vendredi, octobre 11, 2024

CHILI / UNE AFFAIRE DE CORRUPTION AFFAIBLIT LES INSTITUTIONS

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L’ANCIEN CHEF DE LA POLICE CHILIENNE SERGIO MUNOZ FAIT PARTIE
 DES RESPONSABLES PLACÉS EN DÉTENTION PROVISOIRE DANS LA
 VASTE AFFAIRE DE CORRUPTION ET DE TRAFIC D’INFLUENCE
DANS LES PLUS HAUTES INSTITUTIONS DU PAYS.
PHOTO ELVIS GONZALEZ 

LOGO LA CROIX
Chili : une affaire de corruption affaiblit les institutions / 
Analyse / À deux semaines des élections municipales et régionales, une affaire de corruption secoue le Chili, où la confiance envers les institutions est déjà bien ébranlée. La société civile dénonce une crise de légitimité profonde et la Conférence des évêques parle de « crimes particulièrement graves » .

Marion Esnault, notre correspondante à Santiago

L'AVOCAT RIPOU 
LUIS HERMOSILLA

tout commence fin 2023, quand le journal indépendant chilien CIPER publie une conversation privée entre deux éminents avocats, Luis Hermosilla et Leonarda Villalobos, et l’homme d’affaires Daniel Sauer. Pendant deux heures, les trois compères détaillent une stratégie de corruption du Service des impôts (SII) pour obtenir des informations sur une enquête inquiétant les activités entrepreneuriales de Daniel Sauer.

 LES AVOCATS LUIS HERMOSILLA, LEONARDA VILLALOBOS
PHOTOMONTAGE DU SITE D'EXTRÊME-DROITE CHILIENNE «  EX-ANTE  » 

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

Quelques semaines plus tard, une enquête judiciaire met en évidence tout un réseau de corruption et de trafic d’influence dans les plus hautes institutions chiliennes, particulièrement au sein du pouvoir judiciaire. L’affaire fait l’effet d’un tremblement de terre dans ce pays andin peu coutumier des cas de corruption, à différence de nombreux de ses voisins latino-américains.

[L'AVOCAT RIPOU LUIS HERMOSILLA]
CAPTURE D'ÉCRAN

Fin août 2024, les avocats Hermosilla et Villabolos sont placés en détention provisoire pour blanchiment d’argent et fraude fiscale. Deux semaines plus tard, trois avocats de la Cour Suprême sont suspendus. Plusieurs hommes et femmes politiques tels que l’ancien ministre de l’intérieur Andrés Chadwick ou l’ancienne ministre de l’éducation Marcela Cubillos sont ensuite inquiétés. Le château de cartes s’effondre et éclabousse la principale force politique de droite (UDI), soupçonnée d’être mêlée à l’affaire avec le financement illégal de son parti politique.

Indignation nationale

Cette affaire, connue comme « le Caso Audios [ Ñ ] », aggrave la crise de légitimité des institutions publiques chiliennes et des partis politiques, déjà très affaiblis depuis la révolte sociale de 2019. Selon la dernière étude nationale d’opinion publique, la moyenne générale de confiance envers une vingtaine d’institutions (police, gouvernement, justice…) ne dépasse pas 27 %. Le Congrès (députés et sénateurs) ne recueille que 8 % d’approbation.

La société civile dans son ensemble s’inquiète de la fragilisation que cela engendre dans une société déjà ébranlée. Dans une déclaration de deux pages, la Conférence épiscopale du Chili dénonce « des crimes particulièrement graves » car ils touchent « les autorités qui sont censées veiller au bien commun, en nuisant principalement aux plus vulnérables ».

Les Chiliens se sont principalement emparés des réseaux sociaux pour exprimer leur indignation. Selon CIVICA, une plateforme qui étudie les réactions des internautes, « la majorité des usagers s’indigne des abus de pouvoir menés par une élite qui a institutionnalisé la culture de la corruption ». La plupart des commentaires pointent le besoin de changements profonds du système politique et judiciaire, et rappellent que ces mêmes injustices ont été à l’origine de la révolte sociale de 2019.

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ÉLECTIONS RÉGIONALES ET MUNICIPALES
LE 26 ET 27 OCTOBRE 2024
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Les magistrats reconnaissent des déficiences

De son côté, l’association des magistrats reconnaît les « déficiences » au sein du « système actuel » qui « permet de mener des actions en parallèle des règles légales ». L’association ajoute qu’elle « exige depuis plus de trois décennies la modification du système de nomination des juges et des autres autorités judiciaires, car il est incompatible avec un État démocratique fondé sur l’État de droit ». Luis Cordero, actuel ministre de la justice, a annoncé un projet de loi pour réformer le système judiciaire, qui vit certainement ses heures les plus sombres depuis le retour à la démocratie en 1990.

