jeudi, janvier 23, 2025

SOUS L'ÈRE MILEI, L'ARGENTINE FAIT SES COURSES AU CHILI POUR FUIR LA HAUSSE DES PRIX

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LES ARGENTINS ACHÈTENT MASSIVEMENT AU CHILI, AIDÉ
PAR UNE CONVERTIBILITÉ QUASI SEMBLABLE AU DOLLAR.
LE BILLET VERT ÉQUIVAUT À 1.046 POUR LE PESO ARGENTIN
 ET 998 POUR LE PESO CHILIEN. (GETTY IMAGES)

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Les Echos
Reportage / Sous l'ère Milei, l'Argentine fait ses courses au Chili pour fuir la hausse des prix / Des groupes entiers d'Argentins traversent la frontière chilienne tous les jours en quête de bonnes affaires. En 2024, ils étaient près de 2 millions à se rendre au Chili afin d'acheter des produits devenus beaucoup trop chers dans l'Argentine de Javier Milei.

Par Marion Torquebiau

Publié le 23 janv. 2025 à 12:34

«LES FAKE NEWS D'AYUSO /
 LA TRONÇONNEUSE DE MILEI»
DESSIN D'ENEKO

Dans les escalators du Costanera Center, plus haute tour d'Amérique du Sud et plus grand centre commercial de Santiago du Chili, ils sont facilement reconnaissables. Parmi les clients chiliens venus profiter de la climatisation en plein été austral circulent des groupes entiers d'Argentins équipés de grands sacs à dos et de valises vides. « Depuis Noël, on en voit débarquer des centaines », détaille cette vendeuse d'une enseigne de parfums.

« Et si tu frappais avant d'entrer, mec ?
Oups, désolé mec !  Bonne année ! »
DESSIN SERGIO LANGER
► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

Dans les couloirs aseptisés du centre commercial, des couples, des groupes d'amis, des familles entières venus d'Argentine sillonnent les quelque 300 enseignes à la recherche de bonnes affaires. « On est arrivés hier à l'aéroport de Santiago et on repart dans deux jours », explique Karen, 26 ans, avocate originaire de Buenos Aires. Un voyage express de quatre jours avec sa mère, non pas pour visiter le Chili mais pour profiter des prix bas.

À la recherche de bonnes affaires

« En Argentine, tout est beaucoup trop cher, c'est parfois du simple au double. Par exemple, je viens d'acheter ces chaussures neuves, ici elles sont à 50.000 pesos argentins, contre 100.000 dans mon pays », explique la jeune Argentine, le sac rempli de dizaine de vêtements. Sur les réseaux sociaux comme TikTok ou Instagram, des dizaines d'Argentins expliquent à leur communauté comment ils ont réussi à acheter au Chili des produits largement moins chers qu'en Argentine.

Ce qui est vrai pour les chaussures est le cas pour des centaines d'autres produits, notamment multimédias. Par exemple, un iPhone 16 vaut 2,5 millions de pesos argentins (soit 2.388 dollars), contre 1,3 million de pesos argentins au Chili. Le différentiel se vérifie également sur des produits du quotidien typiquement argentins comme la bière Quilmes à la couleur du drapeau qui se vend 1.900 pesos argentins (1,82 dollar) dans son pays d'origine, contre 540 pesos argentins au Chili.

Perte de pouvoir d'achat

Pour expliquer cette différence de prix, il faut revenir sur les derniers chiffres de l'inflation en Argentine. Malgré une baisse ces derniers mois, la hausse des prix s'est élevée à 117,8 % en niveau annuel en 2024 - contre 211,4 % en 2023. Une inflation qui n'a presque pas été compensée par la hausse des salaires et a fait passer la moitié de la population sous le seuil de pauvreté.

Selon le centre de recherche Fundar, après la dévaluation du peso décidée par le président Javier Milei en décembre 2023, la perte de pouvoir d'achat a représenté la plus forte baisse mensuelle des trente dernières années. Par ailleurs, les prix élevés s'expliquent également par les restrictions de change toujours en vigueur dans le pays et qui augmentent le prix des importations.

Forte consommation

De l'autre côté de la cordillère des Andes, les conditions sont au contraire propices à la consommation. Union européenne, États-Unis, Chine… le Chili a établi des accords commerciaux avec de nombreuses zones, ce qui lui a permis de réduire le coût de ses importations. De plus, le pays gouverné par le socialiste Gabriel Boric cherche à faire approuver une loi visant à exempter les touristes du paiement de la TVA nationale lorsqu'ils achètent des produits au Chili.

Résultat, selon la Chambre nationale du commerce des services et du tourisme du Chili, entre janvier et octobre 2024, environ 1,5 million d'Argentins sont entrés dans le pays exclusivement pour acheter, ce qui représente une augmentation de 60 % par rapport à 2023.

