jeudi, août 25, 2022

FESTIVAL DU THÉÂTRE DE RUE D’AURILLAC : UNE 35ÈME ÉDITION RÉUSSIE

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CAPTURE D'ÉCRAN
Référendum du 4 septembre pour une nouvelle Constitution / Le Mimo Tuga et La troupe Teatro Del Silencio 

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Le festival de théâtre de rue d’Aurillac était de retour pour une 35ème édition après 2 ans de report. Ce nouveau volet de la célèbre manifestation est un succès, selon l’association Eclat, qui dévoile les chiffres de l’évènement.
APRUEBO
Les festivaliers ont répondu présents malgré deux ans d’absence pour la 35ème édition du festival des arts de rue d’Aurillac. La fréquentation générale est estimée environ similaire à celle de 2019, soit autour de 30 000 spectateurs par jour et 120 000 sur toute la durée de l’évènement, selon la mairie. Pour corroborer ces chiffres, le taux de remplissage des hôtels atteignait les 99% et tous les campings étaient complets. « C’est une manifestation assez monumentale. Il y a énormément de choses à mettre en œuvre, à coordonner, et ça prend beaucoup de temps, beaucoup d’énergie et beaucoup de préparation. Je crois que tout le monde est content de retrouver Aurillac, que ce soit les artistes ou le public », se félicite Frédéric Rémy, directeur du festival.

Une ambiance "extraordinaire"
Selon la mairie et la préfecture, le festival s’est déroulé dans une ambiance apaisée sans aucun incident notable, avec des festivaliers ravis de ces retrouvailles. On compte également 40% de nouvelles compagnies, ce qui dénote selon l’association organisatrice Eclat, d’une bonne dynamique. « On sent une ambiance absolument extraordinaire. Je n’ai jamais été dans une foule aussi bienveillante, aussi heureuse et chaleureuse. C’est exceptionnel. Il se passe ici quelque chose de grand », indique Françoise Nissen, présidente de l’association Eclat.

Des milliers de représentations
Au total, 19 compagnies ont donné 72 représentations, mais d’autres se sont jointes à la fête : 570 compagnies étaient inscrites au rendez-vous des compagnies de passage et ont proposé près de 670 spectacles. « C’est toujours un temps particulier, d’autant plus avec 2 ans d’absence. Les artistes nous ont proposé de très belles créations, de très beaux projets. On a retrouvé l’esprit et la matière du festival d’Aurillac », rappelle Frédéric Rémy. Au total, les festivaliers ont pu admirer 2 625 représentations. Les spectacles en accès payant ont enregistré un taux de remplissage de 93%. 

art cultur
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mardi, août 23, 2022

ELISA LONCON ANTILEO : « AU CHILI COMME AILLEURS, LA DÉMOCRATIE A BESOIN D’OXYGÈNE ET DOIT ÊTRE RENFORCÉE »

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ELISA LONCON ANTILEO. YANN LEGENDRE


Universitaire spécialisée dans l’étude des langues autochtones, Elisa Loncon Antileo est issue du peuple mapuche au Chili et militante de longue date pour la reconnaissance des droits des peuples autochtones. Elle a été élue, en juillet 2021, à la présidence de la convention chargée de rédiger la nouvelle Constitution du pays, sur laquelle les Chiliens se prononceront, le 4 septembre, par référendum. Lors d’un scrutin à vote obligatoire, ils devront dire s’ils acceptent (apruebo) ou rejettent (rechazo) le texte prévu pour remplacer la Constitution héritée de la dictature d’Augusto Pinochet.
SÉRIE FORÊTS GÉOMÉTRIQUES. (CHILI, 2018.)
RITUAL INHABITUAL
 


De passage en France, Elisa Loncon Antileo participe, les 23 et 24 août, au festival Agir pour le vivant, à Arles (Bouches-du-Rhône), où elle présente notamment l’exposition de photographies « Forêts géométriques » qui retrace les luttes des Mapuche pour défendre la forêt face au développement de la monoculture de l’industrie du papier.

