lundi, mai 14, 2007

«YACHT STORY», PREMIÈRE

Médiatiques
Par Daniel SCHNEIDERMANN

Donc, il aura fallu vingt ans. Vingt ans de télévision privée en France, pour que l'esthétique, les valeurs, les mythologies, les vedettes, le mode d'effraction de la télévision privée finissent de se confondre avec ceux de la politique, s'installent au sommet de l'Etat, et inaugurent un «Yacht Story» inattendu et discordant (palace mais jean, yacht de soixante mètres mais karaoké), dont l'effet de souffle n'est pas sans rappeler l'apparition du Loft Story de M6.


Le casting ? Il n'y a que l'embarras du choix. Voyez Arthur (ancien producteur du Loft), Steevy (ancien candidat du Loft), Bigard, Clavier, Reno, Villeneuve, à côté du président élu, sur ses tribunes, dans ses meetings, prêts à tout pour être dans le cadre : ce sont les visages des émissions qui font frissonner, des films familiaux du dimanche soir, des concerts-événements au Stade de France. Rien que du majoritaire, de l'écrasant, du fracasseur de records, de l'installé au sommet du podium, de l'exceptionnel. Voyez cette faune se mêler aux futurs ministres, comme sur les plateaux des samedis soirs de TF1. Voyez-la, dans la nouvelle hiérarchie enfin assumée sans complexes, écraser les vieux politiques rasoirs et poussiéreux. Voyez Fabius, par exemple, au soir de la défaite de Royal, interrompu sur TF1 parce que nous avons Johnny à l'instant même, chers téléspectateurs, il sort du Fouquet's, et nous n'allons tout de même pas rater sa première réaction ! (Alors qu'aucune chaîne ne diffuse en direct la réaction de François Bayrou, arrivé troisième à la présidentielle. Retourne donc dans ton Béarn, Bayrou !)


Les mythologies ? Elles se bousculent. Le petit garçon triste des beaux quartiers ( «Je suis parti de rien, j'étais au fond de la salle, rien ne m'a été donné» ) devenu ce chef exigeant de «la firme», qui recrute les meilleurs, paie grassement, et n'admet pas l'erreur. Les yachts, jets privés, limousines scintillantes, copains milliardaires et grands hôtels, et jusqu'à cette épouse fantasque qui s'épuise à ressembler à Jackie : c'est toute une imagerie néokennedyenne de la presse de papier glacé que convoquent les premiers jours du président élu.


Le langage ? Ecoutez cette rhétorique unique qu'il va bien falloir apprendre à déchiffrer, ce mélange d'émotion dans la confidence ( «j'ai changé» ), de compassion (je serai toujours aux côtés des «accidentés de la vie» ), d'effronterie ( «je ne m'excuserai pas» ), d'impudeur, d'insolence et de sincérité provocante ( «pas seulement quand je me rase» ). Ecoutez cette voix de tueur et d'enfant étonné.


Les valeurs ? La télé, là encore. La juste récompense des efforts et du travail (TF1 et sa Star Ac). La vitupération de l'impôt (Pernaut et son «Combien ça coûte ?» ). La plus extrême sévérité s'appliquant aux tricheries des humbles (Villeneuve et ses recyclages périodiques de la «France qui triche» ) plutôt qu'à l'incivisme des autres (Johnny sanctifié, et rentrant triomphalement en France sur le pavois du bouclier fiscal). Le culte du succès pour le succès, et de l'audience comme fin unique (les pages de pub annuelles dans la presse, pour célébrer les plus grosses audiences).


Reste l'essentiel : le mode d'effraction du sarkozysme présidentiel, la manière dont tout ce cortège s'impose dans les salons et dans les têtes les plus réfractaires. Cette technique, c'est la transgression. Le sarkozysme s'impose par l'effroi et le choc, aussitôt autosoulignés par le sauvageon. «Oui, j'ose parler de nation !» «Oui, j'ose dire qu'un voyou est un voyou !» «Oui, j'ose le palace, le jet privé et le yacht !» La transgression «décomplexée», la rupture avec la «bienséance» habituelle. Toute réserve est condamnée d'avance : la transgression se nourrit de l'approbation populaire contre l'effroi des élites. Qu'on se souvienne de l'apparition foudroyante du Loft et du haut-le-coeur polyphonique devant tant de vulgarité affichée : c'est ce haut-le-coeur qui assura le succès durable de l'émission. La transgression a besoin de cet effroi, de la levée de boucliers des vertueux. Aussitôt qu'elle a allumé l'incendie, regardez-la se parer de son innocence effarouchée. Pourquoi devrais-je m'interdire de parler de nation, d'identité nationale? Pourquoi devrais-je m'interdire d'appeler un voyou un voyou, et de dormir au Fouquet's? Pourquoi devrais-je m'interdire de me reposer quelques jours avec ma famille dans mon yacht avec karaoké? La transgression qui ne semble avoir pour but que de faire la une. Hier, des médias nationaux, et demain, si possible, celle de Time et de CNN.


Sarkozy a-t-il construit sa mythologie en regardant TF1? Ou bien est-ce TF1 qui, en vingt ans, a préparé le public à l'avènement de Sarkozy ? Insoluble question de l'oeuf et de la poule. Peu importe. Le spectacle est désormais à l'Elysée, comme le pouvoir était à la télé. Les deux lieux se confondent, et sont interchangeables.


PS : Pendant ces longues journées d'installation de la nouvelle mythologie se faufila à la fin des JT une mince silhouette. Laure Manaudou filait en Italie, à l'anglaise, vivre auprès de l'homme qu'elle aime. Nul ne connaît les sympathies politiques de Laure Manaudou. Mais cette évasion amoureuse de la championne, même muette (ou parce que muette ?) apparaissait déjà comme une sorte de dissidence.

ARGENTINE - RETOUR SUR LE TERRITOIRE DES ANCÊTRES



Plusieurs familles d’Indiens Mapuches ont réinvesti en Patagonie des terres acquises par le groupe Benetton dont ils avaient été expulsés en 2002. La justice leur interdit de construire en dur et de faire du feu.


De Santa Rosa-Leleque (province de Chubut), Le jour se lève au son des “hey-hey-hey-hey” que les fidèles lancent, tendant les bras vers les montagnes de l’est, où le soleil commence à poindre. Ils célèbrent la cérémonie face au pillán kutral, “cœur de la communauté”, comme le définissent les Mapuches. Une expression qu’on pourrait traduire approximativement par “feu sacré”.


À Santa Rosa-Leleque, le pillán kutral est allumé depuis le 14 février, date à laquelle trente hommes, femmes et enfants, ont franchi la clôture de barbelés pour récupérer 535 hectares de terrain qui appartenaient à leurs ancêtres. Le feu, qui abrite les esprits des ancêtres, est entretenu dans un cercle de pierres et sur deux mois de cendres. On lui doit un respect absolu : il est interdit d’y jeter des mégots, des sachets de thé ou des ordures. Il donne uniquement lumière et chaleur. Pour cuisiner, il y a le feu normal, délimité par un muret de briques.



Cet élément fondamental de la religion mapuche n’a pas été épargné par le conflit qui oppose cette communauté à la Compagnie des terres du Sud argentin, la société derrière laquelle s’abrite le groupe Benetton pour maintenir clôturés les 965 000 hectares qu’il a acquis en Patagonie.

À la mi-avril, la justice a interdit à la communauté de faire du feu tant
que le conflit n’aurait pas été réglé devant les tribunaux. La décision du juge d’Esquel, Omar Magallanes, fait suite à une demande des avocats de Benetton. La même mesure interdit aux dix familles de la communauté de construire des logements. Santa Rosa Leleque est donc un campement de tentes igloo trop minces, les températures descendant toutes les nuits au-dessous de zéro.


