mardi, mars 09, 2021

AU CHILI, UNE CAMPAGNE DE VACCINATION EXEMPLAIRE CONTRE LE COVID-19

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PHOTO IVAN ALVARADO / REUTERS
Plus de 4,1 millions de Chiliens ont déjà reçu une première dose de vaccin. Le pays ambitionne de vacciner 80 % de ses 19 millions d’habitants d’ici à juillet. 
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« Nous sommes le deuxième pays au monde à vacciner le plus rapidement, derrière Israël », a affirmé le ministre chilien de la santé, Enrique Paris, lundi 8 mars. De fait, la campagne de vaccination contre le Covid-19 avance à un rythme impressionnant dans ce pays d’Amérique du Sud. Depuis début février, plus de 4,1 millions de personnes sur 19 millions d’habitants y ont déjà reçu une première dose, soit l’équivalent de 22 % de la population, contre moins de 6 % en France ; 772 000 sont complètement vaccinés.

« Nous sommes évidemment très fiers », s’est félicité le ministre, membre depuis juin 2020 du gouvernement de droite du président Sebastian Piñera. Après le personnel de santé, les enseignants et les personnes âgées de plus de 60 ans, les habitants de moins de 60 ans atteints d’une comorbidité ont commencé à être vaccinées cette semaine.

Le succès de la stratégie du Chili – qui n’a pas été épargné par la pandémie et déplore plus de 21 000 morts du coronavirus – repose notamment sur le recours à plusieurs fournisseurs. « Nous avons commencé très tôt à négocier des contrats avec plusieurs laboratoires, qu’ils réalisent ou non des essais cliniques dans le pays », explique Rodrigo Yañez, sous-secrétaire aux relations économiques internationales au sein du ministère des affaires étrangères, l’un des principaux responsables des négociations pour l’achat de vaccins.

Autant qu’en France

Le Chili, dont la Chine est le premier partenaire commercial, a principalement fait appel à l’entreprise chinoise Sinovac, qui a réalisé des essais cliniques de phase 3 dans le pays. Santiago a également inoculé près de 330 000 doses du vaccin du laboratoire américain Pfizer. « Nous avons aussi conclu l’achat de 4 millions de doses avec AstraZeneca, 4 millions avec Johnson & Johnson, et nous menons des négociations très avancées avec [le laboratoire russe] Gamaleya et l’entreprise chinoise Cansino », précise M. Yañez.

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DESSIN LAUZAN


lundi, mars 08, 2021

CLARA ZETKIN, LA FEMME QUI A INVENTÉ LA JOURNÉE INTERNATIONALE DES DROITS DES FEMMES

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PHOTO STÉPHANIE BERLU

C'est dans l'esprit de cette féministe socialiste allemande qu'est née l'idée de créer une journée internationale des droits des femmes, en 1910.

 «CLARA ZETKIN, LA FEMME QUI A INVENTÉ LA 
JOURNÉE INTERNATIONALE DES DROITS DES FEMMES » 
  PRÉSENTÉ PAR MANON MELLA
 DIFFUSION ÉMISSION DU LUNDI 8 MARS 2021

par Manon Mella

Le principe de créer une journée internationale autour de la cause des droits femmes est né en 1910 à Copenhague, à l'occasion de la deuxième conférence internationale des femmes socialistes. Lors de cette conférence, l'Allemande Clara Zetkin prononce un discours et propose de créer une journée internationale des femmes qui serait organisée par les socialistes de tous les pays, chaque année. Le but est de servir la lutte pour le droit de vote des femmes.

Clara Zetkin naît en 1857 dans le royaume de Saxe, au sein de l’Empire allemand. Son père, Gottfried Eissner, est instituteur et sa mère, Josephine Vitale Eissner, se consacre aux questions féministes. À l’époque, les facultés allemandes n’acceptent pas les femmes mais sa mère parvient quand même à l’inscrire dans un institut d'éducation des jeunes filles à Leipzig, pour devenir institutrice. Sa professeure de littérature, Auguste Schmidt, est celle qui a fondé la première association féministe d’Allemagne, l’Allgemeiner Deutscher Frauenverein (ADF, Association générale des femmes allemandes). Clara Zetkin évolue donc dès le plus jeune âge dans cette sphère féministe.

À 18 ans, elle rencontre son compagnon, Ossip Zetkin, un révolutionnaire russe en exil. Petit à petit, elle découvre à ses côtés les idées du socialisme révolutionnaire. Elle obtient son diplôme de professeure et décide de s’éloigner de sa famille et du "féminisme bourgeois" qu’elle juge trop libéral et individualiste. Clara Zetkin rejoint le parti socialiste ouvrier d’Allemagne (Sozialistische Arbeiterpartei, ou SAP) à partir de 1878. Elle a 21 ans. En 1882, elle s’installe à Paris avec compagnon qui vient d’être expulsé d’Allemagne. Elle fréquente les socialistes de Paris, dont la fille de Karl Marx.

PHOTO ULLSTEIN BILD DTL
En 1889, alors que son compagnon vient de succomber à la tuberculose, se tient à Paris le congrès fondateur de la Deuxième Internationale ouvrière, grande organisation mondiale du mouvement socialiste. Clara est attendue pour faire un rapport sur la condition des travailleuses allemandes, mais elle décide plutôt de parler du principe même du travail des femmes et de leur rôle dans la lutte des classes. Au moment où elle prononce ce discours, les socialistes sont encore très divisés sur la question du travail des femmes. Certains pensent que cela pourrait faire baisser les salaires, d’autres estiment encore que leur place est au foyer.

