mardi, novembre 12, 2024

DIPLOMATIE / EMMANUEL MACRON SE REND EN ARGENTINE, AVANT LE G20 À RIO ET LE CHILI

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EMMANUEL MACRON LORS DES CÉRÉMONIES DU 11-NOVEMBRE.
PHOTO CHRISTIAN LIEWIG

Diplomatie / Emmanuel Macron se rend en Argentine, avant le G20 à Rio et le Chili / Le président français effectue une tournée en Amérique latine du 16 au 21 novembre, en marge du G20 à Rio de Janeiro les 18 et 19.

L'Alsace avec l'AFP 

Temps de lecture : 2 min

Le président français Emmanuel Macron se rendra ce week-end en visite à Buenos Aires, en Argentine, pour « poursuivre un dialogue exigeant » notamment sur le climat avec le président ultralibéral argentin Javier Milei avant de participer au sommet du G20, les 18 et 19 novembre à Rio de Janeiro, a annoncé ce mardi l’Élysée.

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

Dans le cadre de cette tournée en Amérique latine, le président français « effectuera ensuite une visite au Chili les 20 et 21 novembre 2024, avec des étapes à Santiago et à Valparaiso », a précisé de même source.

Relancer les relations avec le continent américain

« Ce déplacement sur le continent américain fait suite à la visite d'État de mars dernier au Brésil et marquera une nouvelle étape dans la relance de notre partenariat avec cette région », a expliqué la présidence.

La visite en Argentine, samedi et dimanche, « s'inscrira dans la continuité des précédents échanges avec le président Milei et aura pour objectifs de poursuivre un dialogue exigeant sur les grands enjeux mondiaux, notamment le climat, à la veille du sommet du G20, et d'approfondir les coopérations dans les secteurs stratégiques avec un partenaire historique », a ajouté la présidence.

Trois sous-marins vendus à l'Argentine ?

Selon une source proche du dossier, l'Argentine souhaite acquérir trois sous-marins français Scorpène. La signature d'une lettre d'intention avec la France se heurte à des difficultés de financement de la part des Argentins, a ajouté cette source.

Au Chili, avec le président Gabriel Boric, à la tête d'une coalition de gauche, Emmanuel Macron va travailler au développement de « la relation dans l’ensemble des domaines, avec une attention particulière accordée à la transition énergétique, l'intelligence artificielle et les échanges culturels et universitaires », selon l'Élysée. « Les deux présidents partageant une même vision de l'importance du multilatéralisme, notamment en matière de protection des océans et de la biodiversité, les échanges porteront sur des initiatives communes. »

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jeudi, novembre 07, 2024

KOHEI SAITO, PHILOSOPHE : « LE COMMUNISME DE DÉCROISSANCE EST L’ALTERNATIVE »

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KOHEI SAITO, PHILOSOPHIE MARXISTE JAPONAIS
À PARIS,  LE 21  SEPTEMBRE 2024.
PHOTO PHILIPPE LABROSSE

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L'HUMANITÉ


Entretien / Kohei Saito, philosophe : « Le communisme de décroissance est l’alternative » / Le philosophe marxiste japonais propose d’entrer dans « une nouvelle ère de bifurcation », garantissant de sauver notre planète, en respectant la nature et les humains. Son ouvrage est un succès d’édition mondial. [Livres parutions]

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par Pierre Chaillan

13 min

Publié le 7 novembre 2024

LE PHILOSOPHE KOHEI SAITO.
PAR YANN LEGENDRE

Outre la crise économique, sociale, politique et démocratique, le monde connaît une crise environnementale mettant en péril sa survie. Dans son ouvrage Moins ! La décroissance est une philosophie, le philosophe japonais Kohei Saito, l’un des plus importants penseurs marxistes de notre époque, y voit une sentence terrible à propos de la croissance infinie : il faut en sortir. Selon lui, le capitalisme est incapable de réaliser ce changement fondamental.

COUVERTURE DE
«MOINS ! LA DÉCROISSANCE
 EST UNE PHILOSOPHIE »

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

Face à la crise environnementale qui menace l’existence même de la vie sur Terre, la prise de conscience est réelle. Pourquoi les actes ne suivent-ils pas ?

Parce qu’ils sont tout simplement incompatibles avec la logique du capitalisme. C’est un fait : la crise environnementale est engendrée par la production et la consommation excessives. La réponse évidente à la crise climatique est donc que nous devons réduire certains excès comme les grosses voitures ou les jets privés.

C’est une évidence, mais le capitalisme ne peut pas accepter une telle réduction parce que c’est antinomique avec la logique de la croissance infinie. Au lieu de cela, il s’agirait de produire vert, de fabriquer des véhicules électriques, etc. Mais cela ne fonctionne pas. Toutes ces technologies vertes ne suffisent pas à réduire massivement les émissions de dioxyde de carbone et les autres impacts écologiques.

Des conférences internationales sur le climat, les COP, les réunions sur la biodiversité se tiennent régulièrement, l’accord de Paris a été adopté, et toujours rien ?