    RÉFÉRENDUM SUR LA NOUVELLE CONSTITUTION
CHILI 4S 2022 « J'APPROUVE »

Après un an de travaux, dans quel état d’esprit abordez-vous le référendum, ultime étape du processus constitutionnel ?

Je suis pleinement satisfaite du texte humaniste que nous avons réussi à élaborer. Notre proposition de Constitution ouvre de nouvelles voies démocratiques, en plaçant la parité et la pluralité des cultures au cœur du système politique. Elle reconnaît les droits de chacun et affirme les règles nécessaires pour vivre ensemble dans le respect des différences, qu’elles soient de genre, de religion ou d’origine.

ELISA LONCON.
PHOTO CÉSAR CORTÉS.
 
Mais je suis aussi inquiète à l’idée qu’elle ne soit pas adoptée, car, ces derniers temps, le rejet semble avoir pris le dessus. Des partisans de la droite s’y opposent et diffusent de fausses informations, cherchant à convaincre par des mensonges les citoyens peu informés. Ils nous présentent comme voulant diviser le pays, alors que notre approche vise, au contraire, à unir le Chili dans sa diversité.


C’est inquiétant, car une démocratie ne se construit pas sur des mensonges, elle a besoin d’éthique et d’une participation citoyenne éclairée. Je suis linguiste et, pour moi, le langage est un instrument de dialogue et de paix, pas un outil de mensonge. Pour l’heure, ni l’approbation ni le rejet n’ont encore gagné. Le vote étant obligatoire, beaucoup de jeunes de 18 ans vont voter, et il est probable qu’ils fassent la différence.

Comment le travail de rédaction s’est-il organisé?

Le processus est né, en 2019, d’une décision parlementaire pour trouver une issue à la révolte sociale et à la crise politique que traversait le pays. Près de 80 % des Chiliens ont demandé par référendum qu’une nouvelle Constitution soit mise en chantier, non par des députés ou des experts, mais par des citoyens démocratiquement élus, incluant pour moitié des femmes et intégrant des représentants des peuples autochtones.

Lire l’analyse : Article réservé à nos abonnés Au Chili, la recomposition du paysage politique ouvre une nouvelle ère

Dans la plupart des démocraties, ce sont en général des hommes en cravate appartenant à une élite politique qui rédigent de tels travaux. La force du processus constitutionnel chilien a été de faire entrer dans le débat politique non seulement des avocats et des professeurs, mais aussi des paysans, des femmes au foyer, des gens ordinaires et marginalisés, tous ceux qui représentent le Chili dans sa diversité. Parmi les 155 membres de la convention, beaucoup étaient issus d’associations et de conseils municipaux. J’ai été élue présidente de l’Assemblée, une situation inédite pour une femme issue du peuple mapuche, la principale communauté autochtone. Le texte final est le fruit de débats démocratiques intenses, tous les articles devant être adoptés à une majorité des deux tiers.

Quels en sont, pour vous, les éléments les plus importants ?

Cette Constitution est très différente de la précédente, rédigée en 1980 pendant la dictature. De nouveaux grands principes y sont établis, dont les plus importants sont les droits sociaux – qui garantissent aux citoyens le droit à l’éducation, à la santé publique, à une retraite décente, au logement… – et les droits démocratiques.

Jusqu’à présent, il était écrit que les citoyens naissent libres et égaux en droit, mais cela restait des mots. Désormais, il serait écrit qu’ils naissent libres et interdépendants. Cela implique de nouvelles valeurs, comme la solidarité, et signifie que nous devons mettre en place des mécanismes qui favorisent l’égalité.

Dans de nombreux pays, les démocraties représentatives semblent fatiguées. Comment analysez-vous ces difficultés ?

On constate, un peu partout dans le monde, une crise de la démocratie représentative. Au Chili comme ailleurs, la démocratie a besoin d’oxygène et doit être renforcée et approfondie. Aux États-Unis et en Europe, la politique reste souvent envisagée d’un point de vue patriarcal. Les problèmes de racisme et les inégalités de genre n’y sont pas résolus.