Pour l’instant, la seule construction est un ranchito [maison en terre à armature de bois] où les Mapuches conservent de la farine, du vermicelle, des confitures, des tortas fritas [sortes de bugnes] et les colis alimentaires que leur ont donnés des gens des villages voisins et des touristes généreux. A 700 mètres de là se dresse la maison communautaire, encore inachevée, parce que la justice winka [blanche], comme on l’appelle à Leleque, en a décidé ainsi. Il y a quelques jours, le juge de paix d’El Maitén, Guillermo Palmieri, a franchi les barbelés avec son attaché-case. Ce dernier contenait les 30 avis d’interdiction [de faire du feu] émis à l’encontre de chacun des habitants de Santa Rosa.


En interdisant le feu, “ils espèrent qu’on se lassera et qu’on finira par partir, explique Rosa Nahuelquir. Il a commencé à neiger et nous n’avons même pas pu finir de construire la maison. Mais, s’ils croient qu’ils vont nous faire peur, ils se trompent.” Elle et son mari Atilio Curiñanco se battent depuis 2002, année où le couple a été expulsé par la justice de ces terres qu’ils revendiquent comme étant les leurs. Des terres qui, sans exagérer, sont le plus bel endroit du monde : montagnes couronnées de neige, torrents, terres qui n’attendent que d’être cultivées ou de servir de pâturages, le rêve d’Atilio.


Pour les Mapuches les arbres sont sacrés Le matin de bonne heure, lui et Luis Millán, armés d’une pioche et d’une pelle, vont s’occuper de l’irrigation. Ils marchent vers les montagnes, suivant le lit d’une rivière asséchée depuis 2002, quand les forces de l’ordre ont démantelé le système d’irrigation, comme tout ce qu’avait construit le couple Nahuelquir-Curiñanco. Ce cours d’eau irriguait des terres idéales pour les cultures. “Si ces militaires s’imaginent que nous allons céder”, commente Atilio entre deux coups de pelle.


Avec son compagnon, il installe quelques pierres et la rivière se divise en deux, ce qui va permettre de semer sur plusieurs hectares. “Tu veux de l’eau fraîche? me propose Atilio. Il n’y a pas plus pur. Elle vient tout droit de la montagne.”


À Santa Rosa règne le plein emploi. Quand il ne faut pas irriguer, il faut aller chercher du bois. Pour les Mapuches, les arbres sont sacrés, donc pas question de les abattre. Ils ne coupent du bois que sur les arbres tombés. S’ils sont obligés de tuer un arbre – ou n’importe quel être vivant –, ils demandent d’abord l’autorisation à la mapu [terre]. Et récupérer leur territoire revient à renouer avec la spiritualité.


Du matin au soir, les Mapuches rendent un culte à la terre. Et, quand ils dorment, la mapu leur parle en peuma (rêve) et leur dit ce qui est. Ses messages sont si clairs qu’il ne viendrait à l’idée de personne de lui désobéir. Le mapudungun est la langue que la terre a donnée aux humains pour qu’ils puissent communiquer avec elle. Beaucoup sont convaincus que les malheurs du peuple mapuche ont commencé quand ils ont cessé de communiquer avec la terre, quand ils se sont “winkaïsés”. Pour franchir la clôture de barbelés, il faut se plier en deux, mettre un pied ici, puis un pied là. Pour éviter qu’on ne les accuse de détérioration, les Mapuches ne forcent pas les cadenas ni ne sectionnent les barbelés. Parmi les participants, une petite vieille toute menue, au visage parcheminé. Pas besoin de lui demander son âge pour savoir qu’elle a vécu l’époque des premières expulsions, vers 1937. “Dites-nous, Papay [mamie], qui vivait à Santa Rosa avant les expulsions ?” La vieille dame soupire : “Avant, quand il n’y avait pas de barbelés…”

Sebastián Ochoa Página 12



HistoireAvec 1,5 millions de personnes, les Mapuches sont la première communauté autochtone d’Amérique du Sud. 250 000 vivent en Argentine, le reste au Chili. Ni les Incas, ni les conquistadors espagnols n’ont réussi à les soumettre. Au XIXe siècle

dimanche, mai 13, 2007

Discours de Benoît XVI au CELAM


Le pape Benoît XVI lors de son discours

Le 16 Mai 2007 - (E.S.M.) - Le Pape Benoît XVI a clôturé son voyage de cinq jours au Brésil par un discours aux évêques brésiliens pour inaugurer la Ve Conférence Générale de l'épiscopat latino-américain et des Caraïbes . L'idée qui est au coeur de ce discours, c'est que les tentatives pour résoudre les problèmes sociaux et politiques sans le Christ mènent à la ruine.
Aparecida, le dimanche 13 mai 2007
Chers frères dans l’Épiscopat, bien aimés prêtres, religieux, religieuses et laïcs, chers observateurs des autres confessions religieuses,C’est pour moi un motif de grande joie que de me trouver aujourd’hui avec vous pour inaugurer la Ve conférence générale de l’épiscopat latino-américain et de la Caraïbe, que l’on célèbre près du sanctuaire de Notre Dame d’Aparecida, patronne du Brésil. Je veux en premier lieu rendre grâces à Dieu pour le grand don de la foi chrétienne aux peuples de ce Continent.
1. La foi chrétienne en Amérique latine
La foi en Dieu a animé la vie et la culture de ces peuples pendant plus de cinq siècles. De la rencontre de cette foi avec les ethnies autochtones est née la riche culture chrétienne de ce Continent, qui s’est exprimée dans l’art, la musique, la littérature, et, en particulier, dans les traditions religieuses et dans les mœurs de ses peuples, unis par une même histoire et un même credo, pour donner naissance à une grande harmonie dans la diversité des cultures et des langues. Cette foi est confrontée actuellement à de sérieux défis, car le développement harmonieux de la société et l’identité catholique de ses populations sont en jeu. A cet égard, la Ve conférence générale s’emploie à réfléchir à cette situation pour aider les fidèles à vivre leur foi dans la joie et la cohérence, à prendre conscience qu’ils sont disciples et missionnaires du Christ, envoyés par lui dans le monde pour annoncer et témoigner de notre foi et notre amour.Mais qu’a signifié l'acceptation de la foi chrétienne par les peuples d'Amérique latine et des Caraïbes ? Pour eux, cela a signifié connaître et accepter le Christ, a précisé le pape Benoît XVI, ce Dieu inconnu que leurs ancêtres, sans le réaliser, recherchaient dans leurs riches traditions religieuses. Le Christ était le Sauveur qu'ils désiraient silencieusement. Cela a signifié aussi recevoir, avec les eaux du baptême, la vie divine qui a fait d’eux des enfants de Dieu par adoption ; recevoir, en outre, l’Esprit Saint qui est venu féconder leurs cultures, en les purifiant et en développant les nombreux germes et semences que le Verbe incarné avait déposés en elles, en les orientant ainsi vers les chemins de l’Évangile.En effet, l’annonce de Jésus et de son Évangile n’a supposé, à aucun moment, une aliénation des cultures précolombiennes, et n'a pas non plus été l'imposition d'une culture étrangère. Les cultures authentiques ne sont pas fermées sur elles, ni pétrifiées en un point déterminé de l’histoire, mais elles sont ouvertes, bien plus : elles cherchent la rencontre avec les autres cultures, car elles souhaitent atteindre l'universalité dans la rencontre et le dialogue avec les autres formes de vie et avec les éléments qui peuvent les conduire à une nouvelle synthèse qui respecte toujours la diversité des expressions et des réalisations culturelles concrètes. En dernier lieu, seule la vérité unifie et trouve sa preuve dans l’amour. Pour cette raison, le Christ, étant réellement le Logos incarné, « l’amour jusqu’au bout », n’est étranger à aucune culture ni à aucune personne ; au contraire, la réponse à laquelle aspire le cœur des cultures est celle qui leur donne leur identité ultime, celle qui unit leur humanité et, en même temps, respecte la richesse de leur diversité, les faisant grandir vers une vraie humanisation, dans le progrès authentique.
Le Verbe de Dieu, s’étant incarné en Jésus Christ, s’incarne aussi dans l’histoire et la culture.L’utopie de redonner vie aux religions précolombiennes, les séparant du Christ et de l’Église universelle, ne serait pas un progrès, a souligné Benoît XVI, mais une régression. En réalité, ce serait une involution vers un moment historique ancré dans le passé. La sagesse des peuples autochtones les a heureusement aidés à faire une synthèse de leurs cultures avec la foi chrétienne offerte par les missionnaires. Lire la suite...

samedi, mai 12, 2007

KYLIE MINOGUE DÉMENT TOUTE LIAISON AVEC UN HOMME MARIÉ

  [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ] 

Kylie Minogue avec "son ami", 
le producteur de films Alexander Dahm.
La chanteuse pop australienne Kylie Minogue a démenti jeudi avoir eu une liaison avec un homme marié, après avoir été prise en photo au Chili en compagnie d'un producteur de cinéma dont l'épouse est enceinte de huit mois.