Rien, oui. Seules les solutions s’inscrivant dans le capitalisme sont envisageables : taxer les émissions de dioxyde de carbone, fixer le prix du carbone ou encore investir davantage dans les énergies renouvelables. Mais ces réponses ne suffisent pas. Nous avons besoin d’un changement beaucoup plus fondamental réorganisant vraiment le système économique. Aujourd’hui, il est axé sur l’accumulation de toujours plus de profits, sur la croissance.

Nous devons nous concentrer davantage sur la satisfaction des besoins des personnes et sur la protection de la nature, etc. Il existe une contradiction fondamentale entre ce que le capitalisme veut faire et ce que nous devons faire. À cause de ce fossé, l’élite ou la classe dirigeante tente d’imposer des politiques qui ne sont pas efficaces pour résoudre la crise climatique.

Vous ironisez d’ailleurs sur ce système dominant qui se dédouane grâce à l’éco-blanchiment ou greenwashing. Comment le développement économique, le système capitaliste et la crise climatique s’articulent-ils ?

Aux États-Unis ou au sein de l’Union européenne, c’est l’heure du Green New Deal. Les décideurs évoquent souvent la crise climatique. Pour eux, c’est le problème, mais ils pensent aussi que c’est une chance. Cela serait propice à de nouveaux investissements.

” Il est indispensable de décoloniser notre imagination et notre société afin que nous puissions avoir plus de dialogue avec les pays du Sud.”

Cela créerait des « opportunités » pour les entreprises de produire plus. L’économie peut alors croître. Ils veulent s’engager d’une manière plus durable, en produisant des véhicules électriques, de l’énergie renouvelable, des produits biologiques, etc. Le problème, c’est que ce n’est pas suffisant. Je ne dis pas que ces technologies sont inutiles. Mais, lorsque vous continuez à produire plus avec des modèles différents verts, cela ne réduira pas suffisamment les émissions de dioxyde de carbone.

Cela nécessite toujours une plus grande consommation d’énergie et de ressources nouvelles, etc. Le vrai problème n’est pas la production, mais le système capitaliste lui-même, qui ne garantit pas une croissance et une accumulation constantes. Nous devons inventer un type d’économie et de société pour lutter contre le changement climatique.

Le point de non-retour a-t-il été atteint ?

C’est désolant mais nous sommes déjà au point de non-retour en matière climatique. De nombreux scientifiques affirment qu’une hausse de 1,5 °C de la température mondiale est très dangereuse. Si vous regardez les douze derniers mois, la hausse est supérieure à 1,5 °C. Nous assistons à différentes catastrophes « naturelles » : incendies géants de forêt, sécheresses plus graves et pénuries d’eau, crises alimentaires, ouragans, inondations, etc. Cela engendre des réfugiés et des affrontements pour les ressources.

Si nous continuons à appliquer le système actuel, il y aura encore plus de conflits, plus de concurrence et plus d’inégalités entre les hommes et les femmes. La coopération mondiale deviendra de plus en plus difficile. J’appelle cela un fascisme climatique. Seules les personnes qui ont le plus de pouvoir et d’argent peuvent contrôler les autres et les dominer. Ce type de société ne garantit aucune liberté.

Vous reprenez les analyses d’Immanuel Wallerstein d’un « mode de vie impérial » fondé sur « l’échange inégal ». Pourquoi le Sud est-il plus touché que l’Occident ?

Les travailleurs exploités en France, en Europe ou aux États-Unis par les capitalistes ont beaucoup de mal à s’en sortir, à payer le loyer, etc. Ce n’est pas comme s’ils vivaient comme des rois, mais ils représentent un standard mondial avec des vêtements, des automobiles ou des smartphones « bon marché ». Cela est possible grâce à l’exploitation d’une main-d’œuvre et d’une nature bon marché dans le Sud.

Cela s’effectue donc au détriment des travailleurs d’Amérique latine, d’Afrique ou d’Asie. Et cela crée également de nombreux problèmes environnementaux dans ces régions. Cette relation se poursuit depuis le XVIIème siècle et la colonisation. Le capitalisme vert va encore devoir renforcer l’exploitation.

“La croissance doit distinguer ce qui est nécessaire de ce qui est inutile. “

Les citoyens du Nord global doivent résoudre cela. Il est indispensable de décoloniser notre imagination et notre société afin que nous puissions avoir plus de dialogue avec les pays du Sud. Pour mettre fin à cet échange inégal, la première étape est de réduire sa surconsommation. Ce n’est pas une mauvaise chose de ne pas sans cesse consommer de nouveaux produits. La décroissance peut être un mode de vie plus égal, plus sain et plus heureux.

Pour vous, même les réponses keynésiennes ne sont pas à la hauteur du défi. Pourquoi la lutte écologique doit-elle dépasser le capitalisme ?

La réponse keynésienne constitue une sorte de meilleur capitalisme avec plus d’emplois, plus d’investissements publics, des salaires possiblement plus élevés et un peu plus de redistribution. Une telle politique de New Deal vert renforcera en définitive l’échange inégal entre le Nord et le Sud, et augmentera également les dommages écologiques.