« Bien que les touristes argentins aient une dépense quotidienne moyenne inférieure à celle d'autres visiteurs de la région, comme les Brésiliens, le grand nombre de personnes qui viennent dans le pays stimule la demande et les revenus dans le secteur, en particulier dans le commerce », selon Monica Zalaquett, présidente exécutive de la Fédération des entreprises touristiques du Chili, dans un entretien avec le journal « Ciper ».

Tourisme commercial

« Cela stimule également les économies locales des destinations où arrivent la plupart des Argentins », ajoute-t-elle. Outre les centres commerciaux de la capitale, depuis le mois de décembre, les plaques d'immatriculation des voitures argentines sont légion dans les régions touristiques du Chili comme le désert d'Atacama ou la Patagonie. Sur le Paso Los Libertadores entre Mendoza et Santiago - un des 26 points de passage sur les 5.308 kilomètres de frontière entre le Chili et l'Argentine - les files d'attente quotidiennes sont interminables. Selon les médias locaux, ces dernières semaines, près de 14 heures d'attente ont été enregistrées pour entrer au Chili.

UNE FILE DE BUS ATTEND À LA FRONTIÈRE DU PASO LOS LIBERTADORES
 ENTRE MENDOZA EN ARGENTINE ET SANTIAGO AU CHILI.
PHOTO MAÏEUL ROLLAND DE RAVEL

Une fois la frontière traversée, les Argentins se rendent principalement sur la côte Pacifique, dans la station balnéaire de Viña del Mar, devenue la nouvelle Miami latino-américaine. Selon Rodrigo Rozas, président de la Chambre de tourisme de Viña del Mar, « cette réactivation était attendue depuis longtemps par l'ensemble de notre industrie, et les raisons sont claires : le taux de change et le fait que le Chili reste une destination privilégiée ».

En tout, « les Argentins représentent 45 % du total des touristes étrangers qui arriveront au Chili entre janvier et février », estime Monica Zalaquett. Une vraie manne pour le Chili, qui essaie massivement de relancer son potentiel touristique. En 2024, le pays a reçu plus de 5 millions de visiteurs, un record depuis la pandémie.


Marion Torquebiau (Correspondante au Chili)

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DES MAGASINS DANS LE CENTRE
DE SANTIAGO DU CHILI, EN 2019.
 © FLICKR CC BY NC 2.0 ALF IGEL

SANTIAGO A MIL, PLAQUE TOURNANTE DU THÉÂTRE LATINO-AMÉRICAIN


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CARMEN ROMERO, EN AVRIL 2024.
PHOTO WILLIE SCHUMANN

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LE MONDE
Culture / Théâtre / Santiago a Mil, plaque tournante du théâtre latino-américain / Le festival chilien de théâtre, dont la 32ème édition se tient jusqu’au 26 janvier, attire les amateurs de spectacle vivant et les programmateurs du monde entier venus chercher la perle rare.

Par Fabienne Darge, Santiago du Chili

Temps de Lecture 6 min.

ciel radieux, 30 degrés à l’ombre, et la course d’un bout à l’autre de la ville pour sauter de spectacle en spectacle. On se croirait à Avignon, en juillet. On est à Santiago du Chili, en janvier. Impossible de ne pas faire le parallèle : un « in » et un « off », des programmateurs en bermuda et sandales de randonnée venus du monde entier à la recherche de la perle rare. Des festivaliers qui discutent des spectacles pendant des heures. Des salles archi-pleines, du microthéâtre universitaire de 50 places au centre culturel flambant neuf consacré aux cultures autochtones.

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

Le festival Santiago a Mil, dont la 32ème édition se déroule jusqu’au dimanche 26 janvier, fait bien figure d’Avignon andin. Sauf que là, dans ce pays supposément machiste, le directeur est une directrice, Carmen Romero. « La reine du théâtre pour tout le sud du continent américain », dit, en riant, un programmateur français qui a ses habitudes à Santiago. Carmen Romero est une force tranquille, une dea ex machina qui, depuis trente et un ans qu’elle dirige ce festival issu du mouvement démocratique né avec la chute du général Pinochet, en 1990, a fait venir au Chili Pina Bausch, Ariane Mnouchkine ou Royal de luxe et ses géants.

Energie vitale

Santiago a Mil, c’est une certaine idée du Chili, comme Avignon est une certaine idée de la France et de sa décentralisation culturelle, née des combats de la seconde guerre mondiale. Ici comme là-bas, l’art et la politique marchent main dans la main. Pas de grands créateurs internationaux, pourtant, pour cette 32e édition qui programme 98 spectacles issus de 22 pays.

