lundi, mars 09, 2026

AU CHILI, UNE TRANSITION HOULEUSE ENTRE LES PRÉSIDENTS ENTRANT ET SORTANT, DEUX HOMMES QUE TOUT SÉPARE IDÉOLOGIQUEMENT

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JOSÉ ANTONIO KAST CÉLÈBRE SA VICTOIRE À LA 
RÉSIDENTIELLE CHILIENNE, LE 14 DÉCEMBRE 2025
PHOTO JAVIER TORRES

International / Chili / 
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Le Monde

Au Chili, une transition houleuse entre les présidents entrant et sortant, deux hommes que tout sépare idéologiquement / 
Après cinq jours d’interruption du dialogue, le président sortant, Gabriel Boric (2022-2026 ; gauche), et le président élu, José Antonio Kast (extrême droite), ont promis une passation des pouvoirs « exemplaire », selon les mots de ce dernier. Depuis le palais présidentiel, à l’issue d’une réunion avec le président sortant, José Antonio Kast a assuré dimanche 8 mars que la cérémonie d’investiture prévue mercredi 11 mars serait « un acte républicain ». 
Le président élu, José Antonio Kast (extrême droite), a interrompu les réunions de transition avec le président sortant, Gabriel Boric (gauche), pendant cinq jours. Une suspension sans précédent. [Passation de pouvoir de Kast : fake news, post-vérité vision sombre de la situation du pays, altération de la réalité et manipulations de l'opinion. ] 

Par Flora Genoux (Buenos Aires, correspondante) Publié aujourd’hui à 11h31, modifié à 11h40  Temps de Lecture 3 min.

LE PRÉSIDENT  ÉLU, JOSÉ ANTONIO KAST,
 S’ADRESSE AUX  JOURNALISTES AU PALAIS
DE LA MONEDA APRÈS AVOIR RENCONTRÉ
LE PRÉSIDENT SORTANT GABRIEL BORIC
 À SANTIAGO, AU CHILI,  LE 8 MARS 2026.
PHOTO ESTEBAN FELIX / AP

Un peu plus tard, Gabriel Boric, qui avait invité son successeur à renouer le dialogue, a estimé, plus prolixe, que « les différends [étaient] dépassés », soulignant la supériorité « des intérêts des Chiliens et Chiliennes sur de quelconques conflits politiques ». Un langage d’unité après un conflit inédit, entachant la transition, une tradition républicaine à laquelle les Chiliens sont attachés.

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La rupture a été actée mardi 3 mars, à l’issue d’une réunion entre ces deux hommes que tout sépare idéologiquement. Au bout d’une vingtaine de minutes, José Antonio Kast décide d’écourter la rencontre de travail au palais présidentiel. Il accuse le gouvernement sortant d’avoir omis de partager des informations sur un projet de câble sous-marin vers la Chine.

« Pas de chiffres clairs »

« Nous terminons le processus de passation parce qu’on ne fait pas confiance à l’information qui nous est transmise », accable José Antonio Kast lors d’une déclaration à la presse, mardi 3 mars, alors que ce projet envenime les relations entre les équipes entrante et sortante depuis plusieurs jours. Le président élu élargit alors ses critiques aux dossiers économiques : « Il n’y a pas de chiffres clairs [transmis par l’administration sortante] au sujet de la situation budgétaire. »

Dans la foulée, Gabriel Boric publie un message sur ses réseaux sociaux : « Je regrette profondément que le président élu, José Antonio Kast, ait pris la décision de ternir la saine et fière tradition républicaine de passation des pouvoirs, qui fait de la continuité de l’État et du bien-être des Chiliennes et Chiliens la priorité. »

L’interruption d’une transition est inédite. Dans un pays où trois mois environ séparent l’élection présidentielle de la prise de fonctions, aucun gouvernement, quelle que soit sa couleur politique, n’a dérogé à cet échange d’informations courtois sur les grands dossiers en cours depuis le retour à la démocratie en 1990.

L’origine de la discorde, un projet de câble sous-marin de fibre optique, l’infrastructure de l’Internet mondial, entre le Chili et la Chine, est un sujet brûlant. Le 20 février, Washington a révoqué le visa de trois fonctionnaires chiliens. Des sanctions directement liées au projet de câble, estimait alors Alberto van Klaveren, ministre chilien des affaires étrangères. « Le gouvernement des États-Unis estime que ce câble pourrait, d’une certaine manière, représenter une menace pour sa sécurité », expliquait-il à la presse. La construction du câble demeure en phase d’évaluation, a assuré le gouvernement Boric. « Cette mesure [la révocation de visas] arbitraire, unilatérale et surprenante, de notre point de vue, n’a aucune justification », s’est agacé Gabriel Boric le 20 février.