Remettre en question le capitalisme de manière plus fondamentale, c’est rompre avec cette logique de croissance infinie et d’accumulation de capital, de réalisation de profits. C’est ce que j’appelle la décroissance. Nous devons abandonner le PIB comme mesure du progrès des sociétés.

Si vous faites la guerre et augmentez les dépenses militaires, le PIB augmente. Si vous privatisez les soins médicaux, cela augmente le PIB. Les États-Unis sont le pays le plus riche parce qu’il privatise l’éducation, les soins médicaux et a des dépenses militaires énormes. Rien ne contribue vraiment à la vie des gens. Le PIB est inconséquent. La croissance doit distinguer ce qui est nécessaire de ce qui est inutile.

Le capitalisme ne parvient pas à faire cette distinction car il se concentre sur ce qui est rentable. Ce qui est nécessaire est essentiel pour tout le monde, comme l’éducation, les transports publics, la santé, la sécurité, l’eau, l’électricité, etc. Ces produits sont transformés en marchandises. Nous ne pouvons pas laisser le marché vendre ces produits dans le seul but de faire de l’argent.

C’est pourquoi je défends le concept de biens communs comme étant les choses communes fondamentalement gratuites et accessibles à tous. La société basée sur les marchandises, l’argent et le capital est le capitalisme, alors la société basée sur les biens communs est le communisme. Le communisme de décroissance constitue l’alternative.

Pourquoi la pensée de Marx permet-elle de faire face à cette crise environnementale ?

Pour beaucoup, le marxisme est une sorte de productivisme optimiste à l’égard des technologies. Ainsi, de nombreux écologistes ont critiqué les analyses de Marx pour avoir ignoré les limites de l’environnement. En réalité, de nombreux carnets et manuscrits non parus pendant de nombreuses années sont maintenant publiés dans les nouvelles œuvres complètes de Marx et Engels.

Je suis d’ailleurs l’un des éditeurs de ces textes. Dans ses écrits, en particulier les notes tardives, Marx accordait une attention toute particulière à la question de la crise écologique. Pour lui, l’Homme et la nature ont une relation métabolique, mais le capitalisme détruit ce cycle entre l’Homme et la nature. L’auteur du Capital a ainsi étudié les sciences naturelles très attentivement afin d’établir un lien entre l’Homme et l’ascenseur métabolique. C’est important de connaître cela aujourd’hui car on ne peut pas parler d’écologie sans tenir compte de la propriété privée. L’écologie doit être anticapitaliste.

Marx nous apprend que le problème de l’exploitation de la classe ouvrière dans le travail et celui de l’exploitation de la nature sont intimement liés. Le mouvement ouvrier et les organisations syndicales ont souvent marginalisé la question écologique. Or, pour Marx, la pauvreté, la colonisation et la destruction écologique sont imbriquées. Si vous voulez vraiment abolir l’antagonisme des classes, vous devez aussi abolir l’exploitation de la nature. Cette base théorique marxienne nous sert à construire une alliance plus large entre les rouges et les verts dans l’anthropocène.

Vous accolez la « décroissance » au communisme. Les marxistes insistent sur l’importance du développement des forces productives. Y a-t-il une contradiction ?

En tant que marxiste, je ne nie pas l’importance du développement des forces productives. Nous avons besoin de nouvelles technologies, nous avons besoin d’un smartphone. Nous avons besoin d’un ordinateur, nous avons besoin de véhicules électriques pour décarboniser notre société.

Nous avons besoin de certaines forces productives. Nous devons aussi respecter les limites environnementales et ne pouvons pas avoir une croissance infinie. La technologie doit respecter la nature en limitant la production de la consommation. Marx, dans les années 1870-1880, n’a pas beaucoup publié, mais il étudiait les sciences naturelles et aussi des sociétés non occidentales comme l’Indonésie, l’Inde, la Russie, l’Amérique latine et l’Afrique.

Marx s’est rendu compte que les pays occidentaux n’étaient peut-être pas plus développés que les sociétés non occidentales, plus libres, plus égales et plus durables. Les pays capitalistes occidentaux détruisent la nature et tuent des gens, ce n’est donc pas vraiment du développement. Le capitalisme crée la pauvreté et est à l’origine de la crise environnementale. Où est le développement ?

Pourquoi ce « communisme de décroissance » serait-il la seule voie pour surmonter la crise ?

Ce que j’appelle le « communisme de décroissance » permet d’avoir une vision plus concrète de l’après-capitalisme. Je le disais : nous devons consommer et produire moins. C’est la décroissance. Le capitalisme est un système de croissance sans limite, et la décroissance est un système de limitation.

Le capitalisme de décroissance n’a donc aucun sens. En revanche, cela va de pair avec le communisme. Si nous partageons davantage, nous n’avons pas besoin d’être en concurrence et de produire davantage. C’est très efficace. Nous ne sommes pas obligés de tout partager, mais nous pouvons le faire pour ce que je nomme les biens communs. Seul le communisme de décroissance peut ainsi améliorer notre bien-être durable.

Pour vous, cela ouvre une « nouvelle ère de bifurcation ». Quel est l’enjeu ?