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«Le Parrain»
MÈME INTERNET

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LE PROCESSUS DE PAIX 

jeudi, octobre 10, 2024

LE PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE ATTRIBUÉ À LA SUD-CORÉENNE HAN KANG

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LA ROMANCIÈRE SUD CORÉENNE HAN KANG REMPORTE
LE PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE, C’EST LA
DIX-HUITIÈME FEMME RÉCOMPENSÉE PAR LE JURY
PHOTO FRANK MAY / DPA / ABACA 

Le prix Nobel de littérature attribué à la Sud-Coréenne Han Kang / Le jury de Stockholm met en lumière une écrivaine qui n’hésite pas à explorer, sous une forme éminemment contemporaine, les contradictions politiques propres à son pays  / Le prix Nobel de littérature a été attribué hier à la romancière sud-coréenne Han Kang, 53 ans, « pour sa prose poétique intense qui affronte les traumatismes historiques et expose la fragilité de la vie humaine ». Elle succède ainsi au dramaturge norvégien Jon Fosse. C’est la première fois que la récompense suprême échoit à la Corée du Sud. Han Kang est par ailleurs la dix-huitième femme, sur les 116 prix Nobel de littérature, à obtenir cette distinction. / Culture et savoir

par Muriel Steinmetz

LE PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE
ATTRIBUÉ HAN KANG

4 min

Née en 1970 à Gwangju, elle a grandi à Séoul au milieu des livres. « Ils étaient pour moi, dit-elle, des êtres demi-vivants. » Son père, Han Seung-won, est un écrivain de renom. Han Kang étudie la littérature à l’université Yonsei. Elle débute « sa carrière avec la publication de poèmes dans le magazine Littérature et société », rappelle le comité Nobel, qui ajoute : « Elle a fait ses premiers pas en prose en 1995 avec un recueil de nouvelles, suivi rapidement de plusieurs autres œuvres en prose, des romans comme des nouvelles. »

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COUVERTURE 
«IMPOSSIBLES ADIEUX» 

Tout en écrivant, Han Kang se consacre à l’art et à la musique. « Par son style poétique et expérimental, elle est considérée comme novatrice dans le domaine de la prose contemporaine », ajoute encore le comité qui poursuit : « Elle une conscience unique des liens entre le corps et l’âme. »

Une œuvre qui s’attache à explorer l’angoisse historique de la Corée du Sud

Son roman la Végétarienne (2007, paru en français au Serpent à plumes en 2015) lui a valu le prestigieux Man Booker Prize et la révèle au plan international. Écrit sous la forme d’un triptyque, ce livre d’un lyrisme déchirant met en scène une jeune femme, Yeong-hye, qui refuse catégoriquement de manger de la viande afin de « devenir une plante et se sauver du côté obscur de l’être humain », causant un rejet brutal de la part de ses proches et de la société.

Ce récit a été adapté au cinéma. En 2011, Leçons de grec (le Serpent à plumes, 2017) brossait le portrait d’une jeune femme devenue mutique à la suite d’une série de traumatismes, pendant que son professeur de grec perdait la vue.

Han Kang s’attache, par prédilection, à l’angoisse historique de la Corée du Sud. Ses livres, en effet, ont souvent pour toile de fond les circonstances politiques contemporaines de son pays, notamment la période dictatoriale qu’il a traversée.

Retour sur les périodes sombres de l’histoire sud coréenne

Dans Celui qui revient (2014 ; 2016 au Serpent à plumes), elle fait retour sur l’assassinat par l’armée, en 1980, de centaines d’étudiants et de civils dans la ville de Gwangju, lieu de sa naissance.

Dans Impossibles adieux (Grasset), prix Médicis étranger en 2016, elle traite d’un épisode sanglant demeuré tabou en Corée du Sud : le massacre survenu sur l’île de Jeju, entre la fin 1948 et le début de 1949, à la suite du soulèvement populaire organisé par le Parti du travail, proche des communistes.

Plus de 30 000 civils furent alors tués par la police et l’armée. Des centaines de villages ont été détruits. Ce livre est un récit puissant et audacieux qui mêle à un réalisme nourri de témoignages des envolées proprement oniriques. Outre le Serpent à plumes et Grasset, Zulma compte aussi parmi les éditeurs de Han Kang en France.

Ce prix Nobel de littérature, finalement inattendu, a le mérite de mettre en lumière une artiste qui n’hésite pas à explorer les contradictions politiques de son pays.

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LE 26 ET 27 OCTOBRE 2024
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La candidata a alcaldesa por Santiago, Irací Hassler en #TurnoAM

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CHILI / LE CAE TOMBE !

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CHILI / ÉTUDIANTS ARRIVANT À LA FAC
PHOTO XAVIER ARNAU

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ARAUCARIA

CHILI, Santiago le mercredi 9 octobre 2024 / Le CAE tombe ! / Le CAE (Credito con Aval del Estado) est un prêt fait par les banques aux étudiants pour financer leurs études. Ce crédit est garanti par l’État. Il a été créé en 2005 par le président Lagos, un social-démocrate de la Concertation, l’alliance de centre-gauche qui a succédé à Pinochet après 1990.

Avec notre correspondant à Santiago, Pierre Cappanera 

PIERRE CAPPANERA
PHOTO FACEBOOK

Le CAE remplaçait les bourses. Fini les bourses, vive le crédit garanti par l’État ! Les banques ont été les grandes gagnantes du système : pile je gagne, face je gagne encore.