Elle a structuré un important mouvement social-démocrate féminin

Dans ce discours, Clara Zetkin insiste sur l'importance de l'indépendance économique mais aussi sur le fait que, pour elle, l’émancipation des femmes passe également par une émancipation vis-à-vis du capitalisme. Elle s’en prend aussi à ce qu'elle appelle "le féminisme bourgeois".

« De même que le travailleur est sous le joug du capitaliste, la femme est sous le joug de l'homme et elle le restera aussi longtemps qu'elle ne sera pas indépendante économiquement. » Clara Zetkin

Congrès fondateur de la Deuxième Internationale ouvrière, Paris (1889)

Son discours est remarqué et on peut dire que ce jour-là, une ligne Clara Zetkin est née. Après ça, en 1892, elle fonde le journal Die Gleichheit ("L’Egalité"). Outil d’éducation populaire des femmes ouvrières, le journal permet à Clara Zetkin de diffuser ses idées jusqu’en 1917. Le journal participera à structurer un important mouvement social-démocrate féminin.

À ce moment-là, les femmes n’ont pas le droit d’adhérer à un parti politique mais cela n’empêche pas Clara Zetkin de créer une structure parallèle au parti social-démocrate allemand (SPD). Dans cette structure à moitié clandestine, on retrouve Rosa Luxemburg, fidèle amie de Clara. Les adhérentes de ce parti tentent d’organiser une conférence des femmes socialistes mais celle-ci est empêchée par la police. Ce n’est qu’en 1900 que cette conférence parvient à exister. Elle se réunira avant chaque congrès du parti. 

PHOTO ULLSTEIN BILD DTL
Vers 1906, les lois qui interdisaient la politique aux femmes s’assouplissent peu à peu et celles-ci peuvent officiellement adhérer au SPD. La section féminine du parti y est officiellement rattachée. 

Elle organise la première Internationale des femmes socialistes

En 1907, Clara Zetkin organise à Stuttgart la toute première Internationale des femmes socialistes. 59 représentantes de 15 pays différents se rencontrent pour la première fois. La conférence est un véritable succès sur le plan de la fréquentation. Clara Zetkin devient la présidente de l’internationale et son journal, Die Gleichheit, son organe officiel. Ce jour-là, la conférence adopte une résolution sur le droit de vote des femmes.

En août 1910, à Copenhague (Danemark), se tient la deuxième Internationale des femmes socialistes. Clara Zetkin y prononce un discours dans lequel elle propose de créer une journée internationale des femmes. Celle-ci serait organisée par les socialistes de tous les pays du monde entier chaque année. Aucune date n’est avancée. Le but est de servir la lutte pour le droit de vote des femmes.

Mais attention, pour Clara Zetkin, il n'est pas question de lutter main dans la main avec les féministes bourgeoises. Car si les femmes sont opprimées c’est à cause du système capitaliste, estime Clara. Cette ligne lui vaudra pas mal de critiques.

Mais peu importe. Sa proposition est adoptée et c’est le 19 mars 1911 que la journée est célébrée pour la première fois. Ce jour-là, en Allemagne, en Autriche, en Suisse, plus d’un million de femmes descendent dans les rues pour manifester. En parallèle, la Russie célèbre une Journée internationale des ouvrières le 3 mars 1913, puis le 8 mars 1914. D’après la chercheuse Alessandra Gissi, il s’agit du premier véritable 8 mars. 

Le 8 mars 1917, des ouvrières manifestent à Saint-Pétersbourg

Le 8 mars 1917, à Saint Petersbourg, des manifestations d’ouvrières éclatent. Les femmes réclament du pain et le retour de leurs maris partis au front. C’est le premier jour de la Révolution russe. Le 8 mars 1921, Lénine décide de fixer cette date pour célébrer une journée internationale des femmes en souvenir de ces ouvrières de Saint-Pétersbourg. Et ce n’est qu’après la guerre, après 1945, qu’elle sera célébrée dans les pays socialistes du monde entier. L’ONU l'officialise ensuite en 1977.

En France, cette journée voit le jour le 8 mars 1982, à l’initiative du Mouvement de libération des femmes (MLF) et de la ministre des Droits de la femme, Yvette Roudy. Ce jour-là, le président Mitterrand reçoit 400 femmes à l’Elysée.

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dimanche, mars 07, 2021

JOURNÉE INTERNATIONALE DES DROITS DES FEMMES 2021

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 Araucaria souhaite une belle journée à toutes les femmes.

EN MARCHE FORCÉE

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8M 2021

samedi, mars 06, 2021

(COVID-19) LE CHILI RECENSE PLUS DE 21.000 DÉCÈS

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DESSIN LAUZAN

SANTIAGO, 6 mars 2021 -- Le ministère chilien de la Santé a rapporté samedi que 80 nouveau décès liés au COVID-19 avaient été enregistrés au cours des dernières 24 heures, portant le bilan national à 21.008 décès.

Xinhua  

MISE À JOUR LE  08 03 2021


par ailleurs, 5.037 cas supplémentaires ont été enregistrés, pour un total de 850.483.

"La fatigue épidémique existe et continue à exister, ainsi que les problèmes de santé mentale. Nous soutenons la vaccination, mais malheureusement, notamment pendant les vacances, il existe des comportements sociaux qui n'ont pas respecté les normes sanitaires", a déploré le ministère de la Santé Enrique Paris.

Pour le deuxième jour consécutif, ce pays d'Amérique du Sud a signalé plus de 5.000 nouvelles infections en 24 heures, la plus forte hausse depuis juin dernier.