Réduction de voilure budgétaire oblige, Santiago a Mil se recentre depuis quelques années sur son rôle de plaque tournante des créateurs d’Amérique latine. Et comme ces artistes sont actuellement très à la mode en Europe, on assiste à un retournement savoureux. Là où ce festival du Sud avait eu besoin de la lumière apportée par des artistes venus du Nord pour asseoir sa dimension internationale, il est aujourd’hui très couru par des programmateurs d’Europe, d’Amérique du Nord ou d’Asie, venus chercher du sang artistique neuf, une énergie vitale qui peut sembler en panne dans les pays riches du nord de la planète.

« Ce qui me frappe, c’est la diversité de la scène latino-américaine d’aujourd’hui, constate Carmen Romero. Jusque-là, le sous-continent était dominé par quatre grandes traditions théâtrales : celle de l’Argentine, naturaliste et psychologique ; celle du Chili, très politique ; celle du Brésil, axée sur le corps ; et celle de Colombie, marquée par son rapport au récit et au réalisme magique. Aujourd’hui, toutes ces tendances se mixent énormément. On voit aussi l’apparition d’artistes indigènes, comme Tiziano Cruz [qui fut la sensation du Festival d’Avignon 2024] ou la jeune créatrice mapuche Paula Gonzalez [programmée dans une section parallèle de Santiago a Mil]. Ces artistes affrontent des questions très contemporaines, en partant de leur substrat traditionnel : la terre, le climat, l’extractivisme, le capitalisme. Ils les abordent en renouant avec des formes de rituels. »

On ajoutera qu’une autre tradition latino-américaine, celle de l’absurde, fait sa réapparition avec force. C’est bien le sentiment qu’il arrive quelque chose de bizarre à l’humanité qui a dominé, au fil des spectacles présentés lors de la semaine destinée aux professionnels, du mardi 14 au lundi 20 janvier. Bizarre, la fable proposée par l’auteur et metteur en scène chilien Guillermo Calderon l’est, ô combien. Dans Vaca (« vache »), il met en scène trois jeunes gens qui tentent de survivre dans la crise inflationniste post-Covid 19, en livrant des pizzas à travers Santiago. L’une d’entre eux se voit, un beau jour, confier une vache, à garder dans son jardin.

Absurde et farce décalée

L’animal va bientôt faire l’objet de tous les délires et convoitises possibles, quant à la façon dont elle peut être exploitée, de toutes les manières imaginables. Qui est la vache à lait de qui ? Telle est la question, dans ce spectacle par ailleurs ponctué d’allusions grinçantes à l’indigence de la télévision chilienne, enfoncée dans les pires dérives commerciales et dénoncée à l’envi par les milieux culturels.

« SOMBRAS POR SUPUESTO », CRÉE ET
MISE EN SCÈNE PAR ROMINA PAULA.
PHOTO SEBASTIAN ARPESELLA

Bizarre, aussi, Estampida humana (« débandade humaine »), que signe la compagnie chilienne Bonobo, dirigée par Andreina Olivari et Pablo Manzi. Lesquels entrecroisent trois fils narratifs. Un conseil de voisinage se réunit pour discuter de la manière dont ils peuvent faire face à l’installation, dans le square qui jouxte leurs immeubles, d’un groupe de migrants sans abri. Une famille de commerçants aisés, qui a assis sa fortune sur la crédulité et l’avidité humaines, se retrouve, alors que son entreprise est au bord de la faillite. Enfin, une faction d’extrême gauche de carabiniers (deux termes a priori peu conciliables, vu le rôle que ce corps typiquement chilien de policiers-militaires a joué pendant les pires heures de la dictature) fomente une action subversive.

Andreina Olivari et Pablo Manzi font rapidement déraper l’affaire vers l’absurde et la farce décalée, jouant la postmodernité dans leur forme même, qui agite dans son shaker aussi bien le stand-up que le collage visuel. Cette « débandade humaine » affronte une réalité sociale qui fait beaucoup parler au Chili : celle de l’arrivée massive de migrants vénézuéliens sans le sou, fuyant le régime de Nicolas Maduro. Mais la pièce déploie aussi des résonances pour un public européen, dans sa manière de refléter l’immense confusion contemporaine.

Bizarre, encore, ou plutôt glissant vers une étrangeté bienvenue, l’histoire contée par l’autrice et metteuse en scène argentine Romina Paula, que l’on avait découverte avec bonheur en 2011, au Festival d’automne, à Paris, avec sa merveilleuse lecture de La Ménagerie de verre, de Tennessee Williams, El Tiempo todo entero (« le temps tout entier »). On retrouve dans Sombras, por supuesto (« les ombres, bien sûr »), lointainement inspiré de Fassbinder, la sensibilité, la délicatesse et l’art de la direction d’acteurs de cette artiste.

