. Ces deux scandales ont l'attrait de l'inédit et de l'exceptionnel, et ils passionnent l'opinion, qui soudain s'interroge sur l'honnêteté de ses dirigeants dans un pays considéré jusqu'à présent comme épargné par ce genre de comportement. «De fait, la corruption est au Chili d'assez faible intensité, estime un diplomate, d'autant que les contrats publics sont rares. Ici, dit-il, c'est un État de droit.»

Sans doute l'exception chilienne n'est-elle pas étrangère, non plus, à quelques traits de caractère propres au peuple de ce pays, 15 millions de personnes qui sont autant d'insulaires, dans cette bande de terre souvent qualifiée d'«île continentale», à l'horizon borné de montagnes, une longue langue de terre coincée entre les Andes et le Pacifique sud. «Ici, dit un journaliste local, on a la cordillère dans la tête.» Fils du métissage d'immigrants basques, croates, palestiniens, venus à dos de mulet à travers les Andes et les déserts, sans espoir de retour, et d'Indiens Mapuches - de farouches combattants - les Chiliens sont généralement sérieux, industrieux et travailleurs. Et terriblement conservateurs. Depuis le 1er janvier dernier seulement, la censure cinématographique est abolie, et ils peuvent enfin voir, quoi qu'en pense le très influent Opus Dei, Le Dernier Tango à Paris ou l'inoffensif et hilarant film de Woody Allen Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe... Ils peuvent enfin divorcer, depuis peu de temps et sans trop de difficulté, mais l'avortement reste interdit. Les plus vieux, parfois, expriment encore quelques nostalgies du temps du régime militaire, tel Butsabe Barrios, fabricant de chapeaux de paille, rencontré au marché de Talca, une petite ville à trois heures de route au sud de Santiago, qui évoque avec un doux sourire le temps de Pinochet: «Il y avait plus d'ordre et de discipline, alors.» Victor Manuel Figueroa Janes a ouvert un petit restaurant dans la périphérie de cette ville, après avoir pris sa retraite. Il était le gérant d'un fonds de pension, responsable de la deuxième région. Il ne tarit pas d'éloges sur ce système d'assurance-retraite qui lui a permis d'ouvrir son établissement et qui fut, dit-il, la «gloire du régime Pinochet». «Les militaires n'étaient peut-être pas des as, ajoute-t-il, mais ils ont au moins eu une bonne idée, celle d'accepter cette réforme.» Quant aux plus jeunes, ils trouvent souvent que rien n'a vraiment changé, telle cette jeune étudiante en œnologie, Carolina Imbert-Jimenez, qui prend des cours du soir et vend, dans la journée, du vin dans une grande surface. «Ce pays, dit-elle, est très stable et très traditionaliste.» Elle ne s'en plaint pas vraiment. «Nous sommes bien meilleurs que les Argentins», dit-elle avec un sourire.

Si le «Chili profond» existe, dans un pays aussi long (4 200 km) et étroit (de 60 à 300 km de largeur), il ressemble à Talca. Dans cette ville de 180 000 habitants, qu'enserre un paysage de vignes et de vergers, les plus pauvres vivent modestement, et les plus riches dans la discrétion. Les premiers s'installent dans de nouveaux quartiers de maisonnettes sans charme, tel celui de Las Americas. Patricio Casanueva, un gendarme, père de trois enfants, a fait un emprunt de près de 7 000 euros sur vingt ans pour loger sa famille. Rodrigo Gonzalez fait du porte-à-porte dans les rues du quartier pour vendre aux nouveaux propriétaires la télévision par câble et une connexion Internet à haut débit. «Ce n'est pas facile, dit-il. Ces gens sont pauvres.» Il rit et ajoute: «Et du coup moi aussi!» Paulo Russo, lui, est devenu riche en dix ans de labeur. Son entreprise organise noces et banquets dans toute la région, et il lui arrive d'honorer des commandes jusqu'à Santiago, et même à Puerto Montt, dans le sud du Chili. «Ici, dit-il, c'est un bon pays pour qui est créatif et veut travailler.»

La contestation est feutrée («neo-liberalismo = esclavitud», affirme un graffiti sur un mur du centre-ville), mais l'inquiétude existe que la récession mondiale mette un jour fin à l'exception chilienne. «Au cours de notre histoire, nous déclarait Jocelyn-Holt, jamais le Chili n'a échappé au destin général de l'Amérique latine. Je ne vois pas pourquoi nous y échapperions aujourd'hui. Je crains que tôt ou tard les difficultés de nos voisins ne finissent par nous atteindre.»

