mardi, octobre 09, 2007

Iran: des étudiants protestent contre le président Ahmadinejad

Une centaine d'étudiants iraniens protestent contre le président Ahmadinejad, le 08 octobre 2007 à Téhéran

TEHERAN (AFP) — Une centaine d'étudiants réformateurs ont défié lundi le président iranien Mahmoud Ahmadinejad avec des slogans hostiles et réclamé la libération de trois de leurs camarades détenus, dans l'enceinte de l'Université de Téhéran où le président iranien a prononcé un discours.

"Ahmadinejad Pinochet, l'Iran ne deviendra pas le Chili", ont scandé les étudiants, filles et garçons mélangés, qui se sont dirigés vers la principale entrée de l'université, fermée par la police anti-émeute. Celle-ci les a empêchés de sortir dans la rue, a dit un témoin à l'AFP.

Des dizaines de policiers s'étaient déployés autour de l'Université de Téhéran, située dans le centre de la capitale, pour en bloquer l'accès. Selon l'agence semi-officielle Fars, des bagarres ont éclaté entre les membres de la sécurité de l'Université et les étudiants qui cherchaient à forcer une des portes.

"Les étudiants emprisonnés doivent être libérés", ont également scandé les étudiants en brandissant les photographies de trois de leurs camarades emprisonnés depuis plusieurs mois.

Ces étudiants de l'université Amir Kabir de Téhéran, l'une des plus politisées du pays, sont détenus depuis le mois de mai, accusés d'avoir publié des journaux considérés comme insultant la religion musulmane.

Ils ont toujours nié, affirmant avoir été l'objet d'un coup monté par des personnes cherchant à les discréditer.

Organisé par l'Association islamique des étudiants (réformateurs), le rassemblement a dégénéré au moment de l'arrivée de Mahmoud Ahmadinejad avec de brefs affrontements entre partisans et adversaires du président.

Ces heurts ont empêché la retransmission en direct du discours présidentiel à l'occasion de la rentrée universitaire.

"Pourquoi seulement Columbia? Nous avons aussi des questions", ont écrit les protestataires sur des pancartes, faisant référence au récent discours du président iranien à l'université américaine de Columbia à New York.

"Si comme vous l'avez dit à Columbia, l'Iran est le pays le plus libre du monde, pourquoi expulsez-vous les professeurs d'université", a demandé un étudiant à l'adresse du président Ahmadinejad lors d'un discours improvisé devant les étudiants, selon Fars.

Très actifs, des étudiants islamistes ont pris la défense de M. Ahmadinejad, dénonçant "les faux partisans de la liberté".

"Si la liberté signifie qu'on peut serrer la main d'une femme étrangère, nous n'en voulons pas", a affirmé un étudiant islamiste. "Expulsez les professeurs non musulmans", ont crié d'autres.

Ces derniers mois, plusieurs professeurs d'université connus pour leurs idées libérales ont été mis à la retraite par les autorités.

"L'université n'est pas la place des hypocrites", ont également crié les étudiants islamistes en réclamant l'interdiction du Bureau de la consolidation de l'unité (BCU), qui regroupe les associations d'étudiants réformateurs.

En décembre, le président iranien avait été pris à partie par des étudiants dans cette même université, qui avaient lancé "mort au dictateur" et brûlé des portraits de M. Ahmadinejad.

dimanche, octobre 07, 2007

CHILI: LA VEUVE, LES ENFANTS ET ANCIENS COLLABORATEURS DE PINOCHET REMIS EN LIBERTÉ

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Intérieur du Palais des Tribunaux de Justice Santiago, le Chili

La veuve de l'ancien dictateur chilien Augusto Pinochet, ses cinq enfants et seize anciens collaborateurs, placés en état d'arrestation jeudi pour détournement de fonds publics, ont recouvré la liberté samedi sur décision de la Cour d'appel de Santiago.
Les trois filles de l'ancien homme fort du Chili sont sorties de prison après versement d'une caution de 588 dollars, ce qui n'a pas été jugé nécessaire pour les deux fils, a indiqué le président de la cinquième chambre de la Cour d'appel, Juan Eduardo Fuentes.

La veuve Lucia Hiriart, 84 ans, se trouvait toujours à l'hôpital militaire de Santiago, où elle avait été admise pour des difficultés cardiaques après l'annonce de son placement sous écrous.

Le clan Pinochet avait été placé en état d'arrestation jeudi par le juge Carlos Cerda pour le détournement de 27 millions de dollars de fonds publics entre 1980 et 2004.

La présidente chilienne Michelle Bachelet, fille d'un général torturé à mort sous Pinochet (1973-1990), s'était aussitôt félicitée de la détermination de la justice à enquêter sur la corruption du régime militaire.

Mais le magistrat avait provoqué la stupeur vendredi en proposant que la veuve du général Pinochet, décédé le 10 décembre 2006, Lucia Hiriart, 84 ans, ses enfants et ses anciens collaborateurs, soient relâchés "faute d'éléments suffisants pour les maintenir en détention".

"L'empire du droit a été en partie restauré aujourd'hui", s'est réjoui samedi l'avocat Luis Pacull, défenseur d'un des fils Pinochet, Marco Antonio. A sa sortie, celui-ci a estimé que "le pays devait penser et analyser ce qui se passe".

Le juge Cerda a justifié son action en niant toute contradiction dans ses décisions et en estimant que "toute personne a le droit d'être en liberté pour faire face à des poursuites pénales".

"Il s'agit de la persécution politique la plus implacable de l'histoire du Chili, pas contre une personne ni un régime, mais une famille tout entière", a protesté Me Pablo Rodriguez, avocat de Lucia Hiriart.

"C'est un juge qui a soif de vengeance et de renommée personnelle", a dénoncé Maria José Martinez, petite-fille de l'ex-dictateur.

A la mort de Pinochet, M. Cerda avait déclaré: "en tant que juge, je me sens mal et plein de désillusions car l'Etat chilien a été incapable de faire éclater la vérité sur les accusations contre Augusto Pinochet".

Les cinq enfants Pinochet ont dormi deux nuits en prison: les deux fils Augusto et Marco Antonio au centre pénitentier Santiago 1 et les trois filles Lucia, Maria Veronica et la cadette Jacqueline à la prison des femmes de Santiago.

Les avocats de la famille avaient déposé jeudi une demande d'habeas corpus, estimant qu'on ne pouvait poursuivre pour détournement de fonds publics des personnes n'ayant occupé aucune charge au sein de l'État.

Le détournement avait été mis au jour en 2004 par une enquête du Sénat américain qui avait découvert une centaine de comptes détenus au nom de Pinochet et de sa famille, notamment au sein de la banque Riggs à Washington et ailleurs à l'étranger.

samedi, octobre 06, 2007

AU CHILI, LE CLAN PINOCHET DERRIÈRE LES BARREAUX



À défaut d'avoir coincé Augusto Pinochet, mort il y a un an avant d'être jugé, la justice chilienne a mis derrière les barreaux son clan Pinochet pour corruption. Au total, ce sont pas moins de 23 personnes qui ont été mises en détention provisoire hier après-midi à Santiago. Toute la famille de l'ancien dictateur (sa femme et ses cinq enfants), ainsi que son ex-avocat, sa secrétaire et de nombreux militaires à la retraite ont dormi dans différentes prisons de la capitale chilienne hier, sur demande du juge Carlos Cerda, qui instruit depuis plusieurs années l'affaire Riggs, une vaste opération de détournement de fonds publics et d'évasion fiscale.


