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| « DELINQUANTS, LA FÊTE A COMMENCÉ ! » / « Quels criminels sortiront de prison si la loi d'impunité est adoptée ?» FLYER FRENTE AMPLIO |
International / Chili / Le Chili rouvre le débat de l’aménagement de peine des criminels de la dictature / Peu avant l’investiture du nouveau président d’extrême droite, le Sénat a donné son approbation initiale à une proposition de loi ouvrant la voie à une détention à domicile des prisonniers âgés ou atteints de certaines pathologies. Sa portée très large concerne aussi les criminels de la dictature d’Augusto Pinochet.
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Le Monde
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Par Victor Vargas, Santiago, correspondance Publié hier à 18h02, modifié hier à 18h40 Temps deLecture 3 min.
Le sujet du sort carcéral des criminels de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990) revient sur la table au Chili, quelques jours avant l’entrée en fonctions de José Antonio Kast (Parti républicain), premier président sympathisant de cette période. Le Sénat a donné, mercredi 4 mars, son approbation initiale à la proposition de loi « sur les peines alternatives à l’emprisonnement » au terme d’un vote serré (23 voix pour, 22 contre).
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du Mémorial des détenus disparus et des exécutés politiques / Cette activité, qui s'est déroulée au cimetière général de Recoleta, s'inscrivait dans le cadre de l'achèvement des travaux de restauration du monument dédié aux victime s de la dictature. |
Les débats se poursuivront après l’investiture de José Antonio Kast, fils d’un membre du parti nazi et frère d’un ministre de Pinochet, prévue mercredi 11 mars. Le texte doit désormais être examiné dans le détail en commission au Sénat avant un passage à la Chambre des députés en cas d’approbation.
Ce projet de quatre articles a été initialement déposé le 30 janvier 2025 par cinq élus de partis de droite traditionnelle (dont UDI, Evopoli et Rénovation nationale). En cas d’adoption définitive, il permettrait un aménagement de peine sous forme de détention à domicile pour les condamnés atteints de maladie chronique ne pouvant se soigner correctement en prison, de maladie incurable en phase terminale, de handicap et, plus largement, pour ceux âgés de plus de 80 ans – ou de 70 ans lorsqu’ils ont déjà purgé dix années de prison.
« Un jour noir pour la démocratie »
Ces mesures, prononcées par la justice, bénéficieraient à « plus de 300 auteurs de crimes contre l’humanité », s’est indigné le ministre de la justice et des droits humains du gouvernement sortant, Jaime Gajardo. Une référence aux individus condamnés pour des faits de torture, d’assassinats ou de disparition forcée durant la dictature militaire (3 200 morts, des milliers de torturés), concernés par les critères d’âge. « C’est un jour noir pour la démocratie », a continué le membre du Parti communiste aux côtés de familles de victimes.
« Une approbation de cette loi serait irréparable », s’offusque Alicia Lira, 77 ans, dont le mari, communiste, a été tué par le régime en 1986, et le frère torturé. « Il reste encore un millier de disparus dont on n’a pas retrouvé les corps. Et autant de familles qui cherchent et luttent, dans des tourments permanents, pour savoir où ils sont. Le pacte de silence des militaires persiste. Ils n’aident pas à fournir des informations et seraient libérés ? Quel serait le message envoyé ? », questionne la présidente de l’Association des proches d’exécutés politiques.
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| « Miguel Krassnoff. Ancien agent de la DINA. Condamné dans plus d'une centaine d'affaires pour enlèvement, torture et homicide pendant la dictature. » FLYER FRENTE AMPLIO |
Le plus connu de ces détenus est Miguel Krassnoff, ex-responsable de la DINA, la police politique de Pinochet. Le tortionnaire, aujourd’hui âgé de 80 ans, purge une peine de plus de mille ans de prison à Punta Peuco, un établissement à 40 kilomètres au nord de Santiago. Longtemps réservé aux acteurs de la dictature, ce centre a été transformé en novembre en prison de droit commun par le président de gauche Gabriel Boric, soucieux de mettre fin à un « privilège ».
Avec cette loi, Miguel Krassnoff pourrait bénéficier d’un aménagement. Ce qui devrait réjouir José Antonio Kast, venu lui rendre visite plusieurs fois en prison. « Je ne crois pas toutes les choses qu’on dit de lui », lâchait-il en 2017. Durant la dernière campagne présidentielle, le président élu s’est fait plus discret sur le sujet mais il n’a pas exclu de gracier des détenus âgés. Certains « n’ont plus conscience du lieu où ils sont », arguait-il. A Miami, vendredi 6 mars, en amont d’un sommet organisé par Donald Trump, il a toutefois reculé : « Nous n’allons pas accorder de grâce. »
« Organiser l’immunité »
Le texte du Sénat lui permettrait d’« organiser cette impunité tout en évitant de devoir passer par des grâces individuelles », mesure plus risquée pour l’image internationale du président, décrypte Alicia Lira. José Antonio Kast a ainsi apporté son soutien au projet jeudi, répétant que « personne ne mérite de mourir en prison ». A l’opposé, Gabriel Boric, le président (gauche) sortant, a appelé les sénateurs sur X « à ne pas reculer en matière de droits de l’homme au Chili, pour ceux qui ont souffert, pour ceux qui ont lutté et pour les victimes de ces graves délits ».
Les criminels du régime ne sont pas les seuls concernés par la proposition de loi. « Plus de 300 auteurs des graves crimes d’homicides, parricides, viols d’enfants et d’adolescents et féminicides » pourraient bénéficier des mesures, selon l’ex-ministre Jaime Gajardo. Au total, « 12 000 condamnés » entrent dans les critères.
« Derrière la portée très large du texte, le but est surtout de donner des bénéfices carcéraux aux criminels de la dictature », certifie Lidia Casas, directrice du Centre des droits de l’homme de l’université Diego Portales. « Ce n’est pas nouveau, il y a toujours eu des tentatives en ce sens », poursuit la professeure de droit. Le gouvernement de droite de Sebastian Piñera avait annoncé un projet équivalent en 2018, repoussé au Sénat en 2020. Début 2024, un texte similaire, déposé notamment par trois des cinq signataires de l’actuel projet, avait été rejeté au Sénat, par 23 voix contre 21.
L’arrivée au pouvoir de José Antonio Kast offre une nouvelle occasion aux partisans du projet. L’incertitude règne cependant sur la suite du parcours du texte. Après les législatives de novembre 2025, la droite ne possède pas la majorité absolue au Congrès mais y a renforcé son poids. A partir du 11 mars, elle comptera 25 sièges sur 50 au Sénat et 76 députés sur 155 à la Chambre basse.
Victor Vargas, Santiago, correspondance
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| « AURA-IL ENFIN SON PRIX NOBEL DE LA PAIX ? » |
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