TOLLÉ APRÈS LE TESTAMENT POSTHUME DU GÉNÉRAL PINOCHET


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Le testament posthume d’Augusto Pinochet, dans lequel l’ancien dictateur justifie le coup d’Etat de 1973 et les violations des droits de l’Homme commises sous son régime, a suscité ce lundi le tollé de l’ensemble de la classe politique. Dans ce document, dévoilé dimanche dans la presse, le général Pinochet, décédé le 10 décembre, se déclarait "fier de son énorme action", affirmant qu’un conflit est toujours la "source d’abus et d’exagérations".



Maquillage historique


Le Parti pour la Démocratie, appartenant à la coalition gouvernementale dirigé par le chef d’Etat socialiste Michele Bachelet, a dénoncé ce testament comme un "maquillage historique". "Sa publication lors de la Noël est une façon subliminale de l’assimiler au Père Noël", a ironisé Sergio Bitar, président de ce parti, estimant que l’ancien dictateur a écrit ce texte avant les poursuites judiciaires lancées à son encontre. Pour le sénateur socialiste Alejandro Navarro, "le doute qui aurait dû tourmenter (Pinochet) est de savoir s’il aurait faire ce qu’il a fait sans tuer personne". 

Explication insatisfaisante 

Même les formations de la droite chilienne, actuellement dans l’opposition, les partis de la Rénovation nationale (RN) et de l’Union démocrate indépendante (UDI) qui ont soutenu à l’époque le coup d’Etat, n’ont pas ménagé leurs critiques à l’encontre du testament politique de l’ancien homme fort du Chili, qu’il a dirigé d’une main de fer en 1973 et 1990. Carlos Larrain, président de la RN, a jugé lundi que l’explication avancée par l’ex-dictateur était "insatisfaisante", tandis que le député Cristian Monckeberg, du même parti, limitait sa portée à celle d’un "document historique". "Il n’a aucune influence ou pertinence dans la politique actuelle", a estimé le député. 

Crimes et torture 

Poursuivi pour des crimes contre des opposants politiques ainsi que pour fraude fiscale, le général Pinochet, dont le régime est tenu responsable de la mort ou la disparition de quelque 3.000 personnes et de plus de 30.000 cas de tortures, est décédé à l’âge de 91 ans sans avoir jamais été condamné. Selon le président de la UDI, Hernan Larrain, le testament de Pinochet ne dit rien de ce qui s’est déroulé à partir de 1974 alors que les violations contre les droits de l’homme, les tortures et les disparitions ont continué sans qu’existent les conditions de 1973". "Dans ce sens, il y a un vide dans sa lettre, on aurait souhaité un plus ample commentaire", a-t-il observé. 

"Fier" de ses actes 

Le général Pinochet, auteur du coup d’Etat qui renversa le 11 septembre 1973 le président socialiste Salvador Allende, affirme dans son testament avoir lutté contre l’instauration du communisme au Chili. "En toute sincérité, je déclare être fier de l’énorme action qu’il a fallu entreprendre pour empêcher le marxisme-léninisme de prendre tout le pouvoir", indique son testament rendu public par la fondation Augusto Pinochet, consacrée à la mémoire de l’ancien dictateur. 

"Abus et exagérations" 

L’ex-dictateur souligne aussi, dans ce document de cinq pages tapé sur ordinateur, qu’il sera difficile de comprendre "le comment et le pourquoi" des morts et disparitions survenues durant le régime, assurant qu’"il n’y a pas eu de plan institutionnel pour cela". "Les conflits graves sont et seront toujours ainsi : la source d’abus et d’exagérations", tranche Pinochet dans ce message posthume à la nation.

MESSAGE À MES COMPATRIOTES, À DIFFUSER À MON DÉCÈ


Ci-dessous, le texte intégral du document original, traduit par LatinReporters. Plus de 3.000 morts et disparus, près de 40.000 torturés et 200.000 exilés sous la dictature s'y résument, pour Pinochet, "à la présence inévitable d'excès dans les affrontements au cours de l'Histoire". Il ne regrette rien. Il aurait volontiers "répété l'expérience" si nécessaire, mais avec "davantage de sagesse".

Chiliens, sans exception :

souvent, je vous ai transmis ma pensée pendant ma vie publique. Je me souviens spécialement de ce que je vous communiquais lors de ma captivité à Londres.


Maintenant, avec effort, j'ai tissé les pensées suivantes qui surgissent du plus profond de mes sentiments et convictions.