La chanteuse pop australienne Kylie Minogue a démenti jeudi avoir eu une liaison avec un homme marié, après avoir été prise en photo au Chili en compagnie d'un producteur de cinéma dont l'épouse est enceinte de huit mois.

"Je n'ai jamais été infidèle à un partenaire et trouverais complètement immoral d'être impliquée (dans une liaison) avec un homme marié", a-t-elle déclaré.

La presse populaire britannique avait publié des photographies montrant la chanteuse en compagnie du producteur de cinéma Alexander Dahm, 39 ans, bien que son porte-parole ait souligné qu'il ne s'agissait que d'un ami.

Les photographies les montraient ensemble à bord d'un bateau ou déjeunant au restaurant.

Kylie Minogue, 38 ans, aurait eu le coeur brisé par sa séparation avec son compagnon, l'acteur français Olivier Martinez.

Elle avait dû interrompre une tournée internationale en mai 2005 après qu'eut été détecté un cancer du sein. Elle avait subi une intervention chirurgicale à Melbourne, en Australie, puis suivi une chimiothérapie en France, où Olivier Martinez possède une maison.

"A son départ aujourd'hui de Santiago, au Chili, Kylie a été choquée par la réaction excessive dans les médias du monde entier au fait qu'elle ait passé du temps en compagnie d'un collègue et ami homme", a déclaré son porte-parole Murray Chalmers.

Avec "son ami", le producteur de films Alexander Dahm, elle a discuté d'un "possible projet de film", a-t-il affirmé.


jeudi, mai 10, 2007

Araucaria soutient très haut l'expo d'Ivan Kraljevic

[Cliquez sur la photo pour agrandir l'image]



Exposition de Ivan Kraljevic
du 09 au 19 mai 2007
93 270 Sevran - France

F ESTIVAL .Du 9 au 19 mai, les « Carnets de voyages » de Sevran partent à la découverte de la culture de la grande île.Après le Maghreb, l’Acadie et l’Italie, la quatrième édition du festival Carnets de voyages de Sevran part à la découverte de Cuba du 9 au 19 mai. Un voyage initiatique dans l’univers culturel de la grande île des Caraïbes. «C’est un pays culturellement et historiquement important, estime le maire, Stéphane Gatignon. Sa place en Amérique latine et dans le monde est autre que la vision caricaturale que l’on en a. Nous avons souhaité avoir des vécus de différents domaines culturels.» Autant dire qu’il y en a pour tous les goûts avec des concerts aux rythmes du son cubain et de la salsa, ou encore du reggaeton, de l’initiation aux danses endiablées. Les expositions photographiques de René Ernesto Silveira Toledo et du Sevranais Ivan Kraljevic permettront au visiteur de flâner à Santiago de Cuba ou dans les rues de La Havane. À l’honneur également : la littérature métissée des Caraïbes autour de la problématique de l’identité, avec les conteuses Mimi Barthélémy et Muriel Bloch ainsi que l’écrivaine primée Karla Suarez. Ces Carnets de voyages offriront également un détour par la filmographie cubaine. À cette occasion, les élèves du lycée Blaise-Cendrars, qui ont visionné cinq productions cubaines, primeront l’une d’elles en présence de l’historien du cinéma cubain, Carlos Ponciano Arba Salva. En somme, une rencontre interactive entre des artistes confirmés et une ville de banlieue, ses écoles et ses quartiers populaires. « Toute notre politique culturelle est axée sur la construction du commun, explique Stéphane Gatignon. Nous ne sommes pas que dans la programmation artistique mais dans l’apport aux habitants pour tendre vers cette culture commune. » Carnets de voyages appelle à s’interroger sur le rapport à l’autre et le métissage. Les habitants des quartiers de Sevran « viennent des quatre coins du monde », rappelle le maire. «La culture française de demain est le fruit de l’apport de toutes les cultures du monde », précise-t-il. Selon lui, à travers ce festival et les orientations culturelles, la ville veut promouvoir l’idée selon laquelle « chacun peut contribuer à l’édifice de cette construction commune qui sera la culture de demain». Et «ce travail en commun commence par le refus d’opposer les populations entre elles», estime Stéphane Gatignon. Carnets de voyages croisent les vécus, valorisent le legs de chacun. Un concentré «de participation culturelle», selon l’expression de l’élu. En un mot, le fil conducteur de cette quatrième édition, avec invité d’honneur Cuba, sera le partage.

mercredi, mai 09, 2007

HÉROS FRAGILES


[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]



En sortie la semaine prochaine, soit le jour de l'ouverture du Festival de Cannes, le film d'Emilio Pacull «Héros fragiles» aurait mérité une exposition plus flatteuse. 
AFFICHE DU FILM
Cela commence comme une fiction pour bifurquer aussitôt vers le documentaire : de retour au Chili, Emilio Pacull enquête sur la mort de son beau-père, le journaliste Augusto Olivares, ami et proche collaborateur de Salvador Allende, mort quelques minutes avant lui le 11 septembre 1973. Il retrouve les survivants du groupe qui a voulu croire alors qu'une autre manière de vivre la politique était possible, et qui se sont battus pour elle. 

La grande force du film réside dans la mise en perspective de ces événements avec le monde d'aujourd'hui. Comment ce qui s'est passé au Chili il y a plus de trente ans permet de comprendre ce à quoi nous sommes confrontés aujourd'hui. C'est de l'histoire en mouvement, qui va chercher dans le passé les clés qui ouvrent les portes de ce temps. 

Va-et vient constant et passionnant, à travers aussi bien les rencontres avec les acteurs de 1973, les extraits des films de Costa-Gavras « État de siège » et « Missing », sur lesquels Pacull était assistant, qu'au fil de l'entretien avec le prix Nobel d'économie Milton Friedman, un des inventeurs de ce néolibéralisme qui trouva dans le Chili de Pinochet un terrain d'expérimentation rêvé. 

Tout cela sans didactisme aucun, avec le désir constant, au contraire, de dessiner une oeuvre à visage humain, profondément émouvante et passionnante.

MALFORMATION FOETALE : QUE FAIRE AU CHILI ?

Martine, Française de 36 ans, vit au Chili depuis 4 ans. L’année dernière, enceinte de 6 mois, elle a touché au plus près aux limites de la loi chilienne où toute forme d’avortement est interdite, même si le bébé, c'était son cas, présente une malformation terrible. Après un voyage éclair en France, aujourd’hui de nouveau enceinte, elle témoigne de sa révolte devant le mur de silence qui a entouré sa douloureuse histoire.
On ne verra pas en photo ses yeux bruns pétillants et son joli visage à la Audrey Tautou. Martine°, qui a passé la moitié de sa vie à changer de pays, n’est pourtant pas du genre timoré. Son histoire n'est connue ici que par quelques proches amis, français. On lui a conseillé de ne rien dire. Elle a très vite compris pourquoi, avec l'attitude résignée de certains amis chiliens, sur le mode "toute vie humaine est respectable". La version officielle de son voyage catastrophe en France en juillet dernier, est la tentative, ratée, d’une opération in-utéro à 6 mois. En réalité: un avortement thérapeutique organisé en une semaine à Paris, dans la panique d’un diagnostic pré-natal de Spina-bifida grave (colonne vertébrale ouverte, cerveau vide).


