samedi, mai 15, 2021

L'ARTISTE-PEINTRE CHILIEN JOSÉ GARCÍA S'EST ÉTEINT

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JOSÉ GARCÍA RAMOS, DÉCEMBRE 2016
 
José García Ramos est décédé à l’âge de 77 ans à la maison de retraite Père Josse Der Rest (Santiago) ce samedi 15 mai. Il fut  artiste peintre et professeur de dessin à l'École des Beaux-Arts de l'Université du Chili . Exilé en France après le coup d'état de 1973, José fut membre de la  brigade muraliste  Luis Corvalan, créée à Paris en novembre 1973, qui se proposait de poursuivre en exil le combat pour la liberté.

VOTE HISTORIQUE AU CHILI POUR UNE ASSEMBLÉE CONSTITUANTE

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PHOTO  ESTEBAN FELIX / AP

Dix-huit mois après des mouvements sociaux historiques, la structure chargée de rédiger la nouvelle Constitution sera paritaire, avec une partie des sièges pour les peuples indigènes. 
PHOTO MARTIN BERNETTI

C’est une élection historique. Samedi 15 et dimanche 16 mai, les Chiliens doivent désigner les 155 membres de l’Assemblée qui sera chargée de rédiger une nouvelle Constitution. C’est l’un des principaux acquis du mouvement social entamé fin 2019 au Chili : le pays a décidé, lors d’un référendum en octobre 2020, de tirer un trait sur la Constitution rédigée durant la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1990). C’était devenu, au fil des protestations engendrées par la simple augmentation du prix du ticket de métro, la principale revendication des manifestants, qui jugeaient le texte actuel garant du système néolibéral qui perpétue les inégalités sociales dans le pays.

« Une partie de la population voit dans l’adoption d’une nouvelle Constitution la possibilité de changer les règles du jeu : d’obtenir de meilleures conditions de vie et d’avoir un accès plus égal à des droits comme la retraite, la santé, l’éducation », indique Claudio Fuentes, professeur de sciences politiques à l’Université Diego Portales. Des secteurs aujourd’hui largement privatisés, car la Constitution actuelle entérine le principe que l’Etat subsidiaire n’intervienne que de manière très limitée. « Dans le même temps, ajoute-t-il, la population est aussi sceptique envers ce processus politique et doute qu’il puisse permettre à ces aspirations de se matérialiser. »

Quinze millions d’électeurs sont appelés à participer à cette élection, qui se tiendra le même week-end que des municipales et, pour la première fois, des élections de gouverneurs régionaux. Prévus à l’origine début avril, ces scrutins ont été repoussés en raison du contexte sanitaire difficile que traversait le Chili.

Classe politique discréditée

PHOTO ESTEBAN FELIX

Plus de 1 300 personnes briguent un siège de constituant. Discréditée en raison de la gestion de la crise sociale et de la pandémie par le président Sebastián Piñera , la droite se présente sous un front unifié, avec la coalition Vamos por Chile. « Cela lui donne nettement plus de chances de placer des candidats au sein de la Convention que la gauche, très divisée », indique le politologue Claudio Fuentes.

Face aux partis traditionnels, une multitude d’« indépendants » postulent également à cette élection. Universitaires, représentants syndicaux ou personnalités de la télévision… Ces candidats non issus de la classe politique – qui représentent 61 % du total des candidatures, selon l’Observatoire de la nouvelle Constitution, un centre d’études auquel collaborent 16 universités chiliennes – ont pour beaucoup émergé dans la foulée du mouvement social de fin 2019, et témoignent de l’incapacité des partis traditionnels à s’emparer des revendications des manifestants. Certains indépendants ont cependant reçu l’appui de formations politiques.

« Nous avons pris note de la défiance des Chiliens envers les partis, mais nous pensons que ce processus constituant peut bénéficier de l’expérience de personnes déjà engagées en politique », défend Hernán Larraín Matte, ancien président du parti de droite Evópoli, fils du ministre de la justice. Candidat pour la coalition Vamos por Chile, il affirme vouloir « préserver certains acquis des précédentes Constitutions », mais se dit en faveur de l’inscription de nouveaux principes dans le futur texte, comme le respect de l’environnement, et plaide pour un régime moins présidentialiste.