Je reprendrai le double terme de « socialisme ou barbarie ? », de Rosa Luxemburg en 1915. La situation actuelle est très similaire. Si nous ne surmontons pas le capitalisme, il y aura la guerre. Il y aura plus d’impérialisme et plus de misère, de pauvreté et de destruction. Nous sommes déjà témoins de certaines déflagrations : à Gaza, au Proche-Orient, en Ukraine, etc. Les tensions politiques augmentent beaucoup et elles vont s’accélérer entre la Chine et les États-Unis à propos de Taïwan, etc. 

Les grandes puissances se disputent les ressources, les technologies numériques, etc. La troisième guerre mondiale sera très grave. Nous ne sommes pas à l’abri de l’anéantissement complet et d’une nouvelle barbarie. Aujourd’hui, le choix est entre le communisme de décroissance ou la barbarie capitaliste.

Beaucoup de gens ne veulent pas de la barbarie, mais ils ne veulent peut-être pas non plus du communisme. Mais le problème est que nous ne pouvons pas continuer. Le mode de vie actuel n’est pas durable : le climat est anormal, l’économie stagne, les tensions et les conflits se multiplient. Il y a beaucoup de réfugiés. Les démocraties sont en crise, l’économie est en crise. L’environnement est en crise. Le capitalisme n’offre pas d’horizon. L’avenir est donc à la décroissance ou à la barbarie.

Moins ! La décroissance est une philosophie, de Kohei Saito, éditions du Seuil, 352 pages, 23 euros.

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KOHEI SAITO, À HAMBOURG, LE 28 AOÛT 2024.
PHOTO FLORIAN THOSS


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mercredi, novembre 06, 2024

MADELEINE RIFFAUD, HÉROÏNE DE LA RÉSISTANCE, EST MORTE

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AU CRÉPUSCULE DE SA VIE, MADELEINE RIFFAUD AVAIT ACQUIS UNE CERTITUDE :
« IL N’Y A AUCUNE CAUSE PERDUE, EXCEPTÉ CELLES QU’ON ABANDONNE EN CHEMIN. »
PHOTO L'HUMANITÉ

DISPARITIONS / Madeleine Riffaud, héroïne de la Résistance, est morte / Engagée dès l’âge de 18 ans dans un groupe de Francs-tireurs et partisans, ses actions de combat en ont fait une figure emblématique de la Résistance. Journaliste-reporter pendant les guerres du Vietnam et d’Algérie, elle était également poétesse. Elle est morte mercredi à l’âge de 100 ans.

Par Yves Bordenave

Temps de Lecture 7 min.

LA POÉTESSE, RÉSISTANTE ET JOURNALISTE,
MADELEINE RIFFAUD,  À SON DOMICILE
PARISIEN, LE 18 JUIN 2024.
PHOTO JOEL SAGET / AFP

Elle avait 18 ans en 1942. Engagée dans la Résistance au sein d’un groupe de Francs-tireurs et partisans (FTP), son nom était Rainer. Madeleine Riffaud est morte le mercredi 6 novembre au matin, dans son appartement parisien, à l’âge de 100 ans, a appris Le Monde auprès de son entourage, confirmant une information de L’Humanité. Avant d’être une journaliste, correspondante de guerre au Vietnam et en Algérie et une poétesse reconnue, elle fut une figure emblématique de la résistance à l’occupant nazi.

MADELEINE RIFFAUD, 93 ANS, DANS SON
APPARTEMENT DU MARAIS, À PARIS
PHOTO ANNABELLE LOURENÇO

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

Elle était née le 23 août 1924 à Arvillers (Somme). Fille d’enseignants, elle a grandi sur les terres de Picardie, encore marquées par les horreurs de la première guerre mondiale. « Un véritable cimetière », disait-elle. Devenue étudiante à Paris après la débâcle, la jeune fille écrit des poèmes et s’engage dans la Résistance. Membre du groupe de combat des facultés, l’agent de liaison Rainer – alias qu’elle s’était choisi en référence au poète allemand Rainer Maria Rilke – passe au combat armé en 1943. Citée à l’ordre de l’armée par de Gaulle et croix de guerre avec palmes à la Libération, la jeune Madeleine s’est souvent portée volontaire pour les actions les plus radicales et les plus périlleuses.

Torturée par la Gestapo

Quoiqu’elle s’en défende, Madeleine Riffaud était une héroïne. En 1942, lors d’un séjour dans un sanatorium non loin de Grenoble, elle rencontre la Résistance. Elle se remet d’une tuberculose dans cet établissement érigé en plein cœur du massif de la Chartreuse, dirigé par le docteur Daniel Douady. « Un type formidable, affirmait-elle, qui allait chez Pétain pour nourrir ses malades et abritait une imprimerie clandestine au service de la Résistance dans les sous-sols de sa clinique. » En 1944, dans les semaines qui suivent le massacre d’Oradour-sur-Glane perpétré le 10 juin par la division Das Reich, l’état-major de la Résistance FTP lance le mot d’ordre, « chacun son boche ». Le 23 juillet, un beau dimanche d’été, Madeleine tue sur un pont de la Seine – la passerelle Solférino – et en plein jour un sous-officier allemand. A bout portant. Deux balles dans la tête. « Ne pensez pas que c’était quelque chose de drôle. Ni quelque chose de haineux. Comme aurait dit Paul Eluard, j’avais pris les armes de la douleur (…) Il est tombé comme un sac de blé », écrira-t-elle par la suite.