Nous ne voulons plus de ce schéma démocratique. Il est temps de mettre fin à une forme d’hégémonie politique et de placer la parité et l’interculturalité au cœur de nos institutions. Tout le monde doit pouvoir se présenter !

RÉFÉRENDUM SUR LA NOUVELLE CONSTITUTION
CHILI 4S 2022 « J'APPROUVE »


Lire aussi l’éditorial du « Monde » : Le Chili choisit la gauche pour lutter contre les inégalités

Des mécanismes de démocratie participative et directe doivent aussi renforcer la démocratie. Pendant nos travaux, les citoyens ont été invités à des auditions publiques, et des outils ont été créés pour que chacun puisse apporter une idée et la faire circuler par le biais d’un système électronique. Les initiatives obtenant une majorité de soutiens ont été discutées par les membres de la convention.

Quelles sont les avancées de cette Constitution en matière de droits des femmes ?

Si le texte est adopté, tous les organes de l’État et l’ensemble du système politique devront être composés pour moitié de femmes. Il accorde aussi aux femmes et aux minorités sexuelles et de genre des droits égaux à ceux des hommes, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent. Il reconnaît les droits à la santé reproductive, le rôle de soignant ainsi que le travail domestique. Nous toutes qui apportons chaque jour notre contribution à ce pays, d’où que nous venions, serons désormais considérées comme des citoyennes égales des hommes.

Comment cette nouvelle Constitution peut-elle changer concrètement la vie des peuples autochtones ?

Le Chili est l’un des pays les plus en retard dans la reconnaissance de leurs droits. Nos gouvernements ont signé depuis trente ans des traités internationaux, mais ils ne les ont jamais mis en œuvre, faute de majorité pour voter ces changements. Le niveau de pauvreté élevé dans lequel vivent les nations autochtones est directement lié à cette situation. Le Wallmapu, territoire ancestral des Mapuche, est le plus pauvre du Chili.

La nouvelle Constitution prévoit que des sièges soient réservés aux représentants autochtones au Parlement. Si elle est adoptée, nos propres élus voteront les lois, alors que, dans l’histoire de ce pays, les autres ont toujours décidé pour nous.


Elle reconnaît aussi nos peuples comme des nations préexistantes à l’État chilien. La population mapuche ne s’est jamais rendue pendant la colonisation espagnole, préservant ainsi son autonomie territoriale. Ce n’est qu’à partir de la création de l’État chilien, en 1883, qu’elle a été dépossédée de sa terre, de sa langue et de sa culture. Le nouveau texte définit le Chili comme un État plurinational, où l’autonomie des peuples doit être respectée, comme l’imposent les traités internationaux. Cela implique le droit à des territoires ainsi qu’à l’autonomie culturelle et linguistique. En tant que linguiste, je crois que la langue est une part de notre humanité. Lorsqu’on empêche quelqu’un de parler sa langue, on l’empêche d’être pleinement humain.

Comment la reconnaissance d’un droit à la terre peut-elle s’appliquer ?

La Constitution prévoit que le gouvernement crée une commission de juristes, de représentants autochtones et d’experts (anthropologues, archéologues…), afin de définir quelles étaient les terres des peuples premiers et étudier les mesures à prendre pour leur restituer. Les Mapuche disposent aujourd’hui de moins de 5 % de leurs terres ancestrales, dont beaucoup ont été dévorées par les villes. Il sera donc impossible de les récupérer. La commission aura quatre à six ans pour trouver des solutions, et résoudre, par un dialogue démocratique et pacifique, un conflit qui dure depuis plus de cent quarante ans. Fondamentalement, nous sommes appelés à faire partie de la solution et de la coexistence démocratique de ce pays.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Au Chili, les indigènes Mapuche veulent reconquérir leurs terres

Le texte introduit également l’idée que l’eau est un « bien commun ». Qu’implique cette notion ?