Au sein de la Convention constituante, 17 des 155 sièges, soit 11 %, seront réservés à des représentants de communautés indigènes, pouvant uniquement être désignés par les Chiliens s’identifiant comme membres de l’un des dix peuples autochtones du pays. Pour Elisa Loncon Atileo, candidate mapuche, le principal peuple indigène du pays, ce scrutin n’est qu’un premier pas : « Nous avons été exclus de la vie politique, marginalisés ; nous allons à présent pouvoir dire : nous sommes là, nous avons notre langue, notre mémoire. »

Cette professeure de linguistique originaire de la région de l’Araucanie (sud) souhaiterait que la future Constitution reconnaisse les langues indigènes comme officielles et que le texte garantisse le principe d’Etat plurinational – un Etat qui reconnaît l’existence de plusieurs nations en son sein, comme en Bolivie.

Mécanisme de correction

Une fois élue, l’assemblée constituante aura un an pour rédiger le texte. Chaque article devra obtenir l’aval des deux tiers des constituants pour être validé, et il suffira donc d’un tiers des votes pour bloquer une proposition, ce qui pourrait limiter l’adoption de propositions ambitieuses, selon Yanira Zuñiga, professeure de droit à l’Université australe du Chili.

« Certaines candidates féministes voudraient par exemple voir les notions de “droits sexuels et reproductifs” inscrites dans la Constitution afin d’ouvrir la voie à la légalisation de l’avortement, mais il est peu probable que cette proposition recueille suffisamment d’approbations » , indique-t-elle. En début d’année, le Congrès a commencé à examiner une proposition de loi pour dépénaliser l’avortement ; actuellement, il n’est autorisé qu’en cas de viol, de risque pour la vie de la personne enceinte ou de fœtus non viable.

Conséquence de l’intense mobilisation féministe que connaît le Chili depuis 2018 : l’assemblée constituante sera paritaire, à un siège près. « Le processus chilien est le premier à inclure un mécanisme de correction si trop d’hommes sont élus par rapport au nombre de femmes, et inversement », explique Yanira Zuñiga.

Ce scrutin est aussi, dans l’histoire politique du Chili, celui qui compte le plus de candidatures issues de la communauté LGBT+, à l’image d’Emilia Schneider, transgenre et ex-dirigeante de l’un des principaux syndicats étudiants du Chili, candidate pour la coalition de gauche Frente Amplio, ou de Juan Enrique Pi, ex-président de la fondation Iguales, qui défend les droits de la communauté LGBT+, candidat indépendant à Santiago.

Dans un pays où le Congrès n’est composé que de 25 % de femmes et 2,5 % de membres de peuples autochtones et « indépendamment du résultat, le Chili a franchi un pas important avec ce processus constituant, qui implique la parité et prend en compte des voix peu entendues jusqu’ici dans la politique chilienne », souligne Yanira Zuñiga.

Aude Villiers-Moriamé


jeudi, mai 13, 2021

AU CHILI, LES FÉMINISTES MOBILISÉES POUR LA NOUVELLE CONSTITUTION

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PHOTO MARTIN BERNETTI

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 «AU CHILI, LES FÉMINISTES MOBILISÉES 
POUR LA NOUVELLE CONSTITUTION» 
  JUSTINE FONTAINE, RÉALISATION OLIVIER ROUX
 DIFFUSION JEUDI 13 MAI 2021
C’est une nouvelle page de l’héritage de la dictature du général Pinochet que les Chiliens s’apprêtent à tourner. Ce week-end, et pour la première fois dans l’histoire du pays, ils vont élire démocratiquement une assemblée constituante. Cette assemblée sera paritaire entre hommes et femmes, c’est une première mondiale. Au Chili, les féministes mobilisées pour la nouvelle Constitution, c’est un grand reportage de Justine Fontaine.
 CHILI

DANIEL JADUE CANDIDAT À LA PRÉSIDENCE DU CHILI

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DANIEL JADUE CANDIDAT À LA PRÉSIDENCE DU CHILI

Maire de Recoleta, dans la banlieue de Santiago du Chili, ce militant a pris une part active dans le mouvement populaire d’octobre 2019. Figure très populaire de la scène politique chilienne, il vient d’être désigné candidat à l’élection présidentielle du 21 novembre prochain par le Parti communiste.