« Alignement sur les États-Unis »

L’attitude du président élu envers les États-Unis est diamétralement opposée. A moins d’une semaine de sa prise de fonctions, il a participé samedi 7 mars à un sommet organisé par Donald Trump en Floride avec des dirigeants conservateurs du continent, le « Bouclier des Amériques ». Les images l’ont montré échangeant quelques paroles avec Donald Trump, dans l’attente de la photo officielle avec les autres mandataires.

Interrogé par la presse chilienne sur la nature de cette interaction, José Antonio Kast a rapporté avoir fait part de sa haute opinion de l’intervention américaine au Venezuela. « Je lui ai aussi dit qu’il fallait faire tout ce qui était possible pour que les Cubains récupèrent leur liberté », a encore décrit José Antonio Kast, allusion à une éventuelle intervention états-unienne contre l’île communiste.

« La rupture du dialogue de transition autour du câble chinois suivie d’un déplacement en Floride a été pour José Antonio Kast une façon de montrer son alignement sur les États-Unis », observe Isabel Castillo, politologue à l’université du Chili. Alors que José Antonio Kast n’a eu de cesse d’accabler le gouvernement de Gabriel Boric durant sa campagne, notamment son bilan en matière d’immigration irrégulière, le président élu « a cherché à maintenir son narratif en coupant temporairement le dialogue », analyse Rocio Zepeda, politologue à l’université Mayor de Santiago. « Il répète sans cesse que le gouvernement sortant laisse un Chili détruit, au mépris des faits, alors que l’inflation est nulle [au mois de février] et que le taux d’homicide baisse [selon les statistiques officielles]. José Antonio Kast sait que ce discours fonctionne car c’est ce qui l’a porté au pouvoir », poursuit la chercheuse. Mercredi 11 mars, José Antonio Kast prendra ses fonctions pour un mandat de quatre ans non renouvelable consécutivement.

Flora Genoux (Buenos Aires, correspondante)


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dimanche, mars 08, 2026

JOURNÉE INTERNATIONALE DES DROITS DES FEMMES 2026

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8M 2026

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Araucaria souhaite une très belle journée à toutes les femmes.

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samedi, mars 07, 2026

TRUMP CONVOQUE SES ALLIÉS LATINO-AMÉRICAINS POUR CONTRER L'INFLUENCE DE LA CHINE

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TRUMP CONVOQUE SES LAQUAIS LATINO-AMÉRICAINS
POUR CONTRER L'INFLUENCE DE LA CHINE
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Les Echos
Décryptage / Trump convoque ses alliés latino-américains pour contrer l'influence de la Chine / Ce samedi, Donald Trump avait donné rendez-vous à Miami à ses principaux [laquais] alliés latino-américains, parmi lesquels l'Argentin Javier Milei et le Salvadorien Nayib Bukele. Objectif du président américain : resserrer les rangs face à l'influence grandissante de la Chine en Amérique latine.[Chefferie d'extrême droite ]

Par Marion Torquebiau Publié le 7 mars 2026 à 10:33Mis à jour le 8 mars 2026 à 09:03

CE SOMMET A ÉTÉ L'OCCASION POUR TRUMP
DE RESSERRER LES LIENS DE SES SOUTIENS
CONSERVATEURS SUR DIFFÉRENTS
 SUJETS DONT CUBA ET LES CARTELS
(PHOTO DANIEL TOROK

Une nouvelle tentative pour garder l'Amérique latine sous le coude. Ce samedi, Donald Trump a réuni ses soutiens régionaux à Miami pour le sommet « Shield of the Americas » (bouclier des Amériques). Il s'agit de la première rencontre régionale officielle depuis le retour du président américain à la Maison-Blanche. Sont attendus les principaux dirigeants latino-américains de droite comme Nayib Bukele du Salvador, Daniel Noboa de l'Équateur, l'Argentin Javier Milei ou le président récemment élu du Chili José Antonio Kast.

ILUSTRACIÓN IINTERFERENCIA

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« Il ne s'agit pas d'une instance multilatérale mais bien d'une rencontre avec ses alliés politiques », détaille Patricio Navia, politologue et professeur au Chili et à l'université de New York. La réunion avait d'ailleurs été déclinée par les dirigeants des plus grands pays d'Amérique latine dirigés par la gauche comme Claudia Sheinbaum (Maxique) ou Lula (Brésil).