Plus de 4 millions de personnes vaccinées

Plus de 4 millions de personnes au Chili ont été vaccinées contre le COVID-19 et plus d'un demi-million ont reçu les deux doses, a indiqué samedi le ministère de la Santé.

Selon le département des statistiques et de l'information sanitaire, le nombre total de personnes ayant été vaccinées contre le COVID-19 au Chili a atteint 4.041.536, et 551.485 personnes ont reçu les deux doses.

Le ministre chilien de la Santé, Enrique Paris, a déclaré samedi que sur le nombre total de personnes ayant reçu des vaccins, 2.614.615 étaient âgées de plus de 60 ans. En outre, 59,2% des bénéficiaires étaient des femmes et 40,8% des hommes.

Le ministre chilien de l'Intérieur, Rodrigo Delgado, a affirmé que le Chili avait fait don de 20.000 vaccins à l'Équateur.

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DESSIN HERRMANN

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vendredi, mars 05, 2021

CHILI: 50 ANS APRÈS, LA SOIF DE JUSTICE DES PRISONNIÈRES VIOLÉES SOUS LA DICTATURE

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PHOTO AFP

« Cela leur faisait particulièrement plaisir de détruire des femmes » : les viols et les humiliations sexuelles contre les femmes ont été monnaie courante sous la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1999), une forme de torture que la justice chilienne commence à peine à reconnaître.

Le Journal de Montréal 

6Temps de Lecture 3 min 20 s 

« ici résonnent nos cris et nos pleurs », raconte Beatriz Bataszew, une psychologue de 66 ans, en montrant le premier étage d’une maison de l’est de Santiago qui fut pendant des années un centre de torture clandestin.

PHOTO AFP

« Nous les femmes, nous étions un os dur à ronger, c’est pour cela que nous devions être punies avec beaucoup plus de rage que les hommes », dit cette ex-militante du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) qui y a été détenue pendant sept jours après son arrestation en septembre 1974. 

La maison était baptisée « Venda Sexy ». À l’intérieur, les prisonniers avaient les yeux bandés en permanence et la musique résonnait à plein volume pour couvrir « les cris des torturés », raconte Beatriz Bataszew. Les femmes étaient détenues au premier étage, jusqu’à 25 dans une pièce. 

Cristina Godoy-Navarrete, médecin retraitée de 68 ans, a été une des premières envoyées à Venda Sexy. « On t’emmenait dans un souterrain où il y avait les équipes pour t’administrer de l’électricité (....) et le chien entraîné » pour violer les femmes, explique-t-elle au téléphone depuis Londres où elle vit en exil depuis 1974. 

Aujourd’hui, devant la maison, redevenue une habitation privée, même si elle est reconnue comme un lieu de mémoire, un monument a été improvisé avec les photographies des détenues mortes ou disparues.

Souris dans le vagin

En dix-sept ans de dictature, environ 40 000 personnes ont été torturées au Chili et 3200 ont été assassinées ou sont toujours portées disparu. 

En 2005, la Commission nationale sur les prisons politiques et la torture a recueilli les témoignages de 35 000 personnes, dont 13 % de femmes. Outre les atteintes physiques et psychologiques, presque toutes ont déclaré avoir été victimes de violences sexuelles. 

La plupart ont été détenues pendant les trois premiers mois de la dictature, elles avaient entre 21 et 30 ans. Parmi elles, 229 étaient enceinte, dont quinze ont accouché emprisonnées. 

Dans leur récit, les victimes ont décrit les impulsions de courant électrique sur les parties génitales, les viols par des chiens dressés pour cela, jusqu’à l’introduction de souris dans le vagin. D’autres ont raconté avoir été contraintes d’avoir des relations sexuelles avec leur père ou leur frère.

Erika Hennings, une professeure retraitée de 69 ans, a été détenue 17 jours dans un centre de torture baptisé « Londres 38 » à Santiago. Avec elle, son mari, Alfonso Chanfreau, un étudiant en philosophie et dirigeant du MIR, toujours porté disparu. 

PHOTO AFP

« On m’a torturée devant (lui) car j’étais sa femme », explique celle qui avait alors 22 ans. « Ils voulaient toucher Alfonso avec ce spectacle de sa femme soumise », raconte-t-elle. « Pour la première fois, j’ai été en contact avec le mal et la cruauté ». 

« Violence spécifique »

Le 5 novembre 2020, la justice chilienne a établi pour la première fois une distinction entre les crimes d’enlèvement et séquestration, et celui de torture avec violences sexuelles. 

Trois anciens agents de la police politique de la dictature ont été condamnés pour ces deux chefs, car les faits rendaient nécessaire « la détermination d’un délit pénal distinct de celui de l’enlèvement aggravé », « une forme spécifique de violence contre les femmes », selon le jugement.

« C’est une grande avancée, c’est la première fois qu’est reconnu le fait qu’il y a eu des violences de genre », explique Patricia Artes, porte-parole du collectif Memorias de Rebeldia Feminista (Mémoire de rébellion féministe). Même si pour elle il est « difficile» de se féliciter d’un jugement 50 ans après les faits. 

« J’espère que cela va créer un précédent afin que ces crimes (...) soient considérés comme un crime contre l’humanité », renchérit Cristina Godoy-Navarrete. 

PHOTO AFP

Shaira Sepulveda, 72 ans, a été détenue dix jours dans un autre centre de torture de la capitale, la Villa Grimaldi, où fut également torturée Michelle Bachelet, devenue par la suite présidente du Chili, et aujourd’hui Haute-Commissaire de l’ONU aux droits humains. 

« J’espère qu’un jour nous obtiendrons justice parce qu’elles le méritent », dit-elle en montrant 190 fleurs plantées à Villa Grimaldi, en mémoire de prisonnières disparues ou assassinées, dont 35 sur les lieux.