Martine est de nouveau enceinte, naissance prévue en août prochain, sereine mais révoltée. Entre-temps elle a changé de gynécologue. On comprend pourquoi. "J'avais tout à fait confiance en mon médecin, une femme d’à peu près mon âge, que l’on m’avait recommandée. Il se trouve qu’elle pratiquait aussi les échographies dans son cabinet. Tout roule, après trois ou quatre échos, jusqu’à qu’en naviguant sur des sites français de grossesse, je réalise que l’échographie des 6 mois est très importante. Je décide donc de m’adresser, exceptionnellement à un échographe extérieur. Et là, ça été le choc: Première image, il plaisante : le bébé a mon nez, pas celui de son papa présent à l’examen, tant mieux ! Deuxième image, il pousse un grand soupir et pâlit. Suit un moment de flottement -il croit que l’on sait déjà- puis comprend que l’on tombe des nues et enfin nous explique exactement la situation, ajoutant qu’au Chili, on va nous promettre, comme à tous les parents dans notre cas, une opération providentielle, alors que c'est un miracle qu'il faudrait. Sans en dire plus. Il organise même un rendez-vous avec l’équipe médicale, pour prévoir cette fameuse opération dès la naissance. Il fait son travail, quoi !" commente t-elle, en rendant hommage à l’honnêteté de ce médecin.

Pour ce qui est de sa gynécologue, elle ne saura jamais si c’est par incompétence ou convictions religieuses qu’elle ne lui a rien dit. Cette malformation étant visible, paraît-il, dès le 3ème mois de grossesse. Après coup, Martine l’a appelé pour vider son sac. En réponse, ce médecin accoucheur confirmé a… pleuré.
Aller-retour à Paris

Le même soir -on imagine dans quel état d’esprit- Martine et son mari tirent toutes les sonnettes d’alarme : d’abord des copains médecins au Chili, qui sans se dérober leur font valoir les risques médicaux et psychologiques de la clandestinité. Puis, le lendemain, à 7h du matin, elle contacte son ancien médecin en France, perdue de vue depuis 10 ans. Elle aussi fait son travail. Mais sous d’autres latitudes. Comme une évidence, elle organise tout avec l’Institut de Puériculture de Paris; Soulagement: "Le diagnostic a été fait le lundi à Providencia, le vendredi suivant, j’étais à Paris. Le temps de faire les démarches ; deux signatures de médecins sont nécessaires. L’accouchement a eu lieu le lundi suivant avec une équipe formidable qui ne fait que des accouchements problématiques", se souvient-elle.

Elle constatera que, non seulement la légalité permet une sécurité médicale, mais aide dans le processus de deuil. "C’est bien sûr un "bébé" et en cela, l’acte n’est pas fait à la sauvette. Elle (c'était une fille) a eu a droit à une sépulture, un nom, elle est d’ailleurs inscrite sur notre livret de famille. Et malgré mes réticences, la sage-femme m’a demandé d’apporter des vêtements pour l’habiller, m’a incitée à la voir. Cela s’est avéré très important pour la suite", commente Martine, émue mais pas submergée.

Un "détail", mais qui compte, aussi : Martine, couverte au Chili par une "ISAPRE" a réalisé qu’elle n’était pas du tout assurée sociale en France. Bilan : quatre jours d’hospitalisations à 1.250 euros chacun !

Malgré un mari chilien et un réseau professionnel passionnant à Santiago, cette histoire a un peu mis Martine en froid avec un Chili qu’elle trouve, pas seulement ultra-catholique, et elle cite le pieux Mexique aux lois pourtant plus souples, mais aussi trop conservateur dans les mentalités. Conséquence : elle reprendrait bien son baluchon avec conjoint et enfants -elle a un "grand" de 6 ans- pour le Brésil, où elle a déjà passé de nombreuses années. Elle ajoute : "Et dire que c’est dans l’un des rares pays au monde à être dirigé par une femme que l’avortement thérapeutique reste impossible !"

L’avortement au Chili est illégal quelles qu’en soient les raisons (inceste, viol..) En France, il est légal depuis 1975. Une interruption volontaire de grossesse (IVG) peut-être pratiquée jusqu’à la 12e semaine de gestation. En revanche il n’y a pas de délai légal pour l’avortement thérapeutique. Dans tous les cas, la loi encadre strictement cet acte, pris en charge par la sécurité sociale. Depuis l’introduction de la pilule abortive (à ne pas confondre avec la pilule du lendemain !), une IVG peut être pratiquée par un médecin de ville ( dans ce cas, avant 9 semaines de grossesse).

vendredi, avril 20, 2007

PUERTO EDÉN




Perdu dans les fjords du sud du Chili, Puerto Edén est en pleine effervescence. Le président de la République a choisi de visiter ce village austral qui n’a même pas de curé.
Sergio Zagier La Nación


Quatre heures du matin, l’obscurité est quasi complète, seule la passerelle du ferry est éclairée. Après une traversée compliquée à travers les canaux chiliens, nous arrivons finalement en vue de la baie qui abrite Puerto Edén, l’un des villages du Chili austral [sur l’île Wellington, région administrative de Magellan et de l’Antarctique chilien]. L’île de Chiloé, à peu près au centre du Chili, est la dernière étape au sud de la zone à forte densité de population du pays. A partir de là, jusqu’au pôle, le Chili se désagrège en îles, îlots, canaux et fjords, tandis que la présence humaine se fait de plus en plus rare. Presque au beau milieu de ce casse-tête pour cartographes, un village isolé : Puerto Edén.



Quelques minutes plus tard, une poignée de bateaux et de canots en bois – dont l’équipage est parfois composé de femmes – viennent s’agglutiner autour du ferry de la ligne Navimag. Comme en prévision d’un naufrage, les passagers de notre bateau jettent leurs bagages dans les canots qui viennent d’arriver, pour ensuite y descendre eux-mêmes et disparaître dans les ténèbres de cette baie aux eaux calmes. Tout ce branle-bas de combat n’a pris que quelques minutes. Nous ne sommes pas les seuls étrangers à bord du ferry. Un curé de Santiago, accompagné de jeunes missionnaires laïcs, est venu apporter un peu de spiritualité et d’animation aux enfants d’Edén. Un petit groupe d’étudiants d’un lycée technique de Puerto Natales accomplit sa B.A. du mois en installant l’électricité dans certaines maisons.


“Le président est là, le président est là !” 

Le lendemain, dans les bateaux, les canots et les barques, tout le village se presse pour assister à la messe sur un petit îlot voisin du port, où l’on n’a pas vu une soutane depuis des années. Ce petit promontoire à la végétation exubérante, dénommé l’île aux Morts, est peuplé uniquement par les défunts de la communauté. Au-delà de la dévotion des villageois, cette invasion amphibie a été toute une aventure pour la bande de gamins locale qui furetait dans les caveaux de pierre en ruine pour découvrir de vieilles lampes à huile, des guitares et des ossements. Vers la fin de la troisième journée, alors que nous tuions le temps en taillant du bois dans le crachin et le silence, un attroupement a rompu le calme perpétuel. Une rumeur enfle : “Le Président est là, le président Frei [Eduardo Frei, président du Chili depuis 1994] est là !” Le chef des carabiniers parcourt le quai de long en large, lissant un uniforme qui paraît tout droit sorti d’une garde-robe. Les enfants, habitués de l’embarcadère, viennent se mêler aux curieux. Parmi eux, le maire, sorte de cacique blanc, qui trahit une nervosité proprement citadine. Quelques jours auparavant, le président du Chili a choisi ces eaux australes pour y passer ses vacances en famille. A bord de l’Achille, il rentre d’une croisière parmi les canaux de la Terre de Feu. Peu après, la proue grise d’un bateau de la flotte chilienne fait une entrée presque hautaine dans la baie, portant à son comble l’anxiété de l’attroupement (une bonne quinzaine de personnes, y compris la bande de gamins) qui a envahi le petit quai. Le bateau a jeté l’ancre au milieu de la baie. A partir de ce moment-là, c’est la confusion. Descendra ? Descendra pas ? On n’avait pas vu un président accoster à Puerto Edén depuis des temps immémoriaux. Le dernier président à s’être déplacé était le père de l’actuel président [1964-1970] Eduardo Frei.