► À lire aussi :    « EN AMÉRIQUE LATINE, LES EXTRÊMES DROITES PARTAGENT LE MÊME AGENDA NÉOLIBÉRAL »

La Chine a accéléré dans tous les domaines

Ce sommet a été l'occasion pour Donald Trump de resserrer les liens de ses soutiens conservateurs sur des sujets comme la sécurité, les migrations, le crime organisé et surtout « l'interférence étrangère » dans la zone. Les États-Unis cherchent avant tout à contrerl'influence de la Chine qui grignote petit à petit du terrain dans la région.

Avec l'initiative des « nouvelles routes de la soie », l'offensive chinoise s'est accélérée ces dernières années en Amérique latine. Rapidement, Pékin a supplanté les États-Unis en tant que premier partenaire commercial de pays comme le Chili, le Pérou et le Brésil. Entre 2010 et 2019, les investissements directs chinois en Amérique latine ont été multipliés par sept par rapport à la décennie précédente. En 2024, ils ont atteint 14,7 milliards de dollars.

Minéraux, industrie, transports… la Chine a accéléré dans tous les domaines. Les entreprises chinoises ont notamment investi dans le lithium chilien, les lignes de transmission électriques au Brésil ou encore l'industrie automobile avec BYD. Dernier exemple en date au Pérou où la Chine a inauguré il y a un an et demi son mégaport de Chancay la reliant en moins de dix jours à la région.

Bases spatiales

L'influence de la Chine dans la région est loin d'être seulement économique. La semaine dernière, un rapport de la Chambre des représentants des Etats-Unis fait état du déploiement chinois de nombreuses bases d'observation spatiales en Amérique du Sud. C'est le cas de la Station de l'espace lointain située en Argentine ou encore des stations d'El Sombrero et de Luepa au Venezuela, soutenues par l'industrie chinoise.

En tout, le rapport fait état de onze stations spatiales associées à la Chine en Argentine, au Venezuela, en Bolivie, au Chili et au Brésil. Selon le rapport, sous couvert d'exploration spatiale, Pékin utiliserait ces bases à des fins militaires en récoltant des informations sensibles.

« La Chine investit dans des opérations spatiales en Amérique latine seulement pour faire avancer son programme et affaiblir les États-Unis dans l'espace », a déclaré John Moolenaar, le président du groupe parlementaire de la Chambre.

Doctrine Monroe 2.0

Au Chili, la pression américaine contre l'influence de la Chine a fonctionné puisqu'un projet d'installation de télescopes chinois dans le nord du pays a été définitivement annulé après des mises en garde de Washington. « Aujourd'hui, l'objectif des Etats-Unis est clair : chercher des soutiens régionaux pour la mise en place de la nouvelle doctrine Monroe en Amérique latine », détaille Patricio Navia.

Le problème, c'est que le président américain n'a rien à offrir en retour. Patricio Navia, politologue

Ce retour en force dans la région s'est illustré le 3 janvier 2026 avec l'arrestation spectaculaire du président du Venezuela, Nicolas Maduro. Selon le chercheur chilien, « Trump aimerait transformer cette victoire au Venezuela en changements politiques et économiques dans les pays d'Amérique latine ».

« Le problème, c'est que le président américain n'a rien à offrir en retour. Les États-Unis menacent ces pays mais ils ne sont pas non plus disposés à acheter plus de produits en Amérique latine. De plus, Donald Trump ne démontre pas être un allié de confiance pour ses partenaires historiques. Il maltraite ses alliés Européens, donc je n'imagine même pas comment il va traiter l'Amérique latine », signale Patricio Navia.

Pour les dirigeants latino-américains qui dépendent principalement des exportations vers la Chine, c'est un vrai jeu d'équilibriste qu'il va falloir continuer à tenir : maintenir les relations économiques avec Pékin tout en ne s'attirant pas les foudres de Washington.

Marion Torquebiau (Correspondante à Santiago (Chili))


« BOUCLIER DES AMÉRIQUES » : TRUMP LANCE UNE COALITION RÉGIONALE

DONALD TRUMP A SIGNÉ UNE PROCLAMATION ÉTABLISSANT
 LA COALITION RÉGIONALE LORS DU SOMMET
PHOTO REBECCA BLACKWELL
Politique des États-Unis d'Amérique / 
Deutsche Welle
« Bouclier des Amériq
ues » : Trump lance une coalition régionale / Lors d'une rencontre avec les dirigeants des États d'Amérique latine, Donald Trump a déclaré que la région possédait un « potentiel énorme » qui ne pourrait se réaliser que si les cartels et les gangs criminels étaient vaincus. / Le président américain Donald Trump a accueilli samedi les dirigeants latino-américains dans son club de golf de Miami pour ce que la Maison Blanche a appelé le sommet du « Bouclier des Amériques ».