La pièce met en abyme la question de la disparition et des fantômes, de la trace laissée par l’absence : questions toujours à vif, dans un pays, l’Argentine, où 30 000 personnes auraient disparu pendant la dictature militaire. On notera par ailleurs la récurrence, dans tous ces spectacles, de la figure du policier déviant ou partant en vrille. Une figure qui s’impose, sans doute, chez ces créateurs issus de pays ayant connu la dictature – et y retournant tout droit, comme dans le cas de l’Argentine du président Milei.

Intensité du jeu

Le metteur en scène argentin Guillermo Cacace, lui, assume de se tenir sur un terrain plus intime et humain – ce qui n’empêche pas son théâtre d’être soutenu par une réflexion profondément politique. On l’a découvert, en France, au Printemps des comédiens de Montpellier, en 2024, où il a présenté Gaviota, d’après La Mouette, de Tchekhov, un spectacle qui avait cueilli les spectateurs aux tripes et au cœur. Il a présenté, à Santiago a Mil, deux spectacles, Ante et Seria una pena que se marchiten las plantas (« ce serait dommage de laisser crever les plantes »).

On glissera rapidement sur le second, qui n’est pas très réussi. Mais dans Ante, qui s’appuie sur une pièce documentaire du jeune dramaturge croate Ivor Martinic, inconnu en France, on retrouve tout ce qui fait le prix de son théâtre : une manière unique de créer des dispositifs qui englobent les acteurs et les spectateurs dans un même espace partagé et un formidable travail sur la vérité et l’intensité du jeu, qui font de chaque spectacle un moment de vie et d’expérience profondes.

« ANTE », DU CROATE IVOR MARTINIC, MIS EN SCÈNE
PAR L’ARGENTIN GUILLERMO CACACE.
PHOTO KEVIN ORELLANES

Ante a beau être enraciné dans l’histoire de la guerre qui a ravagé les pays de l’ex-Yougoslavie au début des années 1990, elle n’en est pas moins profondément universelle, en abordant la question du traumatisme à hauteur d’homme, ou plutôt d’enfant. Ante est un gamin de 12 ans, qui a perdu sa mère pendant la guerre. Des années plus tard, il vit seul avec son père, qui tombe amoureux d’une de leurs voisines et désire refaire sa vie, ce qu’Ante ne peut accepter. Le spectacle, que l’on pourra voir au Printemps des comédiens de Montpellier, en juin, déplie la manière dont le conflit va se dénouer peu à peu, par l’engagement humain, l’amour de l’autre et la parole, comme auraient pu, pense-t-on, se dénouer les conflits yougoslaves.

Guillermo Cacace a travaillé ici avec la troupe du Teatro Casero, qui fait vivre un petit théâtre au cœur des montagnes de Patagonie. Comme dans Gaviota, on retrouve la vérité saisissante des corps, la densité existentielle, le côté brut de ce théâtre qui élimine tout spectaculaire. Et comme dans Gaviota, tout se passe autour d’une grande table, dans la communauté qui se forme entre acteurs et spectateurs.

« Je suis un grand lecteur du philosophe français Jacques Rancière, et de la manière dont il a théorisé le fait que la dimension politique du théâtre n’est plus, ne peut plus être, dans le message, mais dans les dispositifs collectifs créés par cet art », explique le metteur en scène argentin. Avec cet Ante, il livre une interprétation passionnante du mot d’ordre choisi par Carmen Romero et son équipe pour ce Santiago a Mil 2025 : « Plus d’humanité. »

Par Fabienne Darge, Santiago du Chili


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mercredi, janvier 22, 2025

ARGENTINE : LE 139ème ENFANT «VOLÉ» SOUS LA DICTATURE RETROUVÉ

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CÉLÉBRATION LORS DE LA CONFÉRENCE DANS L'ANCIENNE ESMA.
PHOTO LEANDRO TEYSSEIRE

Argentine : le 139ème enfant "volé" sous la dictature retrouvé / 
L'organisation argentine des Grands-mères de la Place de Mai a annoncé mardi la découverte de la "petite-fille N° 139", l'une de quelques centaines de bébés volés à des détenues pendant la dictature argentine (1976-1983).

AFP

Publié le 22 /01/2025

« La vérité sur les crimes de la
dictature  continue d'être révélée»

UNE DE PÁGINA|12
DU 21 01 2025

L'"enfant", à présent âgée de 47 ou 48 ans, "née entre janvier et février 1978", est fille de Noemi Beatriz Macedo et Daniel Alfredo Inama, militants marxistes-léninistes enlevés en novembre 1977, elle enceinte de 6-7 mois à La Plata, lui peut-être à Buenos Aires, et disparus depuis, a déclaré la présidente des Grands-Mères Estela de Carlotto en conférence de presse. 