En 1980, la Constitution Pinochet a établi la privatisation de l’eau. Ceux qui avaient la capacité financière de l’utiliser l’ont fait de manière excessive, sans aucune limite. Les organisations qui possèdent des entreprises fruitières, minières et forestières ont utilisé à leur profit l’eau dont la population avait besoin. On peut parler d’un pillage de l’eau au détriment de communautés. Des localités ont été sacrifiées, des lacs et des zones humides se sont asséchés, une partie de la biodiversité a disparu.

La nouvelle Constitution introduit l’idée que l’eau est un « bien commun », un droit humain fondamental dont l’usage doit être partagé. Sa consommation doit être réglementée de façon démocratique. Cela va conduire à mettre en place des mécanismes de protection qui orienteront les politiques publiques. Le soin de la terre et de l’eau est l’affaire de tous les citoyens.

La future Constitution protège aussi la nature en lui accordant des droits. Ne craignez-vous pas que ces droits entrent en concurrence avec ceux des humains ?

Les droits humains et ceux de la nature ne s’opposent pas. La pensée occidentale considère l’être humain comme supérieur aux autres vivants et aux éléments naturels, qu’elle perçoit comme des ressources extérieures où l’on peut puiser sans limite. La crise écologique exige de développer une autre façon de penser. Nous avons besoin d’une prise de conscience de notre interdépendance avec les éléments naturels, tout simplement pour reconnaître ce que nous sommes : des êtres vivants qui entretiennent avec eux une relation indissoluble.


Ainsi, l’eau qui circule dans la rivière et remplit les lacs représente aussi 65 % du corps humain. Si ce pourcentage vient à baisser de manière excessive ou bien si l’eau est polluée, nous tombons malades et nous mourons rapidement. C’est ce qui s’est passé ici au Chili.

Donner des droits à la nature, c’est garantir également nos vies, en préservant les ressources et en les répartissant équitablement. Sans ce changement de mentalité et cette prise de conscience à l’échelle de la société, il ne sera pas possible de remédier à la crise écologique que nous vivons.


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 RÉFÉRENDUM SUR LA NOUVELLE CONSTITUTION
CHILI 4S 2022 « J'APPROUVE »


dimanche, août 21, 2022

CHILI: LES SOUTIENS À LA NOUVELLE CONSTITUTION SE MOBILISENT POUR LE «OUI» À SANTIAGO

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PHOTO ESTEBAN FELIX / AP

Au Chili, il ne reste que deux semaines avant le référendum du 4 septembre où la population devra voter « pour » ou « contre » la nouvelle Constitution vouée à remplacer celle actuellement en vigueur écrite sous la dictature de Pinochet. Et à quelques jours du scrutin, les deux camps se mobilisent plus que jamais. Ce week-end, plusieurs centaines de personnes en faveur du nouveau texte se sont rassemblées aux abords du Stade national dans la capitale.

Avec notre correspondante à Santiago, Naïla Derroisné

RÉFÉRENDUM 4S 2022 
« J'APPROUVE »

Une scène était installée devant les grilles du stade où discours et groupes de musique se sont succédé tour à tour. À côté de la scène, Juan vend des drapeaux de toutes les couleurs en faveur de la nouvelle Constitution : « Elle a été écrite avec de l’encre alors que celle de la dictature a été écrite avec le sang du peuple chilien. »

RÉFÉRENDUM  CHILI 4S 2022
« J'APPROUVE »

Daniela s’est achetée un grand drapeau vert où il est écrit « Apruebo » (« j’approuve », en français) la nouvelle Constitution : « J’en ai aussi accroché un sur mon balcon et dès que j’ai un peu de temps, je participe à la campagne. Je crois qu’il est important d’exprimer ce sentiment d’espoir et je suis convaincue que l’Apruebo va gagner. »

Tenter d'inverser la tendance

Un peu plus loin, Alessandra récolte des signatures de citoyens qui se portent volontaires pour observer et surveiller le bon déroulement du vote le jour du référendum : « Les gens sont très intéressés et veulent défendre la nouvelle Constitution. C’est une campagne du peuple pour garantir nos droits en tant que citoyens. Nous sommes absolument sûrs que le "Oui" à la nouvelle Constitution va l’emporter, car c’est pour que les peuples du Chili aient une meilleure vie. »

Le « Oui » à la nouvelle Constitution a gagné des points ces dernières semaines dans les enquêtes d’opinions, mais pour le moment, c’est toujours le « Non » qui restent en tête dans les sondages.