Jenipher Camino Gonzalez avec l'AFP, AP, Reuters  7 mars 2026

Cette réunion intervient quelques jours après  qu'un sommet sur la lutte contre le trafic de drogue, organisé par le secrétaire à la Défense Pete Hegseth avec des dirigeants latino-américains au Commandement Sud des États-Unis, également à Doral, en Floride, s'est tenu à Doral.

[  -Ñ- Cliquez sur la flèche pour visionner la vidéo ]

Trump a fait une brève apparition au sommet, honorant ainsi son engagement politique envers l'hémisphère occidental, malgré la guerre qui se déroule actuellement en Iran , où les États-Unis sont désormais impliqués.

Lors de son intervention, Trump a signé une proclamation lançant la coalition régionale.

Étaient présents les dirigeants de l'Argentine, de la Bolivie, du Chili, du Costa Rica, de la République dominicaine, de l'Équateur, du Salvador, du Guyana, du Honduras, du Panama, du Paraguay et de Trinité-et-Tobago. À noter que les dirigeants du Brésil, du Mexique et de la Colombie étaient absents.

Les trois poids lourds de la région sont actuellement dirigés par des présidents de gauche.

Qu'est-ce que le Bouclier des Amériques ?

L’administration Trump s’est engagée à accorder une attention renouvelée à l’Amérique latine, qu’elle a décrite comme le « corollaire Trump » de la doctrine Monroe du XIXe siècle,  qui visait alors à interdire les incursions européennes dans les Amériques.

La Maison Blanche a présenté ce sommet comme la fondation de la « Coalition américaine contre les cartels », qu'elle a décrite comme un nouveau partenariat militaire avec les dirigeants de la région .

À noter que le « Bouclier des Amériques » aura pour envoyée spéciale la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem.

Noem, récemment limogée de son poste de chef de la sécurité intérieure,  a déclaré qu'elle se réjouissait de ce nouveau rôle, ainsi que de travailler avec Hegseth et le secrétaire d'État Marco Rubio sur les questions de sécurité dans la région.

Elle a déclaré que la déclaration du sommet portait sur « la manière dont nous allons lutter contre les cartels et le trafic de drogue dans tout l'hémisphère occidental ».

Trump propose des frappes de missiles américains pour cibler les cartels de la drogue

Dans son discours, Trump a déclaré que l'Amérique latine était « une grande partie du monde », dotée d'un potentiel énorme qui ne pourrait être réalisé que si les cartels et les gangs criminels étaient vaincus.

« Le seul moyen de vaincre ces ennemis est de déployer toute la puissance de nos forces armées », a déclaré Trump, reprenant le message du sommet sur les cartels de la drogue organisé précédemment par Hegseth.

« Nous travaillons avec vous pour faire tout ce qui est nécessaire. Nous utiliserons des missiles. Vous voulez que nous utilisions des missiles ? Ils sont extrêmement précis », a déclaré Trump.

« Piu, en plein dans le salon ! » s'exclama-t-il en imitant le bruit des missiles. « C'en est fini de ce membre du cartel. Mais nous ferons tout ce qu'il vous faudra », ajouta le président américain.

Édité par : Dmytro Hubenko

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CLÔTURE DE L'EXPÉDITION CONJOINTE CHINE-CHILI DANS LA FOSSE D'ATACAMA

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 LE SUBMERSIBLE HABITÉ EN EAUX PROFONDES FENDOUZHE
À BORD DU NAVIRE DE RECHERCHE TANSUO-1 DANS LE PORT
 DE VALPARAISO, AU CHILI. LA RÉCEPTION DE CLÔTURE DE
L'EXPÉDITION  CONJOINTE CHINE - CHILI DANS LA FOSSE
D'ATACAMA S'EST TENUE  LE  5 MARS 2026 À VALPARAISO. 
PHOTO ZHOU JIAYI