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jeudi, mars 04, 2021

DÉBUT DE LA FIN DE LA RESTAURATION OLIGARCHIQUE AU CHILI

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«NOUVELLE CONSTITUTION»
GRAFFITI CAIOZZAMA

Au mois d'octobre 2019 des milliers d'étudiants du secondaire de la capitale chilienne se révoltent contre la hausse de 30 pesos – moins de 4 centimes de francs suisses – du billet du métro, en enjambant les tourniquets pour accéder au transport public. Les jours suivants on a vu d'un côté une impressionnante répression policière contre les étudiants mobilisés et une protection des stations du métro de la part de l'État chilien, et d'un autre côté une solidarité de la population envers les étudiants. Le 18 octobre des manifestations ont lieu dans les principales villes du pays, contre la hausse des services publics et la politique sociale et économique du gouvernement. Le lendemain l'état d'urgence et le couvre-feu est décrété dans tout le pays. Le 25 octobre 2019 a lieu la plus grande manifestation que le Chili a connue, plus d'un million de manifestants à Santiago et autant dans les régions. 

Avec notre correspondant à Santiago, Lucio Parada 

PROPAGANDE ÉLECTORALE 

« N'AYEZ PAS PEUR »

Ce ne sont pas 30 pesos, ce sont 30 ans crient les gens dans la rue, en allusion aux trente ans depuis le retour à la démocratie. Trente ans de transition démocratique, de consolidation du modèle néolibéral, avec une inégalité sociale très importante. La place où les manifestations ont lieu dans la capitale chilienne, est renommée comme Place de la Dignité par les manifestants en référence à cette dignité qu'il faut récupérer après tant d'abus de la part des gouvernements et de la caste économique et financière qui dirige le pays. 

La contradiction du moment est : néolibéralisme versus démocratie ; et en finir avec le modèle passe par plus de démocratie. La rue demande « Nueva Constitution Ya! » [Nouvelle Constitution maintenant!]  pour finir avec la Constitution Politique écrite en 1980 par la dictature, dans laquelle le principe de subsidiarité stipule que l'État ne peut pas intervenir là où le marché privé voit une opportunité. 

Sous la pression constante des manifestants toujours mobilisés dans l'ensemble du pays, le Président Piñera somme les partis politiques de trouver un accord pour sortir de cette crise, et au petit matin du 15 novembre 2019 les partis au pouvoir et d'opposition, à l'exception du Parti communiste du Chili, ont signé un accord mettant en place un référendum sur la nécessité d'une nouvelle constitution. Bien que la demande populaire d'une nouvelle constitution fasse partie des exigences des communistes depuis la fin de la dictature, ils ne sont pas conviés à la discussion mais juste pour la signature. N'étant pas d'accord avec cette exclusion, ainsi que celle des mouvements sociaux présents dans la rue, et l'imposition d'un quorum de 2/3 pour écrire la nouvelle constitution, le parti n'avale pas l'accord et demande une véritable Assemblée Constituante. 

Les manifestations continuent à mobiliser autant de monde pendant l'été austral, laissant libre cours à la répression policière avec un bilan de près de trente morts dans la rue et près d'un millier de blessés oculaires dus aux tirs de chevrotine et de grenades lacrymogènes par la police directement sur les manifestants. Il y a eu plus de 2500 blessés et 5000 arrestations, dont certains attendent encore aujourd'hui en prison préventive avant de passer devant un juge. À la rentrée de l'année 2020, la manifestation du 8 mars a été largement suivie dans tout le pays, demandant la démission du Président Piñera sans soutien social ni politique, avec pas plus de 6% dans les sondages. Alors la pandémie du Covid 19 est arrivée au Chili. 

Afin de mettre les manifestants en sourdine, le gouvernement se presse pour décréter la quarantaine obligatoire dans tout le pays ce qui n'empêche pas de situer le pays dans le groupe de tête des pays avec le plus d'infectés par habitants ce qui a coûté le poste au ministre de la santé quelques semaines plus tard. Le système sanitaire au Chili a collapsé marquant encore une fois l'inégalité dans l'accès aux services publics. 

Le référendum prévu pour le mois d'avril de 2020 a été reporté au 25 octobre et le résultat a été clair. Avec une participation de 51%, les chiliens se sont prononcés à 78% pour un changement de constitution et à 79% pour que ce soit une assemblée élue exclusivement à cet effet qui se penche dessus. 

Toujours sous le régime d'état d'urgence et de couvre-feu nocturne, le pays est appelé le dimanche 11 avril prochain à voter pour quatre élections : les 155 membres de la Convention Constitutionnelle, les gouverneurs des 16 régions du pays, les maires des 346 communes et les membres d'autant de conseils municipaux. 

« MOI J'APPROUVE,
CONVENTION CONSTITUANTE »

DESSIN CAIOZZAMA

La coalition de droite au pouvoir part unie pour ces élections, tandis que du côté de l'opposition, les partis de centre gauche, de la Démocratie Chrétienne jusqu'aux socialistes se sont rassemblés autour de la coalition « Lista del Apruebo » [Liste moi j'approuve], et le Parti communiste et autres partis à gauche se retrouvent dans la coalition « Apruebo Dignidad» [J'approuve dignité]

Des 155 membres de la Convention Constitutionnelle à élire, 17 devrons être originaires des peuples autochtones et une correction est prévue pour atteindre la parité de sexe, ce qui constitue une première mondiale. D'un autre côté on a exclu de participation les chiliens résidents à l'étranger. 