C'est un signe fort que donne la justice chilienne, elle qui avait tant été critiquée ces dernières années alors qu'elle échouait à mettre sous les verrous Pinochet. Un virage semble pourtant avoir été pris depuis un an en matière de droits de l'homme, avec l'arrestation et l'extradition de l'ancien dictateur péruvien Fujimori, et désormais avec la mise en détention du clan Pinochet. Le Chili, qui est candidat au Conseil des droits de l'homme de l'ONU, cherche ainsi par tous les moyens à redorer son blason et sa crédibilité sur ces questions sensibles.

"C'est avec l'élection de Michelle Bachelet que les mentalités ont changé", expliquait début 2006 le juge Juan Guzman Tapia, le premier à avoir intenté des procédures judiciaires contre l'ancien dictateur et qui estimait à l'époque "possible" un procès contre Pinochet. Celui-ci est mort avant, et avec lui les six procédures criminelles à son encontre pour meurtres, tortures et disparitions forcées. Ce n'est pas le cas du procès pour détournement de fonds, puisque dans cette affaire, la justice dispose d'autres suspects, qui sont tous aujourd'hui derrière les barreaux.

Une affaire révélée par le Sénat américain

En 2004, une commission d'enquête du Sénat américain sur la banque Riggs révèle que l'ancien dictateur Augusto Pinochet détient pas moins de 27 millions de dollars, répartis dans plus d'une centaine de comptes bancaires à travers le monde, comptes qu'il avait ouverts grâce à une dizaine de fausses identités. C'est à l'époque un coup dur pour celui qui avait toujours maintenu une image de probité, et pour sa famille, qui est elle aussi impliquée dans les détournements de fonds. Pour mémoire, Lucia, la fille de Pinochet s'est fait arrêter en 2005 alors qu'elle cherchait à rentrer aux Etats-Unis, et a préféré faire demi-tour et revenir au Chili pour éviter un procès sur le sol américain.

Depuis les révélations du Sénat américain, la justice chilienne a peu à peu reconstitué le réseau financier mis en place par Pinochet et les membres de cette nébuleuse opaque. "C'est l'aboutissement d'un long travail", a expliqué le juge Cerda. L'enquête a permis de lever le voile sur les pratiques du dictateur et de ses proches: détournement de 27 millions de dollars de fonds publics pendant la dictature, ce à quoi il faut ajouter 8 millions d'euros dus au fisc chilien, car ces sommes n'ont bien sûr jamais été déclarées. Les 23 prévenus encourent chacun une peine de dix à quinze ans de prison.

"Personne n'est au dessus de la loi".

Les partisants de Pinochet crient à la "persécution" contre la famille, et ont demandé que Lucia Hirart, la veuve de l'ancien général, âgée de 83 ans, "soit traitée avec le respect dû à une ancienne première dame de la Nation". Gonzalo Townsend Pinochet, le président du parti Action Pinochétiste Unitaire, et neveu de l'ancien dictateur, appelle le commandant en chef de l'armée chilienne, le Général Izurieta, à "prendre ses responsabilités". Dans le même temps, les associations de droits de l'homme saluent la décision de la justice chilienne, mais soulignent que "ce qui compte ce sont les violations des droits de l'Homme, les meurtres, les disparitions, etc.". La présidente de la République, qui fut elle-même victime de la dictature, et dont le père est mort assassiné par les sbires de Pinochet, a commenté ainsi la détention du clan: "Personne n'est au dessus de la loi." Ce qui est un peu plus vrai aujourd'hui

LE TÉLESCOPE GIANT MAGELLAN OUVRIRA SES YEUX AU CHILI

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Le désert chilien de l’Atacama va héberger le Giant Magellan Telescope (GMT), représentant de la nouvelle génération de télescopes terrestres en gestation dont les miroirs vont dépasser les 20 mètres de diamètre. Le consortium du GMT, qui regroupe des universités et des institutions américaines*, ainsi que l’université nationale australienne, a annoncé que le site de Las Campanas, dans le centre du Chili, avait été choisi pour la construction du futur télescope. Il héberge déjà les deux télescopes jumeaux Magellan.

Le miroir primaire du Giant Magellan Telescope, celui qui reçoit la lumière, sera composé de sept segments de 8,4 mètres de diamètre. L’un sera disposé au centre et les six autres répartis autour, comme des pétales. L’ensemble formera une surface collectrice de 21,4 mètres. Le miroir secondaire, celui qui est placé au-dessus et qui concentre la lumière collectée par le miroir primaire, sera lui composé de sept parties, correspondant aux sept segments.

Le premier segment de miroir du GMT est sorti des ateliers de l’Université de l’Arizona en 2005 et il est en cours de polissage. Cette phase délicate et cruciale ne devrait s’achever qu’en 2009. Il ne restera plus alors à la surface du miroir d’aspérités supérieures à 25 nanomètres. Le consortium espère avoir monté quatre des miroirs en 2013 et achevé la constitution en 2016.

Animation du GMT, audio en Anglais


Le GMT sera le premier d’une nouvelle génération de télescopes géants. Un autre consortium nord-américain (Etats-Unis et Canada) élabore le Thirty Meters Telescope, qui aura un miroir primaire de 30 mètres. Le choix du site n’a pas encore été définitivement arrêté. Il pourrait s’agir du Cerro Tolar, toujours au Chili. Les concepteurs du TMT espère commencer sa construction en 2009 pour qu’il soit opérationnel en 2016. De leur côté, les Européens espèrent lancer la construction de l’European Extremely Large Telescope (E-ELT), équipé d’un miroir de 42 mètres, en 2010.

Cécile Dumas
Sciences et Avenir.com

* University of Arizona, Carnegie Institution, Harvard University, Smithsonian Institution, Texas A&M University, University of Texas at Austin.

LA LITTÉRATURE HISPANO-AMÉRICAINE RACONTÉE PAR JORGE EDWARDS

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CONFÉRENCE - Invité par l’institut Cervantès et l’ambassade du Chili au Liban

Jorge Edwards. Un nom hispanique accordé à un patronyme anglo-saxon, pour l’une des plus éminentes plumes chiliennes.

Chilien à cent pour cent, « même s’il est arrivé à certains journalistes de me présenter comme un écrivain anglais né au Chili et féru de littérature française », s’est-il amusé à signaler, en introduction à la conférence – ou plutôt à la causerie – qu’il a donnée jeudi soir au théâtre Béryte de l’Université Saint-Joseph devant un auditoire composé largement d’ambassadeurs, de diplomates latino-américains et d’hispanophiles convaincus. Invité à Beyrouth à l’initiative de l’institut Cervantès et de l’ambassade du Chili au Liban, cet écrivain qui compte parmi les grandes figures de la littérature hispano-américaine a ravi son auditoire par la simplicité, ponctuée de traits d’humour, avec laquelle il a évoqué son expérience littéraire.

Plutôt qu’une conférence académique sur le thème de la littérature hispano-américaine, ce « grand écrivain, critique littéraire, journaliste et diplomate », ainsi que l’a présenté son ami l’ambassadeur du Chili, Felipe du Monceau de Bergendal, a préféré égrener des souvenirs personnels, des anecdotes et des récits vivants qui, bien mieux qu’une compilation érudite, dressent les contours de la grande aventure littéraire en Amérique du Sud au siècle dernier (le XXe, en l’occurrence).

