samedi, octobre 20, 2007

Les geysers de l'Atacama menacés par un projet de centrale

Les geysers du Tatio, nom traduit du Quechua, signifie « le grand-père qui pleure »

Photos : ATACAMA DESERT 3, TATIO GEYSER

C'est un drôle de combat, qui se déroule depuis un mois en plein désert de l'Atacama, dans le nord du Chili. Face à face, des associations de défense de l'environnement et une entreprise spécialisée dans l'énergie. Dans cet endroit lunaire, à plus de 4 000 mètres d'altitude, la Geotermica del Norte (GDN) et l'italien Enel souhaitent construire une centrale électrique "propre", en utilisant la géothermie.

Sur le plateau d'El Tatio, des tours et des turbines génératrices d'électricité pourraient remplacer les fumerolles des geysers en ébullition. Pour l'instant, les deux entreprises ont demandé à la Commission nationale de l'environnement (Conama) de réaliser une étude d'impact de leur projet. Un rapport qui décidera de la faisabilité d'une telle entreprise.

"De graves problèmes environnementaux, sociaux et culturels"

Mais avant même de connaître les résultats de l'étude, de nombreuses voix s'élèvent pour protester contre la construction d'une centrale dans l'un des plus beaux endroits de la planète. En témoigne une pétition ouverte sur le Net. De son côté, la municipalité de San Pedro de Atacama, ville-oasis au milieu du désert, a déjà annoncé son opposition au projet, alors que plusieurs associations locales ont présenté un "recours de protection" contre la GDN, accusée de commencer les travaux d'installation avant d'avoir le feu vert de la Conama. De son côté, la GDN assure "respecter scrupuleusement" la législation en vigueur.

Dans un communiqué, la mairie de San Pedro explique:

"Le projet génère de graves problèmes environnementaux, sociaux et culturels pour les communautés indigènes dont le territoire [qui leur appartient depuis onze mille ans, ndlr] se situe exactement là où est prévu la centrale."

"Le projet compromet de manière irréversible les stratégies productives des communautés locales, qui ont fait de l'éco-tourisme la base de leur développement économique."

Les geysers, source d'eau du désert le plus sec de la planète

Le risque de modifier totalement l'écosystème du désert chilien est réel. L'Atacama est le désert le plus sec de la planète. Et les fumerolles des geysers sont l'une des seules sources d'eau dont dispose la végétation, dont se nourrissent les lamas et autres vigognes qui peuplent la région.

Si cette centrale voit le jour, les fumerolles disparaîtront, puisque c'est avec l'énergie générée par ces dernières que se produit l'électricité géothermique. Sans parler de l'impact sur le paysage des intallations et des lignes à haute-tension nécessaires au transport de l'énergie produite.

Pour le moment, le seul point sur lequel s'accordent tous les protagonistes, c'est qu'il faut agir pour réduire la dépendance énergétique du Chili, et si possible avec des énergies "propres". L'électricité géothermique en est une, mais à condition de ne pas détruire la nature pour la produire.

Le temps presse pour le Chili, qui voit chaque année ses besoins en énergie augmenter, et avec eux sa dépendance énergétique, notamment pour le gaz que le pays achète à l'Argentine et à la Bolivie. Un dossier d'autant plus épineux que Michelle Bachelet, première présidente à avoir été soutenue par les ONG de défense de l'environnement, s'est engagée à ne pas recourir à l'énergie nucléaire.