Prise en quasi-flagrant délit par un chef de la milice qui se trouvait à proximité, elle est livrée à la Gestapo qui l’enferme rue des Saussaies. Là, pendant trois semaines, soumise à la question pour donner les noms des membres de son groupe, elle est torturée mais elle ne parle pas. Condamnée à mort, elle est incarcérée à la prison de Fresnes (Val-de-Marne), mais au dernier moment elle échappe à son exécution. Les SS veulent la confronter à un policier français qui, quelques semaines auparavant, a été attaqué dans le bois de Vincennes où il s’est fait dérober son arme de service. Celle-là même qui a été utilisée le 23 juillet sur la passerelle Solférino pour tuer le sous-officier allemand.

COUVERTURE DE LA BD « MADELEINE, RÉSISTANTE »

« L’épreuve la plus dure »

Alors qu’elle croyait partir vers le peloton d’exécution, Rainer se retrouve de nouveau dans une salle de torture. « Ça a été l’épreuve la plus dure. J’avais envie de foutre le camp ailleurs, dans l’autre monde, nous avait-elle confié en avril 2019. J’ai failli devenir folle. » Attachée, sans dormir, ni boire, ni manger, Madeleine Riffaud voit défiler devant elle des femmes et des hommes auxquels les SS font subir les pires sévices : une jeune femme à laquelle les tortionnaires coupent les seins devant son mari qu’ils vont ensuite émasculer, un jeune homme tabassé à mort à coups de barre de fer… « Ils me disaient, c’est ta faute si ces gens souffrent », se souvenait encore soixante-quinze ans plus tard Madeleine Riffaud. « J’étais sur le point de leur donner un petit quelque chose, mais si tu commences à parler, après tu balances tout », nous avait-elle raconté.

Rainer n’a pas parlé et a été ramenée à Fresnes. Le 14 août en début de soirée, des cars se garent devant la prison. Cette fois, il n’est plus question de peloton d’exécution. C’est vers les camps de la mort en Allemagne que l’occupant veut conduire les détenus. En compagnie de dizaines d’autres femmes, Madeleine est embarquée, direction la gare de Pantin. Le lendemain, 15 août, un convoi – le dernier – doit partir, destination Ravensbrück. Alors qu’elle vient de grimper dans le wagon, Madeleine parvient à sauter du train avec l’aide d’autres femmes qui la poussent sur le ballast. « Elles savaient ce que j’avais fait. N’avaient plus aucun espoir pour elles, mais elles voulaient sauver la môme », dira-t-elle.

Le convoi part sans elle, mais elle est rattrapée par des soldats et reconduite à Fresnes. Dans les jours qui suivent, alors que l’heure de l’insurrection approche, Madeleine Riffaud finit par être libérée à la faveur d’un échange de prisonniers, organisé par la Croix-Rouge et conclu sous la houlette du consul de Suède, Raoul Nordling. Deux jours plus tard, après un court passage à l’hôpital, Rainer reprend le chemin du combat. Nous sommes le 19 août 1944. Les troupes allemandes sont cernées par l’avance des Alliés qui ont débarqué le 6 juin en Normandie, tandis que, de son côté, la résistance intérieure intensifie la pression contre l’occupant.

MADELEINE RIFFAUD, CHEZ ELLE, À PARIS, LE 16 AOÛT 2021.
PHOTO CHRISTOPHE ARCHAMBAULT

Ses galons de lieutenant

C’est dans ce contexte de tension extrême, que sitôt relâchée, Madeleine Riffaud retrouve ses camarades FTP du groupe Saint-Just affecté dans le 19ème arrondissement de la capitale et participe aux combats pour la Libération de Paris. Elle prend part à l’une des opérations les plus audacieuses de ces journées de fièvre et de ferveur. Le 23 août – le jour de ses 20 ans –, elle mène l’assaut contre un train blindé allemand dans le tunnel des Buttes-Chaumont. Ils sont quatre : Guy, alias petit Breton – il mourra quelques mois plus tard au passage du Rhin –, Marcel, un brave homme qui ne savait pas tirer mais avait le permis de conduire, Max, 17 ans, et elle, chef de cette troupe. A eux quatre, armés d’explosifs et de mitraillettes, ils bloquent le convoi et plus de 80 soldats allemands sont faits prisonniers. Madeleine Riffaud y gagne ses galons de lieutenant des FFI (Forces françaises de l’intérieur). Pendant toute cette période et en dépit des épreuves, la jeune femme écrit un journal en forme de poèmes qu’elle montrera à Paul Eluard à la fin de la guerre et qui sera publié quelques années plus tard.