Je veux prendre congé de vous avec beaucoup d'affection. Je comprends que cela paraîtra incompréhensible à un très grand nombre d'entre vous, mais c'est ainsi.


Dans mon cœur, je n'ai pas laissé de place à la haine. J'ai parcouru beaucoup d'années et je comprends ce que sont l'amour et la douleur.


J'ai choisi la carrière militaire par amour pour la Patrie. Je l'ai maintenu sans altération depuis le premier jour de mon entrée à l'Ecole militaire et, maintenant, m'en allant de ce monde, ce sentiment emplit entièrement mon esprit.

J'aime la Patrie ; je vous aime tous.

Par amour, on peut faire beaucoup de choses bonnes et mauvaises. Justes et erronées.


Je n'ai jamais imaginé entrer dans la grande Histoire de mon pays, mais cela s'est produit.


Le cours de la vie publique de celui-ci se transforma, passant du "au Chili, il ne se passe jamais rien" à des événements dramatiques précipités.


Je ne veux pas entrer dans des analyses plus larges, propres d'historiens, mais le faire tout de même en ce qui concerne des affirmations professionnelles et humaines qui sont celles qu'il m'intéresse de vous communiquer.


Moi, comme militaire, j'ai perçu la très grave et complexe situation qui se dessinait au cours de la décennie des années soixante-dix.


Personne ne pourra réfuter que le monde entrait dans une confrontation globale, idéologique et militaire qu'on a appelée la "guerre froide".


Chaque jour, alors que cette "guerre" se réchauffait davantage, les conflits grandissaient et devenaient plus complexes, en particulier aux yeux d'un observateur militaire.


Les angles de cette guerre s'élargissaient de jour en jour et embrassaient la quasi totalité de la vie publique et privée des gens.


Cette fatalité si tragique d'une guerre, ou toi ou moi, croissait et exerçait sa pression sur le commun des hommes, avec le fait aggravant que le dilemme s'étendait à toute la communauté internationale, comme une guerre totale et sans quartier.


Un militaire ne pouvait se soustraire à ce panorama, car il était très sombre, et devait se préparer au meilleur et au pire, équation clef d'une stratégie professionnelle.


Le Chili se mit à brûler et en était réduit, objectivement sans échappatoire, d'après moi, à trois possibilités (que le comprennent les jeunes, nés après la crise):

  • Une guerre civile, sans quartier, "de fenêtre à fenêtre", avec des milliers et des milliers de morts.
  • Une imposition d'une dictature dite du prolétariat, idéologique, marxiste-léniniste, avec la perte totale de la liberté politique et de l'État de droit; et
  • Une réaction conjointe de civils et de militaires pour éliminer de manière tranchante les possibilités précédentes.
Personne ne discute que l'immense majorité de la population s'inclinait pour cette dernière alternative.

Chiliens, amis sans exclusion.

Une guerre internationale ou civile est quelque chose d'atroce. Le pire qui puisse arriver à une société.


La guerre, pour cette raison, doit être évitée jusqu'à la limite du possible.


Les adultes qui ont vécu l'époque du pronunciamiento militaire se sont exactement rendus compte que la seule option réaliste était ce dernier.


Il a fallu agir pour couvrir efficacement tous les angles d'une vaste confrontation, parce qu'explicitement les partis de Gouvernement soutenaient que la voie armée était la seule façon d'atteindre le pouvoir, à court ou long terme.


Je crois que jamais la menace d'une guerre civile n'avait été brandie de manière si frappante dans notre pays ou dans une autre partie du monde.


Si on ajoute à ce qui précède l'infinité de ratifications de fait et rhétoriques qui confirmaient de telles intentions, l'intervention militaire en devient plus explicable.


Il fallait donc agir avec la plus grande rigueur et de manière soutenue pour conjurer toute extension du conflit qui s'annonçait.


Si on ne procédait pas ainsi, l'action militaire se serait terminée sur un fiasco et cela aurait provoqué au sein du peuple et pour de nombreuses années des conséquences négatives extrêmement douloureuses.


En 73, vu les dites caractéristiques de l'adversaire, il fut nécessaire d'employer diverses procédures de contrôle militaire, comme la réclusion transitoire, des exils autorisés, fusiller après jugement militaire.


Il est très possible qu'on ne sache jamais vraiment comment et pourquoi de nombreuses morts et les disparitions de corps se sont produites.


On ne peut pas déterminer avec simplicité la responsabilité d'une infinité d'abus, car il n'y eut pas de plan institutionnel pour les encadrer. Les conflits graves sont ainsi et seront toujours ainsi : source d'abus et d'exagérations.


