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| JOSÉ ANTONIO KAST CÉLÈBRE SA VICTOIRE À LA RÉSIDENTIELLE CHILIENNE, LE 14 DÉCEMBRE 2025 PHOTO JAVIER TORRES |
International / Chili /Au Chili, une transition houleuse entre les présidents entrant et sortant, deux hommes que tout sépare idéologiquement / Après cinq jours d’interruption du dialogue, le président sortant, Gabriel Boric (2022-2026 ; gauche), et le président élu, José Antonio Kast (extrême droite), ont promis une passation des pouvoirs « exemplaire », selon les mots de ce dernier. Depuis le palais présidentiel, à l’issue d’une réunion avec le président sortant, José Antonio Kast a assuré dimanche 8 mars que la cérémonie d’investiture prévue mercredi 11 mars serait « un acte républicain ». Le président élu, José Antonio Kast (extrême droite), a interrompu les réunions de transition avec le président sortant, Gabriel Boric (gauche), pendant cinq jours. Une suspension sans précédent. [Passation de pouvoir de Kast : fake news, post-vérité vision sombre de la situation du pays, altération de la réalité et manipulations de l'opinion. ]
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Le Monde
Par Flora Genoux (Buenos Aires, correspondante) Publié aujourd’hui à 11h31, modifié à 11h40 Temps de Lecture 3 min.
Un peu plus tard, Gabriel Boric, qui avait invité son successeur à renouer le dialogue, a estimé, plus prolixe, que « les différends [étaient] dépassés », soulignant la supériorité « des intérêts des Chiliens et Chiliennes sur de quelconques conflits politiques ». Un langage d’unité après un conflit inédit, entachant la transition, une tradition républicaine à laquelle les Chiliens sont attachés.
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La rupture a été actée mardi 3 mars, à l’issue d’une réunion entre ces deux hommes que tout sépare idéologiquement. Au bout d’une vingtaine de minutes, José Antonio Kast décide d’écourter la rencontre de travail au palais présidentiel. Il accuse le gouvernement sortant d’avoir omis de partager des informations sur un projet de câble sous-marin vers la Chine.
« Pas de chiffres clairs »
« Nous terminons le processus de passation parce qu’on ne fait pas confiance à l’information qui nous est transmise », accable José Antonio Kast lors d’une déclaration à la presse, mardi 3 mars, alors que ce projet envenime les relations entre les équipes entrante et sortante depuis plusieurs jours. Le président élu élargit alors ses critiques aux dossiers économiques : « Il n’y a pas de chiffres clairs [transmis par l’administration sortante] au sujet de la situation budgétaire. »
Dans la foulée, Gabriel Boric publie un message sur ses réseaux sociaux : « Je regrette profondément que le président élu, José Antonio Kast, ait pris la décision de ternir la saine et fière tradition républicaine de passation des pouvoirs, qui fait de la continuité de l’État et du bien-être des Chiliennes et Chiliens la priorité. »
L’interruption d’une transition est inédite. Dans un pays où trois mois environ séparent l’élection présidentielle de la prise de fonctions, aucun gouvernement, quelle que soit sa couleur politique, n’a dérogé à cet échange d’informations courtois sur les grands dossiers en cours depuis le retour à la démocratie en 1990.
L’origine de la discorde, un projet de câble sous-marin de fibre optique, l’infrastructure de l’Internet mondial, entre le Chili et la Chine, est un sujet brûlant. Le 20 février, Washington a révoqué le visa de trois fonctionnaires chiliens. Des sanctions directement liées au projet de câble, estimait alors Alberto van Klaveren, ministre chilien des affaires étrangères. « Le gouvernement des États-Unis estime que ce câble pourrait, d’une certaine manière, représenter une menace pour sa sécurité », expliquait-il à la presse. La construction du câble demeure en phase d’évaluation, a assuré le gouvernement Boric. « Cette mesure [la révocation de visas] arbitraire, unilatérale et surprenante, de notre point de vue, n’a aucune justification », s’est agacé Gabriel Boric le 20 février.
« Alignement sur les États-Unis »
L’attitude du président élu envers les États-Unis est diamétralement opposée. A moins d’une semaine de sa prise de fonctions, il a participé samedi 7 mars à un sommet organisé par Donald Trump en Floride avec des dirigeants conservateurs du continent, le « Bouclier des Amériques ». Les images l’ont montré échangeant quelques paroles avec Donald Trump, dans l’attente de la photo officielle avec les autres mandataires.
Interrogé par la presse chilienne sur la nature de cette interaction, José Antonio Kast a rapporté avoir fait part de sa haute opinion de l’intervention américaine au Venezuela. « Je lui ai aussi dit qu’il fallait faire tout ce qui était possible pour que les Cubains récupèrent leur liberté », a encore décrit José Antonio Kast, allusion à une éventuelle intervention états-unienne contre l’île communiste.
« La rupture du dialogue de transition autour du câble chinois suivie d’un déplacement en Floride a été pour José Antonio Kast une façon de montrer son alignement sur les États-Unis », observe Isabel Castillo, politologue à l’université du Chili. Alors que José Antonio Kast n’a eu de cesse d’accabler le gouvernement de Gabriel Boric durant sa campagne, notamment son bilan en matière d’immigration irrégulière, le président élu « a cherché à maintenir son narratif en coupant temporairement le dialogue », analyse Rocio Zepeda, politologue à l’université Mayor de Santiago. « Il répète sans cesse que le gouvernement sortant laisse un Chili détruit, au mépris des faits, alors que l’inflation est nulle [au mois de février] et que le taux d’homicide baisse [selon les statistiques officielles]. José Antonio Kast sait que ce discours fonctionne car c’est ce qui l’a porté au pouvoir », poursuit la chercheuse. Mercredi 11 mars, José Antonio Kast prendra ses fonctions pour un mandat de quatre ans non renouvelable consécutivement.
Flora Genoux (Buenos Aires, correspondante)
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