C’est par des scènes d’enfance, par exemple, que cet habile conteur a dressé le tableau d’une société chilienne, de la première moitié du XXe siècle, engoncée dans une conception négative des écrivains, ces « inutiles », selon les propos mêmes de la famille de l’auteur, qui comptait déjà en son sein un excentrique oncle écrivain.

Poète clandestin

Ce sera ce parent, ce Joaquin Edwards Bello, qui sera – grâce à ses œuvres que lui lisait en cachette une tante – parmi les inspirateurs du futur auteur. Lequel lui consacrera d’ailleurs, des années plus tard, une biographie romancée.

Mais d’autres facteurs vont également participer à sa vocation littéraire. Parmi lesquels « ce monde d’histoires » qui l’entourait. « Mon grand-père et ma mère étaient d’excellents conteurs, se souvient le conférencier. Une des jeunes filles à la cuisine aussi. Un des pères jésuites du collège San Ignacio de Loyola où j’étais scolarisé, également. Lui, en particulier, avait toujours des histoires terrifiantes à nous raconter. »

Tout cela, conjugué à «une grande curiosité», va susciter chez le jeune Edwards un amour précoce des lettres. « J’ai publié pour la première fois – dans le journal du collège – à l’âge de 11 ans, et à l’adolescence je suis devenu un poète clandestin », indique-t-il.

Car dans la haute bourgeoisie chilienne à laquelle il appartient, il était hors de question dans les années cinquante de se dédier véritablement à la littérature. Jorge Edwards fera donc des études de droit. Diplômé de Princeton, il rejoint le circuit diplomatique pour mieux se consacrer à... l’écriture. «Parce que, dit-il, je pensais que les diplomates ne travaillaient pas vraiment et que j’aurais ainsi le temps d’écrire. Je ne savais pas que les diplomates font beaucoup de choses. Durant ma période diplomatique, j’ai, par exemple, visité tous les salons VIP des aéroports», lance-t-il ironiquement. Qui a dit qu’on ne pouvait pas être écrivain et diplomate à la fois ?

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À Paris, où, dans les années soixante, il est nommé à l’ambassade du Chili pour seconder Pablo Neruda, Edwards, qui avait déjà publié des recueils de nouvelles, se lance dans l’écriture de romans avec El peso de la noche (La lourdeur de la nuit), paru en 1965. À partir de ce livre, il se consacrera à l’observation de la réalité de son entourage et à la description critique de la bourgeoisie chilienne. À Paris, outre sa rencontre avec Neruda, qu’il admirait depuis toujours et qui deviendra son ami, Jorge Edwards fera également la connaissance de Mario Vargas Llosa, de Carlos Semprùn et de Carlos Fuentes, trois écrivains avec qui il partage un même désir de renouveler la littérature hispano-américaine.

« Contrairement à la littérature régionaliste de nos prédécesseurs, faite de longues descriptions rurales et imitant le langage des paysans, nous cherchions une vision du passé, de l’histoire, dans notre monde urbain. Nous étions attirés par les personnages marginaux, les vieux, les pauvres, les fous, les brebis noires, les inutiles. Et nous avions la ferme intention d’introduire le rythme et la poésie dans notre prose», soutient-il.

Mais le rapport de ce jeune groupe des années soixante aux écrivains antérieurs n’était pas seulement basé sur le rejet. «Nous avons fait une relecture de ces écrivains du passé, surtout ceux qui étaient considérés comme baroques, fantaisistes, nébuleux ou décadents et qui n’étaient pas enseignés à l’école, comme Jorge Luis Borgès par exemple...»

Persona non grata

Sa biographie ayant été longuement relatée par l’ambassadeur du Chili en préambule de sa causerie, l’écrivain diplomate n’a abordé que très brièvement les péripéties de sa carrière diplomatique. Et notamment, son expulsion de Cuba par Fidel Castro au tout début des années soixante-dix, pour avoir appuyé les intellectuels rebelles au régime, alors qu’il y avait été envoyé par le gouvernement chilien en mission spéciale pour rétablir les relations diplomatiques bilatérales interrompues !

Cet épisode le poussera à écrire le livre Persona non grata, reprenant les termes mêmes dont l’avait gratifié le dictateur cubain.

En 1973, il abandonne ses responsabilités diplomatiques pour se consacrer pleinement à l’écriture. « Car écrire est une passion, une vocation et pas une profession », souligne-t-il, critiquant par là les rêves de richesse de la jeune génération d’écrivains, qui ne pensent qu’en termes « de succès éditorial », alors qu’« à mon époque, il suffisait que les trois camarades à qui je lisais un poème de ma composition m’applaudissent pour que je défaille de bonheur », raconte encore cet écrivain, dont l’œuvre est aujourd’hui consacrée par plus d’un prix, dont le prestigieux prix Cervantès en 1999.

Quelques titres de la bibliographie de Jorge Edwards

Membre de l’Académie chilienne de la langue, membre correspondant de la Real Academia Española (l’Académie royale espagnole), fait chevalier des Arts et des Lettres par le gouvernement français, Jorge Edwards fait désormais partie du panthéon de la littérature hispano-américaine.

Parmi ses œuvres les plus importantes, toutes catégories confondues (romans, essais, recueils de nouvelles), il faut signaler :

– El peso de la noche (Le poids de la nuit, 1965. La décadence d’une famille de la classe moyenne) ;
– Persona non grata (1973) ;

– El museo de cera (Le musée de cire, 1981. Une allégorie politique) ;

– El anfitrion (L’amphitrion, 1987. Une adaptation moderne de la vie de Faust) ;

– Adios Poeta (Adieu poète, 1990. Une biographie très personnelle de Pablo Neruda) ;

– El whisky de los poetas (Le whisky des poètes, 1997. Un recueil regroupant certains de ses textes journalistiques).

Zéna ZALZAL

Vendons bébé à naître

Un jeune couple de Chiliens a mis en vente son futur bébé sur Internet pour se payer une voiture de sport et une maison.

"Vendons bébé à naître, contacter Caroline ou Juan". Une petite annonce bien réelle passée par un jeune couple chilien sur le site de vente locale Quebarato.cl, dans la rubrique "autres services". Un site Internet par ailleurs inaccessible depuis la révélation de cette annonce par la presse de Santiago. Dans ce pays catholique, la nouvelle fait particulièrement scandale, et occupait la Une des journaux jeudi.
Le couple s’apprêtait donc à vendre son nouveau-né, attendu pour décembre, pour 100.000 dollars, avant de revoir ses prétentions à la baisse, pour ne demander finalement que 13.700 dollars. Les parents, âgés de 16 et 20 ans, avaient visiblement l’intention de s’acheter une voiture de sport et une maison en échange.
Ce sont les journalistes d'une chaîne de télévision se faisant passer pour d'éventuels acheteurs qui ont «piégé» le couple. Le Service National pour les mineurs (Sename) a pris l'affaire en main et placé la future maman dans un centre spécialisé jusqu'à l'accouchement. Quant à la justice chilienne, elle étudie le cas qui ne semble pas tomber sous le coup de la législation locale puisque la vente ne s'est pas concrétisée.