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

"Bienvenue, petite-fille N°139 ! (...) Inexorablement, la vérité sur les crimes de la dictature continue de sortir au jour", a-t-elle lancé, depuis l'Espace de la Mémoire à Buenos Aires, sur le site de l'ancien centre clandestin de torture de l'Ecole Supérieure de Mécanique de la Marine (ESMA), l'un des plus tristement célèbres de la dictature.

L'enfant 139, dont le nom comme de coutume n'a pas été communiqué - il lui appartiendra de le faire si elle le souhaite - a vu son identité confirmée par des tests ADN. Elle a un frère et une soeur biologiques, dont l'un, Ramon, était présent à la conférence de presse.

"Les yeux de ma grand-mère"

"Elle a les yeux de ma grand-mère, le regard de ma grand-mère, la mère de Daniel, celle qui est morte dans les inondations de La Plata" (plus de 80 morts en 2013), a déclaré à la presse Ramon. Il n'a pas encore parlé avec sa sœur "retrouvée", mais a vu sa photo.

L'organisation des Grands-Mères, qui recherche inlassablement des "bébés volés", a contacté "l'enfant 139", lui indiquant que leurs recherches suggéraient qu'elle pourrait avoir été "appropriée". Elle a accepté un test ADN, qui a rendu son verdict lundi.

L'identification du 139ème "bébé volé" intervient moins d'un mois après l'annonce de la découverte du 138e: fin décembre, les Grands-Mères avaient révélé l'identification du fils d'un couple de militants de gauche péroniste enlevés en 1976 et disparus.

Sous la dictature, quelques centaines d'enfants -environ 300 selon des estimations- ont été volés. Nés d'une mère en détention, ils ont été donnés à un foyer qui voulait ou ne pouvait avoir d'enfant -- foyer souvent politiquement proche du régime.

Au long de 47 ans de recherche, dans 139 cas l'identité originelle de l'enfant a été retrouvée. Parfois donnant lieu à des retrouvailles émouvantes avec les survivants de sa famille biologique. Mais parfois aussi après leur décès.

Selon les estimations d'ONG des droits humains, quelque 30.000 personnes sont mortes ou ont disparu pendant la dictature. Bilan aujourd'hui contesté, notamment par le président ultralibéral Javier Milei, qui parle de moins de 9.000, invoquant la liste "officielle" de la Commission nationale sur la disparition de personnes (Conadep), qui en 1983-84 dressa un registre - provisoire - de 8.961 disparus.

Mardi, Estela de Carlotto a profité de l'annonce pour dénoncer des suppressions d'effectifs au Secrétariat des droits de l'Homme, dans le cadre de l'austérité budgétaire sous le gouvernement Milei, soulignant son "rôle central" dans la quête des enfants volés et "de mémoire, de vérité et de justice qui ont fait de nous un exemple pour le monde".

L'emblématique Mme de Carlotto a ces derniers mois accusé l’exécutif de vouloir "fermer l'ex-ESMA" (l'Espace de la Mémoire) ce que le gouvernement dément, évoquant toutefois une "restructuration", à l'image d'un centre culturel du site, fermé depuis fin décembre à titre temporaire.



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lundi, janvier 20, 2025

CENTENAIRE DE LA NAISSANCE D'ERNESTO CARDENAL

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CARDENAL LIT UN VERS D'UN DE SES RECUEILS DE POÉSIE EN 1980 
PHOTO GETTY

1925 - 20 janvier - 2025 
  
CENTENAIRE ​​​DE LA NAISSANCE
 D'ERNESTO CARDENAL
ERNESTO CARDENAL À LA BIBLIOTHÈQUE DE
L'UNIVERSITÉ LOYOLA DU MARYLAND, 2010
PHOTO DENNIS DRENNER
Ernesto Cardenal Martínez, né le 20 janvier 1925 à Granada au Nicaragua et mort le 1er mars 2020 à Managua, fut un prêtre catholique, théologien, poète et homme politique nicaraguayen.

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Pour quelque temps moine trappiste, il devient une figure importante du Nicaragua, dont il est ministre de la Culture de 1979 à 1987, tout en continuant à promouvoir la théologie de la libération.
ARIEL DORFMAN, AVEC ERNESTO CARDENAL ET LE
PRÉSIDENT CHILIEN SALVADOR ALLENDE, EN 1972.