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🚩 SUITE À L'ANNONCE DU PRÉSIDENT @GABRIELBORIC,
NOTRE CAMARADE MINISTRE DE L'ÉDUCATION
@NICO_CATALDOASTORGA  A SIGNÉ ET ENVOYÉ AU
 CONGRÈS LE PROJET DE LOI QUI MET FIN AU CAE ET
PROPOSE  UN NOUVEAU MODÈLE DE FINANCEMENT
 DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR.
PHOTO PROFIL JJCC_CHILE

Le CAE participait de la privatisation totale du système universitaire. Pendant l’explosion sociale de 2019, la fin du CAE faisait partie de la longue liste d’exigence des Chiliens. Le président Boric vient d’annoncer la fin de ce système. Reste à connaitre les détails de ce qui sera proposé pour le remplacer.

L’instauration du Crédit avec Garantie de l'État (CAE), mesure typiquement de droite, par un gouvernement de « gauche » avait contribué à éloigner de la gauche toute une frange de la population qui ne voyait pas, avec raison, en quoi cette « gauche » faisait une politique différente de la droite.

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La candidata a alcaldesa por Santiago, Irací Hassler en #TurnoAM

mercredi, octobre 09, 2024

JOSÉ ALVARADO NOUS A QUITTÉS

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JOSE ALVARADO MARCHANT
 PHOTO ARCHIVE DE FAMILLE 

C'est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de Jose Alvarado Marchant, dit «Popeye», survenu aujourd'hui mercredi 9 octobre 2024, chez lui a Romainville, commune française située en région Île-de-France, à 82 ans, emporté par un cancer.

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FAIRE-PART DU DÉCÈS DE JOSÉ ALVARADO MARCHANT

 

lundi, octobre 07, 2024

L’HISTOIRE FACE AUX MANIPULATEURS

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« LIGNES DE DÉMARCATION », 2018
MOHAMED LEKLETI
ADAGP, PARIS 2024

LOGO LE MONDE
DIPLOMATIQUE

Octobre 2024, pages 1, 14 et 15, en kiosques / De la seconde guerre mondiale aux conflits du Proche-Orient / L’histoire face aux manipulateurs / La capitulation de l’Allemagne était à peine signée que l’Institut français d’opinion publique, l’IFOP, interrogeait déjà les Français : « Quelle est, selon vous, la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne ? » À l’époque, en mai 1945, chacun avait à l’esprit les millions de soldats soviétiques tombés sur le front de l’Est, leur rôle décisif dans l’affaiblissement de l’armée nazie et l’engagement tardif des Américains dans le conflit. Aussi 57 % des personnes interrogées répondirent-elles « l’URSS », contre seulement 20 % pour « les États-Unis ». Mais quand, en 2024, l’IFOP pose la même question, les réponses sont inversées : 60 % des sondés désignent les Américains et 25 % les Soviétiques.

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ÉLECTIONS RÉGIONALES ET MUNICIPALES 2024

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Éditorial, par Benoît Bréville

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Éditorial, par Benoît Bréville • Lu par Thibaud Delavigne 
LE MONDE DIPLOMATIQUE - AUDIO 
«L’HISTOIRE FACE AUX MANIPULATEURS»
Illustration
« Le Monde diplomatique » 
La mémoire collective est une construction qui varie au gré des époques, des rapports de forces, des intérêts du moment. Au fil du temps, Hollywood a érigé les États-Unis en sauveurs de la planète, avec ses films célébrant l’héroïsme des GI, du Jour le plus long (1962) à Il faut sauver le soldat Ryan (1998), de Patton (1970) à Au-delà de la gloire (1980), et des dizaines d’autres. L’URSS a disparu ; le Parti communiste français (PCF), qui contribuait à entretenir le souvenir du sacrifice soviétique, s’est effondré. Et, depuis quarante ans, l’État célèbre en grande pompe le débarquement de Normandie, pour en faire le tournant de la seconde guerre mondiale.

