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| “THE SUNRISE FILE", DE RUPERT WYATT ET EMILIE PHUONG (FRANCE, LUXEMBOURG). © FESTIVAL D’ANNECY / KMBO |
Ouverture du Festival du film d’animation d’Annecy, entre IA, stop motion et nouveaux publics / « Wildwood », «Mochy », « Des minions et des monstres »… Avec des œuvres provenant de 118 pays, le Festival international d’Annecy en France redevient l’épicentre du film d’animation. Du 21 au 27 juin, le rendez-vous incontournable rassemble 19 000 professionnels et les plus grands studios d’animation du monde. Au-delà des films en compétition pour le célèbre Cristal, le cinéma d’animation s’impose de plus en plus comme un art majeur. Entretien avec Marcel Jean, délégué artistique du festival, sur les tendances de l’édition 2026.[« Ce n'est que du Cinéma »]
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RFI
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Siegfried Forster Publié le : 21/06/2026 - 06:32 7 min 7 min Temps de lecture
Entretien
RFI : Quelle est la ligne directrice de cette édition 2026 du Festival international du cinéma d’animation d'Annecy ?
arcel Jean : Cette année, le Festival d'Annecy est consacré au cinéma du genre. En animation, tous les genres peuvent être abordés. L'animation en soi n'est pas un genre, c'est du cinéma. On peut donc tout raconter, sur tous les tons, en utilisant l'animation. Ce qui est au cœur de grands programmes rétrospectifs que nous avons nommés Les grands frissons.
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Quelle évolution observez-vous concernant la technique employée dans les films d'animation ?
Ce qui est particulièrement intéressant et étonnant, c’est la persistance des techniques plus anciennes ou plus rares en animation. Par exemple, la stop motion, l'animation de poupées ou de marionnettes. On aurait pu croire qu’elle allait disparaître ou devenir marginal avec le développement de l'animation par ordinateur en 3D. Mais non, au contraire, il y a une réalité dans l’emploi de cette technique. Cette année, on le voit avec l'anniversaire du studio Aardman Animation, qui signe d'ailleurs le trailer du festival. On le voit aussi avec un film comme Wildwood, du studio Laika, auquel on consacre une exposition à la Cité internationale du cinéma d’animation, et à travers une quantité d’autres films.
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| PHOTO DU FILM |
Au-delà de films féériques, il y aura aussi des sujets beaucoup plus inattendus : l’histoire d’une souris au chômage, une youtubeuse en déclin, le destin d’un fils dont la mère gère une maison close… De nombreux sujets politiques aussi : un thriller sur les services secrets israéliens ou l’histoire du poète, écrivain et homme politique Pablo Neruda… Qu'est-ce qui vous a surpris le plus ?
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| AFFICHE DU FILM |
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| "THE VIOLINIST", D’ERVIN HAN ET RAÚL GARCÍA. (SINGAPOUR, ESPAGNE, ITALIE). © FESTIVAL D’ANNECY / THRONE INC |
Où en est le cinéma d'animation par rapport à la fréquentation dans les salles ?
Il y a eu de très belles choses cette année. Nous avons vu de grands succès de plusieurs films venant des studios américains. Les derniers résultats sont très positifs. Il y a actuellement Jim Queen qui démarre sa carrière, mais qui attire déjà beaucoup de spectateurs et il y a beaucoup d’excitation et d’enthousiasme autour de cette œuvre. Le studio belge NWaves va nous présenter son nouveau film Mochy, le chien le plus moche du monde. Leur dernier film, présenté l’an dernier à Annecy, avait fait plus de 800 000 entrées en France. Et j’attends au moins cela pour leur nouveau film. Le cinéma d’animation demeure un cinéma très populaire qui peut toucher différents types de publics.
Dans les grands festivals de cinéma comme la Mostra de Venise, la Berlinale ou Cannes, il y a de plus en plus de films d’animation dans les sélections. Le cinéma d’animation a-t-il changé son statut dans le monde du cinéma ?
Je pense effectivement que le statut du film d’animation change progressivement. Comme d’ailleurs le statut du film fantastique. Quand on regarde l’évolution de la sélection du Festival de Cannes au cours des trente dernières années, il y avait beaucoup de films fantastiques. Je pense à Titane ou Parasite, qui ont remporté des Palmes d’or. Il y a trente ans, on n’aurait pas vu ces films à Cannes, parce qu’on n’était pas arrivé à ce point-là, par rapport au cinéma du genre. Cela a complètement changé.
Annecy fait vraiment un travail de fond, pour affirmer le fait que « animation is film », l’animation, c’est du cinéma. On le répète constamment, sur tous les continents. Cette année, nous avons retrouvé des films d’animation en compétition à la Berlinale, une quantité de films d’animation à Cannes… Pour nous, c’est une excellente nouvelle.
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| "TANGLES", DE LEAH NELSON (CANADA, ETATS-UNIS). © FESTIVAL D’ANNECY 2026 |
Quel est le rôle ou la place de l’Intelligence artificielle (IA) dans les films sélectionnés à Annecy ? Est-ce considéré comme un danger ou est-ce que cela va de soi d’utiliser l’IA dans le domaine de l’animation ?
Le cinéma d’animation n’est pas différent du reste de la société. L’IA doit être considérée comme un danger et doit susciter des craintes dans tous les milieux. Le milieu du cinéma d’animation n’est pas le milieu le plus critique. Personnellement, je suis très inquiet des possibilités de l’IA et des dérives de l’IA sur le plan politique et sur le plan de l’information en général. En même temps, l’IA est une réalité avec laquelle nous devons composer. Nous n’avons pas le pouvoir de débrancher l’intelligence artificielle. L’IA a aussi toutes sortes d’applications, toutes sortes d’utilités pratiques qui servent à beaucoup de monde aujourd’hui. Quand je vous parle de la sélection des films à Annecy cette année, il n’y a presque rien en intelligence artificielle, peut-être un pour cent, parce qu’on est allé chercher un film de fin d’études… C’est au Mifa, le Marché du film d’animation, branché sur l’industrie, que la réflexion doit se faire. Si on évite de discuter et de réfléchir, on va tout simplement subir, sans bien comprendre ce qu’on subit.
Les États-Unis, le Japon et la France sont les trois plus grands producteurs de films d’animation. Les pays africains sont cette année absents de la sélection, mais très présents au Mifa. Le cinéma d’animation, est-il encore en gestation en Afrique ?
Il est dans un état de fragilité. Cette fragilité vient des situations économiques dans les pays concernés, mais on voit qu’il y a des projets africains, et il y a des films africains en sélection pratiquement chaque année. Cette année est peut-être une exception. L’année dernière, nous avons eu une série nigériane en compétition officielle. Quand le volume de production n’est pas trop élevé, il peut arriver qu’une année, il y a moins de choses. Le rôle d’Annecy est un rôle d’accompagnement. Et cet accompagnement est contant.
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