Enfin, la pénombre commence à envelopper le village, tandis que chacun rentre chez soi ou dans sa pension de famille, comme c’est notre cas. Selon la radio, le cortège présidentiel a promis de débarquer le lendemain matin. Cette nuit-là personne n’est allé se coucher sans la crainte inavouable de trouver au matin la baie aussi vide que d’habitude. 


Le lendemain matin, de bonne heure, Puerto Edén est en pleine effervescence. De vieilles femmes balaient, les jeunes missionnaires apprêtent les enfants, les carabiniers sont en grande conversation quant à l’impossibilité de mobiliser le canot de la police (il est au mouillage en raison d’avaries). Et c’est l’arrivée du Président : à peine à terre, le cortège se met en devoir de visiter le “microcentre” (plus micro que centre). Les missionnaires préparent les enfants des écoles pour qu’ils chantent, le maire se lance dans un discours en forme de supplique, ces dames de la municipalité ont préparé une affiche de bienvenue et réclament aux autorités davantage de fil à broder (résultat, la femme de Frei, Martita Larrechea, s’est engagée à faire le nécessaire). Enfin a lieu la visite du local d’Emaza, petite boutique de l’entreprise semi-publique qui vend des provisions dans les régions isolées – une institution dont la plupart des personnalités ignoraient jusqu’à l’existence. Pour le plus grand bonheur des enfants et du chirurgien-dentiste qui fait sporadiquement la tournée d’Edén, l’épouse du Président a apporté une boîte de friandises qu’elle va distribuer en toute équité. Après ces formalités, le moment est venu de passer au shopping. Mme Celia et son mari, Carlos, représentants de la dernière douzaine d’Indiens Alacaluf [ou Kaweskar], présents dans ces contrées depuis cent siècles, attendent imperturbables, sur le quai, non plus l’hommage officiel mais les clients susceptibles de leur acheter leurs petits canoës souvenirs. 

Le ferry de la Navimag est le seul lien avec le monde 

Hormis les membres de la marine chilienne affectés àPuerto Edén et les autres voisins qui, à un moment ou à un autre, se sont exilés dans ces parages si lointains, les plus anciens colons de cette région sont les descendants de l’ethnie Alacaluf, peuple canoéiste [et pêcheur, véritables nomades de la mer] en voie de disparition qui a dominé les canaux depuis Chiloé jusqu’au cap Horn. Ici, une douzaine de personnes ont du sang alacaluf dans les veines. Les plus jeunes ont déjà abandonné leurs racines, quittant Edén pour Punta Arenas, plus au sud. Carlos Kemchi et sa femme, Celia, n’ont que peu de souvenirs d’enfance et connaissent mal la langue de leurs ancêtres. Toutefois, ils collaborent volontiers avec ceux qui essaient de reconstituer le passé des Alacaluf, répondant aux questions du mieux qu’ils le peuvent. De fait, nous avons rencontré chez eux un chercheur qui, depuis plusieurs années, passe de longues périodes dans cette zone afin de recueillir la mémoire des derniers Alacaluf. Les descendants des Indiens locaux vivent dans un secteur bien précis de Puerto Edén. Leurs quatre ou cinq habitations en préfabriqué ont été installées par l’Etat, à une distance considérable du quai. Les structures paraissent en bon état, mais certaines familles entretiennent fort mal ces logements. Impossible de profiter de notre dernière journée si l’on ne veut pas manquer le ferry. Nous passons le plus clair de notre temps sur le quai, à côté de nos bagages. Bien que nous nous soyons pris d’affection pour Edén et ses habitants, l’idée de rester là encore une semaine pour une raison quelconque nous inspire une inquiétude qui confine à la claustrophobie. Enfin, à notre grand soulagement, nous voyons apparaître la proue rouge du bateau de la Navimag, fendant les flots transparents de la baie. Il est le seul lien avec le monde extérieur, auquel nous appartenons encore.



jeudi, avril 05, 2007

La nébuleuse de la Carène revisitée


Passé maître dans l’art du traitement d’image, l’amateur américain Robert Gendler met parfois ses talents au service des astronomes professionnels. En atteste cette vue fascinante de la nébuleuse de la Carène réalisée depuis l’observatoire de La Silla, au Chili, à l’aide du télescope de 1,54 m. Au sein de la plus belle nébuleuse du ciel se trouve Êta de la Carène, une étoile gorgée de mystères, visible sur la droite de l’image. Longtemps considérée comme l’une des plus massives de la Voie lactée, elle serait en fait un système double. Lorsque les deux étoiles sont au plus proches tous les 5,5 ans, leurs vents stellaires entrent en collision, créant ainsi un sursaut de luminosité. En 6 secondes, ces géantes consomment autant d’énergie que le Soleil en un an ! À ce rythme, leur espérance de vie est très courte : provoqueront-elles la prochaine supernova de la Voie lactée ?Crédits image : Robert Gendler et Jan-Erik Ovaldsen

mercredi, avril 04, 2007

Play



Play nous plonge dans le Santiago d’aujourd’hui. On s’y promène au gré de la musique, des sons et des odeurs, suivant tour à tour Cristina, Tristan ou Irene, qui se suivent parfois eux-mêmes. Chacun de ces personnages vit dans cette ville contemporaine, cherchant sa place, confronté à sa solitude. Mais ces êtres ne font que se croiser, et ce sont finalement leurs propres solitudes qui se rencontrent.

Alicia Scherson, qui réalise ici son premier long-métrage, nous entraîne dans un conte urbain, naviguant entre la solitude du quotidien et la quête d’identité de ses personnages. Chilienne elle-même, née à Santiago du Chili, on sent que la réalisatrice nous montre le véritable visage de cette ville, belle, pleine de couleurs, mais qui, à l’instar des autres grandes villes, bouge vite, très vite, et dans laquelle il est facile de se perdre, au sens propre comme au figuré.

La solitude qui habite aussi bien Cristina que Tristan est alors très palpable. Elle, originaire du Sud du Chili, se sent encore un peu perdue dans cette grande métropole aux aspects tentaculaires mais qu’elle aime déjà et qu’elle tente d’apprivoiser un peu plus chaque jour par de longues promenades. Lui, semble être d’ici, mais sa vie se dérobe sous ses pieds. Sa femme, Irene, le quitte ; il n’a plus de travail pour cause de grève et il se fait voler son sac par un ivrogne qui le confond avec un certain Walter. Ca y est, le lien vient d’apparaître ! Le sac. Cristina le trouve en effet le lendemain, dans une poubelle. Par sa musique, ses cigarettes et ses papiers, elle s’immisce peu à peu dans l’univers de Tristan et s’approprie, d’une certaine manière, un bout de sa vie. C’est sa façon bien à elle de combattre sa solitude.

Sensation, tout au long du récit, que pour faire face à leur solitude, chacun des personnages cherche l’autre inconsciemment, sans véritablement le trouver. La mise en scène traduit très justement cette idée du « chat et de la souris » en jouant avec les lieux. Plusieurs d’entre eux sont communs aux deux personnages, mais pas l’unité de temps, et ce sont les retours en arrière qui finalement nous ramènent à la croisée des chemins.

Le sentiment de solitude est renforcé par cette quête d’identité. On sent que les personnages ont tous le besoin de savoir qui ils sont et de se sentir appartenir ; oui, mais à qui et à quoi ? Ils ont des difficultés à s’ancrer et dérivent, espérant trouver leur port d’attaches. Ils flottent dans l’attente… Cristina, indienne Mapuche, n’arrive pas à trouver réellement sa place. Doit-elle se raccrocher à ses racines indiennes ou plutôt à Chun-Li, héroïne du jeu vidéo Street-Fighter auquel elle joue pendant de nombreuses heures ? Elle se trouve alors confrontée à un clash entre ses traditions et la modernité dans laquelle elle évolue désormais. Alicia Scherson appuie cette impression en la faisant cohabiter avec un vieil Hongrois malade, lui aussi étranger dans cette ville. Quant à Tristan, de descendance européenne, il se sent parfois à l’écart du reste de la population.
Alors, l’un et l’autre se promènent, s’égarant dans l’espoir de mieux se retrouver.