►À lire aussi : Au Chili, le texte de la nouvelle Constitution se vend comme des petits pains

RÉFÉRENDUM  CHILI 4S 2022 
« J'APPROUVE »


SUR LE MÊME SUJET :

mardi, août 16, 2022

EN MARCHE FORCÉE

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RÉFÉRENDUM  CHILI 4S 2022
« J'APPROUVE »

CHILI. RÉFÉRENDUM DU 4S LA CAMPAGNE DE DÉSINFORMATION

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 UNE DU JOURNAL « LAS ÚLTIMAS NOTICIAS»
DU 31 MARS 2022  

Chili. Référendum du 4 septembre pour la nouvelle Constitution: la campagne de désinformation, le débat et l’intérêt pour le contenu du projet  
«Les travailleurs ne seront plus les détenteurs de leur épargne retraite» [au Chili est en place un modèle de capitalisation individuel et privé, ce qui donne toute son importance à ce type d’assertion]. Cette déclaration – faite par Bernardo Fontaine [élu dans le 11e district de la région métropolitaine], alors encore membre de la droite de l’Assemblée constituante (Convention constitutionnelle) – a été publiée le 31 mars à la une du journal populaire Las Últimas Noticias (LUN) et a marqué une étape importante dans la «campagne de dénigrement» contre le processus constituant.

Par Cristian González Farfán

Ce processus culminera le 4 septembre avec une journée historique: le référendum de sortie au cours duquel le peuple chilien décidera d’approuver ou de rejeter la proposition de nouvelle Constitution issue de la Convention constitutionnelle, aujourd’hui dissoute. [Le 4 juillet 2022 la proposition de nouvelle Constitution a été remise au président de la République, Gabriel Boric Font.]

PHOTO JAVIER TORRES

Cette affirmation (sous forme de titre), tirée d’un entretien que Bernardo Fontaine a accordée à la Las Últimas Noticias – qui fait partie du consortium journalistique ultraconservateur El Mercurio –, a été instantanément démentie par plusieurs anciens membres des listes les plus progressistes de l’Assemblée constituante. «Le type de désinformation fait par      est regrettable; il sème l’incertitude alors que le pays a besoin d’un travail plus coopératif. C’est faux», a commenté, le même jour sur Twitter, l’ancien vice-président de l’Assemblée constituante [de juillet 2021 à janvier 2022], Jaime Bassa [constitutionnaliste reconnu, il a fait campagne pour la candidature de Gabriel Boric, membre de la formation Convergence sociale.]

CAPTURE D'ÉCRAN

Jusque-là, les fake news et la désinformation sur les propositions constitutionnelles relevaient du pain quotidien. Le commentaire de Bernardo Fontaine a jeté de l’huile sur le feu, car il a «été inséré dans un média traditionnel», alors que les fake news «avaient comme source et se diffusaient principalement sur les réseaux sociaux», a déclaré alors à El Mostrador Patricio Durán, journaliste et analyste de données à la fondation Interpreta.

Ce constat est le résultat d’une étude menée par la fondation Interpreta et la plateforme Contexto sur les fake news et la désinformation diffusées par les médias traditionnels sur les réseaux sociaux entre le 1er janvier et le 23 juin 2022. Alors qu’au cours de la période étudiée, 876 publications de 103 médias grand public ont fait référence aux fake news et à la désinformation, le pic de mentions (32) a eu lieu le 31 mars, lorsque l’entretien avec Bernardo Fontaine est paru dans Las Últimas Noticias. Selon cette étude, à partir de ce jour, les conversations sur ce sujet ont augmenté de 671% par rapport aux mois précédents.