DANIEL JADUE CANDIDAT À
LA PRÉSIDENCE DU CHILI


LES CHILIENS ÉLIRONT LES RÉDACTEURS DE LA FUTURE CONSTITUTION

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PHOTO ESTEBAN FELIX

Afin de tourner la page de la Constitution rédigée en 1980 sous le régime militaire d’Augusto Pinochet, les Chiliens sont appelés samedi et dimanche à élire les rédacteurs d’une nouvelle loi fondamentale.

Tribune de Genève 

DESSIN CAIOZZAMA

Dix-neuf mois après l’amorce du plus grand soulèvement social des dernières décennies, les Chiliens sont appelés samedi et dimanche à une nouvelle étape: élire les rédacteurs d’une nouvelle Constitution pour tourner la page de celle héritée de la dictature.

Remplacer la Constitution rédigée en 1980 sous le régime militaire d’Augusto Pinochet (1973-1990) était une des revendications des manifestations initiées en octobre 2019 pour réclamer une société plus égalitaire.

 Ñ - ÉLECTIONS AU CHILI
PROPAGANDE ÉLECTORALE

CANDIDATOS Y CANDIDATAS A CONSTITUYENTES 
LISTA CHILE DIGNO, VERDE Y SOBERANO

Déclenchée par une hausse du prix du ticket de métro à Santiago, la contestation a été nourrie par la colère de la population dénonçant la déconnexion des élites face au quotidien difficile du plus grand nombre. Elle a pris de court l’ensemble de la classe politique.

Fortement fragilisé, le gouvernement du président conservateur Sebastian Piñera a été contraint d’accepter l’organisation d’un référendum sur un changement de Constitution, plébiscité à plus de 80% en novembre 2020. Reste désormais à en écrire la nouvelle substance.

Levée d’un obstacle essentiel

Le changement de la loi fondamentale actuelle, qui limite fortement l’action de l’État et promeut l’activité privée dans tous les secteurs, notamment l’éducation, la santé et les retraites, est vu comme la levée d’un obstacle essentiel à de profondes réformes sociales dans un pays parmi les plus inégalitaires d’Amérique latine.

Selon un rapport de l’OCDE publié en février, la «persistance de fortes inégalités» constitue un défi majeur pour le Chili, 53% des ménages étant considérés comme économiquement vulnérables.

«Actif» ou «secondaire»

Étalé sur deux jours pour limiter les possibilités de contagion au Covid-19, le scrutin appelle à élire 155 futurs rédacteurs parmi 70 listes de candidats.

L’opposition de gauche, dispersée sur 69 de ces listes, entend proposer un nouveau modèle pour le pays, avec différents droits sociaux garantis, comme l’éducation, la santé ou le logement. De leur côté, les candidats de la droite au pouvoir regroupés sur une seule grande liste alliée à l’extrême droite défendent le système actuel, qui selon eux a favorisé la croissance économique du pays.

Pour Jorge Insunza, avocat de 54 ans, ancien ministre et député du Parti progressiste pour la démocratie, l’un des principaux points à changer dans la nouvelle Constitution est le rôle «secondaire» de l’État, imposé par la dictature pour limiter sa marge de manoeuvre sur le secteur privé.

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mercredi, mai 12, 2021

PREMIÈRE / AU CHILI, LA FUTURE ASSEMBLÉE CONSTITUANTE SERA ENTIÈREMENT PARITAIRE

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PHOTO TAMARA MERINO / LIBÉRATION 

Le pays élit ce week-end les citoyens chargé de rédiger la future Constitution pour remplacer celle héritée de l’ère Pinochet. La moitié seront des femmes

par Libération et l'AFP 

PHOTO TAMARA MERINO / LIBÉRATION 

«plus jamais sans nous, les femmes» : l’élection de la prochaine Assemblée constituante au Chili, entièrement paritaire, marque une avancée spectaculaire dans la participation et la représentation politique des femmes dans le pays sud-américain. Plus de 70 ans après avoir obtenu le droit de vote, les Chiliennes représenteront la moitié des 155 membres de l’Assemblée citoyenne élus samedi et dimanche pour rédiger la future Constitution du pays destinée à remplacer celle héritée de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990).