JE N'AI PLUS, CHEZ MOI, LE PORTRAIT QUE PABLO PICASSO A
DESSINÉ (EN NOVEMBRE 44 ET SIGNÉ LE JOUR DE MES 21 ANS,
 LE 23 AOÛT 45) MAIS JE ME SOUVIENS DE CETTE SÉANCE DE
 "POSE" COMME SI C'ÉTAIT HIER. ET ÇA N'A PAS DE PRIX.
MADELEINE RIFFAUD DITE RAINER
La Libération venue, Madeleine retrouve la vie civile. Non sans mal, et non sans cicatrices. Traumatisée, elle sombre dans une dépression dont elle guérit grâce à l’attention de Paul et Nusch Eluard, qui l’ont prise sous protection, et aux soins du docteur Serge Lebovici. « J’allais très mal. Je n’arrivais pas à dormir. J’étais sur le point de me suicider », expliquait-elle. Remise, elle devient journaliste à Ce Soir (journal communiste dont la parution sera interrompue en 1953), recommandée à Aragon par Eluard, puis à La Vie ouvrière (hebdomadaire de la CGT) avant d’entrer à L’Humanité.

EN 1958, AVEC PICASSO À VALLAURIS.
(Collection Madeleine Riffaud)
Outre Aragon, elle rencontre Vercors, qui deviendra son ami, et Picasso, qui dessinera son portrait en 1964. En 1945, elle épouse Pierre Daix, ancien résistant lui aussi, déporté à Mauthausen, qui deviendra rédacteur en chef des Lettres françaises. Elle le quitte deux ans plus tard. « À cette époque, je ne savais que manipuler les armes », racontera-t-elle.


HÔ CHIN MINH, QUI AIME POURTANT BIEN MADELEINE,
LUI DEMANDE DE QUITTER LE PAYS.
Collection Madeleine Riffaud)

C’est également à cette époque, dans les semaines qui précèdent le déclenchement de la première guerre d’Indochine, qu’elle rencontre Ho Chi Minh à Paris. De cette rencontre, qui sera une première parmi de nombreuses autres, naît une relation privilégiée entre Madeleine et le leader communiste vietnamien. Et, plus encore pour celle-ci, une relation passionnelle avec ce pays et son peuple. Elle tombe alors amoureuse d’un poète vietnamien, Nguyen Dinh Thi, qui deviendra ministre de la culture de la République démocratique du Vietnam (RDV) et avec lequel elle envisage de se marier. Mais l’idylle prendra fin, les unions mixtes étant mal vues en RDV et Ho Chi Minh signifiant à la jeune femme, très engagée aux côtés des Vietnamiens, que sa place était en France, « pour y éclairer [son] peuple, pour y participer aux luttes ».

Le Vietnam, l’Algérie

Au milieu des années 1950, après la victoire des troupes du Vietminh contre la puissance coloniale française, Madeleine se rend au Nord-Vietnam, qui vient d’obtenir son indépendance au prix du sang, pour le compte de La Vie ouvrière. De nombreux autres reportages suivront dans ce pays pour L’Humanité lors de la deuxième guerre contre les Américains. Durant cet épisode, elle partage pendant trois mois avec le journaliste australien Wilfred Burchett la vie des maquisards du Vietcong dans les tunnels au Sud-Vietnam. Ces soldats de l’ombre qui harcelaient les Américains et que ces derniers avaient baptisés « Charlie ». Elle en ramènera deux ouvrages : Dans les maquis « vietcong » (Julliard, 1965) et Au Nord Viêt-Nam. Ecrit sous les bombes (Julliard, 1967). En 1972, lors des bombardements américains sur la ville portuaire de Haïphong, elle est l’une des toutes premières journalistes à se rendre sur place.

En 1956, une nouvelle guerre dont les autorités françaises refusent de dire le nom éclate au cœur de l’ex-empire colonial. L’Algérie s’enfonce à son tour dans un conflit qui prendra fin avec son indépendance en 1962. Envoyée spéciale de L’Humanité, Madeleine Riffaud couvre ces « événements ». Résolument aux côtés des partisans de l’indépendance, elle est visée par l’OAS, qui fomente un attentat contre sa personne en 1962 à Oran. Elle en réchappe au prix de mille contusions dont elle gardera des séquelles jusqu’à la fin de sa vie.

Les guerres de cette femme journaliste au courage tant de fois éprouvé s’achèvent en 1975 avec la chute de Saïgon, la fin du gouvernement sud-vietnamien de Nguyen Van Thieu installé par les Américains quelques années auparavant, et la réunification du Vietnam sous la férule des communistes et du gouvernement de Hanoï. Rentrée en France, Madeleine Riffaud poursuit son métier sur le terrain. A l’aube des années 1970, entre deux voyages au Vietnam, elle se fait embaucher, incognito, dans un hôpital parisien comme aide-soignante. Elle en tire Les Linges de la nuit (Julliard, 1974), brûlot qui dénonce les carences du système hospitalier français.