«On peut parler d’une “guérilla numérique” contre l’Assemblée constituante qui a commencé dès son premier jour de fonctionnement, et même avant, lorsque des hashtags comme #rechazodesalida ont commencé à se répandre ainsi que des attaques contre certains membres de l’Assemblée. Nous pensons qu’il ne s’agit pas d’un phénomène isolé, mais de la stratégie d’un secteur politique, à l’image de la manière dont les campagnes de désinformation sont utilisées dans le monde. Pour dire cela, nous nous basons sur le fait que le mouvement de ces hashtags est coordonné par certains groupes, qui suscitent la diffusion de déclarations et avis attaquant la Convention constitutionnelle», a déclaré Patricio Durán à Brecha.

Claudio Fuentes, coordinateur de la plateforme Contexto et professeur à l’Université Diego Portales (UDP), partage cette appréciation. Dans une conversation avec Brecha, il identifie deux étapes au sein de cette campagne délibérée de dénigrement: «La première, entre juillet 2021 et février 2022, lorsque la campagne visait, tant sur les réseaux sociaux que dans le débat public, à discréditer la Convention constitutionnelle (Assemblée constituante). Au sein de la droite, il y avait un secteur plus enclin à effectuer des propositions et un autre qui ridiculisait le processus constituant. Depuis février 2022, a commencé une nouvelle étape de désinformation concernant le contenu de la nouvelle Constitution. C’est alors que les premières dispositions, le premier projet et la version finale ont commencé à apparaître.»

RÉFÉRENDUM SUR LA NOUVELLE CONSTITUTION
4S 2022« J'APPROUVE »

Claudio Fuentes apporte toutefois une précision concernant le contenu qui circule sur les réseaux. «Il est nécessaire de distinguer les fake news, qui sont de fausses nouvelles provenant de différentes sources, de personnes anonymes, généralement avec l’option de rejeter le projet final [lors du référendum], et la désinformation, qui consiste à procurer une information partielle sur certaines dispositions ou à présenter de manière biaisée ce que dit le texte constitutionnel, ainsi qu’à faire des exagérations sur le projet et ses effets», argumente l’expert de l’UDP. Patricio Durán partage ce jugement, dans le sens où toutes les informations inexactes ne peuvent pas être qualifiées de fake news.

Quoi qu’il en soit, ajoute Patricio Durán, le contexte de crise sociale que traverse le Chili et la série de processus électoraux de la dernière étape constituent un terrain propice à ce type de campagne malpropre sur les réseaux sociaux, dont l’origine historique se situe dans l’hémisphère Nord. «Ces campagnes de désinformation ont commencé en 2016 et 2017, respectivement, avec le Brexit et l’élection de Donald Trump. Ce furent les affrontements les plus passionnés; en 2017, le concept de «fake news» a été inventé et il a été choisi comme mot de l’année. Au Chili, après une mobilisation sociale [en automne 2019], et avec de nombreuses élections, les fake news ont fait partie des campagnes politiques et sont devenues prédominantes pour les secteurs de droite», explique l’analyste de la Fondation Interpreta.

Pour Fuentes, quant à lui, il est difficile d’enquêter sur l’origine des campagnes de désinformation, il n’est donc pas possible de déterminer avec certitude s’il existe, par exemple, un parti de droite qui finance les fake news; ce que l’on peut noter, selon le professeur de l’UDP, c’est que les secteurs de droite sont majoritaires dans la diffusion de ce type de contenu.

Selon Durán, les «aberrations» les plus médiatiques diffusées par les grands médias et les représentants de la droite chilienne vont de l’expropriation des fonds de pension – à laquelle fait allusion l’ex-conventionnel Bernardo Fontaine – à l’insistance sur le fait que la nouvelle Constitution décréterait la fin de la propriété privée, alors qu’au contraire, le texte constitutionnel consacre explicitement ce droit. En octobre 2021, une élue de droite – non-membre de la Constituante –, l’ancienne sénatrice Ena von Baer – de 2014-2022, élue suite à une campagne électorale financée par le secteur minier –, a même diffusé une fausse nouvelle sur une prétendue proposition approuvée par la Constituante qui aurait visé à changer le drapeau, les armoiries et l’hymne national. Or, une telle initiative n’avait même pas été discutée en plénière de la Convention et ne figure pas dans la proposition finale de la nouvelle Constitution.