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L’événement a pourtant longtemps été tenu pour relativement mineur. Le 6 juin 1949 par exemple, son cinquième anniversaire s’est résumé à une modeste cérémonie : un corps de clairons local, deux jeunes filles déposant des couronnes de fleurs sur la plage, quelques bombardiers survolant les lieux tout en larguant des bouquets et en tirant des fusées. Si les festivités ont ensuite pris plus d’ampleur, aucun président américain n’envisageait de faire le déplacement. En 1964, le général de Gaulle lui-même refusait de se rendre en Normandie : « Vous voudriez que j’aille commémorer leur débarquement, alors qu’il était le prélude à une seconde occupation du pays ? Non, non, ne comptez pas sur moi (1) ! » Tout change en 1984, dans un contexte de durcissement des tensions américano-soviétiques. Désormais calées pour coïncider avec les émissions télévisées matinales aux États-Unis, les commémorations du 6 juin prennent un caractère spectaculaire et une dimension géopolitique qu’elles ne perdront plus. François Mitterrand invite alors Ronald Reagan, Élisabeth II, le premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau, Baudouin Ier de Belgique… Le « monde libre » affiche son unité et se pose en protecteur de la démocratie. « Les troupes soviétiques qui vinrent au centre de ce continent ne sont pas parties quand la paix est revenue, accuse Reagan dans un discours au ton offensif. Elles sont encore là, sans être invitées, sans être désirées, sans répit, près de quarante ans après la guerre. »Depuis, chaque célébration est devenue l’occasion de passer un message, à travers la liste des invités, l’ordre et la teneur des discours, le déroulé des parades militaires… Le 6 juin dernier, pour le quatre-vingtième anniversaire, pas moins de vingt-cinq chefs d’État ou de gouvernement et têtes couronnées foulaient les plages de Normandie. Le camp atlantiste est alors au grand complet. Pour la première fois depuis la fin de la guerre froide, aucun représentant russe n’est convié, pas même un conseiller d’ambassade. « La Russie n’est pas invitée car les conditions ne sont pas réunies, compte tenu de la guerre d’agression qu’elle mène contre l’Ukraine », justifie l’Élysée. Le président ukrainien, lui, est bien présent, longuement ovationné par les quatre mille spectateurs triés sur le volet. Tandis que M. Joseph Biden se prévaut du sacrifice des soldats américains — « la liberté en vaut la peine, la démocratie en vaut la peine, l’Amérique en vaut la peine, le monde en vaut la peine » —, M. Volodymyr Zelensky se lance dans une de ces comparaisons historiques dont il a le secret (2), en expliquant « combien le débarquement résonne avec la juste lutte que la nation ukrainienne mène aujourd’hui ». Ainsi la Russie, qui brisa la machine hitlérienne à Stalingrad, est-elle subrepticement rangée aux côtés du régime nazi.

 « NORD SUD », 1991
NOUS TRAVAILLONS ENSEMBLE

Que des commémorations offrent un miroir déformé du passé, seul un naïf pourrait s’en étonner. Celles-ci servent avant tout à mettre en scène un récit qui correspond aux intérêts de ceux qui les organisent. Mais la réécriture de l’histoire de la seconde guerre mondiale est bien plus vaste. Elle touche aussi les médias, les manuels scolaires, les musées et, dans certains pays, les politiques publiques.


La Russie a, depuis longtemps, pris l’habitude de voir son rôle minimisé au profit de la contribution américaine. Elle est désormais jugée coresponsable du désastre, sur un pied d’égalité avec l’Allemagne. Ce discours a d’abord émergé en Europe centrale et orientale, et dans les États baltes, à la faveur du renouveau des mouvements nationalistes de la fin des années 2000. Dans ces pays occupés par les nazis, dont ils furent débarrassés par les Soviétiques et qui restèrent après-guerre dans le giron de Moscou, l’idée s’est imposée d’une « double occupation », d’abord par l’Allemagne, puis par l’URSS : les « deux totalitarismes ». Pour ancrer ce récit, il a fallu effacer bien des traces du passé, et notamment celles qui signalaient la victoire de l’Armée rouge ou la collaboration avec l’occupant allemand.

AFFICHE CONJOINTE DU FRONT POPULAIRE DE
 LIBÉRATION DE LA PALESTINE ET DU FRONT
DÉMOCRATIQUE POUR LA LIBÉRATION DE LA
PALESTINE, « DEUXIÈME ANNIVERSAIRE DE
 SABRA ET CHATILA. LES MASSACRES
N’ARRÊTERONT PAS LA LUTTE DES
PALESTINIENS », 1984
Dès 2007, l’Estonie décidait ainsi de détruire une statue érigée au centre de Tallinn en 1947 en l’honneur des soldats soviétiques morts au combat : on avait fait d’elle le symbole de l’« occupation soviétique ». La minorité russe protesta, la controverse dégénéra en émeutes et le gouvernement décida de se contenter de la déplacer. Ce type d’opérations est devenu monnaie courante. Depuis quinze ans, on en effectue des centaines, en Bulgarie, en Hongrie, en Lettonie, en Pologne, en Roumanie ou en Ukraine. En 2017, le gouvernement polonais donnait ainsi douze mois aux autorités locales pour retirer tous les monuments publics « rendant hommage à des personnes, des organisations, des événements ou des dates symbolisant le communisme ou d’autres régimes totalitaires ». L’année suivante, il faisait passer une loi pour sanctionner « l’imputation mensongère de crimes contre l’humanité à la nation ou à l’État polonais ». Interdiction de parler de la collaboration avec le nazisme : l’« Institut de la mémoire nationale » veille. En Ukraine, c’est un livre de l’historien Antony Beevor sur la bataille de Stalingrad qui fut interdit en 2018. Sa faute ? Quelques paragraphes évoquant des nationalistes ukrainiens qui, enrôlés dans l’armée nazie, avaient exécuté quatre-vingt-dix enfants juifs en 1941.