Mais comment tant de gens n'ont-ils pas voulu ou pu comprendre l'extrême gravité de la menace alors que tout le contexte national et international confirmait son existence?


Dans les affrontements au cours de l'Histoire, leur résultat quant aux pertes de vie et à la déshumanisation font partie de leur définition.


Ce qui précède n'est pas une recherche de circonstances atténuantes aux excès, mais vise à rappeler leur présence inévitable.


Moi, comme Président de la République et commandant en chef de l'Armée, j'ai agi comme je vous l'ai dit, avec rigueur, mais avec beaucoup plus de flexibilité qu'on m'en reconnaît, ce pourquoi je me référais toujours à une "dictadouce".


Tant que le fanatisme idéologique et armé constituait un danger pour la stabilité, il n'était pas possible de baisser les mains.

Chiliens tous :

Comme je souhaite que n'eût pas été nécessaire l'action du 11 septembre 1973!


Comme j'aurais voulu que l'idéologie marxiste-léniniste ne s'interpose pas dans notre vie de la Patrie!


Comme j'aurais souhaité que le président Salvador Allende n'incube pas dans sa doctrine l'intention de transformer notre Patrie en une pièce plus de l'échiquier dictatorial marxiste!


Les guerres apportent des douleurs très difficiles à guérir.


Les parents et amis de nos compatriotes tombés lors de l'affrontement fratricide auront pour toujours un souvenir noir de ce qui s'est passé.


Je vais à la messe et je communie. Je ne cesse jamais de penser aux blessures ouvertes.


Comme j'aimerais marcher dans les rues, saluant, consolant, aidant... 


Mon destin est une sorte de bannissement et de solitude que je n'aurais jamais imaginés et encore moins souhaités.


Pour terminer, je déclare en toute sincérité être fier de l'action énorme qu'il fallut effectuer pour empêcher que le marxisme-léninisme parvienne au pouvoir total et aussi pour que ma chère Patrie soit une "grande nation", comme le disait la devise qui inspira dès le début la Junte de Gouvernement. De cela, je ne douterai jamais, sans vaciller d'une pincée.


En cas de répétition de l'expérience, j'aurais néanmoins souhaité davantage de sagesse.


AUGUSTO PINOCHET UGARTE 


Capitaine général
Ex-Président de la République
Ex-sénateur de la République
Ex-Commandant en Chef de l'Armée 

PINOCHET SE DIT « FIER » DE SON ACTION, DANS UNE LETTRE POSTHUME


L'ancien dictateur Augusto Pinochet, décédé le 10 décembre, défend, dans un testament politique dévoilé par la presse, dimanche 24 décembre, son coup d'État et les méthodes qu'il a employées pendant ses dix-sept années passées à la tête du Chili. Il y affirme avoir fait un putsch, le 11 septembre 1973, pour éviter que son pays ne bascule dans un régime communiste et empêcher une guerre civile entre partisans et adversaires du président socialiste Salvador Allende. "En toute sincérité, je déclare être fier de l'énorme action qu'il a fallu entreprendre pour empêcher le marxisme-léninisme de prendre tout le pouvoir", écrit-il.

"L'utilisation de différentes méthodes de contrôle militaire, comme les détentions temporaires, l'exil officiel et les exécutions sur décisions de cours martiales étaient nécessaires", affirme Augusto Pinochet. 

"Les conflits graves sont et seront toujours ainsi : la source d'abus et d'exagérations", poursuit l'ancien dictateur. Selon lui, il est difficile de comprendre "le comment et le pourquoi" des morts et disparitions survenues durant le régime, précisant qu'"il n'y a pas eu de plan institutionnel pour cela"

L'ex-dictateur affirme également avoir agi "avec rigueur, mais avec beaucoup plus de flexibilité qu'on a bien voulu le reconnaître". Il ajoute : "Si l'expérience était à refaire, je préconiserais toutefois davantage de sagesse."

On estime à 3 000 le nombre de personnes tuées par la police politique chilienne et à 30 000 le nombre de personnes torturées sous son règne. Augusto Pinochet n'a jamais été condamné de son vivant et son bilan divise encore aujourd'hui profondément la société chilienne. Quelque 60 000 personnes ont rendu hommage à l'ancien dictateur en défilant, le 12 décembre, devant son cercueil, exposé à Santiago. Ailleurs, ses adversaires ont sablé le champagne pour fêter sa disparition.