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LA RÉFORME DES PENSIONS AU CHILI, NÉCESSAIRE MAIS CONTROVERSÉE

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La réforme des pensions au Chili, nécessaire mais controversée / 
La Havane, 20 janvier, (RHC)- Après 10 ans de débat sur la réforme des retraites, le gouvernement chilien accélère le rythme afin de parvenir à un accord pour améliorer les pensions, une question qui suscite actuellement des attentes mais aussi des controverses.

Édité par Reynaldo Henquen

2025-01-20 18:54:20

Le diagnostic est clair: 72 % des retraités chiliens perçoivent moins que le salaire minimum et un retraité sur quatre reçoit des montants inférieurs au seuil de pauvreté, un problème qui est exacerbé chez les femmes, dont la moyenne est moins bien rémunérées que les hommes.

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Le modèle de pension chilien a été introduit en 1980 sous la dictature d'Augusto Pinochet et, pendant plus de 40 ans, les administrateurs des fonds de pension (AFP) ont utilisé l'épargne des travailleurs pour réaliser des millions de dollars de bénéfices.

Après d'intenses débats, le gouvernement et l'opposition sont parvenus à un accord qui, selon la ministre du Travail, Jeannette Jara, constitue une avancée importante car il répond à l'objectif d'améliorer les pensions actuelles et d'augmenter les projections pour les futurs retraités.

Le document débattu au sein de la commission du travail du Sénat bénéficiera à près de 3 millions de personnes âgées, avec une augmentation des pensions comprise entre 14 et 35 %.

La proposition garantira qu'au même âge et avec la même épargne, les hommes et les femmes recevront la même chose, et l'assurance couvrira les risques de vieillesse et d'invalidité.

Elle prévoit également la création d'un fonds de sécurité sociale financé par un pourcentage de la contribution de l'employeur, qui sera de 8,5 %.

Mais l'initiative a été critiquée, notamment parce qu'elle ne répond pas à l'objectif initial de mettre fin aux AFP, qui se sont enrichies sur le dos des travailleurs tout en distribuant des sommes dérisoires à leurs membres.

En réponse à ces critiques, la ministre du Travail a souligné que pour faire avancer cette idée, il faudrait qu'elle passe par le Parlement, où le gouvernement n'a pas la majorité.

La coordination nationale Pas plus d’AFP a convoqué mardi une manifestation sur la Place d’Armes à Santiago pour rejeter l'accord qui, selon elle, n'améliore pas les pensions et, au contraire, profite aux AFP avec plus de ressources provenant des travailleurs.

Le projet de loi continue d'être traité par la commission du travail du Sénat, d'où il doit passer à la commission des finances, puis à la plénière, avant d'être envoyé à la Chambre des députés pour une éventuelle adoption, ce qui reste à voir.

Source : Prensa Latina

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vendredi, janvier 17, 2025

AU CHILI, UN PROJET D’USINE MENACE LE CIEL ASTRONOMIQUE LE PLUS PUR AU MONDE

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LE CERRO ARMAZONES, CHOISI POUR LE PROJET DE TÉLESCOPE EUROPÉEN
 DE TRÈS GRANDE TAILLE (ELT) QUI, AVEC SON MIROIR DE 42 M DE DIAMÈTRE,
SERA LE PLUS GRAND ŒIL DU MONDE SUR LE CIEL. AU CHILI, LE 26 AVRIL 2010. AFP

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LE MONDE
SCIENCES / ASTRONOMIE / Au Chili, un projet d’usine menace le ciel astronomique le plus pur au monde / Un mégaprojet de production d’hydrogène vert met en péril, dans le désert d’Atacama particulièrement propice à la limpidité du ciel, la qualité d’observations des étoiles et des galaxies. [Pollution lumineuse]

Par Pierre Barthélémy

Temps de Lecture 2 min.

Qui a eu, comme l’auteur de ces lignes, la chance de voir le ciel étoilé au-dessus du désert d’Atacama, au Chili, ne peut en avoir gardé qu’un souvenir ébloui. Cet accès au plus pur des firmaments explique pourquoi l’Observatoire européen austral (ESO) a posé sur le Cerro Paranal, à 2 635 mètres d’altitude, son Very Large Telescope (VLT), la meilleure des installations astronomiques terrestres.

CETTE REMARQUABLE IMAGE A ÉTÉ PRISE GRÂCE À UN QUADRIROTOR,
VOLTIGEANT DANS LE CIEL AU-DESSUS DU DÉSERT D’ATACAMA. L’OCÉAN,
LES NUAGES ET LE DÉSERT S’UNISSENT POUR FORMER CETTE SCÈNE
AÉRIENNE QUI S’ÉTEND LE LONG DE LA CÔTE CHILIENNE. /
PHOTO GERHARD HÜDEPOHL 

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Et pourquoi l’ESO construit à quelques kilomètres de là un géant qui surpassera le VLT, l’Extremely Large Telescope (ELT). Mais, au grand malheur des chercheurs, le plus limpide des cieux risque de ne plus l’être longtemps : comme l’a signalé l’ESO le 10 janvier dans un communiqué, une usine géante pourrait s’implanter à quelques kilomètres seulement du Paranal, qui menacerait la qualité des observations astronomiques.