L’idée d’une coresponsabilité de Moscou et de Berlin a progressivement gagné l’ouest du continent, où elle était jusqu’alors surtout cantonnée aux cercles néoconservateurs. Elle est même devenue une doxa officielle du Parlement européen quand, le 19 septembre 2019, sur initiative des pays de l’Est, les députés ont voté une résolution sur « l’importance de la préservation de la mémoire historique pour l’avenir de l’Europe ». Ce texte établit que la guerre fut « la conséquence immédiate du tristement célèbre pacte germano-soviétique de non-agression ». Il recommande de déclarer le 25 mai (date de l’exécution de Witold Pilecki, un héros d’Auschwitz) « Journée mondiale des héros de la lutte contre le totalitarisme », ce qui associe implicitement l’URSS avec le génocide des Juifs.

Imaginons que le Mexique signe un accord militaire avec la Chine…

Il est en soi contestable que des élus écrivent et figent l’histoire. En 1990, des historiens de renom, comme Madeleine Rebérioux et Pierre Vidal-Naquet, s’opposaient déjà à la loi Gayssot, adoptée dans l’émotion deux mois après la profanation d’un cimetière juif à Carpentras, qui interdit la négation de la Shoah. « Expliquer le crime, lui donner sa dimension historique, comparer le génocide nazi à d’autres crimes contre l’humanité. C’est ainsi — et non par la répression — que l’on forme des esprits libres (3)  », estimait alors la première. Au moins, le sujet faisait consensus parmi les chercheurs. Tout comme les lois mémorielles suivantes sur le génocide arménien de 1915 et sur l’esclavage : aucun historien sérieux ne niait le caractère génocidaire du premier, ni que le second correspondait à un crime contre l’humanité. À présent, les législateurs interviennent sur des sujets toujours débattus par les historiens, dont ils ne connaissent rien, dans un but uniquement politique. C’est ainsi que, sur demande de Kiev, le 28 mars 2023, quelques semaines après leurs homologues européens, les députés hexagonaux ont reconnu, à une écrasante majorité, le caractère génocidaire de la « grande famine » ukrainienne de 1933. Un qualificatif qui fait l’objet d’âpres discussions parmi les spécialistes. Mais, comme l’a déclaré un parlementaire partisan du texte (4), « même si je comprends qu’il puisse y avoir débat sur le caractère génocidaire de l’Holodomor, au bout d’un moment, il faut faire de la politique ! ».

Avec leur résolution de 2019, les élus européens ne se contentent pas de prendre parti dans une controverse. Ils révisent l’histoire, en supprimant tous les éléments susceptibles d’entraver leur nouveau récit. Car il faut une mauvaise foi évidente pour rendre Moscou coupable de la seconde guerre mondiale, tout en occultant les responsabilités françaises ou britanniques. Lorsque l’Union soviétique signa son pacte avec l’Allemagne, le 23 août 1939, le Royaume-Uni et la Pologne s’étaient employés à torpiller toute possibilité d’un accord de sécurité collective incluant l’URSS. Les élites britanniques soutenaient alors une politique d’« apaisement », pour ne pas dire de compromission, avec les nazis, qu’elles jugeaient bien plus respectables que les communistes. Cette complaisance de la classe politique, des financiers de la City, de l’aristocratie et de la presse est un élément déterminant pour comprendre la marche vers la guerre. Elle est pourtant ignorée des discours publics, absente des manuels scolaires et des programmes télévisés.

« BONJOUR MONSIEUR DE LA TOUR (LES TRICHEURS) », 1981
HERMAN BRAUN-VEGA - ADAGP, PARIS 2024

Face à cette offensive idéologique, M. Vladimir Poutine a beau jeu de dénoncer le « révisionnisme » antirusse. « Le révisionnisme historique, dont on observe les manifestations en Occident, surtout concernant la seconde guerre mondiale et ses conséquences, est dangereux parce qu’il déforme de manière grossière la compréhension des principes de développement pacifique définis lors des conférences de Yalta et de San Francisco en 1945 », accuse-t-il en juin 2020, dans un long article sur « Les vraies leçons du soixante-quinzième anniversaire de la seconde guerre mondiale », publié par la revue conservatrice américaine The National Interest. Pour démonter les manipulations occidentales, le président s’est mué en professeur d’histoire. Lors de discours-fleuve, il pointe la responsabilité occidentale dans le déclenchement du conflit, il pourfend la « trahison de Munich », il dénonce la collusion de la Pologne avec l’Allemagne nazie, il célèbre l’héroïsme des soldats soviétiques. Et, comme ses adversaires, il déforme le passé pour servir ses intérêts, en interdisant d’évoquer les liens entre l’URSS et l’Allemagne, en récrivant les programmes et les manuels scolaires, notamment pour justifier la « dénazification » de l’Ukraine, et nier sa légitimité historique.