Augusto Pinochet Molina, petit-fils de l'ex-dictateur, a exprimé, dimanche, le souhait de se lancer dans la politique, afin de défendre l'héritage de son grand-père. Ancien capitaine, limogé de l'armée après avoir défendu le coup d'État militaire, il a déclaré s'être rapproché des partis de droite, actuellement dans l'opposition. - (AFP, Reuters.)

samedi, décembre 23, 2006

MANIF CONTRE BARRICK GOLD À SANTIAGO








Le projet Pascua Lama est bien réel ! Une multinationale veut déplacer un glacier dans le but d'éteindre sa soif d'or !

Attention :

Cet article concerne le projet Pascua Lama. Merci de ne pas confondre avec l'article sur la pétition en circulation sur le même projet (si le projet est bien réel, la pétition, elle, est nulle).


À l'heure où l'eau commence à devenir un sérieux problème sur notre planète, la compagnie aurifère propose, ni plus ni moins, que de déplacer un glacier pour pouvoir exploiter en toute tranquillité la mine d'or qui se trouve en dessous. Et ce, malgré les dizaines de milliers de chiliens vivant, en grande partie, grâce à l'eau fournie par le glacier.

Bien entendu, Barrick Gold Corp. a pris soin de s'entourer de "spécialistes" de la question. Aussi propose t-elle une alternative "environnementale" acceptable. En effet, afin de ne pas gaspiller une inestimable quantité d'eau, il est envisagé de découper d'immenses parties du glacier, puis de les déplacer à proximité d'un autre glacier dans lequel les blocs sont censés se fondre.

Par ailleurs, il conviendra en toute simplicité de dériver la rivière alimentant les populations en aval, et d'installer une usine de traîtement de l'eau, histoire de continuer à abreuver les autochtones d'une eau "non polluée".

Si les mesures envisagées paraissent tout à fait honorables sur le papier, ces solutions ne sont pas du tout du goût de certains experts estimant qu'il n'est pas possible de prévoir le comportement d'un glacier après intervention humaine. Personne ne peut affirmer que la glace ainsi déplacée continuera à alimenter les nappes phréatiques, ni la manière dont le glacier "amputé" réagira. Par ailleurs, prévoir de dépolluer (à des fins de consommation) une rivière conscencieusement contaminée par diverses substances toxiques (arsenic et métaux lourds notamment) peut se révéler à hauts risques en cas de dysfontionnement quelconque.

Si ce projet est censé fournir ses premières pépites en 2009, les autorisations chiliennes et argentines (la mine est située à la frontière) ont d'ores et déjà délivré les accords d'exploitation, le chantier être entamé à partir du premier trismestre 2006. Aussi, n'est-il pas surprenant que plusieurs organisations environnementales souhaitent attirer l'attention du monde entier sur cette potentielle catastrophe écologique.

S'il n'est pas du ressort de hoaxbuster.com de tirer des conclusions hâtives sur la probabilité d'une catastrophe à venir, il est revanche tout à fait légitime de vous avertir que le diaporama en circulation expose une situation on ne peut plus réelle... Il appartiendra ensuite à chacun de se faire sa propre opinion sur le sujet.

On peut toutefois regretter que les personnes investies aient eu le réflexe powerpoint plutôt qu'un site internet dédié qui aurait permis à quiconque d'obtenir les informations de manière beaucoup plus simple.
Sources :
Article Libération
Association Olca
Article Les Affaires
Site Atinachile contre le projet
Snapshot Région concernée (réalisé à l'aide de Google Earth)

Article par Guillaume - HoaxBuster.com

jeudi, décembre 21, 2006

LE TRAÎNEAU DU PÈRE NOËL DANS LE CIEL CHILIEN?



















Observatoire de Paranal, au Chili, lundi dernier. Peu après 4h du matin (9h heure française), Christian Esparza découvre sur l'un des télescopes un objet en mouvement qui traverse le ciel. Il prévient Thomas Rivinius, astronome à ce poste-avancé de l'Observatoire austral européen (Eso).

"Je suis allé dehors pour être sûr qu'il ne s'agissait pas d'un effet optique", déclare ce dernier. Entre temps, la longue traînée lumineuse s'est transformée en nuage avant de disparaître. Débute alors une enquête pour déterminer l'origine de ce phénomène mystérieux, explique l'Eso sur son site. Emmanuel Jehin, un spécialiste des comètes, vient en renfort. Après avoir vu et revu les images, il est catégorique : il ne s'agit ni d'une météorite, ni d'une comète. Il ne s'agit pas non plus de la Station spatiale internationale ou d'un satellite : ni l'un ni l'autre ne sont censés passer au-dessus du Chili à cette heure-là... et encore moins finir en nuage !