La nouvelle constitution chilienne est appelé à mettre fin à la restauration oligarchique imposée à feu et à sang dès le 11 septembre 1973 par la dictature militaire, avec la complicité des civils et la bénédiction des États Unis. Au niveau économique le pays doit reconduire une nationalisation de l'industrie minière. Aujourd'hui seulement un tiers des exploitations minières sont en main de l'État et ceci grâce à la politique du gouvernement populaire de Salvador Allende. Ceci est fondamental pour avancer vers un nouveau modèle de développement économique ayant pour objectif la qualité de vie des personnes et ses droits fondamentaux. 

Il faut tenir compte aussi que le Chili aura des élections législatives et présidentielles au mois de novembre de cette année et pour la première fois c'est un militant du Parti communiste du Chili qui sort en tête des sondages d'opinion. En effet Daniel Jadue, Maire de la commune de Recoleta dans la ville de Santiago, bénéficie d'une grande popularité pour avoir mené une politique locale en faveur de ses administrés, s'opposant au pouvoir politique centralisé et aux grands groupes économiques. Il est à l'origine d'initiatives comme les pharmacies populaires, immobilières populaires et autres librairies, magasins de disque et de lunettes toujours populaires. 

Le groupe parlementaire communiste est aussi à l'origine d'initiatives populaires, toujours pas approuvées, comme une taxe sur les super riches, la réduction de la durée du travail hebdomadaire à 40 heures ou d’une loi d’amnistie pour les prisonniers de la révolte sociale de 2019. 

L'explosion sociale du mois d'octobre de 2019 qui a marqué le réveil des chiliens, avec ses morts, mutilés, blessés et prisonniers, fera que le Chili ne sera plus pareil, avec ses abus et inégalités sociales. Le Chili a besoin d'un État présent, maître de son économie, afin de subvenir aux besoins de la population en matière de santé, éducation, logement, retraites et autres droits sociaux. 

EN MARCHE FORCÉE

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CONDAMNÉ POUR CORRUPTION, NICOLAS SARKOZY
VA FAIRE APPEL ET N’IRA PAS EN PRISON

lundi, mars 01, 2021

CUBA CÉLÈBRE «SOUVERAINE», L’UN DE SES VACCINS ANTI-COVID

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PHOTO  YAMIL LAGE / AFP 
Sur les 70 vaccins contre le Covid-19 actuellement en cours d’essais cliniques, quatre sont cubains. Malgré les pénuries et l’embargo américain, l’île des Caraïbes a développé une puissante industrie biotechnologique au cours des quarante dernières années.

«SOBERANA»CORO DIMINUTO

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Par Ed Augustin, Naima Bouteldja et Romane Frachon / Mediapart

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La Havane (Cuba).– Gerardo Guillén « adore le chocolat ». Mais le directeur de la recherche biomédicale au Centre pour le génie génétique et la biotechnologie ne se souvient plus de la dernière fois qu’il en a goûté. « Les pénuries existaient déjà avant la crise liée au Covid, explique-t-il, mais la situation a empiré. »

Celles qui affectent le pays depuis le début de la pandémie ont atteint des proportions effarantes. Au petit matin, les gens se précipitent sur les marchés agricoles pour traquer les camions et leurs maigres cargaisons de fruits et légumes. Ils repartent souvent dépités, les livraisons n’arrivant pas toujours à destination, faute de carburant. Depuis l’an dernier, l’achat de riz en dehors des quotas de rationnement a été criminalisé. Des produits emblématiques comme le rhum sont en rupture de stock. Partout dans le pays, on manque de pain.

Mais alors qu’elle traverse l’une des plus graves crises économiques de son histoire, l’île de Cuba est en passe de devenir le premier pays d’Amérique latine à développer son propre vaccin anti-Covid. Sur les 70 vaccins contre le Covid-19 actuellement en cours d’essais cliniques, quatre sont cubains. Soberana 02 (« Souveraine ») va entamer la phase III le mois prochain (pour étudier l’efficacité et la tolérance du vaccin à grande échelle).

Si les autorités de régulation cubaines donnent leur accord, la campagne de vaccination de masse débutera en avril prochain et les chercheurs cubains espèrent pouvoir vacciner toute la population (11 millions d’habitants) d’ici la fin de l’année et les laboratoires produire 100 millions de doses.

Linda Venczel, vaccinologue de PATH (ONG internationale de santé) a suivi l’évolution du vaccin. Elle n’est « absolument pas » surprise que Cuba ait pu développer un vaccin. « Ayant vécu à Cuba, je sais que l’Institut Finlay existe depuis plus de 80 ans. [Les Cubains] fabriquent des vaccins de très bonne qualité contre la rage, la variole et la typhoïde entre autres. »

Il n’y a pas à Cuba de mouvements anti-vaccination similaires à ceux observés en Europe et aux États-Unis, même si des membres de groupes minoritaires comme les Acuarios (une communauté cubaine dont les membres ne se soignent que par l’eau) refusent de se faire vacciner. Le Dr Guillén assure que « leurs souhaits seront respectés ». Pour donner l’exemple, Guillén s’est injecté lui-même l’un des quatre vaccins en cours de développement (le vaccin Abdala, du nom d’un poème de José Martí), faisant de lui l’une des premières personnes à recevoir un vaccin contre le Covid dans le pays.

Depuis plusieurs mois, les chaînes cubaines diffusent en boucle un clip vidéo nationaliste kitsch mettant en scène une chorale de jeunes filles qui rend hommage aux scientifiques cubains. L’ingénieur et podcasteur Camilo Condis, connu pour ses altercations sur Twitter avec les ministres cubains, est agacé par « les messages triomphalistes qui sont constamment diffusés » alors qu’il n’y a pas encore de « vaccin fonctionnel ». Il se dit confiant mais préfère rester « prudent et attendre des résultats tangibles ».