C’est en effet l’une des obsessions du président russe. Archives à la main, M. Poutine s’emploie depuis des années à contester tout passé propre à sa voisine. En mai 2023, il apparaissait sur les écrans en train de scruter une carte du XVIIe siècle avant d’en conclure : « Le gouvernement soviétique a créé l’Ukraine soviétique. C’est bien connu de tous. Jusqu’alors, il n’y a jamais eu d’Ukraine dans l’histoire de l’humanité. » Deux ans plus tôt, en juillet 2021, il publiait un texte de quinze pages pour démontrer « L’unité historique entre la Russie et l’Ukraine », en remontant jusqu’au royaume de la Rous, fondé à Kiev au IXe siècle. « Dans la plaine de Koulikovo, le grand-prince Dimitri de Moscou a combattu aux côtés du voïvode Bobrok de Volynie et des fils du grand-duc de Lituanie Olgierd, André de Polotsk et Dmitri de Briansk. En même temps, le grand-duc de Lituanie Jagellon, fils d’une princesse Tver, menait ses troupes en aide au Mamaï. Ce sont là les pages de notre histoire commune », écrit-il par exemple. Ce à quoi M. Zelensky lui avait répondu, lors d’un long discours le 23 août 2021 : « Notre hryvnia [la monnaie ukrainienne] a plus de mille ans. Elle existait à l’époque de Volodymyr le Grand. Notre trident [sur le blason du pays] a été approuvé par la Constitution ukrainienne il y a vingt-cinq ans. Ce même trident était déjà représenté sur les briques de l’église de la Dîme il y a mille vingt-cinq ans. »


Ces élucubrations croisées prêteraient à sourire si la guerre des mémoires n’avait pas dégénéré en un conflit sanglant. Et si d’autres pays ne faisaient pas ce même usage, aussi farfelu que meurtrier, du passé. À l’image d’Israël, dont les dirigeants n’hésitent pas à se référer au royaume de Juda, établi par des Israélites à l’âge du fer, ou à brandir des découvertes archéologiques supposées démontrer une continuité de la présence juive dans la région. Des pièces de monnaie, des tombeaux, des stèles vieilles de plusieurs millénaires, mais qui servent aujourd’hui à justifier une colonisation et une oppression là encore bien réelles.

 MUR DE BERLIN, 30 DÉCEMBRE 1989
 PHOTO GUY LE QUERREC
  

Manipulée pour alimenter ces conflits, l’histoire devrait servir à les comprendre, à en saisir les racines, les enjeux. Mais l’instantanéité convient mieux au récit que les commentateurs souhaitent délivrer au public. Pour eux, l’affaire est donc entendue : la guerre en Ukraine a commencé le 24 février 2022 et celle de Gaza le 7 octobre 2023 ; dans un cas, la Russie a agressé l’Ukraine et dans l’autre, le Hamas a attaqué Israël. Or les victimes ont bien le droit de se défendre, et l’Occident de les y aider. CQFD.

Cela n’est pas faux. Mais un pas de recul offre un tout autre paysage. La guerre en Ukraine ne peut être comprise sans rappeler qu’au moment de la chute de l’URSS, tandis que la Russie était à genoux et ne constituait plus une menace, les États-Unis ont choisi de conserver l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Puis d’y intégrer un nombre croissant de pays jadis membres du pacte de Varsovie, ainsi que d’anciennes républiques soviétiques, avec pour projet d’intégrer la Géorgie et l’Ukraine. Une alliance antirusse, un déploiement militaire et stratégique considérable aux portes de la Russie. Imaginons, ironisait Noam Chomsky (5), que le Mexique signe une alliance militaire avec la Chine, puis l’autorise à y stationner des troupes et des armes, juste derrière la frontière américaine, malgré les avertissements de Washington… Et, si les États-Unis réagissaient en envahissant le territoire mexicain, qui imagine que l’Union européenne, soucieuse de faire respecter le droit international, livrerait des dizaines de milliards de dollars au pays agressé ?

Une méthode pour briser la gangue des idées reçues

Le massacre perpétré par le Hamas s’inscrit lui aussi dans une histoire. Celle des six opérations punitives israéliennes organisées contre Gaza en dix-huit ans ; celle d’un blocus terrestre et maritime parmi les plus sévères de la planète ; celle d’une occupation illégale des territoires palestiniens, maintes fois dénoncée par les Nations unies depuis 1967. Plutôt que cette mise en perspective, les médias privilégient une chronologie immédiate qui leur permet d’omettre les vexations ordinaires infligées aux Palestiniens, les contrôles permanents, l’occupation militaire, le mur de séparation, le dynamitage de leurs maisons, la colonisation de leurs terres. L’attaque du 7 octobre devient ainsi dépourvue de raison, si ce n’est ethnique ou religieuse. Une tuerie de Juifs, un « pogrom », et même « le plus grand pogrom depuis la Shoah », comme auront tôt fait de le dire journalistes et dirigeants politiques, plaçant ainsi l’événement dans la longue histoire de la persécution des Juifs — ce qui autorisera à taxer d’antisémitisme toute personne qui chercherait à expliquer l’assaut du Hamas (lire l’article de Serge Halimi et de Pierre Rimbert pages 1 et 21) (6).