Vitesse phénoménale

Après vérification sur le web, les spécialistes ont confirmation que l'étrange phénomène a également été enregistré par l'observatoire Gemini South, à 600 km au sud de Paranal. Grâce aux données recueillies, ils parviennent à calculer la distance de l'objet : il se déplaçait à 6000 km d'altitude en début de parcours puis à 12.000 km sur les dernières images. Sa vitesse de déplacement est phénoménale.

Il ne peut s'agir que d'un véhicule motorisé. Les chercheurs excluent la possibilité qu'il s'agisse d'un Ovni ou du traîneau du Père Noël car le 24 décembre est encore loin — la preuve que l'on peut être scientifique et avoir de l'humour. Finalement, le mystère est levé : l'agence spatiale japonaise (Jaxa) a procédé dans la matinée au lancement d'une fusée H-IIA. L'objet céleste, révèle l'Eso, est "très probablement le deuxième étage du lanceur" et le nuage a très certainement été provoqué par un largage de comburant afin d'éviter que la fusée explose en milliers de morceaux. Et l'Eso de conclure : "Après avoir trouvé la solution avec ses collègues, Thomas Rivinius a pu enfin aller dormir".

mercredi, décembre 20, 2006

« ON A DÉFIGURÉ L’HISTOIRE »

FIGURE HISTORIQUE DU COMMUNISME CHILIEN, VOLODIA VALENTÍN TEITELBOIM VOLOSKY (17 MARS 1916, CHILLÁN - 31 JANVIER, 2008, SANTIAGO DU CHILI) REVIENT SUR LES ENSEIGNEMENTS DE L’ÈRE PINOCHET APRÈS LA MORT DE L’ANCIEN DICTATEUR.
À quatre-vingt-dix ans, l’une des figures de proue du communisme chilien, Volodia Teitelbaum, continue d’avoir une activité intellectuelle très active. Homme de lettres, entré dans les Jeunesses communistes chiliennes à 16 ans, ancien député et sénateur, avocat, fondateur du Siècle, le seul journal d’actualité de gauche au Chili, il répond aux questions de l’Humanité.

Quand vous avez appris la mort du général Pinochet, qu’avez-vous ressenti ?

Volodia Teitelboim. On ne peut pas parler de joie à cause des faits de l’histoire que nous connaissons. Le nombre de personnes disparues, le million d’exilés, les opposants lancés en pleine mer ou depuis un avion... Notre continent a été le sous-continent des coups d’État.

Mais Pinochet est passé à l’étape de provoquer un massacre et la torture avec des nouvelles méthodes, électriques notamment. Son régime a imposé l’impunité en se protégeant par l’auto-amnistie.

Quelle image gardez-vous de lui ?

Volodia Teitelboim. Pinochet est un homme assez ignorant mais astucieux. Il s’est entouré de technocrates et de divers spécialistes. Lui qui se décrivait comme le sauveur du Chili a oublié, en allant en Grande-Bretagne, qu’il n’était pas au-dessus des lois internationales (Pinochet a été arrêté pour la première fois à Londres en 1998 - NDLR). Pinochet avait une grande estime de lui-même. Comme Bush aujourd’hui, il aimait se référer à Dieu. Il disait de lui-même qu’il avait commandé une sorte de bataille de Lépante 

BATAILLE DE LEPANTO - HUILE SUR BOIS, VÉNITIEN, DES FINS DU XVIE SIÈCLE

(lorsqu’une coalition chrétienne avait repoussé les Turcs ottomans aux portes de l’Europe en 1571 - NDLR) contre le marxisme. Et puis les dictateurs sud-américains, grands ou petits, ont la réputation d’être des voleurs, ce que l’histoire a confirmé dans son cas.

Comment la dictature vous a frappé personnellement ?

Volodia Teitelboim. Comme beaucoup d’opposants, j’ai dû partir. Je suis allé à Moscou car la radio nationale me proposait d’émettre une émission qui atteindrait le Chili. Nous en avons enregistré 1 500.

Je suppose qu’avec un tel programme vous avez dû être menacé ?

Volodia Teitelboim. J’étais sur une liste noire, effectivement. J’aurais dû être assassiné à Mexico alors que j’y étais pour une conférence solidaire. Je ne savais pas à l’époque. Ce sont les procès des membres du régime par la suite qui ont confirmé que j’étais à abattre. On a défiguré l’histoire en fabricant ces listes noires.

Avez-vous été surpris par l’élan populaire qui a célébré la mort de Pinochet et par l’affluence somme toute conséquente de partisans lors de ses funérailles ?