En outre, au cours des derniers mois, des dépliants portant le logo du projet de Constitution ont été signalés. Ils diffusaient un contenu falsifié visant à semer la pagaille parmi le public.

Le rôle opaque des médias traditionnels

Le thème de la «sale campagne» contre le processus constituant a été repris à plusieurs reprises dans les médias traditionnels, comme dans le cas précité de la première page de Las Últimas Noticias. À cet égard, la vice-présidente de l’Association chilienne des journalistes, Rocío Alorda, a déclaré à Brecha que «la presse écrite a développé un agenda très conservateur en termes de contenu et de la manière dont elle attribue de l’espace à certains secteurs. C’est essentiellement ce qu’il a fait toute sa vie. Au Chili, nous avons un oligopole de deux consortiums (Copesa et El Mercurio) qui ont des difficultés à s’ouvrir à d’autres vues en raison de leurs propres lignes éditoriales. Ce qui apparaît dans la presse écrite a du poids sur le régistre des informations car, entre autres, c’est le contenu qui est ensuite commenté à la radio.»

Pour Claudio Fuentes, «il faut s’attendre à ce que les médias soient plus enclins au rejet du projet de Constitution, car il existe une forte concentration de la propriété, avec des groupes économiques particuliers qui tendent davantage vers la droite». La télévision, selon Claudio Fuentes, a un «effet amplificateur» dece discours, car «elle reste le principal moyen d’information». Il regrette l’absence d’un système de vérification des faits invoqués dans les programmes de débats télévisés sur le prochain référendum, afin de ne pas tomber dans une plus grande désinformation ou dans les fake news déjà présentes dans la situation politique.

RÉFÉRENDUM SUR LA NOUVELLE CONSTITUTION
4S 2022« J'APPROUVE »

À ce stade, Rocío Alorda perçoit cependant une certaine ouverture de l’espace télévisuel vers de nouvelles représentations et de nouveaux contenus. «Cette nouvelle expérience de la Convention constitutionnelle implique de sortir de la logique binaire dans laquelle nous nous situons depuis la récupération de la démocratie», déclare la vice-présidente de l’Association des journalistes. Cette ouverture, ajoute-t-elle, ne vient pas naturellement du sein du monde de la télévision, mais répond aux demandes d’une citoyenneté plus active et plus exigeante.

«Il a été difficile pour les médias de rendre pleinement visibles ces nouveaux acteurs et actrices sociaux, mais on constate depuis peu une plus grande représentation des autres visages de la Convention, et pas seulement de ceux qui ont un passé plus médiatique. Il faut dire que ces nouveaux acteurs, par exemple les élu·e·s à la Constituante issu·e·s des régions, sont plus présents dans les médias régionaux», ajoute Rocío Alorda.

Malgré tout, dit-elle, une logique binaire prévaut à la télévision qui, dans une tentative d’équilibre, donne une tribune, par exemple, aux représentants de l’ex-Concertación et de la droite, au détriment des voix provenant des mouvements sociaux. «Ces voix ont encore du mal à trouver une place dans les médias», affirme Rocío Alorda, qui espère une discussion plus ouverte sur les articles du projet de Constitution qui ont un impact direct sur les territoires et sur la vie quotidienne des gens, car «on parle beaucoup de la santé et du logement, mais la Constitution a beaucoup d’autres sujets, comme les conflits environnementaux et l’accès aux biens communs».

Claudio Fuentes, quant à lui, observe que le récit des fake news, amplifié par divers médias, s’est dilué au fil du temps. Dans son travail de coordinateur de la plateforme Contexto, il a pu le constater sur le terrain: «Au cours des premières semaines, on a remarqué ces échanges basés sur les fake news. Maintenant beaucoup de gens, avec scepticisme, posent la question: les nouvelles sont-elles vraies ou fausses. Le fait que les gens commencent à faire la distinction entre les deux signifie qu’ils en ont conscience. Les fausses nouvelles ont atteint un point de saturation, à tel point que certaines d’entre elles sont tout simplement trop ridicules.»

