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CHILI, Santiago le 29 mars 2026 / Deux extraditions / Le Chili est en attente de deux extraditions. Une d’Australie, d’une tortionnaire de la DINA. L’autre d’Argentine d’un militant du FPMR accusé d’avoir participé à l’assassinat de Jaime Guzman en avril 1991, après la fin de la dictature, pendant la période de transition de retour à un état de droit.
Avec notre correspondant à Santiago, Pierre Cappanera
La première s’appelle Adriana Rivas (70 ans) et travaillait directement avec Manuel Contreras, le chef de la DINA (la police politique de la dictature) qui n’avait de compte à rendre à personne sauf au général Pinochet avec qui il partageait tous les matins le petit déjeuner. Elle a participé aux opérations de 1976 qui ont abouti à l’arrestation, la torture et l’extermination des directions clandestines du PCCh et de la JC du Chili. Contreras a été attrapé, jugé et il est mort en prison. Elle, elle s’est enfuie en Australie où elle a vécu librement jusqu’en 2019. Depuis elle attend en prison la fin de la procédure d'extradition qui a été engagée il y a des années. Si la justice australienne valide l'extradition, le gouvernement Kast sera légalement tenu de la recevoir, mais il pourrait adopter une posture de protection passive envers les anciens agents du régime militaire. 7 familles de victimes demandent dans un communiqué que l’État chilien joue pleinement son rôle et continue d’être un intervenant actif dans cette affaire. Les dernières séances au Tribunal de Sydney auront lieu lundi et mardi.
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Le second s’appelle Galvarino Apablaza (75 ans). Il vit en Argentine depuis 1990. Il y avait le statut de réfugié politique jusqu’à ce que le gouvernement Milei révoque ce statut en février 2026. Il vit actuellement chez lui en résidence surveillée. Il est accusé d’être l’auteur intellectuel de l’assassinat de Jaime Guzman, ce qu’il nie. C’est un ancien membre du FPMR (Front Patriotique Manuel Rodriguez). Le FPMR a été le bras armé du PC du Chili pendant la dictature. Son action la plus spectaculaire est l’attentat raté contre Pinochet le 7 septembre 1986. Le PC du Chili a en 1987 décidé d’arrêter la lutte armée et a dissous le FPMR. Tous les militants du Front n’ont pas été d’accord avec cette autodissolution et certains ont continué la lutte armée. Ce sont des dissidents du Front qui ont exécuté Jaime Guzman en 1991 alors que le pays était en train de sortir de la dictature. Cet attentat avait été condamné par toute la gauche, le Parti communiste inclus. Jaime Guzman avait été le bras droit de Pinochet. C’est lui qui a transformé la DINA en CNI, nouvelle forme de l’appareil de répression. Il est aussi le principal rédacteur de la constitution ultralibérale de Pinochet, toujours en vigueur aujourd’hui. La procédure d’extradition arrive à son terme. Il ne manque plus que la signature d’un juge pour qu’il soit extradé. D’ultimes recours ont été déposés en regard de l’état de santé de Galvarino Apablaza.
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Coïncidence des calendriers judiciaires d’Australie et d’Argentine : ces deux procédures d’extradition se terminent en même temps. Mais il n’y a aucune égalité à tirer entre les deux situations. D’un côté il y a une tortionnaire psychopathe, de l’autre un résistant antifasciste.