Dans un pays où les gens sont habitués à suivre les ordres, il est probable que l’injonction à se faire vacciner se fasse fortement ressentir quand la campagne de vaccination débutera : « On a le choix, mais on n’a pas le choix, s’amuse Yasser Gonzales, un jeune entrepreneur cycliste de 33 ans. C’est un peu comme pour la parade du 1er Mai, ils viendront nous chercher jusque chez nous, dans nos bureaux s’il faut. » Mais, de toute façon, il a « envie d’être vacciné, que les touristes reviennent, ce n’est même pas une question que je me pose ».

Pour Gail Reed, l’éditrice de MEDICC Review, une revue à comité de lecture dédiée à la santé publique en Amérique latine et dans les Caraïbes, le grand avantage des vaccins cubains est qu’ils utilisent des « ingrédients similaires » à ceux contenus dans les vaccins déjà produits par Cuba dans le passé. Vaccins qui se sont révélés être « extraordinairement sûrs et efficaces », permettant d’éliminer des maladies comme l’hépatite B et la méningite B. « Nous n’avons donc pas affaire à une nouvelle technologie ici, et je pense que cela trouvera un écho auprès d’autres gouvernements, et même des personnes à l’étranger qui pourraient avoir des réticences à l’égard des vaccins. »

En plus de ses musiciens, de ses artistes et de ses sportifs, le système socialiste cubain considère les scientifiques comme des héros. Et, chose peu connue en Europe, au cours des quatre dernières décennies, l’île des Caraïbes a développé une puissante industrie biotechnologique.

« Dès le début de la révolution, ils ont donné une grande priorité à la santé et à l’éducation », précise José Luis Di Fabio, ancien représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Cuba, aujourd’hui consultant international sur les vaccins à Washington. Fidel Castro, obsédé par la santé publique, a fondé le secteur biotechnologique du pays (baptisé « Front biologique ») en 1981.

Le système de santé universel était déjà solidement en place à cette époque mais les médicaments et les équipements sophistiqués faisaient défaut. Comment les obtenir alors que les approvisionnements étaient depuis 1962 entravés par l’embargo américain ? Le gouvernement a fait le pari d’essayer de devenir le plus autosuffisant possible.

Ainsi, contre toute attente, dans les années 1990, alors que l’économie cubaine s’écroulait après l’effondrement du bloc soviétique, le secteur des biotechnologies a connu un essor extraordinaire. L’idée, explique le Dr Mitchell Valdés-Sosa, directeur du Centre cubain des neurosciences, membre du Comité Covid, « était que la haute technologie soit notre voie de sortie de crise. C’était un moyen de tirer profit de tous les efforts que le pays avait déjà accomplis dans le domaine de l’éducation ».

L’industrie cubaine des biotechnologies est aujourd’hui un géant. John Kirk, spécialiste de Cuba à l’université Dalhousie au Canada, la surnomme « la Silicon Valley du sud global ». La vingtaine d’entreprises et d’instituts de recherche qui la constituent emploient aujourd’hui environ 20 000 personnes qui travaillent en étroite collaboration.

Les médicaments qu’ils développent sont fabriqués, distribués et subventionnés par l’État, et sont vendus à des prix qui sont à la portée de tous les portefeuilles. « Par rapport aux géants de l’étranger, la communauté scientifique n’est pas si grande ici », commente Valdés-Sosa, dont le centre de neurosciences s’est mis depuis le début de la pandémie à fabriquer des écouvillons et des ventilateurs. « Les liens étroits avec le système universitaire, les centres de recherche et les hôpitaux font que la recherche va plus vite. On travaille tous ensemble. »

Dans un pays où une rhétorique socialiste anachronique et pompeuse est souvent ressentie comme déconnectée du sentiment populaire, le secteur biotechnologique se montre à la hauteur de ses ambitions, tant au niveau national qu’international.

Depuis plus de 30 ans, Cuba exporte ses vaccins et autres médicaments à l’étranger, souvent à des pays voisins, à des prix bien en deçà de ceux du marché. Le pays a l’un des taux de vaccination infantile les plus élevés au monde et produit 8 des 12 vaccins qui sont administrés à cette tranche d’âge. Le pays « a développé le premier vaccin efficace au monde contre l’hépatite B, un vaccin contre la fièvre typhoïde, et le seul vaccin thérapeutique contre le cancer au monde, actuellement en cours d’essais cliniques aux États-Unis », précise Di Fabio.

Mais le secteur biotechnologique cubain, qui irrite depuis longtemps son puissant voisin du Nord, est aujourd’hui particulièrement affecté par le régime des sanctions américaines.

En 2002, John Bolton, alors sous-secrétaire d’État de George W. Bush, accusait déjà l’île de développer un programme « limité de guerre biologique offensive ». Deux ans plus tard, on pouvait lire dans un document du Département d’État étasunien (visant à planifier une ère cubaine post-Castro) que « les centres de biosciences [ne sont] pas appropriés en termes d’ampleur et de coût pour une nation aussi fondamentalement pauvre ». Ajoutant : «L’investissement dans le secteur de la biotechnologie n’a pas entraîné d’afflux de capitaux importants et soulève des questions sur les types d’activités entreprises. »

Le poids des sanctions américaines

Dire que les problèmes de l’économie cubaine, dépassée et stagnante, sont aggravés par les sanctions américaines est un euphémisme.