- Ñ - ÉLECTIONS AU CHILI
PROPAGANDE ÉLECTORALE

CANDIDATOS Y CANDIDATAS A CONSTITUYENTES 
LISTA CHILE DIGNO, VERDE Y SOBERANO

Le critère de parité a prévalu à la fois pour l’inscription des candidatures et pour l’élection elle-même, à savoir que si deux hommes arrivent en tête, seront reconnus vainqueurs l’homme ayant recueilli le plus de voix et, au fil de la liste, la femme ayant obtenu le plus de suffrages. «C’est un tournant pour la participation politique des femmes» au Chili, s’est félicitée récemment Monica Zalaquett, la ministre des Femmes et de l’Égalité des genres.

Malgré une loi sur les quotas votée en 2016, la participation des femmes en politique reste faible au Chili où les écarts de salaires entre hommes et femmes sont importants (28 %) et où le taux d’emploi féminin est un des plus bas d’Amérique latine (36 %). Au Parlement, 35 des 155 députés sont des femmes, et 10 des 43 sénateurs. Dans ce contexte, la parité de l’Assemblée constituante est une des victoires les plus éclatantes du mouvement féministe chilien qui a pris de l’ampleur ces dernières années.

«C’est historique, cela ouvre une fenêtre de possibilités incroyables», se réjouit Emilia Schneider, candidate à l’Assemblée constituante et première femme transgenre présidente de la Fédération des étudiants de l’Université du Chili. «Ce que nous avons réussi au Chili est historique», renchérit Sofia Brito, devenue une figure du mouvement féministe chilien après avoir dénoncé publiquement le harcèlement sexuel dont elle avait été victime, étudiante, de la part d’un célèbre professeur de droit à l’université.

Féminisme

En 2017, le mouvement de défense des droits des femmes avait obtenu le vote d’une loi sur l’avortement en cas de viol, risque pour la vie de la mère et non viabilité du foetus. Jusque-là le Chili interdisait strictement tout avortement.

Et il a fallu attendre septembre 2020 pour que soit modifié le code civil maintenant une discrimination ancienne contre les femmes qui devaient attendre, à la différence des hommes, 270 jours avant de pouvoir se remarier après leur divorce ou leur veuvage pour dissiper les doutes sur la paternité d’éventuels enfants.

La parité de la Constituante est «quelque chose de surprenant dans un pays qui a été si lent à faire des avancées vers l’égalité concernant les conditions de la femme dans les postes de pouvoir», constate Marcela Rios, du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

Les féministes comptent d’ailleurs bien profiter des débats de la Constituante pour aborder les nombreuses difficultés auxquelles sont confrontées les femmes. «Une Constitution doit être considérée dans une perspective féministe dès son tout premier article», affirme Sofia Brito. «La perspective de la dissidence féministe et sexuelle est quelque chose que nous voulons aborder dans tout le processus constituant, parce qu’il y a une tendance des secteurs les plus conservateurs à rétrécir nos espaces», estime également Emilia Schneider.

Cependant, toutes deux mettent en garde contre le fait qu’avoir des femmes élues ne garantit pas que les idées féministes auront toute leur place dans la nouvelle Constitution. «Nous devons tenir compte du fait que le féminisme n’est pas une identité, mais un projet politique et une vision du monde», assure Emilia Schneider.

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  « ☆ »                
#JADUE 2022 
ÉLECTIONS AU CHILI
« PROPAGANDE ÉLECTORALE »

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mardi, mai 11, 2021

JÉRUSALEM. LA PORTE DE DAMAS, ÉPICENTRE DE LA RÉVOLTE PALESTINIENNE

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PHOTO AHMAD GHARABLI/AFP
Le texte suivant reproduit des posts mis en ligne par Mahmoud Muna sur sa page Facebook au fil des derniers jours. Repris notamment par The Independent, ils sont ici mis en forme et traduits par la rédaction d’Orient XXI.

par Mahmoud Muna

Les affrontements et la violence autour de la porte de Damas à Jérusalem ont fait couler beaucoup d’encre ces dernières semaines, mais en tant que résident de longue date de la ville, j’ai un point de vue unique sur les jeunes qui vivent dans et autour de la Vieille Ville.

La clé de toute compréhension réelle des événements est la relation profonde qui existe entre les résidents palestiniens de la Vieille Ville et l’espace public entourant leurs maisons — c’est une relation que même les Palestiniens vivant à l’extérieur de ses murs sous-estiment souvent.