Le scénario est lui-même conforté par l’intelligence et le côté créatif de la mise en scène. Les idées « fusent » et sont bien retranscrites à l’écran. La réalisatrice joue avec nos sens pour les mettre en éveil. Les couleurs vives excitent nos yeux. La grande importance apportée à la musique et aux divers sons (qu’elle sait parfaitement bien mettre en valeur) titille nos oreilles et nous offre cette sensation de toucher, de pouvoir ressentir les choses. Le fait aussi que Cristina ait ce besoin incessant de sentir les objets et les gens permet à la réalisatrice de plonger réellement le spectateur dans l’atmosphère de la ville. Et le passage au beau milieu des rêves étranges, parfois absurdes, des personnages caresse notre imaginaire.

Tous nos sens sont alors sollicités et c’est avec un véritable plaisir que l’on se livre au jeu, se laissant porter, emmener dans les rues de Santiago aux côtés des personnages, à la recherche, nous aussi, d’on ne sait qui ou quoi, bercés par la mélodie de Morir de Amor.
Film réalisé par Alicia Scherson

Genre Mélodrame
Durée 105 mn | Sortie 2007 | Couleur
Avec Coca Guazzini, Viviana Herrera, Andres Ulloa, Aline Küppenheim, Jorge Alis, Francisco Copello, Juan Pablo Quezada

Dans une métropole moderne, deux êtres cherchent l'amour et ne parviennent pas à se trouver.

C'est l'été à Santiago et la vie parfaite de Tristan se décompose. Sa copine le quitte, son travail est interrompu par une grève et son sac volé...
De l'autre côté de la ville, le rythme tranquille de Cristina est lui aussi perturbé. Elle trouve le sac dans une poubelle et pénètre ainsi dans le monde de Tristan grâce à ses écouteurs de musique, en fumant ses cigarettes et en devenant le témoin silencieux de sa chute. Cristina et Tristan errent à la recherche l'un de l'autre dans la ville polluée et suffocante, sans jamais se trouver...

mardi, avril 03, 2007

ARCHIPEL DE JUAN FERNANDEZ : SUR L'ÎLE DE ROBINSON CRUSOÉ



Pascale Otis a vécu intensément l'aventure du Sedna IV en Antarctique. Aujourd'hui, cette biologiste extrême participe à un nouveau périple océanique à bord du Whistler pour découvrir les secrets du Pacifique. Une traversée qui lui permettra de poursuivre ses recherches sur les changements climatiques. Elle s'est arrêtée récemment sur l'île de Robinson Crusoé. Voici son récit.

Nous connaissons tous la fabuleuse aventure de Robinson Crusoé qui raconte les aventures de l'homme se retrouvant seul sur une île déserte. Mais saviez-vous que le roman a été basé sur une histoire vécue et que l'île existe vraiment?

Pour écrire son roman, l'auteur britannique Daniel Defoe s'est inspiré des aventures d'Alexander Selkirk, un marin écossais qui a passé 52 mois (de 1704 à 1709) seul sur une île à environ 640 km à l'ouest du Chili.

Dans le célèbre récit, écrit en 1719, l'île n'est par contre pas située dans le Pacifique, mais plutôt dans l'Atlantique le long de la côte est du Venezuela. La raison en est bien simple : au Chili, les indigènes de l'époque n'avaient pas la fâcheuse habitude de manger leurs semblables. Robinson n'aurait alors pas pu sauver son fidèle serviteur et compagnon Vendredi des troupes cannibales. Mais en réalité, Vendredi n'a jamais existé et le personnage a sans doute été inventé par l'auteur pour amener un peu de piquant à l'histoire de Selkirk...

Loin d'avoir été laissé derrière par l'équipage, Alexander Selkirk avait en fait demandé d'être débarqué sur l'une des îles du Pacifique après s'être querellé avec le capitaine du navire pirate sur lequel il naviguait. En 1704, le jeune homme âgé de 28 ans se fait ainsi abandonner de son plein gré sur l'île déserte de MasaTierra, où il vécut seul pendant un peu plus de quatre ans avant d'être retrouvé. En 1966, la célèbre île est rebaptisée île de Robinson Crusoé pour rendre hommage au personnage du livre alors devenu célèbre dans le monde... et pour promouvoir l'attrait touristique dans l'archipel.

Un peu d'histoire

Petite promenade dans les rues de l'île de Robinson Crusoé. On y rencontre autant d'animaux domestiques que d'être humains...


Photo Pascale Otis

L'île de Robinson Crusoé fait partie de l'archipel de Juan Fernandez, nommé en l'honneur de l'explorateur espagnol qui en fit la découverte en 1563. L'archipel comprend trois îles : Robinson Crusoé, Santa Clara et Alejandro Selkirk, sur lesquelles vivent aujourd'hui un peu moins de 1000 personnes.

Avant la construction du canal de Panama, ces îles servaient d'escale et de ravitaillement en eau douce pour les bateaux qui contournaient l'Amérique du Sud en empruntant le détroit de Magellan. Depuis cette époque, les îles sont devenues une attraction touristique, mais également un paradis pour les amateurs de botanique.

À quoi ressemble l'île de Robinson? J'imaginais une terre recouverte de palmiers, de fruits exotiques, de canne à sucre sauvage, d'orangers, de cacaoyers et de fleurs de toutes sortes le long des plages de sable doré à perte de vue. Vous aussi ? Bien entendu, car d'après le roman, on s'impose en effet facilement l'image luxuriante d'une île tropicale.

En fait, l'île où séjourna Selkirk n'a rien d'un paradis tropical puisque la température annuelle moyenne n'y est que de 17 °C. L'île est désertique sur la majorité du territoire, ne laissant qu'une petite partie assez humide pour y permettre la survie de quelques plantes qui s'accrochent au peu de terre qui recouvre la roche volcanique friable. Déçue? Non. Car c'est justement la combinaison de conditions extrêmes et d'isolement qui en a fait un endroit unique au monde.

Paradis pour botanistes

Les otaries sont abondantes sur les plages. À cette période de l'année, les mères viennent de mettre bas et passent beaucoup de temps à allaiter leurs jeunes pendant que les mâles s'affaires à défendre leur territoire.



Photo Pascale Otis

Les îles de l'archipel de Juan Fernandez se sont formées il y a entre trois et quatre millions d'années et sont donc relativement jeunes en termes d'histoire de notre planète. Étant isolées, les plantes qui ont été introduites initialement, probablement par les oiseaux marins, sont vite devenues distinctes de leurs cousins. Le nombre d'espèces endémiques, c'est-à-dire celles qui ne peuvent se rencontrer qu'à cet endroit sur la planète, s'élève à près de 140 espèces et est l'un des plus élevés du monde.

Malheureusement, l'activité humaine est maintenant considérée comme étant la cause principale de la régression végétale endémique de l'archipel, débutant il y a plusieurs décennies avec l'introduction de chèvres, de plusieurs autres animaux domestiques et de près de 200 plantes exotiques.

Depuis la découverte de ces îles, au XVIe siècle, l'homme y a considérablement changé la physionomie originelle : déboisement, exploitation des ressources et introduction de nouvelles espèces végétales et animales exotiques. Les espèces végétales endémiques sont vite devenues vulnérables, étant très spécialisées pour survivre dans des conditions extrêmes mais stables, et donc très limitées dans leur capacité d'adaptation aux changements. C'est ainsi tout un équilibre naturel qui a été déstabilisé au fil du temps.

Encore aujourd'hui, le potentiel chimique, pharmaceutique et génétique de la flore de ce petit morceau de paradis n'est que très peu connu. Heureusement, les temps changent de manière positive et la protection de l'environnement devient de plus en plus une cause légitime. Il y aura par contre toujours de l'intérêt là où il y a un potentiel de profit.