Volodia TeitelboimAu Chili, on dit que le pays est divisé en deux, mais il faut souligner qu’il s’agit de deux parts inégales. Certes minoritaire, le pinochetisme continue. Et les trois gouvernements de la concertation qui ont suivi son passage ont utilisé le même moule économique.

Comment expliquez-vous l’existence de partisans de Pinochet dans le Chili de 2006 ?

Volodia Teitelboim. La jeunesse sous Pinochet a été éduquée de manière fasciste. Ses interventions à l’école au travers d’éducateurs ont laissé tous ces enfants aujourd’hui adultes dans un état de réfrigération mentale, afin de créer une sorte de cartel où tout le monde aurait les mêmes idées.

Pour les plus réticents, la torture a été utilisée comme une arme fondamentale. Les années Pinochet expliquent aussi la « diabolisation » de la politique par plusieurs générations. Il a réussi à enlever la confiance d’une partie du peuple envers la politique. Mais, cette année, le million de jeunes qui ont manifesté dans les rues pour une éducation plus juste ont montré qu’il y a un Chili caché. Le problème, c’est que dans l’éducation aussi la logique d’élite héritée des années Pinochet se maintient.

Dans quels secteurs cet héritage est-il le plus palpable ?

Volodia Teitelboim. Partout, à vrai dire. Mais l’économie nationale est un bel exemple. Au début des années soixante-dix, 60 % de la richesse du pays était public. Le président Allende avait réussi à nationaliser le cuivre notamment, mais les années Pinochet l’ont à nouveau privatisé, préférant l’offrir aux capitaux étrangers. Ce fut une manière indirecte de détruire la nationalisation et de laisser la richesse du pays aux mains des autres. Et ce système continue.

Quel est le chemin à suivre pour que le Chili sorte de ce cadre dressé par l’héritage de l’ex-dictateur?

Volodia Teitelboim. C’est ce qu’on appelle la transition. Pour l’instant, malheureusement, elle se fait sur une base qui a maintenu intact tout le régime. Pinochet avait par exemple introduit une loi d’immobilité qui fait qu’encore aujourd’hui certains de ses partisans se retrouvent à des postes importants dans les différents ministères.

Y a-t-il d’autres raisons pour expliquer la lenteur de cette transition?

Volodia Teitelboim. Le problème est assez dramatique. Lorsque Pinochet a vu qu’il était en train de perdre la bataille avec le peuple, il a alors appelé au dialogue. Ses conseillers l’ont invité à organiser des élections pour légitimer sa position. C’est alors qu’ils ont introduit une véritable révolution dans le monde des mathématiques, en mettant en place le système binominal toujours en vigueur aujourd’hui. 

Ce système électoral assure à la coalition qui n’obtient qu’un tiers des suffrages plus un, d’obtenir la même représentativité au Congrès que la coalition qui en obtient jusqu’à deux tiers, moins un. Comme aucun parti politique ne rassemble un tiers des voix à lui tout seul, les partis entrent dans des coalitions, dont est exclu le Parti communiste chilien qui n’a pas obtenu les garanties nécessaires de la part de la coalition de centre gauche actuellement au pouvoir, pour réaliser des changements. Avec cette parité illégitime, le système se reproduit tout seul.

Coopération scientifique et universitaire avec l'Argentine et le Chili : appels d'offres 2007

Coopération scientifique et universitaire avec l'Argentine et le Chili : appels d'offres 2007

Le Comité ECOS-Sud (Evaluation - Orientation de la Coopération Scientifique), instrument du Ministère des Affaires Etrangères et du Ministère de l'Education Nationale, de la Recherche et de la Technologie pour la coopération scientifique et universitaire avec certains pays de l'Amérique hispanophone, émet aujourd'hui trois nouveaux appels d'offres.
Deux concernent des projets de recherche bilatéraux avec l'Argentine et le Chili.
Le troisième sollicite des candidatures d'étudiants à des stages post-doctoraux au Chili.

Ces projets sont à soumettre au plus tard :
- le 31 mars 2007 , pour les projets de coopération bilatérale avec le Chili
- le 16 avril 2007, pour les projets de coopération bilatérale avec l'Argentine
- le 31 mars 2007, pour les candidatures à des stages post-doctoraux au Chili

Les fiches-projets ainsi que les iinformations relatives à ces appels d'offres sont téléchargeables sur le site du Comité.

lundi, décembre 18, 2006

Sympathisant de la «cause de Pinochet»

L'armée chilienne a annoncé vendredi l'exclusion du général Ricardo Hargreaves, qui s'était exprimé par voie de presse après les funérailles d'Augusto Pinochet, pour se dire, aujourd'hui encore, en accord avec les choix de l'ex-dictateur.