jeudi, octobre 04, 2007

Le Chili sur la bonne voie

L'élection de Michelle Bachelet, mère séparée de trois enfants, à la présidence du Chili en janvier 2006, a redonné de l'espoir à toutes les femmes d'Amérique latine victimes des mentalités machistes de ce continent.
Depuis son arrivée au pouvoir, de nombreuses lois ont été promulguées en faveur des femmes, comme l'égalité hommes-femmes aux postes les plus élevés de l'administration, l'ouverture de centres d'accueil pour les femmes victimes de violences domestiques, les sanctions appliquées aux hommes ne versant pas les pensions alimentaires ou bien encore, et ce n'est pas la moindre des lois dans ce pays catholique, le libre accès à la pilule du lendemain pour toutes les jeunes filles et femmes âgées de plus de 14 ans.
Néanmoins, Michelle Bachelet est bien consciente que tous les efforts entrepris ne porteront pas forcément leurs fruits durant son mandat mais bien après. Il est vrai que dans les faits, les changements sont moins rapides que dans les textes. Ainsi, de nombreuses femmes sont encore écartées du marché du travail si elles ne veulent pas se soumettre à un test de grossesse bien que cette pratique soit illégale. De même, les cas de violences domestiques rapportés aux autorités mettent encore en moyenne sept ans pour arriver devant une cour de justice.
Nul doute cependant, que cette politique volontariste en faveur des femmes finira par porter ses fruits.
Source : Associated Press

mardi, octobre 02, 2007

LE CORPS DU CHE


Au matin du 8 octobre 1967, Ernesto Che Guevara et une dizaine de guérilleros sont encerclés par l’armée bolivienne à quelques kilomètres de La Higuera, petit village de Bolivie situé dans la précordillère andine. Capturé, le Che est exécuté le lendemain à La Higuera. Pour la première fois, trente-huit ans après l’événement, l’un des rares journalistes témoins de sa mort raconte en détail le moment où l’armée bolivienne, avec l’aide d’officiers américains et d’agents de la CIA, a transporté le corps du révolutionnaire d’origine argentine dans le village de Vallegrande, où des médecins ont « préparé » la dépouille mortelle du Che avant de la présenter aux médias du monde.

Par Richard Gott 


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« LE CORPS DU CHE PRÉSENTÉ À LA PRESSE », 
PHOTO FREDDY ALBORTA 1967

En 1967, il y a de cela pratiquement quarante ans, je résidais à Santiago du Chili, où je travaillais à l’université tout en écrivant pour le journal londonien The Guardian. En janvier de cette année-là, j’appris par des amis de la gauche chilienne que Che Guevara était en Bolivie ; en mars, la première manifestation de la guérilla se produisit. Dès le mois d’avril, une escouade de journalistes débarqua au campement de Ñancahuazú, proche de la ville pétrolière de Camiri. Peu de temps après, un petit groupe – dont faisait partie Régis Debray –, sorti du campement, fut capturé et ramené à Camiri. A la même période, à La Havane, étaient publiés les derniers écrits du Che, sous la forme d’un recueil intitulé Créer un, deux, trois... de nombreux Vietnam, un appel à la lutte adressé à la gauche internationale.

Je décidai de partir pour la Bolivie vérifier par moi-même si ce pays était réellement propice à une nouvelle guerre du Vietnam. Rares étaient les nouvelles au plan international sur la guérilla en Bolivie. Je pris donc, en août, le train transandin, qui partait du port chilien d’Antofagasta pour La Paz, siège du gouvernement bolivien (1).


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Le pays se trouvait alors sous la dictature militaire du général René Barrientos, officier de l’armée de l’air, qui avait accédé au pouvoir deux années plus tôt. Avec l’apparition des guérillas, la Bolivie était soumise à la loi martiale. La sortie des villes était contrôlée par des barrages militaires.

Je pris toutes les précautions nécessaires : j’arrivai en train pour éviter les aéroports, qui étaient sous haute surveillance, et je me rasai la barbe car tout barbu était d’emblée suspect. Mon idée était de voyager à travers le pays en me faisant passer pour un touriste ordinaire, sans me faire enregistrer comme correspondant étranger. C’était compter sans d’innombrables difficultés ; il était impossible de voyager hors des villes sans l’autorisation écrite du commandant en chef, le général Alfredo Ovando – qui devait devenir président par la suite.

Je me résignai donc à me faire enregistrer à La Paz, en compagnie d’autres journalistes étrangers, parmi lesquels un ami du Times de Londres. Un jour, celui-ci me fit part de la curieuse attitude d’un journaliste danois. Ce Danois passait quotidiennement deux heures à envoyer dans son pays des télex contenant toutes les informations qu’il avait récoltées dans la presse bolivienne. « L’intérêt danois pour les affaires boliviennes est-il si grand ? », se demandait mon ami, intrigué à juste titre. J’étais également surpris, jusqu’au moment où je découvris fortuitement que le Danois était un correspondant de gauche qui envoyait des nouvelles à l’agence Prensa Latina de La Havane, via le Danemark !


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Je voyageai donc durant plusieurs semaines à travers le pays, pour palper l’atmosphère qui y régnait, et observer si la Bolivie était vraiment en pleine phase prérévolutionnaire. Je visitai les mines d’Oruro, de Siglo Veinte et de Potosí – toutes sous contrôle militaire –, dont les accès étaient gardés par des soldats armés. Les dirigeants syndicaux se trouvaient, bien entendu, tous en prison, et les mineurs avaient une peur bleue de s’exprimer.

Je tâchai également de me rendre compte de la situation de l’agriculture. La Bolivie avait expérimenté une révolution quinze ans auparavant, en 1952 ; une réforme agraire s’était étendue à tout le pays, mais les paysans n’étaient pas contents. Je voyageai avec une équipe d’experts en agriculture des Nations unies, parcourant l’Altiplano, descendant jusqu’à Tarija, où nous découvrîmes qu’une multitude de paysans se plaignaient, arguant qu’un certain nombre de propriétaires terriens étaient venus reprendre possession des terres.

Je retournai à La Paz pour m’entretenir avec l’ambassadeur des Etats-Unis, un certain Douglas Henderson. Il avait lu dans la revue Tricontinental la fameuse lettre du Che appelant à créer d’autres Vietnam, et il me confia que les Etats-Unis aidaient l’armée bolivienne en lui envoyant des instructeurs, mais que, en réalité, et contrairement au Vietnam, il n’y avait pas la moindre possibilité de faire venir des troupes américaines en Bolivie.



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Fin août, j’arrivai à Camiri et rencontrai Régis Debray, emprisonné dans une pièce du cercle militaire. Je discutai également avec les officiers de la 4e division de l’armée ; ils m’apprirent que la guérilla du Che s’était déplacée vers le nord, à l’ouest de la route qui mène à Santa Cruz – capitale de l’est de la Bolivie. Afin de me rendre compte de ce qui se passait réellement, je devais aller à Vallegrande, base principale des forces antiguérilla de la 8e division.

En septembre, je partis donc pour Vallegrande et demandai à parler au responsable du camp, le colonel Joaquín Zenteno Anaya – qui fut assassiné quelques années plus tard, en Europe. Il m’annonça que le groupe du Che se trouvait dans une zone bien délimitée et qu’il serait très difficile pour le commandant guérillero, comme pour ses hommes, de s’échapper. Il me raconta comment les militaires avaient encerclé les forces du Che, ne leur laissant qu’une seule issue pour fuir. L’armée avait dépêché sur place des soldats déguisés en paysans qui donneraient l’alarme sitôt que les fugitifs passeraient par cet endroit. Les déclarations des habitants d’un hameau visité par les guérilleros quelques jours plus tôt, ainsi que celles de deux guérilleros capturés qu’on me permit d’interroger, ne laissaient aucun doute sur l’identité du chef de ce groupe encerclé ; il s’agissait bien de Che Guevara. « D’ici à quelques semaines, il y aura du nouveau », m’assura le colonel Zenteno.