Jusqu’au début des années 1980, il n’était pas rare d’apercevoir sa silhouette reconnaissable entre toutes, dans les couloirs de L’Humanité, rue du Faubourg-Poissonnière à Paris, coiffée d’une éternelle natte brune, tressée à la manière vietnamienne et tombant sur la poitrine. Madeleine Riffaud a fait en 2010 l’objet d’un documentaire réalisé par Philippe Rostan : Les Trois guerres de Madeleine Riffaud. En 2001, elle a été décorée chevalier de la Légion d’honneur des mains de Raymond Aubrac (1914-2012).

Dans les toutes dernières années de sa vie, Madeleine Riffaud souffrait de cécité et son corps meurtri la renvoyait à ses douleurs. Clouée dans son canapé, elle recevait ses visiteurs qui ne manquaient pas de lui apporter « ses » cigares Cohiba, qu’elle fumait les uns à la suite des autres, ni de s’arrêter chez le fleuriste de la rue de Turenne, dans le quartier du Marais, auquel on demandait « une rose pour madame Riffaud ».

Madeleine Riffaud en quelques dates

  • 23 août 1924 Naissance à Arvillers (Somme)
  • 1942 S’engage dans la Résistance
  • 1944 Tue un sous-officier allemand, participe à l’attaque d’un train blindé allemand aux Buttes-Chaumont
  • 1945 Devient journaliste à « Ce soir », « La Vie ouvrière » et « L’Humanité »
  • Années 1950 Reportages au Nord-Vietnam et en Algérie
  • 1974 « Les Linges de la nuit » (Julliard), récit de son embauche incognito dans un hôpital parisien comme aide-soignante
  • 2001 Décorée chevalier de la Légion d’honneur
  • 2021 Sortie de la bande dessinée « Madeleine, résistante » (Dupuis)
  • 6 novembre 2024 Mort à Paris


Yves Bordenave 

PHOTO RETRONEWS


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mardi, novembre 05, 2024

FRANCE / PRIX FEMINA 2024 : MIGUEL BONNEFOY SACRÉ POUR « LE RÊVE DU JAGUAR »

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COUVERTURE DU LIVRE
"LE RÊVE DU JAGUAR"
DE MIGUEL BONNEFOY.
(EDITIONS RIVAGES)

LE MONDE DES LIVRES / ROMANS / 
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LE MONDE

Prix Femina 2024 : Miguel Bonnefoy sacré pour « Le Rêve du jaguar » / 
Miguel Bonnefoy a exprimé sa joie au Musée Carnavalet-Histoire de Paris, soulignant l’importance de ce prix qu’il espérait depuis dix ans.

Le Monde avec l'AFP

Publié le 05 novembre 2024  

Temps de Lecture 1 min.

le prix Femina du roman a été remis mardi 5 novembre à l’écrivain franco-vénézuélien Miguel Bonnefoy, pour Le Rêve du jaguar, déjà couronné du grand prix du roman de l’Académie française en octobre. Il l’a emporté grâce à cinq voix, contre quatre pour Le Mal joli, d’Emma Becker.
L’ÉCRIVAIN FRANCO-VÉNÉZUÉLIEN
MIGUEL BONNEFOY PREND LA  POSE
 À MANOSQUE,  LE 22 SEPTEMBRE 2022.
PHOTO JOEL SAGET / AFP

« C’est un prix que j’attendais depuis dix ans », a déclaré le lauréat, au Musée Carnavalet-Histoire de Paris, rappelant que sa langue maternelle n’était pas le français mais l’espagnol. Entre Amérique du Sud et France, Le Rêve du jaguar, aux éditions Rivages, est dans la lignée des sagas familiales de cet auteur de 37 ans.

Une autre Sud-Américaine a été récompensée, par le prix Femina du roman étranger : la Chilienne d’origine palestinienne Alia Trabucco Zeran, pour Propre (éditions Robert Laffont). « C’est un honneur que Propre soit le premier roman latino-américain qui obtienne le prix Femina étranger », a-t-elle déclaré.

Le prix Femina de l’essai a été décerné à Paul Audi pour Tenir tête (Stock), un essai sur l’antisémitisme en France dont l’écriture a été bouleversée par les événements au Proche-Orient depuis le 7 octobre 2023. « Je me sens en quelque sorte porté à défendre la lutte contre l’antisémitisme d’un point de vue qui n’est pas, justement, celui d’un juif, car je n’en suis pas un », a déclaré ce philosophe franco-libanais.

Un prix spécial a également été attribué à l’Irlandais Colm Toibin, pour Long Island (Grasset). Présent à la remise du prix, il a remercié la traductrice de ses quinze livres, Anna Gibson.

Le Monde avec l'AFP

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vendredi, novembre 01, 2024

CHILI / LA MALÉDICTION DE SANTIAGO

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IRACÍ HASSLER

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CHILI, Santiago le 30 octobre 2024 / La malédiction de Santiago / La commune de Santiago a cette particularité : elle change de maire à chaque échéance électorale. Aucun maire n’a jamais réussi à s’y faire réélire. Droite et gauche alternent depuis 30 ans. Irací Hassler, la jeune maire communiste et féministe, n’a pas échappé à cette règle.