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Clôture de l'expédition conjointe Chine-Chili dans la fosse d'Atacama / VALPARAISO (Chili), 7 mars (Xinhua) -- Photo prise le 5 mars 2026 montrant le submersible habité en eaux profondes Fendouzhe à bord du navire de recherche Tansuo-1 dans le port de Valparaiso, au Chili. La réception de clôture de l'expédition conjointe Chine-Chili dans la fosse d'Atacama s'est tenue jeudi à Valparaiso. (Xinhua/Zhou Jiayi)

Xinhua 

PHOTO VICTOR GARATE

VALPARAISO (Chili), le 7 mars (Xinhua) -- Photo aérienne prise par drone le 5 mars 2026 montrant le navire de recherche Tansuo-1 dans le port de Valparaiso, au Chili. La réception de clôture de l'expédition conjointe Chine-Chili dans la fosse d'Atacama s'est tenue jeudi à Valparaiso. Photo (Xinhua/Victor Garate)

PHOTO ZHOU JIAYI

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VALPARAISO (Chili), 7 mars (Xinhua) -- Du Mengran, co-directrice scientifique de l'expédition conjointe Chine-Chili dans la fosse d'Atacama à bord du navire de recherche chinois Tansuo-1, s'exprime lors d'une réception de clôture de l'expédition dans le port de Valparaiso, au Chili, le 5 mars 2026. (Xinhua/Zhou Jiayi)

ILUSTRACIÓN IINTERFERENCIA


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vendredi, mars 06, 2026

CÂBLE SOUS-MARIN DE COMMUNICATION CHINE-CHILI

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CÂBLE SOUS-MARIN DE COMMUNICATION CHINE-CHILI
ILLUSTRATION URGENTE24

CHILI, Santiago le 6 mars 2026 / Câble sous-marin de communication Chine-Chili (suite) : Les USA sont vent debout contre ce projet de câble sous-marin direct entre la Chine et le Chili. Ce serait le premier câble qui relierait directement l’Asie à l’Amérique Latine. Jusqu’à présent toutes les liaisons entre Asie et Amérique Latine passent par les USA comme la très grande majorité des communications entre Amérique Latine et Europe. Dans l’univers de la communication, l’Amérique Latine est une île qui dépend des USA. États-Unis et Chine / « Le cul entre deux chaises » ]

Avec notre correspondant à Santiago, Pierre Cappanera 6 mars 2026

Pierre
Cappanera

ces câbles de communication sous-marins appartiennent dans la majorité des cas aux grandes entreprises US (Google, Facebook, Amazon, Microsoft…). Le projet Chine-Chili serait un partenariat entre Chine et Chili, sans entreprise US. 

La droite chilienne et ses médias se sont immédiatement alignés sur la position US. 

ILUSTRACIÓN IINTERFERENCIA

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LE CABINET D'AVOCATS BARROS & ERRÁZURIZ, DU FUTUR MINISTRE DE LA DÉFENSE DE KAST,
 A EFFECTUÉ LES DÉMARCHES NOTARIALES POUR L'ARRIVÉE DANS NOTRE PAYS DE CMI CHILE,
 L'ENTREPRISE À L'ORIGINE DU CÂBLE SOUS-MARIN CHINOIS. LA REPRÉSENTATION DEVANT
NOTAIRE  A ÉTÉ ASSURÉE PAR LUCAS VARELA BARROS, FILS DE L'ANCIEN MINISTRE
 DE L'ÉDUCATION DE PIÑERA, GERARDO VARELA
.

Mais c’est là que l’on découvre que l’entreprise créée pour mener ce projet a fixé son siège au cabinet d’avocats du futur ministre de la Défense de Kast. De plus un des principaux artisans chiliens de ce projet est le fils d’un des anciens ministres de Piñera. Enfin le futur ministre des Affaires étrangères de Kast était le PDG du groupe Luksic, le plus puissant groupe industriel et financier du Chili. Et aujourd’hui ce groupe travaille principalement avec la Chine.

► À lire aussi :   « EN AMÉRIQUE LATINE, LES EXTRÊMES DROITES PARTAGENT LE MÊME AGENDA NÉOLIBÉRAL »

KAST EN PINOCCHIO

Le président de l’association des exportateurs chiliens de l’Agroalimentaire (deuxième poste d’exportation après les minéraux) a envoyé une lettre a Kast pour lui rappeler que son secteur dépendait énormément de la Chine, pas des USA. Donc attention à ne pas se fâcher avec la Chine !

La Chine représente 40% du commerce extérieur chilien, loin devant les 15% des USA.