À première vue, l’embargo semble simplement empêcher Cuba de commercer avec les États-Unis. Dans le domaine des soins de santé, une dérogation permet même aux compagnies américaines d’exporter vers Cuba. Mais dans la pratique, obtenir ce permis du Département du Trésor implique un processus si compliqué que les entreprises américaines du secteur de la santé préfèrent le plus souvent s’abstenir de tout échange.

L’île se voit ainsi privée des importations d’un partenaire commercial qui est pourtant géographiquement proche et est obligée de regarder plus loin.

Après un assouplissement des sanctions sous la présidence de Barack Obama, l’administration Trump en a imposé plus qu’aucun autre gouvernement américain ces 50 dernières années (en un seul mandat, 240 mesures ont été adoptées contre l’île). Toutes les entrées majeures de devises dans le pays ont été ciblées : les voyages aériens américains vers Cuba – ainsi que les devises en dollars qu’ils impliquent – ont été drastiquement réduits, les envois de fonds ont été restreints puis coupés et les navires pétroliers en provenance du Venezuela ont été stoppés avant d’arriver sur les côtes cubaines.

« L’embargo nous étouffe, fulmine Valdés-Sosa, directeur du Centre cubain des neurosciences et membre du Groupe d’actions Covid de l’île. Il s’en prend au pétrole qui arrive à Cuba, il attaque la communauté internationale et fait pression pour essayer de nous empêcher de vendre des services et des produits médicaux. »

L’embargo prive Cuba du droit d’acquérir des matières premières, des réactifs, des outils de diagnostic, des médicaments, des appareils et des pièces de rechange en provenance des États-Unis, alors que ces derniers sont l’un des leaders du marché. Une loi dispose que tout équipement ou matériel, dont « plus de 10 % des composants proviennent des États-Unis », ne peut pas être vendu à Cuba.

Le Centre pour le génie génétique et la biotechnologie, où le Dr Guillén travaille, abrite le seul spectromètre de masse du pays, appareil indispensable pour faire des analyses sur les vaccins (qui permettent d’obtenir une autorisation des instances de régulation). La machine qui est actuellement utilisée pour tester les quatre vaccins cubains a été acquise il y a plus de 20 ans.

Les spectromètres « qui ont une plus grande sensibilité de détection sont des technologies américaines », explique Guillén. Son centre a demandé à la société européenne Bruker de lui vendre un nouveau spectromètre, une demande rejetée au motif que plus de 10 % des composants de la machine proviennent des États-Unis. Il est par ailleurs impossible d’acheter des pièces détachées pour le vieux spectromètre, initialement construit par la société britannique Micromass, rachetée depuis par la firme américaine Waters.

Quelques jours avant de quitter ses fonctions en janvier, le secrétaire d’État Mike Pompeo a placé Cuba sur la liste américaine des « États qui soutiennent le terrorisme » (sans fournir de preuves contemporaines pour appuyer cette affirmation). Selon les analystes, cette désignation était motivée par le double objectif de récompenser les politiciens cubano-américains de droite en Floride et de nuire à toute normalisation future des relations États-Unis-Cuba que la nouvelle administration de Joe Biden pourrait entreprendre.

L’inscription de Cuba sur la liste américaine du terrorisme, ainsi que le renforcement des sanctions par Trump, a « rendu les banques encore plus méfiantes à l’égard des paiements liés à Cuba », explique Emily Morris, économiste britannique de l’University College de Londres, spécialiste de Cuba. «Il en résulte que les sociétés européennes ou canadiennes cherchant à établir des relations commerciales et financières avec Cuba soit sont bloquées, soit subissent des retards et des coûts de transaction plus élevés. »

En avril 2020, l’homme d’affaires chinois Jack Ma n’a pas réussi à envoyer des gants, des masques et des respirateurs à Cuba car la compagnie aérienne Avianca, basée en Colombie, que sa fondation avait engagée pour effectuer la livraison et qui est en grande partie détenue par des investisseurs étasuniens, a refusé de livrer du fret sur l’île.

Le même mois, le Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a demandé aux États-Unis de lever l’embargo, pointant que face à l’ampleur de la pandémie, personne ne devait se voir privé de soins médicaux vitaux. En vain.

Pourtant, malgré ces privations, le pays est jusqu’ici parvenu à éviter une catastrophe sanitaire.

Cuba possède le ratio médecin-patients le plus élevé au monde. Depuis le début de la pandémie, chaque matin, une armée de médecins de famille, d’infirmières et d’étudiants est envoyée pour frapper aux portes et traquer les symptômes du Covid au sein de la population. S’ils espèrent obtenir leur diplôme, les 28 000 étudiants en médecine de l’île sont souvent obligés d’accomplir leurs marche quotidienne sous un soleil brûlant.

Toutes les personnes testées positives sont automatiquement hospitalisées. Le gouvernement a mis en place un régime strict de traçage des contacts : pendant les premiers mois de la pandémie, tous les contacts des cas confirmés ont été envoyés dans des « centres d’isolement » publics (généralement des écoles, des installations militaires ou des hôtels) où ils ont été détenus pendant deux semaines.

Ces mesures efficaces et draconiennes ont porté leurs fruits : l’année dernière, Cuba a relevé 12 225 cas confirmés de coronavirus et 146 décès, soit l’un des taux les plus bas de l’hémisphère nord.

Puis, à la suite de la décision de réouverture des vols aériens internationaux en novembre après une fermeture de sept mois, le nombre de cas a grimpé en flèche. Les autorités luttent maintenant contre la pire crise sanitaire depuis le début de la pandémie, avec plus de cas enregistrés en janvier que pendant toute l’année dernière. Pour la première fois depuis février 2020, les hôpitaux de La Havane atteignent leur pleine capacité. Un couvre-feu à 21 heures a récemment été instauré dans la capitale.