Ainsi l’histoire est-elle manipulée à foison. Elle justifie des guerres, disqualifie des adversaires, soude des identités collectives. Chacun peut l’occulter, la récrire, la distordre, y piocher une analogie, une référence dès lors qu’elles confortent une démonstration. Dans cette bataille pour façonner le débat public autour d’un récit ajusté à leurs intérêts, ceux qui détiennent les grands moyens de communication disposent d’une arme redoutable. Parce que leur principal pouvoir consiste à cadrer l’espace et à définir le périmètre du débat, les médias s’emploient à maintenir « hors cadre » les pages susceptibles de ternir l’image des démocraties libérales. Qui se souvient, en Occident, de la réticence des États-Unis à engager la bataille contre le nazisme ? De la responsabilité de Winston Churchill dans la famine de 1943 au Bengale (trois millions de morts) ? Du massacre de centaines de milliers de communistes en Indonésie, avec l’aval de Paris et Washington ? Du soutien appuyé des milieux libéraux à la dictature d’Augusto Pinochet ?

Face au rouleau compresseur des médias et de l’édition, la clepsydre de Clio, muse de l’Histoire, et les mots doux de Mnémosyne, déesse de la Mémoire, ne suffisent pas. Contrer la pensée dominante requiert toujours un double travail. Car, avant même d’exposer une vision méconnue du passé, il faut extirper les idées reçues qui obstruent notre clairvoyance. Les contestataires nagent ainsi à contre-courant contre « les notions implicites, jamais examinées mais communément admises, qui sont acceptées par autoconfirmation, en raison de leur conformité à ce qui est déjà accepté comme vrai. Cette familiarité établie, cette unanimité des préjugés sont souvent considérées comme l’“objectivité”, observait l’historien américain Michael Parenti. C’est pour cela que les dissidents doivent constamment se défendre et étayer minutieusement toutes leurs démonstrations (7)  ». Fournir une méthode et des outils permettant à chacun de briser la gangue des idées reçues et de s’orienter dans le maquis des récits, telle est l’ambition du Manuel d’autodéfense intellectuelle publié en septembre par Le Monde diplomatique. Clio elle-même en aurait commandé plusieurs dizaines d’exemplaires pour approvisionner les kiosques de l’Olympe.

par Benoît Bréville

Benoît Bréville

Notes :

(1) Cité dans les Mémoires d’Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, tome II, Fayard, Paris, 1997.

(2) Lire « L’histoire comme arme de guerre », Le Monde diplomatique, avril 2024.

(3) Madeleine Rebérioux, « Le génocide, le juge et l’historien », L’Histoire, Paris, novembre 1990.

(4) M. Aurélien Taché, alors député Europe Écologie - Les Verts, après avoir porté l’étiquette En marche. Il est désormais élu de La France insoumise. Cité par Mediapart, 31 mars 2023.

(5) Entretien entre Noam Chomsky et Jeremy Scahill, The Intercept, 14 avril 2022.

(6) Cf. Enzo Traverso, Gaza devant l’histoire, Lux, Montréal, 2024.

(7) Michael Parenti, History as Mystery, City Lights Books, San Francisco, 1999.

 Pour écouter, cliquez ici ! ]

Éditorial, par Benoît Bréville • Lu par Thibaud Delavigne 
LE MONDE DIPLOMATIQUE - AUDIO 
«L’HISTOIRE FACE AUX MANIPULATEURS»

samedi, octobre 05, 2024

CHILI / MIGUEL ENRÍQUEZ

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 MIGUEL ENRÍQUEZ
1974 - 5 OCTOBRE - 2024   
50ème ANNIVERSAIRE DE LA MORT
DE MIGUEL ENRÍQUEZ
Né en 1944, Miguel Humberto Enriquez fut un des fondateurs du Mouvement de la gauche révolutionnaire (M.I.R.) du Chili et, de 1967 à 1974, son secrétaire général.

Alain LABROUSSE 

le plus jeune fils d'Edgardo Enriquez Froeden, dirigeant du Parti radical qui sera ministre de l'Éducation de Salvador Allende, entre à l'université de Concepcion en 1961. Il y obtient son diplôme de médecin neurologue. Il est un des animateurs du groupe d'étudiants de cette ville qui, influencé par la révolution cubaine, rompt en 1964 avec le Parti socialiste pour fonder l'Avant-garde marxiste révolutionnaire, puis, à la suite de la fusion de cette organisation avec divers groupes d'extrême gauche en août 1965, le M.I.R. Miguel Enriquez est élu membre du comité central, puis, à l'occasion du troisième Congrès national de 1967, secrétaire général du mouvement.

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR


 
En 1969, sous le gouvernement d'Eduardo Frei, il participe aux opérations armées des commandos du M.I.R., et, après l'élection de Salvador Allende, organise la protection du nouveau président. En août 1973, à la suite d'une réunion avec des marins antipustchistes, les militaires lancent un mandat d'arrêt contre lui, et il doit passer à la clandestinité. Le 11 septembre 1973, l'armée investit l'usine Indumet, où se trouvent réunis les dirigeants de la gauche. Miguel Enriquez dirige les combats qui leur permettent de rompre l'encerclement. Il devient alors une des personnes « les plus recherchées » par la junte.