Je pris la route de Santa Cruz et me rendis au camp militaire de l’Espérance, où se trouvaient les Forces spéciales des Etats-Unis. Près d’une vingtaine de spécialistes nord-américains se dissimulaient dans une fabrique de sucre abandonnée, munis de tous les moyens radio existants pour communiquer avec Vallegrande et la zone de la guérilla, et également avec le Southern Command (2) des Américains, basé à Panamá – dans la zone du canal, alors propriété du Pentagone. Je fus reçu par le major Roberto « Pappy » Shelton, qui m’apprit que 600 rangers – troupes spéciales de l’armée bolivienne entraînées par des instructeurs américains – venaient d’achever leur formation et partaient pour la région de Vallegrande.


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Le soir du dimanche 8 octobre 1967, je me promenais avec un ami sur la place principale de Santa Cruz lorsqu’un homme nous fit signe de le rejoindre à sa table, à la terrasse d’un café. C’était l’un des militaires américains que nous avions rencontrés au camp de l’Espérance. « J’ai des nouvelles pour vous », nous dit-il. « Du Che ? », demandâmes-nous, préoccupés depuis plusieurs semaines par sa capture éventuelle. « Le Che a été pris, nous répondit notre informateur. Il a été gravement blessé. Il est possible qu’il ne passe pas la nuit. Le reste des guérilleros luttent avec acharnement pour le récupérer ; et le commandant de la compagnie a demandé par radio un hélicoptère pour lui faire quitter les lieux. Le commandant était tellement agité qu’on le comprenait à peine. On réussissait seulement à entendre : “Nous le tenons, nous le tenons !” »

Notre informateur nous suggéra de louer un hélicoptère pour nous rendre immédiatement dans la zone de la guérilla. Il ne savait pas si le Che était encore en vie, mais il pensait qu’il y avait très peu de chances qu’il en ait encore pour longtemps. Nous n’avions pas les moyens de louer un hélicoptère, à supposer qu’il y en ait eu un de disponible. Il était 20 h 30, il faisait nuit noire, et voler à cette heure tardive était de toute façon impossible. Nous louâmes donc une Jeep et partîmes à 4 heures du matin, le lundi 9 octobre, pour Vallegrande.

Au terme d’un voyage de cinq heures et demie, nous étions sur place. Les militaires ne nous laissèrent pas aller plus loin, jusqu’à La Higuera. Nous nous rendîmes directement au terrain d’aviation, une piste relativement rudimentaire. On aurait dit que la moitié du village s’était rassemblée à cet endroit pour attendre, sans oublier les écoliers en uniformes blancs et les photographes amateurs. Les habitants de Vallegrande étaient habitués aux allées et venues des militaires.

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Dans cette foule, les plus excités étaient les enfants. Ils pointaient l’horizon du doigt en bondissant et en sautant. Quelques minutes plus tard, un petit point apparut dans le ciel et prit rapidement la forme d’un hélicoptère qui portait, sur les rampes d’atterrissage, les corps de deux soldats morts. Ils furent détachés et chargés sans grands égards dans un camion pour être transportés au village.

Tandis que la foule se dispersait, nous restâmes à photographier les caisses de napalm fournies par l’armée brésilienne, disséminées autour de la piste d’atterrissage. A l’aide d’un téléobjectif, nous photographiâmes un homme portant un uniforme vert olive, sans insignes militaires, identifié comme un agent de la CIA. Cette audace, de la part d’étrangers – nous étions les premiers à être arrivés à Vallegrande, devançant tous les autres de vingt-quatre heures –, fut mal reçue, et l’agent de la CIA, appuyé par quelques officiers boliviens, tenta de nous faire expulser du village. Mais nous avions suffisamment de laissez-passer pour prouver que nous étions de véritables journalistes. De sorte que, après de violentes discussions, ils nous permirent de rester.

Le seul et unique hélicoptère s’envola ensuite vers la zone de combat, à une trentaine de kilomètres au sud-est, emportant à son bord le colonel Zenteno. Peu après 1 heure de l’après-midi, celui-ci revint triomphant, parvenant à peine à dissimuler un large sourire de satisfaction. Il annonça que le Che était mort. Il avait vu son cadavre, et cela ne faisait aucun doute. Nous n’avions aucune raison de ne pas le croire, et nous nous précipitâmes vers le petit bureau du télégraphe pour remettre, entre les mains d’un employé inquiet et incrédule, nos dépêches destinées au monde entier. Aucun de nous n’était vraiment sûr qu’elles atteindraient leur destination, mais nous n’avions pas le choix. Elles ne sont jamais arrivées.


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Quatre heures plus tard, à 17 heures exactement, l’hélicoptère revint en n’apportant cette fois-ci qu’un seul corps, amarré à la rampe d’atterrissage extérieure. Au lieu de se poser là où nous nous trouvions, comme il l’avait fait précédemment, l’hélicoptère atterrit au milieu de la piste, loin du regard curieux des journalistes. On nous interdit de franchir le cordon de soldats. Mais, très vite, là-bas au loin, le cadavre fut chargé dans un fourgon Chevrolet qui se lança dans une course folle à travers la piste, pour ensuite s’éloigner.

Nous bondîmes dans notre Jeep, qui n’était pas loin ; et notre chauffeur se mit à suivre le fourgon comme un forcené. Environ un kilomètre plus loin, dans le village, le Chevrolet vira subitement, et nous le vîmes pénétrer dans l’enceinte de l’hôpital. Des soldats tentèrent de fermer les grilles pour nous empêcher de passer, mais nous roulions si près du fourgon que nous réussîmes à y pénétrer.

Le Chevrolet monta une côte abrupte et se dirigea ensuite, en marche arrière, vers un petit abri au toit de bambou, dont un côté était entièrement ouvert aux intempéries. Nous sautâmes de la Jeep pour atteindre la porte latérale du fourgon avant qu’elle ne s’ouvre. Quand elle le fit enfin avec violence, l’agent de la CIA en surgit en vociférant de façon insolite : « All right, let’s get the hell out of here ! » (« C’est bon, foutons le camp d’ici ! »). Pauvre homme, il ne savait pas qu’un journaliste britannique se tenait derrière la porte.

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A l’intérieur du fourgon, sur une civière, reposait le corps du Che. Dès le premier instant, je sus que c’était lui. J’avais eu l’occasion de le rencontrer quatre ans plus tôt, à La Havane ; et ce n’était pas quelqu’un qu’on oublie facilement. Nul doute, c’était bien Ernesto Che Guevara. Lorsqu’ils sortirent le corps pour l’installer sur une table improvisée à l’intérieur de l’abri, qui devait autrefois servir à battre le linge, j’eus la certitude que Guevara le révolutionnaire était bien mort.

La forme de la barbe, les traits du visage, sa chevelure longue et abondante étaient reconnaissables parmi mille autres. Il portait un uniforme militaire vert olive et une veste à fermeture à glissière, des chaussettes d’un vert délavé et des chaussures qui semblaient de fabrication artisanale. Comme il était entièrement habillé, il était difficile de déterminer où il avait été atteint. Deux orifices étaient visibles à la base du cou ; plus tard, lorsqu’on nettoya son corps, j’aperçus une autre blessure, au ventre. Il avait très certainement des plaies aux jambes et près du cœur, mais je n’ai pas pu les voir.