D'ailleurs, cet intérêt de la part de certaines compagnies est évident, surtout lorsqu'on apprend que la majorité de la recherche qui se fait sur la flore endémique des îles de l'archipel de Juan Fernandez est financée par Yves Rocher...

Repères

Le cheval est plus pratique que la voiture. D'ailleurs, on n'y compte que quelques rares véhicules motorisés.



Photo Pascale Otis


Géographie : l'île de Robinson Crusoé fait partie, avec les îles de Santa Clara et d'Alejandro Selkirk, de l'archipel de Juan Fernandez, du nom de l'explorateur espagnol qui les découvrit en 1563. Les îles sont situées à environ 640 km à l'ouest du Chili et servaient d'escale et de ravitaillement en eau douce pour les bateaux qui contournaient l'Amérique par le détroit de Magellan, avant la construction du canal de Panama.

Climat : méditerranéen

> Habitants : le groupe d'îles couvre environ 144 km² et moins de 1000 personnes y résident. Environ 400 personnes vivent sur la plus grande île, celle de Robinson Crusoé.

Économie : la plupart des habitants vivent de la pêche. Le homard y est particulièrement abondant!

Langue parlée : espagnol

Accessibilité : située à 667 km à l'ouest de Valparaíso au Chili, l'île est accessible aux touristes par voie aérienne (2 h à 3 h) ou par voie maritime (25 à 72 h).

Pour en savoir plus sur la découverte des îles du Pacifique par l'équipe de Défi Québec Monde : www.defiquebecmonde.com.

Plus de photos dans le site

lundi, avril 02, 2007

Des débris de satellite russe frôlent un Airbus

Les passagers et l’équipage d’un Airbus de la compagnie Lan Chile sont passés très près de la catastrophe dans la nuit de mardi, au beau milieu du Pacifique, entre Santiago et Auckland.

Grosse frayeur pour le pilote de l’Airbus 340 du vol 801 de Lan Chile, dans la nuit de mardi, à mi-chemin entre le Chili et la Nouvelle-Zélande. Vers 22 heures, le pilote a vu des débris de satellite en feu croiser à une vitesse vertigineuse la route de son appareil, à une distance qu’il a estimée à cinq milles nautiques (environ neuf kilomètres). Tellement près que le pilote a confié avoir entendu, malgré le bruit des moteurs de l’avion, le hurlement des débris qui plongeaient de l’atmosphère dans l’océan Pacifique. « Nous volions à 880 kilomètres à l’heure, notre vitesse de croisière. A cette vitesse, nous étions à seulement quarante secondes de la collision », a précisé le pilote. Alarmé, le commandant de bord du vol Lan Chile 801 a aussitôt alerté les contrôleurs aériens de l’aéroport d’Auckland.

Il a expliqué qu’il venait de voir des débris de satellite pénétrer dans l’atmosphère et passer juste devant et derrière son avion. « Les autorités russes nous avaient avertis qu’un satellite devait quitter son orbite et pénétrer dans l’athmosphère, mercredi, entre 10h30 et midi. En fait, il semble qu’elles se soient trompées de douze heures », explique Ken Mitchell, le porte-parole du contrôle aérien néo-zélandais, qui gère trente sept millions de kilomètres carrés d’espace aérien. L’océan Pacifique sert souvent de cimetière aux satellites ou aux débris spatiaux. Mais les informations sur les horaires et les destinations finales de ces débris sont communiqués aux contrôleurs aériens des pays concernés.

« En général, nous connaissons les horaires et les lieux de chute des débris spatiaux. Nous les communiquons aussitôt aux compagnies aériennes. Et il est très rare que ces données soient erronnées. Donc, il est très rare que des avions se trouvent au milieu de ces chutes de débris », poursuit Ken Mitchell, avant d’ajouter : « Mais, cette fois, il est vrai que cinq milles nautiques, c’est “inconfortablement” près ! » Les contrôleurs aériens néo-zélandais ont aussitôt retransmis l’alerte du pilote chilien à l’équipage d’un avion de la compagnie Aerolinas Argentinas qui effectuait un vol Auckland-Santiago, environ dix degrés plus au sud que l’avion de Lan Chile. « Nous leur avons demandé s’ils voulaient faire demi-tour. Mais le pilote a estimé que le danger devait être passé et a décidé de continuer sa route », précise Ken Mitchell.

Bien que cela ne soit pas encore confirmé par les autorités russes, il semble que le satellite qui a frôlé l’appareil chilien soit le Progress 23P, venu tout droit de la station spatiale internationale. Ce qui est sûr, c’est que le pilote de l’avion Lan Chile qui a décrit la chute et le son des débris enflammés aux contrôleurs aériens d’Auckland avait l’air très inquiet à la radio. A 10 000 mètres d’altitude, au-dessus du Pacifique, et à mi-chemin entre le Chili et la Nouvelle-Zélande, une inquiétude somme toute bien compréhensible.

DINGUE DES MOUCHES



Entomologie. Avant la grande exposition sur les mouches qui commence mercredi au muséum d'histoire naturelle à Paris, Christophe Daugeron nous fait partager sa passion pour ces insectes qu'il est parti étudier aux quatre coins de la planète. Avec un objectif: réhabiliter "le peuple des mouches", fort de plus de deux mille espèces.

Par Emmanuelle CHANTEPIE

Il est parti chercher ses trophées dans le frigo du couloir. Dans ses mains, trois boîtes en plastique, genre Tuperware. Vite, un peu de place sur son bureau et le voilà qui dépose son précieux colis. Cachés sous le couvercle, des dizaines de petits tubes d'alcool sont soigneusement alignés. "Voici ce que j'ai ramené de ma mission en Patagonie, au Chili..." Christophe Daugeron a le sourire banane et l'oeil qui frise: tapis au fond de ses fioles, on distingue des milliers de vulgaires moucherons. "Non, ce sont des mouches. De la famille des Empididae", précise-t-il un peu vexé. "Et là-dedans il y a plusieurs dizaines d'espèces encore jamais identifiées", ajoute-t-il en remballant prestement son trésor.

Département systématique et évolution. Installé au bout d'un couloir du bâtiment d'entomologie du Muséum national d'histoire naturelle, à Paris, le maître de conférences se donne du mal pour convaincre. S'il a choisi depuis près de quinze ans de se consacrer à l'étude de cette petite mouche, c'est qu'elle a un comportement exceptionnel. "Le mâle offre un cadeau aux femelles avant l'accouplement et, comble du raffinement, il va parfois jusqu'à emballer son présent dans un cocon de soie. On ne voit ça nulle part ailleurs. Pas même chez Homo sapiens !"

Sûr de son effet, Christophe Daugeron poursuit son récit. Et raconte qu'en guise d'offrande nuptiale l'Empididae ne mégote pas: il récupère un insecte mort, souvent deux fois plus gros que lui, pour l'offrir à sa belle. Et tout ça pour quoi? "Ces mouches se nourrissent du nectar des fleurs, et ces proies sont les seules sources de protéines dont disposent les femelles pour la maturation de leurs oeufs. Mais les mâles ne sont pas toujours réglo, avoue l'entomologiste. Parfois, le paquet cadeau est vide."

Fils de comptables, Christophe Daugeron est devenu dingue des mouches un peu par hasard. Après des études de biologie à Tours, son sujet de thèse l'a plongé dans le monde des diptères, ces insectes à deux ailes qui représentent entre 15 et 20 % des espèces animales vivant sur Terre. Grâce à une bourse décrochée à l'Institut royal des sciences naturelles de Belgique, il va partir à la conquête des Empididae en Thaïlande et à Singapour. Equipé de pièges à mouches et d'un appareil photo, il va bientôt découvrir leur parade amoureuse, scruter à la loupe les détails de leurs soies plumeuses, observer les teintes métalliques qui parent leur abdomen. Des bestioles minuscules d'à peine un centimètre pour les plus grosses... mais qui vont vite séduire le jeune homme.

"L'histoire du monde est écrite sur l'aile d'une mouche."