«J'ai soutenu la cause de Pinochet et je continue de la soutenir, avait déclaré le général, commandant en chef de la cinquième division de l'armée chilienne, dans la ville de Punta Arenas (extrême-sud), à un journal local.

«Nous lui devons beaucoup de choses, non seulement en tant qu'armée mais comme pays», avait ajouté Hargreaves. Il avait estimé que Pinochet avait «été capable de prendre une grande responsabilité à un moment où le pays était complètement déboussolé et au bord de l'effondrement».

LES TROIS MAISONS DE PABLO NERUDA

La Sebastiana, aux couleurs de Valparaiso.
Photo Louise Gaboury, collaboration spéciale


Comme Cadet Rousselle, le poète chilien Pablo Neruda avait trois maisons. Un peu folles, à la fois différentes et semblables, chacune d'elles est un poème : Isla Negra célèbre la mer, la Sebastiana glorifie les voyages et la Chascona est un hymne à l'amour de Mathilde. Neruda se voyait comme le capitaine de ces maisons, lui qui aimait la mer mais n'avait pas le pied marin, se contentant de naviguer sur l'océan des mots

L'île noire

Isla Negra n'est pas une île. Le nom de cet «endroit ignoré de tous» viendrait des rochers recouverts d'algues ressemblant à une île noire qui se trouvent devant la propriété. Cette maison biscornue a été bâtie autour de la pièce unique qui la constituait quand Neruda a acheté la propriété en 1939. Il l'a ensuite agrandie au gré de ses humeurs et de l'enrichissement de ses collections éclectiques, pendant une trentaine d'années, dessinant lui-même les plans et choisissant les matériaux.

Verre coloré, flottilles de bateaux dans des bouteilles, coquillages, masques, papillons et spectaculaires figures de proue, Neruda a collectionné un peu de tout, et cette maison loge une bonne partie de ses trésors ses jouets, comme il les appelait. La chambre à coucher de Pablo et Mathilde donne sur la mer bordée d'une dentelle de rochers sur lesquels viennent battre les eaux froides du Pacifique. C'est dans cette pièce que, malade, il a dicté à Mathilde J'avoue que j'ai vécu. C'est là qu'il a assisté à l'invasion des soldats après le coup d'état de Pinochet et la mort d'Allende. Le smoking qu'il portait pour recevoir le prix Nobel est toujours suspendu dans sa penderie. La photo de Baudelaire trône toujours sur le bureau où il écrivait à l'encre verte. Celles de Victor Hugo, Lénine, Alexandre Dumas, Diego Ribera et autres, veillent. C'est ici que Neruda a fêté ses 50 ans et son mariage. Et c'est dans le jardin, face à la mer, qu'il repose avec Mathilde.


La Sebastiana

Cette maison tout en hauteur et en escaliers reproduit un peu Valparaiso, «secret, plein de recoins». Au début, il la partage avec des amis, dont l'artiste Maria Martner, qui a réalisé une splendide murale de pierre et de mosaïque autour du foyer d'Isla Negra. Ici, le foyer, dessiné par Neruda, a été baptisé «jarre à fumée». La maison, tapissée de photos de famille et de voyages, jouit d'une vue époustouflante sur Valparaiso, symbole de départ vers des pays exotiques, d'ouverture sur le monde.

Une carte du monde en français, datée de 1698, orne un mur. «Valparaiso ouvre ses portes à la mer sans fin, aux cris de la rue, aux yeux des enfants.»



L'ébouriffée


Bâtie pour abriter ses amours alors illicites avec Mathilde dans le quartier de Bellavista à Santiago, cette maison doit son nom à la chevelure indocile de sa belle, chascona signifiant ébouriffée, échevelée. Les nombreux ponts et escaliers de cette maison en colimaçon rappellent Capri, où il a été si heureux en exil avec Mathilde, un épisode romancé dans le film Il Postino. On trouve ici aussi des objets insolites comme ces deux chaussures géantes du pied droit.


Ici, le temps s'est arrêté sur la pendule brisée par les militaires au lendemain du coup d'État qui a coûté la vie à son ami Allende, auquel il ne survivra que 12 jours, vaincu par le cancer.

Les trois maisons-musées appartenant à la Fondation Pablo-Neruda sont ouvertes au public. Des visites guidées en français sont proposées à La Chascona seulement.

Louise Gaboury La Presse Collaboration spéciale

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www.fundacionneruda.org