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Les deux médecins de l’hôpital fouillaient dans les blessures du cou ; j’eus tout d’abord l’impression qu’ils cherchaient un projectile, mais ils ne faisaient que préparer le corps à recevoir le tube par lequel ils allaient injecter du formol afin de conserver la dépouille. L’un des médecins commença à laver les mains ensanglantées du guérillero défunt. Hormis ces détails, rien sur le corps ne suscitait la moindre répugnance. On l’aurait cru vivant. Et lorsqu’ils sortirent son bras de sa veste, ils le firent sans difficulté. Je pense qu’il était mort à peine quelques heures plus tôt. A ce moment-là, je n’imaginais pas qu’on puisse l’avoir tué après sa capture. Nous pensions tous qu’il était décédé à la suite de ses blessures et faute d’attention médicale durant les premières heures de ce lundi matin.

Les personnes qui entouraient le corps se révélaient bien plus répugnantes que le cadavre : une religieuse ne pouvait cacher son sourire et se laissait aller jusqu’à rire ostensiblement ; les officiers arrivaient, munis de coûteux appareils photographiques pour immortaliser la scène ; et, naturellement, l’agent de la CIA occupait les lieux, s’accaparant d’office la responsabilité de toute l’opération et entrant dans une rage folle chaque fois qu’on osait pointer un appareil photo sur lui. « D’où venez-vous ? », lui demandions-nous en anglais, ajoutant pour rire : « De Cuba ? », « De Porto Rico ? » Mais notre humour n’était visiblement pas à son goût, et il répondait sèchement : « From nowhere » (« De nulle part »).


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Nous le lui demandâmes à nouveau plus tard, mais cette fois-ci il nous répondit en espagnol : « ¿Que dice ? » (« Que dites-vous ? »), faisant mine de ne pas comprendre. C’était un homme trapu et robuste, d’environ trente-cinq ans, avec de petits yeux enfoncés dans leurs orbites. Difficile de dire s’il était nord-américain ou exilé cubain, car il parlait aussi bien anglais qu’espagnol, sans aucun accent. Il s’appelait Gustavo Villoldo (connu sous le nom d’emprunt d’Eduardo González) et vit toujours à Miami. Je l’ai mentionné dans mon article pour The Guardian de Londres, un an avant qu’on en parle dans la presse nord-américaine.

Une demi-heure plus tard, nous nous sommes retirés pour retourner à Santa Cruz, écrire et envoyer les nouvelles. Quand nous sommes arrivés, le mardi 10 octobre, l’aube pointait déjà. Aucun bureau n’était suffisamment équipé. Je pris alors l’avion pour La Paz, d’où j’envoyai ma version sur la mort du Che. Elle fut publiée en première page du Guardian, le 11 octobre. Dans l’avion, je tombai sur le major « Pappy » Shelton, qui me lança, satisfait : « Mission accomplie !»

Richard Gott

Journaliste britannique, The Guardian, Londres. Auteur, entre autres, de Cuba : a New History, Yale University Press, New Haven, 2004 et de Hugo Chávez and the Bolivarian Revolution, Verso, Londres, 2005.

(1) La capitale constitutionnelle de la Bolivie est la ville de Sucre, fondée en 1538 par Pedro Anzúrez de Campo Redondo.

(2) Commandement sud de l’armée des Etats-Unis

Evénement organisé par le PNUD et l’OCDE

L’Administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), M. Kemal Dervis, et le Secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), M. Angel Gurria, ont présidé, cet après-midi dans la Salle à manger des délégués, au lancement du Partenariat pour une gouvernance démocratique. Le Ministre chilien des affaires étrangères, M. Alejandro Foxley; le Secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), M. José Miguel Insulza; le Secrétaire d’Etat américain, Mme Condoleezza Rice; le Vice-Ministre des affaires étrangères de la République de Corée, M. In-kook Park et le Sous-Secrétaire d’État polonais aux affaires étrangères, M. Andrzej Sadoś, ont également participé à cet événement.

lundi, octobre 01, 2007

Films sociaux sur le Chili et le peuple Mapuché

Ecobox, jardin partagé du quartier de La Chapelle dans le 18ème arrondissement, accueille Señal 3, chaîne de Télévision Communautaire de la "Población" La Victoria, quartier populaire de Santiago du Chili connu pour ses mouvements de résistance et de lutte contre la dictature et les inégalités subies par le peuple chilien. Depuis 9 ans, Señal 3 travaille pour sauvegarder la mémoire historique et sociale du peuple à travers une organisation formée de jeunes qui participent de manière gratuite et désintéressée à la conception et transmission de programmes. Chaîne de Télévision pionnière dans l'histoire de la Télévision Communautaire au Chili, elle est autonome, populaire et à but non lucratif. Señal 3 compte sur une grande force humaine qui, avec peu de ressources et beaucoup de créativité, parvient à transmettre des émissions qui offrent une programmation de proximité contrairement aux chaînes de télévision traditionnelles qui détournent l'information et se mettent au service du modèle dominant. Nous vous invitons à cette rencontre pour découvrir les actions qu'ils ont menées à la Victoria afin d'établir des liens entre deux réalités éloignées mais finalement semblables.

Samedi 6 octobre, à partir de 16h.

Ecobox, 37 rue Pajol 75018 Paris, Métro La Chapelle

Entrée Libre AU PROGRAMME : Projections, débats en présence de Cristian Valdivia et Luis Lillo, membres de Señal 3, Concert et danse latino, Repas solidaire.


samedi, septembre 29, 2007

Victor Jara, un chant inachevé

Méconnu en francophonie, icône en Amérique du Sud, Victor Jara, chanteur populaire chilien a été torturé et tué quelques jours après le coup d'état de Pinochet. L'épouse anglaise de Victor Jara, présidente de la Fondation Victor Jara, raconte dans ce livre une période sombre de notre mémoire collective. Mais ce livre n'est pas qu'une biographie puisqu'on y découvre aussi Joan Jara, écrivaine.

Après le coup d’Etat au Chili, en septembre 1973, la dictature interdit jusqu’à prononcer le nom de Victor Jara. Sa musique est censurée, ses disques détruits. Qui était ce chanteur qui fut assassiné dès les premiers jours du coup d’Etat de Pinochet ? Que représentait-il pour le peuple chilien et pour l’Unité Populaire d’Allende ? C’est à travers le récit de sa femme que nous découvrons la vie et l’oeuvre de Victor Jara. Comment le jeune homme découvrira le patrimoine culturel et populaire de son pays, le magnifiera et le transformera en une multitude de chants engagés au service de la lutte pour la justice sociale et contre la guerre. Les chansons de Jara vont devenir des armes pour un peuple qui décida de prendre son destin en main et qu’on brisa un certain 11 septembre.

L’ auteur
Joan Jara, née Turner Roberts, est danseuse et professeur de danse. Elle s’installe au Chili en 1954 où elle rencontre Victor Jara. En 1973, au lendemain de l’assassinat, elle est rapatriée, avec leurs deux filles, par le Consulat britannique. Toutes trois décident de rentrer au Chili en 1982, sous la dictature.