Au-delà des responsabilités religieuses et nationales évidentes que les habitants de la Vieille Ville ressentent à l’égard de leur ancienne ville natale, ils considèrent les espaces publics comme leurs propres jardins, où ils se retrouvent sur les terrasses et leurs magnifiques balcons jusque tard les nuits d’été.

À NULLE AUTRE PAREILLE

Jérusalem est une ville à nulle autre pareille. Reconnue comme un site du patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, elle est un concentré de richesses patrimoniales pour le monde entier.

Les rues sont étroites, les maisons de la Vieille Ville sont surpeuplées, et peu de permis de construire ou de rénovation sont accordés aux résidents palestiniens. Cela explique pourquoi les familles (et les jeunes en particulier) affluent vers la vaste Porte de Damas pour trouver de l’espace. Tout au long de ma vie, et plus encore ces dernières années, la porte de Damas (ou Bab Al-Amoud comme nous l’appelons), est devenue un lieu de rassemblement et de vie sociale. Les jeunes s’y retrouvent, fument et mangent des sucreries.

Au fil des ans, la place en forme d’amphithéâtre était devenue la scène de spectacles culturels, notamment d’événements musicaux, de street art, de danse traditionnelle et même de parkour.

Tout a changé le premier jour du ramadan de cette année, lorsque les autorités israéliennes ont empêché les gens de se rassembler autour des grands escaliers (que les habitants appellent « les chaises ») avec des barrières métalliques, et n’ont autorisé qu’un accès à pied étroit par les petites marches. Les jeunes Palestiniens ont considéré cette mesure comme une provocation et ont organisé des manifestations nocturnes pour récupérer l’espace.

La détermination et l’engagement en faveur d’une manifestation pacifique se sont accrus. Après quelques jours de scepticisme, la communauté palestinienne au sens large s’est rapidement ralliée à la cause des jeunes. Les demandes étaient claires comme de l’eau de roche : retirer les barrières autour des grands escaliers et rouvrir la zone des « chaises ».

La police israélienne a essayé à plusieurs reprises de persuader les jeunes d’accepter la fermeture des escaliers, en vain. C’est à ce moment qu’on s’est rendu compte qu’il n’y avait en fait aucun leader pour ce mouvement, aucun parti ni dirigeant politique impliqué.

Bie sûr, le désespoir, l’absence d’avenir et le sentiment croissant d’oppression et de discrimination sont autant de facteurs qui alimentent la colère et ce cycle de confrontations. Le point de basculement a toutefois eu lieu lorsque des groupes juifs ultranationalistes se sont rassemblés et ont défilé en scandant « mort aux Arabes », avant que des affrontements n’éclatent dans les rues de Jérusalem au vu et au su des forces israéliennes.

Le 22 avril, les choses se sont précipitées. Environ 120 Palestiniens ont été blessés en l’espace d’une nuit. Les manifestations se sont multipliées et intensifiées. Deux jours plus tard, le dimanche soir, la police a décidé de retirer les barrières et d’ouvrir les escaliers de la Porte de Damas.

UNE PETITE VICTOIRE

Des habitants de Jérusalem de tous âges et de toutes origines ont afflué sur la place pour célébrer l’événement par une nuit de fête exceptionnelle. Ce n’était qu’une petite victoire, mais treize nuits de manifestations continues avaient finalement porté leurs fruits, et l’espace social le plus important de la ville pour les Palestiniens était enfin rouvert. À l’heure où j’écris ces lignes, cette histoire reste inachevée : les forces israéliennes continuent de se déployer en grand nombre autour de la porte de Damas et la tension est vive.

En s’opposant à la politique israélienne par le biais de la protestation — et contrairement à la voie bloquée vers les élections palestiniennes —, la jeunesse de Jérusalem présente un autre modèle de leadership et de mobilisation, marqué par la spontanéité, la participation communautaire et sociale.