Sur le plan international, la réponse de l’île n’est pas passée inaperçue. Au début de 2020, Cuba comptait déjà 28 500 personnels médicaux travaillant dans 48 pays. Depuis, 4 000 médecins et infirmières supplémentaires se sont rendus dans 40 pays pour lutter contre le virus. Cuba pratique une politique tarifaire échelonnée : elle envoie gratuitement du personnel médical dans les pays les plus pauvres (comme la Gambie) mais facturent les pays qui peuvent payer.

« Sous Fidel, le profit n’était pas la priorité », explique John Kirk. Mais « aujourd’hui, Cuba a désespérément besoin de revenus ». Envoyer son personnel médical à l’étranger « est une façon d’en acquérir ».

L’exportation de professionnels de la santé est désormais la principale source de devises pour le pays. Les programmes de déploiement des travailleurs cubains ne sont pas exempts de toutes critiques : l’État prélève une grosse partie (en moyenne 75 %) du salaire qui leur est reversé, ce que beaucoup d’entre eux trouvent disproportionné et inéquitable. En 2019, dernière année pour laquelle des données sont disponibles, l’exportation de médecins a rapporté 5,4 milliards de dollars dans les coffres cubains, soit deux fois plus que le tourisme.

L’exportation du vaccin pourrait donc aider le pays à se sortir de la ruine économique qui le menace. Mais les scientifiques cubains n’excluent pas l’idée de faire preuve de « solidarité médicale » avec les pays pauvres.

Une situation économique périlleuse

« Nous ne sommes pas une multinationale où le retour sur investissement est notre priorité numéro un, a déclaré M. Vérez, directeur de l’Institut Finlay qui développe Soberana 01 et 02, lors d’une récente conférence de presse. Notre première priorité est d’apporter la santé, et le retour sur investissement en est une conséquence. »

Plusieurs pays ont déjà manifesté leur intérêt pour les vaccins cubains. C’est notamment le cas de la Jamaïque, de l’Iran, du Vietnam, de la Serbie ou encore de l’Inde et du Pakistan. Sovereign 2 entame la phase III des essais cliniques conjointement à Cuba et en Iran. Le Mexique est en pourparlers avec le gouvernement cubain pour également participer à la troisième phase des essais cliniques.

Et tandis que de nombreux vaccins doivent être congelés à des températures très basses (Moderna à − 20 degrés, Pfizer-BioNTech à − 80/60 degrés), les vaccins cubains se conservent le mieux entre 4 et 8 degrés. Ils apparaissent donc plus adaptés à des pays chauds ou à ceux qui ont des capacités de réfrigération moindre.

La pandémie a été désastreuse pour le tourisme et a empêché les Américains d’origine cubaine, dont les dollars soutiennent une grande partie de l’activité économique, de visiter le pays. Le gouvernement a indiqué que les recettes en devises étrangères n’ont représenté que 55 % des niveaux qui avaient été prévus l’année dernière.

Au bord de la rupture financière, le pays a drastiquement baissé ses importations. Celles en provenance de Chine (le principal exportateur de matières plastiques, de produits chimiques et de médicaments vers l’île) ont chuté de 40 % l’année dernière, prolongeant ainsi un déclin marqué depuis cinq ans.

La rareté extrême de quasiment tous les produits de nécessité – du savon aux antidouleurs – provoque des scènes surréalistes. Les files d’attente pour des denrées comme le poulet peuvent durer trois jours. Et lorsque l’État a décrété un couvre-feu pour réduire la contagion, empêchant les Havanais de sortir de chez eux avant 6 heures du matin, beaucoup se sont cachés derrière des arbres et sous des bâtiments jusqu’à 5 h 59 pour pouvoir se mettre en tête de file.

« Cuba dépend des importations de matières premières, d’équipements, de réactifs et de certains produits chimiques nécessaires à la production de vaccins, souligne M. Di Fabio, ancien représentant de l’OMS sur l’île. Mais la demande mondiale pour ces mêmes matériaux rendra l’accès plus difficile. De nombreux fabricants mondiaux de vaccins connaissent déjà d’importants retards dans l’obtention de ces produits. Les listes d’attente pourraient être longues et Cuba devra rivaliser pour les obtenir sur le marché mondial dans le cadre des sanctions déjà imposées. »

Les scientifiques cubains ont appris à faire avec très peu. L’embargo ne les a jamais empêchés de développer, de produire et d’exporter leurs médicaments et leurs vaccins aux quatre coins du monde. Mitchell Valdés-Sosa explique que trois éléments ont permis à Cuba de faire face aux difficultés : le capital éducatif, le soutien de leur gouvernement et une bonne dose de « débrouillardise».

Son laboratoire a été le premier sur l’île à disposer d’un scanner IRM, don d’une université hollandaise qui voulait le jeter. Ils l’ont réparé : « Les Cubains ne sont pas seulement capables de faire fonctionner de vieilles voitures… Ils peuvent aussi faire fonctionner de vieux équipements. »

Le Dr Gerardo Guillén, l’un des principaux architectes du programme de vaccination cubain, touche un salaire de 300 euros par mois et roule toujours dans une vieille Lada soviétique bleue. Mais il en est convaincu, « les difficultés sont un cadeau pour l’innovation ». « Lorsque vous avez tout, vous n’avez pas besoin de réfléchir autant. Mais quand vous êtes confrontés à des difficultés, vous devez imaginer de nouvelles façons d’innover. »

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