Le livre, une co-édition Biliki et Aden propose dans les dernières pages des photos et les textes des chansons de Jara.
Traduction : Mikäel Herviaux

jeudi, septembre 27, 2007

Strauss-Kahn évoque au Chili la réforme du FMI à la veille sans doute d'en prendre la tête

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Photo Alex Ibañez

SANTIAGO (AFP) — Le Français Dominique Strauss-Kahn devait livrer jeudi à Santiago du Chili, devant des personnalités de la gauche latino-américaine, quelques unes des idées qu'il entend mettre en oeuvre à la tête du Fonds monétaire international (FMI) à la veille sans doute d'en assumer la direction.

Les administrateurs du Fonds doivent désigner vendredi le successeur de l'Espagnol Rodrigo Rato à la tête de cette organisation en crise et décriée, particulièrement sur le continent latino-américain.

Dominique Strauss-Kahn, 58 ans, ancien ministre français de l'Economie, est donné grand favori face au candidat de la Russie, l'ancien Premier ministre tchèque Josef Tosovsky.

Arrivé jeudi matin à Santiago à l'invitation de la Fondation Chile 21, proche de la présidente socialiste chilienne Michelle Bachelet, M. Strauss-Kahn devait intervenir dans le cadre du Forum annuel du "progressisme", une appelation qui rassemble une grande partie de la gauche latino-américaine.

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Photo Alex Ibañez

Les participants à ce forum, inauguré par Mme Bachelet, vont évoquer pendant deux jours les moyens d'atteindre un développement plus équitable et une meilleure cohésion sociale à l'heure où une grande partie du continent latino-américain a renoué avec la croissance et les excédents.

M. Strauss-Kahn devait consacrer jeudi en début d'après-midi une partie de son intervention à ces thèmes, a assuré le sénateur chilien Carlos Ominami, ami personnel de l'ancien ministre socialiste français. Mais surtout, a-t-il dit, il reviendra sur "ce qui a été le leitmotiv de sa candidature au FMI, la nécessité d'une réforme profonde dans les formes d'action du FMI et dans la définition de ses autorités suprèmes, étant donné que jamais il n'y a eu de directeur non européen à la tête du Fonds".

M. Strauss-Kahn a déjà promis à ce sujet une réforme du mode de décision pour renforcer le pouvoir des pays en développement, en adoptant pour "une poignée de décisions cruciales", un système de double majorité qui favoriserait les pays les plus pauvres.

Enfin, ce forum sera "une opportunité pour qu'il se prononce sur ce qui se passe dans l'économie internationale et ce qui se va se passer prochainement sur les marchés financiers", a encore indiqué ce sénateur chilien, chez qui M. Strauss-Kahn avait dîné au début du mois lors de sa visite à Santiago.

Cette visite avait eu lieu dans le cadre de sa tournée des capitales en vue de faire le plein de voix avant le vote des administrateurs vendredi.

M. Strauss-Kahn a eu l'occasion lors de cette tournée de mesurer l'ampleur du discrédit dont souffre le FMI en Amérique latine, particulièrement en Argentine où il est considéré comme l'incarnation du diable, ce que l'ancien ministre français avait lui-même reconnu.

"En Argentine, pour de nombreuses personnes, le FMI est le diable et il y a des raisons à cela", avait déclaré M. Strauss-Kahn le 6 septembre à une chaîne de télévision argentine. Il n'avait alors pas hésité à parler d'intervention "catastrophique" et de ses conséquences "désastreuses" au point de paraître s'exprimer comme un Argentin, selon la remarque du journaliste qui l'interrogeait. "Je prends cela comme un compliment", avait alors rétorqué M. Strauss-Kahn.

Il aura l'occasion d'écouter le ministre argentin de l'Economie Miguel Peirano évoquer l'expérience hétérodoxe de son pays, qui a coupé les ponts avec le FMI sans toutefois s'en retirer complètement, lors de la deuxième journée de ce forum à Santiago où M. Strauss-Kahn a prévu d'être présent, selon la fondation Chile 21.

Les défis de l'éducation pour l'Europe et l'Amérique Latine

C'est à l'occasion du Cinquième Forum du Bicentenaire du Chili que se sont réunis, les 28 et 29 août derniers à la Bibliothèque de Santiago, des intellectuels argentins, boliviens, péruviens, chiliens et français afin de créer un espace de réflexion sur la question des crises de l'Education en Amérique Latine et en Europe.

Organisé conjointement par la Commission chilienne du Bicentenaire et l'Ambassade de France au Chili, et inauguré par Pilar Romaguera, Sous-secrétaire à l'éducation du gouvernement chilien, ce Forum du Bicentenaire, "Démocratisation et intégration : les défis de l'éducation en Amérique Latine et en Europe", a permis de réunir des spécialistes de l'éducation de haut niveau autour de trois principales problématiques : l'éducation publique et le rôle de l'Etat ; école, culture globale et formation des citoyens ; éducation, multiculturalisme et discrimination.

Parmi les exposants latino-américains, on peut souligner la présence de deux anciens ministres : Mariana Aylwin, Ministre de l'Education du Chili de 2000 à 2003, et Félix Patzi, Ministre de l'Education et de la culture de Bolivie en 2006, ainsi que celle de professeurs et de spécialistes de l'éducation des principales universités de la région. La présence de trois spécialistes français de renom a permis au débat de prendre une dimension comparative très attendue : le sociologue de l'éducation et professeur à l'Université de Nantes, Yves Dutercq ; le spécialiste en sociologie de l'éducation et sociologie politique, diplômé et professeur à l'Ecole Normale Supérieure, Christian Baudelot ; et l'inspecteur général de l'éducation nationale du Ministère de l'Education nationale et spécialiste de la question de l'histoire des apprentissages fondamentaux, Jean Hébrard.

Les intervenants se sont exprimés sur les différentes questions liées à la problématique commune de la crise de l'éducation : Comment réduire la fracture sociale dans l'éducation? Qu'implique une éducation de qualité et comment s'accorde-t-elle avec l'égalité des chances ? Comment enseigner dans un monde globalisé ? Comment se transmettent les valeurs sociales ? Dans le contexte d'une globalisation accélérée, quelle place doit être accordée à l'enseignement de la culture nationale, mais également à celui des cultures minoritaires : enseignement des langues et cultures indigènes ?

Alors que les systèmes éducatifs latino-américains et européens sont très différents (on pense, par exemple, au système français, marqué par une présence traditionnellement forte de l'Etat, opposé au système éducatif chilien, auquel s'applique la "loi du marché"), les questions posées et les débats développés pendant deux jours ont réuni et intéressé l'ensemble des participants et le public, venu nombreux. En effet, si le système éducatif est propre à l'histoire et l'organisation de chaque Etat, la crise, principalement liée à au mouvement actuel de mondialisation, est globale.

Cette rencontre à Santiago a donc permis la confrontation des différents systèmes éducatifs et le partage des expériences en matière d'éducation entre pays voisins et la France ; elle a été d'autant plus intéressante que le Chili traverse actuellement une période de réflexion profonde sur son système éducatif. Une loi modifiant certains aspects centraux de ce système est en discussion au sein des instances législatives.

Kilian Du Couédic, waverider dans l’âme…

Tous ceux qui ont eu la chance de le voir naviguer vous le diront : Kilian Du Couédic est impressionnant. Radical, aérien, ne reculant devant rien, il pourrait bien créer la surprise lors d’une future épreuve de vagues en France. Pourtant, lorsqu’on l’interroge, il est plus enclin à parler des autres ou des endroits traversés. Portrait d’un windsurfer ouvert au monde, qui brille par sa passion et son solide engagement plus que par une éventuelle soif de reconnaissance.