COUPURE DE PRESSE
«Kast voyage aux États-Unis au milieu d'une polémique sur le câble
chinois : il rencontrera le leader républicain et déjeunera avec Trump.
»
C2 DU JOURNAL «EL MERCURIO»,
du vendredi 6 mars 2026

Kast a choisi pour le moment de ne pas trancher. Il va bien falloir pourtant qu’il le fasse rapidement. Il ne veut fâcher ni les USA ni la Chine ni ses propres amis qui se font beaucoup d’argent en travaillant avec la Chine. Il sait que si la Chine considère que le Chili n’est plus un partenaire fiable, les conséquences pourraient être très dures. En même temps, il y a là une belle opportunité pour le Chili : ce câble se fera de toute façon un jour avec ou sans la permission de Trump. Sauf qu’il pourrait ne pas passer par le Chili mais par le Pérou, l’Equateur ou la Colombie…

ILLUSTRATION EL CIUDADANO

► À lire aussi :    PREMIER CÂBLE SOUS-MARIN À FIBRE OPTIQUE ENTRE L’AMÉRIQUE DU SUD, L’ASIE ET L’OCÉANIE

Cette situation représente bien toutes les contradictions du système impérialiste US. Les USA qui veulent reprendre la main au Chili, n’ont absolument pas les moyens de remplacer la Chine. Kast voudrait bien s’aligner derrière Trump mais il n’est pas libre de ses mouvements. Il dépend d’abord des grands groupes économiques chiliens qui, pragmatisme oblige, ont les yeux tournés vers la Chine.

TENSIONS ENTRE LE CHILI ET LES ÉTATS-UNIS AUTOUR
 D’UN PROJET DE CÂBLE SOUS-MARIN VERS LA CHINE

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jeudi, mars 05, 2026

OLIVIER COMPAGNON : « EN AMÉRIQUE LATINE, LES EXTRÊMES DROITES PARTAGENT LE MÊME AGENDA NÉOLIBÉRAL »

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LE 25 JANVIER, LE FUTUR PRÉSIDENT JOSÉ ANTONIO KAST ÉTAIT
EN VISITE EN RÉPUBLIQUE DOMINICAINE POUR PARLER IMMIGRATION.
PHOTO DANNY POLANCO
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L'Humanité
Entretien / Olivier Compagnon : « En Amérique latine, les extrêmes droites partagent le même agenda néolibéral » / L’investiture de José Antonio Kast au Chili s’inscrit dans un virage politique continental marqué par une série de victoires électorales de l’extrême droite et de la réaction. Pour l’historien et spécialiste de l’Amérique latine, Olivier Compagnon, ces succès renvoient à un contexte international plus global et posent la question d’un large rassemblement des formations de gauche pour contrer cette vague réactionnaire.

par Cathy Dos Santos 10 min, Publié le 5 mars 2026

Le 11 mars, José Antonio Kast, chef de file de l’extrême droite, sera investi président du Chili. Sa victoire en décembre 2025 a constitué un séisme politique. Elle survient aussi après une série de succès électoraux de dirigeants de droite, conservateurs, illibéraux dans la région. Assiste-t-on à un nouveau cycle politique de la réaction et de l’extrême droite en Amérique latine ?

Olivier Compagnon

OLIVIER COMPAGNON
CAPTURE D'ÉCRAN

Nous assistons clairement à un virage à droite. En Bolivie, par exemple, vingt ans de gouvernement du parti de gauche MAS se sont évaporés à la présidentielle à l’automne dernier avec la victoire de Rodrigo Paz et de son slogan, « Le capitalisme pour tous ». Il y a également le Honduras de Nasry Asfura, avec une intervention importante des États-Unis dans la proclamation des résultats électoraux. Au Chili, José Antonio Kast incarne ce point de basculement, mais il n’est pas seul puisque le premier tour a pu être perçu comme une primaire des droites – avec des candidats comme Johannes Kaiser, le Milei chilien, qui a obtenu 13,9 % des suffrages devant la candidate de la droite traditionnelle.

"Quand la gauche échoue". 
DIBUJO MONERO_PAT

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Deux enjeux importants se profilent pour 2026 : les élections présidentielles en Colombie et au Brésil et on imagine mal la Maison-Blanche ne pas intervenir dans ces deux scrutins. Si ces deux pays basculaient à droite, on aurait une carte politique de l’Amérique latine, comme nous ne l’avons peut-être pas connue depuis les années 1960 et 1970.

Quelle est la nature des nuances idéologiques et culturelles qui distinguent l’anarcho-libertarien argentin Javier Milei de son homologue chilien ?