La Constitution: un best-seller

L’un des moyens de contrer la campagne contre l’Assemblée constituante consiste à diffuser le véritable texte de la Constitution. Et à cet égard, le Chili a établi un record inégalé: durant la semaine du 29 juillet au 4 août, le projet de nouvelle Constitution était le livre de non-fiction le plus vendu dans le pays, selon le classement établi par El Mercurio. Un best-seller.

Lire aussi : AU CHILI, LE TEXTE DE LA NOUVELLE CONSTITUTION SE VEND COMME DES PETITS PAINS

«En effet, il existe un véritable intérêt de la part des gens pour savoir ce que le texte dit réellement. C’est ce qui a suscité cette explosion des ventes», explique Claudio Fuentes. L’impression des textes varie dans ses formats et ne se fait pas seulement dans le commerce formel, mais aussi dans la rue, sur les places, dans les parcs, bref, dans l’espace public. En ce qui concerne le premier exemple, la célèbre maison d’édition LOM a commencé par imprimer 1000 exemplaires du texte officiel qui a été remis le 4 juillet, lors d’une cérémonie officielle, au président Gabriel Boric. Ils ont été vendus en quelques heures. Le dernier bilan de juillet parle de 80 000 exemplaires vendus et de files d’attente interminables devant la librairie LOM, située dans le quartier pittoresque de Concha y Toro, à Santiago.

PHOTO  JESÚS MARTÍNEZ 

La Libre Arte est une autre librairie qui, dès la première minute, s’est mise au service de la diffusion du texte. Même depuis le premier projet, qui n’avait pas encore été examiné par la Commission d’harmonisation, jusqu’au document final. «Je l’ai imprimé en photocopies et, si quelqu’un le voulait, je lui demandais de payer ce qu’il pouvait. Certaines personnes ont payé 1000, 5000 ou 10 000 pesos [respectivement 1, 6 et 11 dollars]. Je l’ai épuisé en deux heures et j’ai décidé de faire le livre. J’ai fait 1000 livres et j’en ai épuisé le stock en une semaine», se souvient le propriétaire de La Libre Arte, César Padilla. Puis, lorsque le texte final a été approuvé – celui qui sera soumis dans trois semaines lors du référendum – il l’a imprimé massivement en quatre modèles, dont une couverture rigide et une autre en format magazine, avec de petits caractères, mais au prix de 990 pesos (moins d’un dollar). La Libre Arte a envoyé des exemplaires dans les endroits les plus reculés du pays, dont les municipalités et les organisations populaires les demandent pour les distribuer à la communauté. Ces exemplaires ont atteint Arica, à l’extrême nord, et Punta Arenas, à l’extrême sud, en passant par l’île Robinson Crusoé de l’archipel Juan Fernández, un territoire insulaire chilien.


Cependant, le cas qui a bouleversé le plus César Padilla, et qui révèle un véritable intérêt pour disposer de sa propre version du texte, est celui d’un vendeur ambulant qui passe un matin devant la boutique pour demander le prix d’un des exemplaires de la nouvelle Constitution. «Cinq mille pesos», a répondu Padilla. À six heures du soir du même jour, l’homme est réapparu au magasin, situé dans la rue San Antonio, au cœur du centre-ville de Santiago. « Il m’a remis 3000 pesos en pièces de 500, 100, 50 et 10 pesos. Et, comme il n’avait pas assez d’argent, il m’a donné 20 calugas [bonbons] qu’il fabriquait et vendait. Il m’a payé avec des calugas parce qu’il n’avait pas d’argent», se souvient Céasar Padilla avec émotion. (Article paru le 12 août 2022 sur le site de l’hebdomadaire uruguayen Brecha; traduction rédaction A l’Encontre)