samedi, mars 21, 2026

LE PRÉSIDENT DU CHILI, JOSÉ ANTONIO KAST, L’ALLIÉ DE DONALD TRUMP DANS LA COURSE AUX MÉTAUX STRATÉGIQUES DE SON PAYS FACE À LA CHINE

 [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

JOSÉ ANTONIO KAST, PRÉSIDENT CHILIEN, LORS D’UNE VISITE
 AU CENTRE DE FORMATION INDUSTRIELLE ET MINIÈRE (CEIM),
 À ANTOFAGASTA (CHILI), LE 17 MARS 2026.
PHOTO SEBASTIAN ROJAS ROJO

Logo
Le Monde

INTERNATIONAL / CHILI / Le président du Chili, José Antonio Kast, l’allié de Donald Trump dans la course aux métaux stratégiques de son pays face à la Chine / L’intérêt des États-Unis pour les terres rares du Chili et l’alignement idéologique de José Antonio Kast avec le président américain expose le pays d’Amérique latine à des tensions avec son principal partenaire commercial, la Chine.

Par Victor Vargas (Santiago, correspondance) Publié le 20 mars 2026  Temps de Lecture 3 min.

Les États-Unis n’ont pas attendu pour imprimer leur marque sur le mandat du nouveau président chilien, José Antonio Kast. Le 12 mars, au lendemain de l’investiture du dirigeant d’extrême droite, le sous-secrétaire d’État américain, Christopher Landau, a signé avec le ministre chilien des relations extérieures une déclaration d’intention en vue d’un accord sur les « minéraux critiques [dont le cuivre et le lithium] et les terres rares ». Washington avait exprimé son intérêt aux équipes du président élu durant la période de trois mois de transition entre l’élection, le 14 décembre 2025, et l’investiture. Premier et troisième producteur mondial de cuivre et de lithium, le Chili n’est qu’aux prémisses de l’extraction de terres rares, métaux stratégiques pour les technologies numériques et de défense.

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

L’élection de l’ultralibéral José Antonio Kast est une aubaine pour le président américain, Donald Trump, qui cherche à réduire la dépendance des États-Unis à son rival chinois. Celui-ci assure 60 % de la production des terres rares et 90 % du raffinage dans le monde. « Ils ont trouvé en Kast un allié, fasciné par la figure de Donald Trump », explique l’historien Fernando Estenssoro, docteur en études américaines à l’université de Santiago. L’objectif de l’accord est de « renforcer les chaînes d’approvisionnement », identifier des « projets d’intérêt » et explorer des pistes « d’investissement », selon le gouvernement chilien.

Les États-Unis sont le deuxième client du Chili (15 % de ses exportations, contre près de 40 % vers la Chine). Le président sortant Gabriel Boric (gauche) avait pourtant souvent critiqué la politique agressive de Donald Trump. Son mandat s’est conclu par le retrait, de la part des États-Unis, des visas de trois responsables gouvernementaux chiliens : un signe clair du mécontentement de Washington face au projet de câble optique sous-marin entre le Chili et la Chine, désormais suspendu.

Le gouvernement de M. Boric n’a pas été convié à la conférence de février sur les minéraux critiques à Washington, où 54 pays et l’Union européenne étaient représentés. En revanche, alors qu’il n’avait pas encore pris ses fonctions, M. Kast s’est, lui, rendu au sommet « Bouclier des Amériques », le 7 mars à Miami, réunissant les dirigeants de droite de la région.

Les intérêts se manifestent

La diplomatie américaine vante un accord qui pourrait bénéficier au Chili. « Kast n’a pourtant rien à gagner des États-Unis, qui n’ont pas d’argent pour investir et dont les offres sont moins compétitives que celles des Chinois », estime Fernando Estenssoro. De même, « il est probable que les États-Unis demandent des contreparties au Chili pour contrer les intérêts chinois », anticipe Julie Klinger, géographe de l’université du Wisconsin. Washington pourrait exiger de freiner des projets miniers, maritimes ou d’infrastructures portés par la Chine. Le point le plus stratégique est le projet de mégaport à San Antonio (à 110 kilomètres à l’ouest de Santiago), convoité par des entreprises chinoises. « La proximité politique de Kast avec Trump ne doit pas signifier un sacrifice de la relation avec la Chine », avertit l’ex-ministre chilien des relations extérieures Heraldo Muñoz (centre gauche), en poste durant le second mandat de Michelle Bachelet (2014-2018).

Dans le secteur minier, les intérêts se manifestent. Trois entreprises américaines et une firme chinoise sont candidates à des investissements pour la fonderie de cuivre à Paipote, dans le désert d’Atacama (800 kilomètres au nord de la capitale). Le géant américain Freeport attend par ailleurs un feu vert environnemental pour étendre la grande mine de cuivre d’El Abra, qu’il possède à 51 % avec le chilien Codelco. Les Chinois de Tianqi sont déjà bien implantés, possédant 23 % de la compagnie chilienne SQM, qui exploite le lithium du salar de l’Atacama.

Alléger les normes environnementales

Quant aux terres rares, le projet le plus avancé pourrait bénéficier aux intérêts américains. A Penco (Biobio, 500 kilomètres au sud de Santiago), le groupe canadien Aclara souhaite explorer des sols argileux malgré l’opposition des organisations environnementales. « La politique de cette entreprise s’aligne sur celle des États-Unis. Aclara veut envoyer les minerais dans une raffinerie qu’elle compte développer en Louisiane », selon le géographe Javier Arroyo, de l’université de Concepcion. Par ailleurs, la firme américaine Chilean Cobalt Corp participe avec le chilien NeoRE au projet de prospection Marigen sur les terres rares entre les régions de Ñuble et du Biobio.

Tous ces projets seront en tout cas facilités par la volonté de José Antonio Kast d’alléger les normes environnementales pour favoriser l’industrie. Une semaine après sa prise de fonctions, il a suspendu l’entrée en vigueur de 43 décrets sur la protection de l’environnement signés par son prédécesseur.

« Si l’accord signé va à l’encontre de l’intérêt chinois, ces derniers pourraient réagir. Des disputes triangulaires pourraient éclater sur les minéraux, l’énergie, les infrastructures portuaires ou encore les voies maritimes comme le détroit de Magellan, qui suscite l’intérêt des deux puissances », prévient Andres Borquez, politiste à l’Institut d’études internationales de l’université du Chili.

Victor Vargas (Santiago, correspondance)

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

DESSIN SERGIO LANGER

SUR LE MÊME SUJET :