Le 24 décembre 2024, la société AES Andes, filiale de l’énergéticien américain AES Corporation, a en effet déposé auprès des autorités chiliennes une étude d’impact environnemental en vue d’établir un complexe industriel baptisé « Inna ». S’étalant sur plus de 3 000 hectares (soit environ la superficie d’une ville comme Lille), il sera consacré à la production d’hydrogène vert et d’électricité solaire et éolienne. Cette méga-usine comportera un port, la côte du Pacifique n’étant qu’à 15 kilomètres du Cerro Paranal.

Lumières, poussières et éoliennes

Pour les astronomes, les retombées négatives seront multiples. Ils redoutent en premier lieu la pollution lumineuse. Ainsi que l’explique l’Espagnol Xavier Barcons, directeur général de l’ESO, « pour les télescopes optiques comme le VLT et l’ELT, un ciel plus brillant signifie que les étoiles ou les galaxies les moins lumineuses, ainsi que les caractéristiques faibles de tous les objets astronomiques, deviendront indétectables. Les observations des premières galaxies et étoiles de l’univers primitif, du milieu circumgalactique ou de la toile cosmique seront immédiatement compromises. »

Deux autres désagréments sont identifiés. D’abord, la poussière qui sera mise en suspension dans l’air pendant les cinq années de construction du site industriel. Ensuite, les turbulences atmosphériques qu’engendreront les éoliennes. « Cela aura un impact très direct, en limitant le nombre de nuits d’observation », fait remarquer Arthur Vigan, chercheur CNRS au Laboratoire d’astrophysique de Marseille, qui a installé en 2023 un instrument au VLT.

L’ESO a eu connaissance du projet Inna en août 2024. « Nous avons immédiatement fait part de nos préoccupations, assure Xavier Barcons. Nous avons interagi avec AES Andes à plusieurs reprises et fourni des informations sur les dommages irréparables que la pollution lumineuse du projet causerait aux sites [des télescopes]. En décembre, nous avons partagé avec eux les preuves que le projet devrait être déplacé à au moins 50 kilomètres pour protéger le ciel vierge de Paranal. Quelques jours plus tard, ils ont présenté le projet à proximité du territoire de Paranal, ignorant, de fait, notre demande. »

Le ciel, un « bien commun »

Contactée par Le Monde, la société AES Andes s’est contentée de nous transmettre un communiqué précisant qu’Inna « serait situé dans une zone connue sous le nom de “Réserve éolienne de Taltal” au Chili, spécifiquement désignée pour le développement des énergies renouvelables ». Ce texte ajoute que le projet présenté en décembre 2024 « intègre spécifiquement les normes les plus élevées en matière d’éclairage dans sa conception, conformément aux nouvelles exigences réglementaires du ministère de l’environnement (…) qui visent à prévenir la pollution lumineuse et à protéger la qualité astronomique du ciel nocturne, la santé des personnes et la biodiversité».

La décision est donc entre les mains des autorités chiliennes qui vont évaluer l’impact environnemental d’Inna. En plus de six décennies de collaboration avec le Chili, l’ESO y a investi 2,15 milliards d’euros. Auxquels il faut ajouter « un plan d’investissement de 1,75 milliard d’euros supplémentaires dans les années à venir », selon Xavier Barcons. Arthur Vigan doute que cela fasse le poids : « L’astronomie, à côté de l’industrie, c’est une petite goutte d’eau. »

Pour cet astronome, l’annonce du projet Inna constitue « un choc. Le Paranal fait partie de ces endroits qu’on espère préserver pour faire de la science de rang mondial ». Il rappelle que certaines observations astronomiques sont déjà menacées par le passage de la constellation de satellites Starlink d’Elon Musk et déplore la « privatisation du bien commun » qu’est le ciel. « Mais peut-on y mettre des limites pour continuer à faire de la science ? »

