vendredi, janvier 29, 2021

LES 150 ANS DE LA COMMUNE. JANVIER 1871 : LA TENSION MONTE À PARIS

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PHOTO BRIDGEMAN IMAGES/LEEMAGE

Le soulèvement du 22 janvier, qui visait à empêcher le gouvernement modéré de défense nationale de décider la capitulation de la capitale lors de la guerre franco-prussienne, est réprimé. Le 28 janvier, c’est la « chute de Paris ».


    «LE TEMPS DES CERISES», EXTRAIT DE L'ALBUM «AVANTI! », 

    par Roger Martelli 

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    janvier 1871… La guerre franco-allemande fait rage depuis près de six mois. La République a été proclamée le 4 septembre 1870, dans la plus grande confusion. Mais la chute de l’Empire n’a pas provoqué l’élan salvateur attendu. Malgré les efforts du « radical » Léon Gambetta, le gouvernement de défense nationale accumule les atermoiements politiques et les revers militaires. En janvier, 34 départements sont occupés par l’ennemi. Au gouvernement, la majorité modérée envisage alors de négocier avec le nouveau maître de l’Allemagne, le chancelier prussien Otto von Bismarck.

    Ville industrieuse et rebelle 

    Cela ne va pas dans la direction majoritairement souhaitée à Paris. Depuis le 19 septembre précédent, la capitale est assiégée. Mal ravitaillée, isolée du reste du pays, elle vit difficilement, au rythme des bombardements et des sorties infructueuses destinées à desserrer l’étau allemand. Un demi-million d’hommes assurent sa défense, dont 300 000 appartiennent à la garde nationale « sédentaire », une milice citoyenne en armes, qui a obtenu le droit de désigner ses délégués et d’élire ses chefs de bataillon. Cette garde nationale est fortement enracinée dans les quartiers populaires du nord et de l’est où, malgré les conditions de vie éprouvantes, l’idée de capituler suscite les plus vives oppositions.

    Enfermée dans ses remparts, Paris abrite 1,8 million d’habitants, dont 45 % appartiennent à des familles ouvrières. Cette ville industrieuse est une ville rebelle, qui l’a montré à de multiples occasions et l’a encore manifesté à la fin de l’Empire, s’obstinant à refuser de voter « oui » au plébiscite organisé par le pouvoir et à élire à la Chambre des opposants républicains.

    « Place au peuple ! Place à la Commune ! »

    Paris a salué avec enthousiasme la République, mais se méfie de la majorité républicaine qui contrôle les ­mécanismes officiels du pouvoir. Dans la capitale, dès le mois de septembre, des structures autonomes se sont mises en place, souvent à côté des institutions officielles et parfois contre elles. Elles s’occupent notamment des questions les plus urgentes, de ravitaillement et de soin aux blessés. Dès le 5 septembre, à l’initiative de la section française de l’Association internationale des travailleurs, une assemblée de délégués ouvriers décide même de créer des comités de vigilance dans chaque arrondissement. Leur coordination (comité central puis délégation des 20 arrondissements) sera un des noyaux actifs du mouvement communard.

    Dès le mois d’octobre 1870, les comités de vigilance et des bataillons de la garde nationale organisent des manifestations à Paris, pour inciter le gouvernement à des mesures plus vigoureuses, autour des notions de « guerre à outrance » et de « levée en masse ». Ces journées mobilisent, mais sans connaître un écho suffisant dans la population. Au début janvier 1871, les 20 arrondissements placardent pourtant des affiches, de couleur rouge, qui se terminent par le mot d’ordre : « Place au peuple ! Place à la Commune ! »

    Incurie gouvernementale

    Le 19 janvier, une sortie mal préparée débouche sur un revers sévère pour les défenseurs de Paris. Pour les plus déterminés, c’est le signe d’une incurie gouvernementale, à la limite de la trahison. Le 22, des gardes nationaux venus des Batignolles et du 13e arrondissement se rassemblent devant l’Hôtel de Ville. Des discussions houleuses s’engagent avec les autorités officielles, qui dépendent alors de Jules Ferry. Brusquement des fusillades éclatent, déclenchées des fenêtres de l’Hôtel de Ville et de ses annexes, occupées par des gardes mobiles bretons. À l’issue de l’affrontement, on dénombre plusieurs dizaines de morts et de blessés, pour la plupart du côté des manifestants. Dans la foulée, le gouvernement décide de fermer les clubs, qui s’étaient multipliés dès la fin de l’Empire. Un général très conservateur, Joseph Vinoy, est nommé gouverneur de Paris. Des journaux sont interdits et des arrestations sont opérées, dont celle de Charles Delescluze, un vétéran de la révolution de 1848.

    Le 27 janvier, les opérations militaires s’interrompent autour de la capitale. Les ultimes protestations n’y font rien : le 28 janvier, un armistice est signé. Les conditions sont dures : les forts défendant Paris sont cédés aux vainqueurs, la ville versera une lourde rançon et les Allemands peuvent entrer dans la capitale. Une seule concession est faite par Bismarck, d’une grande importance pour la suite : la garde nationale n’est pas désarmée. Le 8 février, une nouvelle Assemblée est élue. Quelques jours plus tard, elle s’installe à Versailles, pas à Paris. Ce n’est décidément pas l’esprit parisien qui souffle sur le pays. Une majorité écrasante de députés monarchistes a été désignée par une population qui a préféré la paix, même au prix de la République. Celle-ci commence donc bien mal…  Commune de Paris

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     « CRI DU PEUPLE » JACQUES TARDI