Avec notre correspondant à Santiago, Pierre Cappanera 

PIERRE CAPPANERA
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De plus le maire de Santiago est toujours de la couleur politique du futur président. Cette fois la droite a triomphé… Mauvais signe pour les élections de 2025 ?

CHILI / LA BATAILLE POUR SANTIAGO
INFOGRAPHIE LA TERCERA

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

Santiago abrite une très importante communauté vénézuélienne. Les étrangers ont le droit de vote à toutes les élections au bout de 5 ans de résidence. Et les Vénézuéliens du Chili votent très à droite. En 2021 ils ne votaient pas encore. Les étrangers ayant le droit de vote représentent 32% des électeurs de Santiago.

À Santiago, une semaine avant les élections a eu lieu un accident dans un lycée public. Un cocktail molotov a explosé dans l’enceinte des toilettes de ce prestigieux lycée. Une trentaine de lycéens et lycéennes ont été blessées. Cinq sont en risque vital. L’origine de l’accident est inconnue. Qui manipulait un cocktail molotov au sein du lycée ? Dans quel but ? L’enquête est en cours. L’émotion a été considérable. Bien entendu le candidat de droite a rendu responsable de cette tragédie le gouvernement de Gabriel Boric et la municipalité d’Irací Hassler.

Tous ces facteurs font partie de l’équation qui a abouti à la défaite d’Irací Hassler face à Mario Desbordes du parti Renovación Nacional, le parti qui a pris le leadership à droite.

Santiago a encore une autre particularité : ceux qui ont été maire de Santiago ont très souvent eu un destin national. Carolina Tohá, l’actuelle ministre socialiste de l’Intérieur et présidentiable possible de la gauche en 2025, a été maire de Santiago de 2012 à 2016, avant d’y être battue par la droite. Aucun doute, on entendra encore parler d’Irací Hassler. Sa vie politique ne s’est pas terminée dimanche. 

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CHILI, SANTIAGO / L’IMMIGRATION, UN ENJEU ÉLECTORAL 

CHILI, Santiago le 30 octobre 2024 / L’immigration, un enjeu électoral / On l’a bien vu à ces élections municipales. Quand les étrangers ayant le droit de vote représentent un tiers de l’électorat, c’est leur vote qui fera l’élection. Quand une communauté, en l’occurrence celle des Vénézuéliens, vote à droite, elle peut éliminer un maire de gauche. C’est exactement ce qui s’est produit à Santiago. Le corps électoral de Santiago est composé de 32% d’étrangers, essentiellement des Vénézuéliens.

Qu’en est-il de la réalité de l’immigration ? Elle représente environ 1,8 à 2 millions de personnes pour une population totale proche des 20 millions. Quasiment 10% de la population. Elle s’est développée à partir de 2018 quand le président Piñera a lancé depuis la Colombie un appel aux Vénézuéliens à émigrer au Chili. L’appel a été entendu.

Jusqu’en 2014 il n’y avait que 400.000 immigrés au Chili, à 80% des Péruviens et des Boliviens. Ils représentaient un peu plus de 2% de la population. Il s’agissait d’une immigration des pays limitrophes. Pour une bonne part c’était une immigration tournante. Les Péruviens et Boliviens venaient un temps puis repartaient chez eux et étaient remplacés par d’autres.

Dès 2017 il y avait 750.000 immigrants légalement entrés, et 1.625.000 en 2022. En tenant compte de l’afflux depuis 2022, si on ajoute les illégaux, il y a aujourd’hui près de 2 millions d’immigrés au Chili. Parmi eux, on trouve 33% de Vénézuéliens, 15% de Péruviens, 11% de Colombiens (arrivés en même temps que les Vénézuéliens), 11% de Haïtiens (arrivés peu à peu après le tremblement de terre de 2010), 9% de Boliviens. Les Péruviens et Boliviens ont été supplantés par les Vénézuéliens et Colombiens. Ils sont tous hispanophones sauf les Haïtiens.

Les étrangers résidents de façon permanente au Chili avaient le droit de vote aux municipales depuis 1925. En 2018, ce droit a été étendu à toutes les élections, présidentielles inclues, à partir du moment où un étranger réside plus de cinq ans au Chili.

Electoralement ceci n’avait pas beaucoup d’incidence jusqu’à présent. Tant que le vote n’était pas obligatoire, très peu d’étrangers utilisaient ce droit. En 2024, sur les listes électorales, 786.000 étrangers sont inscrits. Ils seront autour d’un million l’année prochaine pour la présidentielle. Sur un total de 15 millions d’électeurs, ça représentera plus de 6% du corps électoral. Quasiment tous voteront pour la première fois à une présidentielle. Comment votent-ils ? Les communautés vénézuélienne, péruvienne et bolivienne votent à droite. Les communautés colombienne et haïtienne sont partagées. Largement plus des deux tiers de ce nouveau corps électoral votera à droite. 

La loi sur le vote des étrangers comme celle sur le vote obligatoire sont des initiatives de la droite qui ont pris la gauche à dépourvu et que la gauche ne pouvait refuser. Il y a là un réel défi pour la gauche : établir un lien politique avec ces immigrés dont 80% sont arrivés depuis moins de 10 ans.