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| LE MINISTRE DES FINANCES CHILIEN JORGE QUIROZ, LE «SPÉCIALISTE EN COLLUSION» À SANTIAGO, LE 16 AVRIL 2026. PHOTO RODRIGO ARANGUA |
Au Chili, le gouvernement veut diminuer les impôts des grandes entreprises et réduire les dépenses publiques / Le gouvernement du président d’extrême droite José Antonio Kast a présenté, mercredi 22 avril, une grande réforme visant à réduire le déficit et la dette du pays. / D’un côté, des baisses d’impôts pour les grandes entreprises et des facilités pour les investisseurs. De l’autre, une réduction des dépenses publiques et le choix de répercuter la hausse des cours du pétrole directement sur le portefeuille des Chiliens. Au pouvoir depuis le 11 mars, José Antonio Kast réincarne les « Chicago Boys », ce groupe d’économistes auquel appartenait son frère Miguel Kast, dont les préceptes néolibéraux ont été appliqués dans le pays andin lors de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990). [Kast : « le Robin des bois des riches »]
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Le Monde
Par Hippolyte Radisson (Santiago, correpondance) Publié aujourd’hui à 10h32 Temps de Lecture 3 min.
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| « Il n'y a pas d'alternative » ILLUSTRATION DE L’EXPRESSION “THERE IS NO ALTERNATIVE” |
le président d’extrême droite a présenté mercredi 22 avril le projet de loi « pour la reconstruction nationale et le développement économique et social ». Son premier défi législatif se trouve désormais entre les mains des députés. « Les finances publiques souffrent d’un déficit chronique et d’un endettement qui compromettent la viabilité du Trésor public à moyen terme », est-il écrit en préambule du texte de 33 articles.
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| LE RÔLE DU COORDINATEUR ÉCONOMIQUE DE KAST DANS LE MODÈLE DE COLLUSION DES POULETS FOTOMONTAGE INTERFERENCIA |
► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR
Le fondateur du Parti républicain attribue en partie cette « crise fiscale » à une « mauvaise gestion » du président de gauche sortant. Gabriel Boric a terminé son mandat avec un déficit budgétaire de 2,8 % du produit intérieur brut (PIB) en 2025, au-dessus de l’objectif fixé. La dette publique est passée de 3,9 % en 2007 à 41,7 % du PIB en 2025. De tels niveaux seraient considérés comme excellents en Europe puisqu’ils correspondent peu ou prou à celui de l’Allemagne pour le déficit public (2,9 %) et les Pays-Bas pour la dette (44,4 %)
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| DESSIN AUREL |
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« Réforme la plus néolibérale depuis la dictature »
Le remède proposé par José Antonio Kast tient en une maxime, prononcée par son ministre des finances, Jorge Quiroz, mercredi 22 avril : « Redonner au Chili la compétitivité nécessaire pour attirer les investissements. Avec davantage d’investissements, il y a plus de croissance. La croissance entraîne l’emploi. L’emploi permet le bien-être. » Le gouvernement vise une croissance de 4 % d’ici à 2030, contre 2,5 % en 2025.
Le projet de loi prévoit le passage de 27 % à 23 % en quatre ans de l’impôt pour les moyennes et grandes entreprises, une diminution de la TVA sur les rapatriements de capitaux, une accélération de la résolution et de la validation des études d’impact environnemental et le financement de la reconstruction après les incendies dévastateurs de 2024 et 2026.
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| GAZ . 1940. HUILE SUR TOILE, D'EDOUARD HOPPER. FONDS MME SIMON GUGGENHEIM |
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La gauche dénonce une « loi tutti frutti » qui creusera les inégalités. « Cette baisse d’impôts concerne les 1 % les plus riches. Elle entraîne 4 milliards de dollars [3,42 milliards d’euros] de perte pour l’Etat, sans aucune compensation économique. C’est une mesure idéologique, seulement soutenue par la promesse d’une – théorique – future croissance économique », s’indigne le député socialiste Daniel Manouchehri. Et d’ajouter : « C’est la réforme la plus néolibérale depuis la dictature. »
« Certaines mesures pourraient compenser la perte de ressources, comme l’invariabilité de l’impôt pendant vingt-cinq ans pour les grands investissements », estime, quant à lui, Guillermo Larrain, économiste de l’université du Chili. Cette mesure directement inspirée de la dictature militaire « réduit l’incertitude pour les projets de long terme », ajoute celui qui a occupé plusieurs postes dans l’administration des présidents de gauche Ricardo Lagos (2000-2006) et Michelle Bachelet (premier mandat de 2006 à 2010).
En quête d’une majorité, l’exécutif a plusieurs fois retardé l’examen du texte. La droite (76 députés sur 155) a conclu à la dernière minute un accord avec le Parti des gens (PDG, 14 députés) du populiste Franco Parisi, arrivé à la troisième place à l’élection présidentielle, comprenant le maintien de l’impôt sur les PME à 12,5 % et un remboursement de la TVA sur les médicaments et les couches. « Ces mesures devront se matérialiser à travers d’autres projets de loi », indique la députée Zandra Parisi (PDG).
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| DESSIN SERGIO AQUINDO |
Cocktail explosif
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| DESSIN BECS |
Adepte de la théorie du « ruissellement », José Antonio Kast a enclenché en parallèle une politique d’austérité semblable à celle de son voisin argentin, Javier Milei. A Santiago, le son des « casserolades » depuis les fenêtres couvrait son premier discours télévisé à la nation, le 15 avril. Trois semaines plus tôt, il avait modifié le mécanisme permettant d’atténuer les variations mondiales du pétrole, entraînant une hausse historique du prix des carburants, 30 % pour l’essence et 60 % pour le diesel.
Le coût de la vie a augmenté de 1 % en mars. L’inflation devrait se ressentir sur l’« unité de compte » (UF), indicateur sur lequel sont indexés les crédits et les assurances. Une hausse du coût de l’électricité
Les ministères aussi ont été priés de se serrer la ceinture : 3 % de coupes budgétaires, pour des économies de 4 milliards de dollars. Le ministère de la sécurité, secteur décrit comme la priorité du mandat de M. Kast, y a finalement échappé. Au total, le président espère réaliser 6 milliards de dollars d’économie en dix-huit mois. Le tout, sans « toucher aucun droit acquis », a-t-il promis. La fin de la gratuité universitaire pour les plus de 30 ans a un temps été annoncée, avant d’être annulée face aux critiques.
Dans ce contexte, la réception par José Antonio Kast au palais présidentiel de la Moneda de dizaines de ses anciens camarades de l’Université catholique le 10 avril a suscité la polémique. La porte-parole du gouvernement a assuré que le chef de l’Etat avait financé le repas « par ses propres moyens ». La contrôleuse générale de la République a demandé au président de le prouver. Un mois et demi après son investiture, sa popularité est déjà fortement écornée : sa cote de confiance est passée de 57 % à 43 % dans les sondages.
Hippolyte Radisson (Santiago, correpondance)
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| «Le fascisme n'est jamais parti... il a juste troqué le casque contre une cravate. » Papelógrafo★ Brigade Chacon |