Windsurfjournal.com : Tu te fais assez discret et pourtant du côté de Saint-Malo, c’est toi qui assure le spectacle !

Kilian Du Couédic : Il y a de bonnes conditions en Ille-et-Vilaine et un niveau pas mauvais... Et comme nous sommes à deux heures du Dossen, de Siouville, de Quiberon et à deux heures et demie de Crozon, nous bougeons pas mal sur différents spots. On se met à plusieurs potes dans le camion du club, la remorque derrière et on se motive pendant tout le trajet !

WJ : Est-ce que tu vis du windsurf ?
DC : Non, d’ailleurs il ne faut pas se mentir, très peu de gens en vivent réellement. J’ai des sponsors Fanatic et North sails mais qui ne me mettent pas trop la pression sur les résultats. Et j’ai ouvert un club de voile à Saint-Cast-le-Guildo en Côte d’Armor. Pendant la saison c’est beaucoup de travail, mais ça me plaît, d’autant que je suis mon propre patron. Ca me permet de partir voyager et windsurfer l’hiver... Donc ça me motive au boulot !

WJ : Justement, parle nous un peu de tes trips en Amérique du Sud

KDC : J’y ai passé trois hivers, deux ou trois mois chaque fois. C’est un peu en train de devenir ma deuxième maison. Au départ c’est mon frère qui y est allé. Il m’a mis en contact avec ses potes de là-bas et quand je suis arrivé, ils m’attendaient. J’ai fait deux trois compètes sur place et comme il n’y a pas un niveau énorme je suis devenu champion du Chili ! Du coup, je suis devenu célèbre ! Les gens y sont adorables, c’est vraiment cool, c’est le pays le plus sûr d’Amérique Latine. J’envisage même de m’y acheter un petit terrain...

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WJ : Quelles sont les conditions sur place ?
DC : Il y a un spot terrible à Pichilemu, à peu près à mi-chemin entre le nord et le sud du pays. C’est un endroit magnifique. Le vent y est souvent offshore, c’est assez physique et ça peut être très gros. Pour info c’est par là-bas qu’a été shootée l’une des plus grosses vagues prises en surf (hors tow-in) sur le spot de Los lobos... C’est sur le terrain d’une hacienda de plusieurs milliers d’hectares, il faut montrer patte blanche, et s’engager à respecter les lieux.

PÉROU • ET MAINTENANT IL FAUT JUGER FUJIMORI

L'ancien président Fujimori est arrivé le 22 septembre à Lima, où il a aussitôt été écroué en attendant d'être jugé. Son extradition du Chili représente un progrès incontestable pour le Pérou, se félicite le journaliste et ex-ministre de l'Intérieur Fernando Rospigliosi.
L'ARRIVÉE DE FUJIMORI DANS UN CENTRE
DE DÉTENTION, LE 22 SEPTEMBRE
PHOTO AFP


L'extradition de Fujimori a la magnitude d'un séisme de 8,4 degrés, du jamais-vu au Pérou. Jamais, dans notre pays, qui a vu tant de corrompus briguer le pouvoir, on n'avait mis en procès un ancien président pour des délits aussi graves que ceux dont est accusé Fujimori.


Malgré les nombreux dysfonctionnements du système anticorruption, c'est incontestablement un immense progrès pour le Pérou, un pays à la tradition d'impunité immémoriale, que l'un des responsables des vols commis au cours de la dernière décennie soit déjà condamné et sous les verrous [Vladimir Montesinos, l'ancien chef des services secrets de Fujimori, condamné pour trafic d'armes], et l'autre en prison et sur le point de passer en jugement. Sans compter que certains de leurs complices importants purgent déjà des peines.

On ne peut pas oublier ceux qui ont rendu ce dénouement possible, la poignée de Péruviens qui ont dénoncé les malversations de Fujimori et de Montesinos, dans des conditions particulièrement difficiles. En effet, c'était une époque où il était risqué de défier le pouvoir en place et où ces deux sinistres associés [Fujimori et Montesinos] étaient applaudis par la majorité de nos concitoyens, jouissaient des sympathies de la communauté internationale, contrôlaient presque tous les médias et régnaient sans partage.

Les ondes sismiques de cet événement vont affecter tout particulièrement le palais du gouvernement et du Congrès. De toute évidence, dès le début de sa campagne, [le président] Alan García a noué des alliances occultes avec le fujimorisme et les a renforcées une fois parvenu à la tête du gouvernement.

Les députés fujimoristes - qui, plus qu'un groupe politique, forment un clan - ont soutenu sans réserves le gouvernement [d'Alan García] pendant quatorze mois. Et ils sont prêts à continuer à le faire, à une condition : que le gouvernement fasse jouer son influence décisive sur le pouvoir judiciaire pour que Fujimori s'en sorte le mieux possible.

Les liens de García avec le fujimorisme vont au-delà d'une alliance tactique temporaire. Le président est entouré de politiques, de chefs d'entreprise et de militaires à la retraite qui sont étroitement liés avec le clan Fujimori. Même s'il le souhaitait - et, apparemment, il ne le souhaite pas -, il aurait du mal à se défaire de tels alliés.

Juste après que la deuxième chambre de la Cour suprême chilienne eut pris sa décision concernant Fujimori (avant de la rendre publique), le gouvernement péruvien a brusquement changé d'attitude. On a eu droit à des déclarations dures, à des exigences véhémentes.

Manifestement, le gouvernement sait que cette affaire aura un coût politique. Même si l'ancien dictateur conserve un noyau de sympathisants, il a la majorité de la population contre lui.

L'extradition a aussi eu raison de cette idée fausse, mais très répandue, selon laquelle Fujimori était un grand stratège, un habile calculateur. Il apparaît aujourd'hui tel qu'il a toujours été : un médiocre sans scrupule qui a profité d'une situation propice et bâti sa légende sur le monstrueux appareil de chantage, de corruption et de crimes que Montesinos a mis en place.

Sans son associé, Fujimori ne vaut plus grand-chose. Dans un moment de lucidité, il a fui le pays [en novembre 2000, il se réfugie au Japon] et renoncé à la présidence en se rendant compte que, sans le système Montesinos, il n'était rien. Mais l'ambition et l'ennui l'ont obnubilé, jusqu'au jour où il a commis la très grave erreur de quitter le Japon [le 6 novembre 2005, il débarque au Chili, où il est arrêté le lendemain].

Sa lâcheté proverbiale l'a amené à postuler, désespéré, un siège au Sénat japonais [en arrêt domiciliaire à Santiago, il est candidat le 27 juin à un siège de sénateur au Japon pour le Nouveau Parti du peuple, une petite formation populiste, et battu]. Une fois de plus, il se trompait.

Même si le simple fait d'extrader et juger Fujimori est une grande avancée, il reste encore bien du chemin à parcourir. De nombreuses forces vont se mettre en mouvement pour obtenir qu'il soit libéré et n'écope que de sanctions légères. Si elles y parvenaient, ce serait un triomphe pour la corruption et l'impunité, avec de graves conséquences pour l'avenir du pays.
Fernando Rospigliosi
Perú 21
Peru21 L'article original
Fernando Rospigliosi