Pierre Barthélémy

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PHOTO J. BELTRÁN / ESO

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    jeudi, janvier 16, 2025

    LES JOURNALISTES DU «WASHINGTON POST» DEMANDENT DES COMPTES À JEFF BEZOS APRÈS LA CENSURE D’UNE CARICATURE LE VISANT

      [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

    JEFF BEZOS LE PROPRIÉTAIRE D'AMAZON ET DU «WASHINGTON POST»
    À NEW-YORK, LE 4 DÉCEMBRE 2024. PHOTO MICHAEL M. SANTIAGO
    Liberté de la presse / Les journalistes du «Washington Post» demandent des comptes à Jeff Bezos après la censure d’une caricature le visant / Le média américain a refusé de diffuser un dessin humoristique représentant son propriétaire, ce qui a entrainé la démission de son autrice, la caricaturiste Ann Telnaes, le 4 janvier dernier. Mardi 14 janvier, les salariés du journal se sont emparés de l’affaire et ont écrit à Jeff Bezos.

    par Radidja Cieslak

    Ann Telnaes

    Remue-ménage au Washington Post. Près de 400 membres de la rédaction ont envoyé un courrier à Jeff Bezos, patron d’Amazon, mais aussi directeur du Washington Post depuis 2013, pour témoigner de leurs inquiétudes pour l’avenir du journal selon le Guardian

    CAPTURE D'ÉCRAN X

    La lettre envoyée mardi 14 janvier par les journalistes a ensuite été publiée sur X le lendemain par Ben Mullin, reporter au New-York Times.

    UN BROUILLON DU DESSIN D’ANN TELNAES
    REJETÉ PAR LE WASHINGTON POST. ANN TELNAES


    ► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

    Le courrier fait suite au refus de la direction publier un dessin de la caricaturiste Ann Telnaes, prix Pulitzer du dessin de la Presse en 2001, et à sa démission qui a suivie. Sur l’illustration de la discorde figure l’homme d’affaires et patron de presse Jeff Bezos agenouillé devant une statue de Donald Trump et lui tendant un sac d’argent.

    «Nous sommes profondément inquiets»

    Dans la missive, les salariés du journal témoignent de leurs inquiétudes vis-à-vis des «récentes décisions de la direction qui ont conduit les lecteurs à s’interroger sur l’intégrité de cette institution, qui ont rompu avec une tradition de transparence et qui ont incité certains de nos collègues les plus éminents à partir, d’autres départs étant imminents».

    Les journalistes insistent également sur leur souhait de «rétablir une relation avec les dirigeants basée sur une communication ouverte», et pour ce faire, invitent Jeff Bezos à se rendre dans leurs bureaux. Ceux-ci lui demandent également de s’en tenir à la promesse prise à son arrivée de ne pas modifier les valeurs du Washington Post. Et de conclure : «Nous nous sommes engagés à poursuivre un journalisme indépendant qui demande des comptes au pouvoir et traite de l’actualité sans crainte ni favoritisme. Cela ne changera jamais. Rien n’ébranlera notre détermination à suivre l’information où qu’elle nous mène».

    Neutralité politique ?

    Durant la campagne présidentielle, le média américain avait déjà mis le feu aux poudres en déclarant ne soutenir aucun candidat, une décision que Jeff Bezos assurait avoir prise «par principes». Mais pour Sébastien Mort, spécialiste de la presse américaine, ce choix «va dans le sens de l’érosion du rôle démocratique de la presse aux États-Unis». La décision avait suscité des réactions houleuses et le journal avait perdu 10 % de ses abonnés à sa suite, selon les chiffres du Guardian. À ce sujet, les journalistes concèdent dans la lettre envoyée mardi que «la question de l’appui présidentiel» est «une prérogative du propriétaire», mais rappellent vouloir travailler sans «demander des comptes au pouvoir».

    Or, au terme de la campagne présidentielle, Jeff Bezos ne s’est pas privé de complimenter chaleureusement Donald Trump, rompant avec sa volonté affirmée de neutralité médiatique, de quoi inquiéter ses salariés. «Félicitations à notre 45ème et désormais 47ème président pour son retour politique extraordinaire et sa victoire décisive. Aucune nation n’a de plus grandes opportunités. Je lui souhaite du succès dans sa mission de diriger et d’unifier l’Amérique que nous aimons tous», avait-il écrit sur X.

    Le multimilliardaire souhaite être dans les bonnes grâces présidentielles, mais veut aussi éviter d’éventuelles sanctions à l’égard d’Amazon. Durant son premier mandat, Donald Trump avait menacé le milliardaire de lancer une enquête sur la gestion fiscale d’Amazon, une tentative de faire pression sur lui mais également d’infléchir la ligne éditoriale du Washington Post qui lui était hostile. Le vent a visiblement tourné puisque Jeff Bezos fait désormais partie des invités de marque conviés à la cérémonie d’investiture de Donald Trump ce lundi 20 janvier, en compagnie d’Elon Musk et de Mark Zuckerberg.

    États-Unis Jeff Bezos

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    LES PDG AMÉRICAINS S'INCLINENT DEVANT DONALD TRUMP
    PHOTOMONTAGE FINANCIAL TIMES

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