Il y a à la fois de grandes différences, mais aussi de nombreux points de contact. On le voit très bien entre Javier Milei et José Antonio Kast. Ce dernier n’est pas un libertarien comme Javier Milei se définit. Mais, au vu de la composition annoncée du gouvernement chilien où figurent de nombreux ministres issus du monde des affaires, on peut affirmer qu’il partagera le même agenda politique néolibéral. Pour eux, l’État en tant qu’agent économique et social doit être réduit à sa plus simple expression. En revanche, dans le libertarisme radical de Javier Milei, les questions sociétales, comme l’avortement, ne figurent pas au premier plan. Le président argentin déteste « les wokes », à l’image de la bataille culturelle globale engagée par les droites contre tous les héritages du progressisme. José Antonio Kast les déteste également, mais il incarne la rencontre d’une droite extrêmement conservatrice sur le plan des valeurs et le néolibéralisme.

Il faut relever le moment global dans lequel surviennent ces victoires électorales, qui renvoient évidemment à la puissance du trumpisme aux États-Unis, mais aussi à d’autres contextes – notamment européens. L’idée maîtresse est celle d’une reconquête des valeurs traditionnelles, d’un monde d’avant idéalisé, après des décennies d’un progressisme qui aurait ruiné l’ordre civilisationnel. C’est tout le sens de la « bataille culturelle » que ces droites radicales entendent mener.

Comment s’organisent les droites et les extrêmes droites latino-américaines ? Quel est leur lien avec les États-Unis et l’Europe ?

Il y a des contacts très réguliers. En mai 2024, Vox a organisé à Madrid une grande rencontre de cette internationale réactionnaire afin de « promouvoir une alliance globale des patriotes » et d’organiser un agenda commun. Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump intervient de manière structurelle sur le continent américain. Je ne fais pas seulement référence à l’enlèvement de Nicolas Maduro au Venezuela en janvier. Il a, par exemple, pesé sur l’issue des législatives argentines en octobre dernier en menaçant de cesser de soutenir le peso si Javier Milei ne faisait pas un score honorable. Ce qui a évidemment ravivé le spectre, dans une partie de l’électorat, d’une nouvelle crise économique.

Quels sont les points de convergence de ces droites et de ces extrêmes droites ?

Dans l’agenda qu’elles partagent, en plus de la restauration des valeurs traditionnelles, il y a évidemment la question migratoire. Au Chili, la dernière campagne électorale a tourné autour des 8 millions de migrants vénézuéliens qui ont quitté leur pays depuis une dizaine d’années et dont 700 000 sont installés dans le pays. On a vu se construire, à travers des réseaux sociaux et dans les médias, l’équation migrants = insécurité. Mais plusieurs chercheurs chiliens ont démontré que cette équation est infondée. Il existe certes de nouvelles formes d’insécurité, mais elles sont moins liées à l’arrivée de Vénézuéliens qu’à l’extension internationale des pratiques ultraviolentes de cartels de la drogue qui touchent de très nombreux pays.

L’opinion publique chilienne a été extrêmement marquée par une série d’affaires aux formes de violences inédites – corps mutilés et brûlés, mises en scène macabres « à la mexicaine » – et on a assisté à la construction médiatique d’une « crise migratoire » décorrélée de la réalité et stigmatisant les Vénézuéliens. De ce point de vue, les médias jouent un rôle important en Amérique latine, où le phénomène de concentration médiatique aux mains d’élites économiques, qui soutiennent les projets conservateurs, ultraconservateurs ou d’extrême droite, est déterminant. Il y a clairement eu un vote de la peur en raison de ce matraquage médiatique et les gauches peinent à trouver des réponses stratégiques dans ce contexte.


Javier Milei parle de composer un groupe d’extrême droite de dix pays à l’échelle de la région pour faire face au « cancer du socialisme ». Peut-on parler d’une alliance maccarthyste à l’image de celle qui a déjà agi par le passé sur le continent ?

Je suppose que vous faites allusion à l’opération « Condor » dans les années 1970, mais je ne crois pas que l’on puisse parler de maccarthysme. L’ennemi n’est plus exactement la figure du communiste, même si l’on a vu ressurgir ce phénomène au Chili avec la candidature de Jeannette Jara issue du Parti communiste. Aujourd’hui, la figure de l’ennemi est plus vaste. Elle inclut les héritiers d’une certaine idée du progressisme construit au XXème siècle, mais également les personnes considérées comme déviantes (« wokistes », décoloniaux, gays, etc.).