A 38 ans, après avoir parcouru toutes les latitudes, des îles Célèbes en Indonésie à la chaîne des Pyrénées, Christophe Daugeron a déjà identifié plusieurs dizaines de nouvelles espèces qui viendront s'ajouter aux deux mille déjà répertoriées. Mais comment différencier un moucheron d'un autre moucheron ? "Vous savez distinguer un chat d'un chien; et bien c'est un bon début", s'esclaffe le technicien du labo. "C'est grâce à l'appareil génital du mâle", reprend le scientifique, qui raconte comment il regarde au microscope le zizi des mouches pour découvrir "la forme et la structure de ces pièces génitales qui caractériseront ou pas une nouvelle espèce".

Soudain très sérieux, le chercheur veut faire sienne la phrase du pape des mouches, l'illustre Eugène Séguy, auteur de plus d'une vingtaine d'ouvrages et de plusieurs centaines d'articles scientifiques sur les diptères: "L'histoire du monde est écrite sur l'aile d'une mouche." Et à écouter parler Christophe Daugeron de phylogénie, une discipline qui permet d'établir des arbres de parenté entre les êtres vivants, on se dit que la mouche est vraiment plus qu'une maudite engeance chargée de nous tourmenter.

Pour parfaire son entreprise de réhabilitation du peuple mouche, l'entomologiste ouvre d'immenses armoires de bois qui abritent la collection de diptères du Muséum. Plus de trois millions de spécimens accumulés au cours des siècles et méticuleusement embrochés sur des épingles. Il y a là, rangées sur des étagères, la famille des drosophiles, cette mouche du vinaigre bien connue des généticiens, des mouches tsé-tsé responsables de la maladie du sommeil, les redoutables mouches des fruits, dont les larves provoquent le pourrissement, ces mouches bleues aussi, véritables auxiliaires de la police lorsqu'il s'agit de dater un meurtre. "Quand on voit des mouches, on peut dire : ça a été des vers. Quand on voit des hommes, on peut dire : ça en sera", disait Raymond Queneau.

* A partir du 4 avril, "L'expo qui fait mouches". Jardin des Plantes, Grande galerie de l'évolution. 36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, Paris 5e. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 10 heures à 18 heures.

dimanche, avril 01, 2007

COLONIA DIGNIDAD, UNE SECTE NAZIE AU PAYS DE PINOCHET


Le premier procès mettant en cause la dictature chilienne se tiendra en France en 2008. Les accusés devront répondre de la disparition de quatre Français. Inculpé, Paul Schaefer, ancien nazi pédophile, est le fondateur de la Colonia Dignidad. Dans ce film coup de poing, le réalisateur José Maldavsky enquête sur ce camp de concentration, secte pédophile, cache pour nazis et multinationale aux trafics les plus obscurs.

| Entretien avec le réalisateur |

"C'est le seul exemple dans le monde d'un système entièrement conçu pour satisfaire les perversions sexuelles pédophiles du leader d’une organisation", témoigne Hernan Fernandez, l'avocat des victimes de Paul Schaefer, dirigeant de la Colonia Dignidad.

Ceinte par les barbelés et les miradors, cette petite Bavière au pied de la cordillère des Andes a été aussi une planque pour nazis, une base arrière de la dictature de Pinochet, une multinationale pratiquant, entre autres activités, le trafic d’armes avec les puissances occidentales et une secte aryenne fondée sur l’enlèvement et l’esclavage.

Dans cet univers protégé et secret, et sous couvert de bienfaisance, Paul Schaefer a pu ainsi assouvir ses désirs pédophiles, en recrutant ses proies parmi les orphelins de la Seconde Guerre mondiale, puis les familles les plus pauvres de la région.

Le 10 mars 2005, celui-ci a enfin été arrêté à l'issue de huit ans de cavale. Depuis 1960, la Colonia Dignidad ne cesse de défier les justices chilienne et internationale. Le réalisateur José Maldavsky a pu pénétrer son enceinte et a enquêté sur ses réseaux politiques et financiers, nationaux et internationaux, sur les crimes qu'elle a commis et qu’elle prépare peut-être encore.

A travers les nombreux témoignages de victimes et de leurs avocats, ceux des membres de la junte en prison et du gouvernement actuel, ce film apporte pour la première fois un éclairage sur le secret qui entoure cet univers et sur les ramifications de cette véritable toile d'araignée qui le protège encore au Chili et dans le monde.
Première diffusion : dimanche 1er avril 2007 à 21:40 (câble, satellite et TNT).

Durée : 85'
Auteurs : José Maldavsky, Frédéric Ploquin et Maria Poblete
Réalisateur : José Maldavsky
Production : France 5 / Temps noir
Année : 2006

UNE SECTE NAZIE AU CHILI

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]
PHOTO WORT.LU  
Crimes, tortures, pédophilie, trafic d’armes, esclavage... La Colonia Dignidad est un concentré des pires actes dont est capable l’espèce humaine. Fondée par un ancien nazi, cette colonie a bafoué les droits de l’homme en toute impunité durant près de quarante ans. Dans un documentaire exceptionnel, diffusé dimanche soir sur France 5, le réalisateur chilien José Maldavsky retrace l’histoire de cette «colonie dignité».
En septembre 1961, l’ancien nazi Paul Schäfer s’installe au Chili où il achète un immense domaine. Derrière ce que beaucoup considèrent comme une organisation de bienfaisance se cache une secte nazie et pédophile, entourée de barbelés et de miradors. Face à la caméra, les ex-colons témoignent d’un système esclavagiste, totalement coupé de la société. Pour Hernan Fernandez, avocat des victimes de pédophilie, « c’est le seul exemple dans le monde d’un système entièrement conçu pour satisfaire les perversions sexuelles pédophiles du leader d’une organisation ». Autre caractéristique de la colonie : elle est le relais de la dictature de Pinochet. « La situation stratégique de la colonie et son anticommunisme la conduisent à participer au coup d’État contre Allende le 11 septembre 1973, raconte José Maldavsky. Ensuite, elle devient un camp de tortures pour Pinochet. » Paul Schäfer met au service du dictateur chilien ce qu’il a appris sous Hitler. Durant près de quatre décennies, l’ancien nazi continue ses exactions en toute impunité. Il faudra attendre mars 2005 pour qu’il soit arrêté en Argentine où il s’est réfugié. Il est jugé au Chili et condamné à vingt ans de prison pour abus sur des mineurs. Il fait figure de principal accusé dans le seul procès de la dictature chilienne qui s’ouvrira en France en 2008.

Document à charge, ce film est une suite impressionnante de témoignages : ex-colons, avocats, juges, députés, anciens prisonniers politiques, préfets, colons, etc. Fait exceptionnel, Manuel Contreras, chef de la police secrète de Pinochet et son adjoint Pedro Espinoza, actuellement en prison au Chili, ont accepté de témoigner. «C’est la seule interview accordée par Contreras depuis qu’il est incarcéré, précise le producteur, Tancrède Ramonet. Il a accepté parce qu’à l’époque, il ne supportait plus que Pinochet se dédouane sur lui, il voulait donner sa version des faits.» Il a fallu deux ans d’investigation au réalisateur pour réunir ces témoignages : «Ça a été un travail de fourmi de réussir à tous les convaincre de l’importance de témoigner. Mais la vérité devait sortir.» Pour le réalisateur aussi, ce documentaire sert de thérapie. Journaliste, il a lui-même été emprisonné et torturé dans les geôles de Pinochet : «Ce film m’a permis d’aller au bout d’une situation que j’ai connue. J’ai pu avoir une vraie réflexion et me libérer.» Colonia Dignidad sera diffusée en Suisse, aux États-Unis et au Canada : «Je fais des films pour la planète, conclut José Maldavsky. Il est important que ce film soit vu partout dans le monde, parce que ça peut se reproduire n’importe où. Le fascisme n’est pas mort.»

Colonia Dignidad, une secte nazie au pays de Pinochet, à voir dimanche 1er avril, à 21 h 40 sur France 5 (90 min.).

Marie Barbier