Le 5 octobre 1974, il est surpris par la police et l'armée dans une maison du quartier populaire de San Miguel, à Santiago ; il est tué après deux heures de résistance.

Le rôle de Miguel Enriquez à l'intérieur du M.I.R. est passé par deux phases bien distinctes. Jusqu'à la mort accidentelle, en août 1971, de Luciano Cruz, cofondateur du mouvement venu du Parti communiste, il fait figure de théoricien et d'organisateur. Comme tel, il prend une part active aux discussions entre les différents groupes qui participent à la création du M.I.R. puis, plus tard, aux polémiques qui conduisent à la scission d'un groupe trotskiste en 1969. Son expérience s'approfondit à l'occasion de différents séjours à Cuba, au cours desquels il entretient d'étroites relations avec Fidel Castro et avec de nombreux dirigeants d'Amérique latine et du Tiers Monde. Il est ainsi à même d'apporter une contribution importante à l'autocritique à laquelle se livre le M.I.R. au moment de la victoire électorale de Salvador Allende en participant à la rédaction des documents publiés à cette époque. Ces derniers, tout en soulignant les perspectives transitoires ouvertes au travail de masse par le gouvernement d'Unité populaire, considèrent le coup d'État militaire comme inévitable. Néanmoins, l'expérience Allende permet au M.I.R. d'organiser des mouvements populaires comme le Front des travailleurs révolutionnaires (F.T.R.), le Mouvement des paysans révolutionnaires (M.C.R.) ou la Junte des sans-logis révolutionnaires (J.P.R.).


MIGUEL ENRIQUEZ, LEADER TRÈS CHARISMATIQUE DU MIR,
 LE MOUVEMENT DE LA GAUCHE RÉVOLUTIONNAIRE CHILIENNE
DANS UN DÉFILÉ À SANTIAGO DU CHILI 

À partir d'août 1971, Miguel Enriquez, jusque-là homme d'appareil, va devoir se substituer à Cruz, leader populaire d'un extraordinaire prestige. Il assume ce rôle en militant plus directement à l'intérieur du mouvement de masse. Ses talents d'orateur, la rigueur de sa pensée, mais aussi la chaleur communicative qui émane de sa personne lui permettent bientôt de combler le vide laissé par la disparition de son camarade de combat. C'est ainsi qu'à partir de l'échec de la grève patronale d'octobre 1972 il participe directement à la création des « cordons industriels » et des « commandos communaux ». Il s'efforce de mettre en garde les dirigeants de l'Unité populaire contre les risques d'un coup d'État militaire et de les inciter à armer le prolétariat. Malgré des succès auprès de la gauche chrétienne (I.C.), du Mouvement d'action populaire unitarien (M.A.P.U.) et de certains secteurs du Parti socialiste, il ne parvient à convaincre ni le Parti communiste ni le président Allende.

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Après le putsch, qui contraint le M.I.R. à une discipline plus rigoureuse, les responsabilités de Miguel Enriquez s'accroissent encore. C'est lui qui impose la décision d'exclure les militants qui se réfugieraient dans des ambassades, qui maintient l'unité entre les différents courants qui traversent le mouvement et qui incite la gauche à créer un vaste front antifasciste. Le M.I.R. peut ainsi devenir, en quelques mois, une des composantes essentielles de la résistance à la dictature militaire.


mardi, octobre 01, 2024

CHILI / DANIEL JADUE SUSPENDU DE LA FRANC-MAÇONNERIE

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CHILI, Santiago lundi 30 septembre 2024 / Daniel Jadue suspendu de la franc-maçonnerie / C’est ce que vient d’annoncer le Grand maître de la Grande Loge du Chili (équivalent du Grand Orient de France). Pour des raisons « éthiques », Daniel Jadue est suspendu de ses droits maçonniques, bien qu’il clame son innocence et qu’il n’ait pas encore été jugé. [
Chaîne maçonnique / Le maillon cassé ]

par Pierre Cappanera

PIERRE CAPPANERA
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il faut se souvenir que l’orientation politique de la Gran Logia de Chile se situe à droite. Elle a soutenu la dictature militaire et a été très absente pour défendre les Droits de l’Homme. Le fait que Salvador Allende soit sans doute le franc-maçon le plus célèbre du Chili n’y a rien changé.

ILUSTRACIÓN FOTOMONTAJE LVQS

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Après la fin de la dictature, quand était discutée au Chili une loi sur le divorce à laquelle s’opposait l’Eglise catholique et que soutenait la Franc-Maçonnerie, l’Eglise catholique demandait à la maçonnerie de ne pas lui faire de leçon de morale. Elle rappelait à juste titre « Que disiez-vous, que faisiez-vous, vous les Francs-Maçons, quand nous défendions les persécutés de la dictature, entre autres à travers le Vicariat de la Solidarité ? ». La maçonnerie chilienne de la Gran Logia de Chile ne pouvait répondre que par le silence vu ses complaisances passées avec la dictature.

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SALVADOR ALLENDE LORS D'UNE
CÉRÉMONIE MAÇONNIQUE EN 1968
 
PHOTO FUNDACIÓN SALVADOR ALLENDE

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