Toutes celles et ceux qui, d’une manière ou d’une autre, rompraient le pacte civilisationnel, pour reprendre les termes utilisés par les élites d’extrême droite. Le projet de Javier Milei est, pour l’heure, dans les limbes, mais Donald Trump va réunir ses alliés d’Amérique latine le 7 mars prochain, à Miami, pour resserrer les liens autour du projet réactionnaire, mais aussi pour lutter contre l’influence économique de la Chine.

Quels sont les autres facteurs à même d’expliquer les revers électoraux enregistrés par la gauche qui a connu un « âge d’or » durant les années 2000 ?

C’est la question fondamentale. Au Venezuela, l’indice Gini, qui calcule les inégalités sociales, a diminué nettement entre le début et la fin des années 2000 car le chavisme avait mis en place des politiques de redistribution qui ont eu un effet. Au même moment, Lula faisait sortir 30 millions de Brésiliens de la pauvreté. Cette époque correspond à l’âge d’or des cours mondiaux des matières premières, qui donnait aux gouvernements de la vague rose d’immenses capacités d’intervention sociale. Et, justement, on trouve les origines du virage à droite dans la première moitié des années 2010, lorsque les cours des matières premières s’effondrent et que la capacité redistributive s’érode.

On le voit dans les premières manifestations de juin 2013 contre Dilma Rousseff au Brésil, qui se concluent trois ans plus tard par sa destitution, puis par la victoire de Jair Bolsonaro en 2018. Pour la gauche, le défi est donc à la fois de transformer un modèle économique qui repose essentiellement sur l’exportation de matières premières non transformées – et donc de faible valeur ajoutée – et de résoudre la question de la fiscalité. Pour créer un État social pérenne, il faut, d’une part, des ressources économiques qui ne soient pas soumises aux cours des marchés internationaux, d’autre part, des revenus fixes issus de l’impôt. Or, aucune de ces expériences de gauche – même s’il y a eu des tentatives comme en Bolivie – n’a réellement cherché ou eu les moyens de transformer le modèle productif. Au Venezuela, Hugo Chavez, qui disposait de tous les pouvoirs au milieu des années 2000, avec un prix du baril à 140 dollars, aurait pu essayer d’acheter des technologies pour bâtir une industrie qui crée de la valeur ajoutée plutôt que d’exporter le pétrole puis le réimporter en essence.

L’enjeu de la transformation de la matrice productive latino-américaine est vieux de cinq siècles. Ce modèle exportateur de ressources minières ou agricoles est hérité de la colonisation et détermine la place périphérique de l’Amérique latine dans le capitalisme contemporain.

Et concernant la fiscalité ?

L’Amérique latine est une région patrimoniale où de grandes familles ont accumulé des fortunes considérables. L’impôt sur les successions est donc fondamental. Aujourd’hui, la richesse repose moins sur les revenus que sur les patrimoines hérités valorisés par la financiarisation du capitalisme. La réforme fiscale est donc la mère de toutes les réformes et cela n’a pas échappé à la gauche. Au Chili, Gabriel Boric a fait campagne sur ce thème en 2021. Mais, faute de majorité au Parlement, il n’est jamais parvenu à faire voter sa réforme fiscale. Gustavo Petro rencontre le même problème en Colombie. Lula et Dilma Rousseff avaient aussi conscience de la nécessité d’une telle réforme, mais comment la faire passer dans un Congrès brésilien où la majorité des élus, notamment de l’intérieur du pays, sont précisément ces élites patrimoniales ? Il y a là un point de blocage essentiel. La transformation de la matrice productive et la réforme fiscale sont, de mon point de vue, les deux enjeux politiques majeurs des prochaines décennies en Amérique latine, région la plus inégalitaire du monde.

Quelles leçons devront tirer les gauches, et plus particulièrement au Brésil et en Colombie où elles sont au pouvoir et vont devoir affronter des forces de droite et d’extrême droite très influentes ?

C’est un débat complexe qui dépend de la configuration politique de chaque pays. Au Chili, Jeannette Jara a fait le choix d’une très large coalition, depuis l’extrême gauche jusqu’à certains secteurs du centre-droit, mais n’a pas réussi à contrer l’extrême droite. Il me semble toutefois, dans le contexte actuel, qu’il n’y a pas d’autre choix que de réunir les forces progressistes sous une même bannière – quitte à gommer les aspects les plus ambitieux des programmes – pour affronter les tendances globales, très inquiétantes, auxquelles nous sommes confrontés.


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