À moins d’un kilomètre de la porte de Damas, le quartier de Sheikh Jarrah est devenu le théâtre d’une nouvelle manifestation la semaine dernière. Dans ce quartier historique, les propriétaires de 28 maisons sont menacés d’expulsion par un groupe de colons israéliens ultranationalistes. Les Palestiniens du quartier ont manifesté pacifiquement en solidarité avec les familles, et bien que la bataille juridique ne soit pas encore terminée, il est clair que les tribunaux israéliens manipulent à nouveau la loi en faveur des organisations de colons juifs revendiquant les maisons de ceux qui vivaient là avant même la création d’Israël il y a sept décennies. Chaque jour, les résidents palestiniens sont soumis à la violence militaire et à celle des colons armés, qui attaquent les civils à la table de l’iftar de solidarité dressée en plein air. Le jeudi 6 mai, l’armée a déployé d’importantes forces pour protéger le bureau de fortune du membre de la Knesset Itamar Ben Gvir, un politicien d’extrême droite qui fait passer Benyamin Nétanyahou pour un communiste en comparaison ! Une fois de plus, l’armée a été à pied d’œuvre pour défendre un groupe de colons. Ils sont le visage le plus laid d’Israël.

Dans la Vieille Ville et autour de la mosquée Al-Aqsa, les Palestiniens doivent supporter l’attitude violente et agressive des soldats israéliens, dont beaucoup n’ont pas plus que 18 ou 19 ans. Des militaires inexpérimentés qui reçoivent des mitraillettes avec des balles en caoutchouc et des balles réelles, stationnés derrière des barrières métalliques installées là où des milliers de Palestiniens tentent d’accéder à leur lieu saint. Ils sont en permanence prêts à intervenir, considérant chaque Palestinien en mouvement comme un risque potentiel, qu’il s’agisse d’un homme, d’une femme ou d’un enfant.

Des années d’endoctrinement à dire qu’ils défendent leur peuple contre un nouvel holocauste, comme si nous avions quelque chose à voir avec l’aryanisme européen ! Sauf à en payer le prix fort — perdre notre patrie et vivre sous l’oppression et le racisme depuis 1948.

ESCALADE ISRAÉLIENNE

Dans la nuit du vendredi 7 mai, l’armée israélienne a poursuivi l’escalade. Effrayée par la présence de 70 000 Palestiniens, elle a pris d’assaut l’enceinte de la mosquée Al-Aqsa et a littéralement tiré sur les personnes qui priaient. Plus de 200 Palestiniens ont été hospitalisés, dont beaucoup ont été blessés à la tête et aux yeux. Au moins un homme a perdu la vue.

Tout cela se passe dans un contexte d’échec de la démocratie israélienne, sans gouvernement viable après quatre élections en deux ans. Une cinquième élection est probablement en vue. Les cas de corruption et les scandales abondent, allant de la tête de l’échiquier politique israélien à des cas de viols de la part de ses dirigeants religieux. Pourtant, une fois de plus, ce sont les Palestiniens qui paient le prix d’une telle anarchie.

La société israélienne et son establishment politique sont profondément inquiets, mais ils refusent de voir que c’est l’occupation militaire qui est le problème ici. En effet, pour nous, l’occupation est le principal obstacle à notre libération et à notre liberté.

Nous en avons assez de l’occupation et de tout ce qui l’accompagne, et nous ne pouvons pas continuer à jouer les psychiatres de la société israélienne. Nous sommes les occupés, pas les occupants, nous sommes les opprimés, pas les oppresseurs, nous sommes les colonisés, pas les colonisateurs. Pour le bien-être de tous ceux qui vivent entre le fleuve et la mer, il faut mettre fin à cette occupation. Elle n’a que trop duré.

MAHMOUD MUNA Ecrivain et militant palestinien, il dirige la librairie Educational Bookshop à Jérusalem.

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JULIEN DE CASABIANCA.
–« OUTINGS IN JERUSALEM » 

(SORTIES À JÉRUSALEM), 2015

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POUR SOUTENIR LES PALESTINIENS, LE DEPORTIVO PALESTINO ENTRE SUR LE TERRAIN EN KEFFIEH

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PHOTO FRANCISCO LONGA

Alors que la ville de Jérusalem fait face à une escalade de violence entre Israéliens et Palestiniens, le club chilien du Deportivo Palestino a apporté son soutien à la population palestinienne, ce week-end.
Lors du match de championnat face à Colo-Colo ce dimanche, les joueurs sont en effet entrés sur le terrain en portant un keffieh, vêtement traditionnel arabe. Un geste qui s'explique par l'histoire du Club Deportivo Palestino, créé en 1920 par des immigrés palestiniens, et qui évolue dans l'élite du championnat chilien. Aujourd'hui, le Chili rassemble la plus grande communauté palestinienne en dehors du monde arabe. 

Un hommage appuyé par une victoire 2-1 à Santiago de Chile.