jeudi, avril 30, 2020

VALPARAÍSO, LA VILLE DES ASCENSEURS

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VALPARAÍSO, LA VILLE DES ASCENSEURS
«VALPARAÍSO, LA VILLE DES ASCENSEURS» 
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43 min 
Une reportage vertigineux, aux côtés des mécaniciens qui assurent la maintenance des légendaires "ascensores" de Valparaíso, malmenés par le temps et les éléments. Valparaíso, au Chili, est la cité des funiculaires, facilitant le trajet vers les quartiers situés en hauteur, avec des pentes à plus de 70 degrés. Le premier d'entre eux a été inauguré en 1883. De nos jours, sur les quinze vénérables ascensores, comme les appellent les habitants de Valparaíso, seuls neuf d'entre eux restent en état de marche. Des mécaniciens "ascensoristes" assurent leur bon fonctionnement. Leur planning est chargé. Certains funiculaires tombent en panne tous les jours, et, faute de budget, on pare au plus pressé, en affrontant le vertige. Sous la houlette de leur chef, Luis Segovia, ces mécaniciens luttent pour la survie du patrimoine de Valparaíso, menacé par le temps qui passe et l’hostilité des éléments. 

Réalisation : Stefan Richts 
Pays : Allemagne 

dimanche, avril 26, 2020

PHOTOGRAPHIE. AU CHILI, LA RÉVOLTE S'AFFICHE SUR LES MURS

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Sur ce mur de Valparaíso, un artiste a peint une protestataire brandissant le drapeau mapuche – un peuple autochtone du Chili – en mémoire de Camilo Catrillanca. Un an après qu’il a été tué par les forces de police, des milliers de personnes se sont réunies pour commémorer sa mort sur la plaza Italia, épicentre de la mobilisation à Santiago, et dans le sud du pays, où vit la majorité des Mapuches.  
Photo de Stefan Boness 
Le photographe allemand Stefan Boness a saisi toute la créativité des artistes qui ont collé des affiches et dessiné sur les murs des villes de Santiago et de Valparaíso durant les manifestations d’octobre 2019.
Courrier international
Ce portfolio est extrait de notre hors-série “Un monde en colère”, que nos abonnés peuvent télécharger sur notre site. Inégalités, urgence climatique, corruption, patriarcat… Pendant des mois, des peuples se sont soulevés pour réclamer des changements. Si la crise du coronavirus semble avoir figé le monde, nul doute que les raisons de cette colère demeurent.
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samedi, avril 25, 2020

CORONAVIRUS: LA CRISE VUE DU BÉNIN, D'ÉGYPTE, DU CHILI ET D'INDONÉSIE

CRISTINA CALDERON, 
DERNIÈRE LOCUTRICE DU YAGAN 
PHOTO MARTIN BERNETTI 
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RADIO FRANCE INTERNATIONALE
 ÉMISSION « TOUR DU MONDE DES CORRESPONDANTS», 
«CORONAVIRUS: LA CRISE VUE DU BÉNIN, D'ÉGYPTE, DU CHILI ET D'INDONÉSIE» 
PAR JUSTINE FONTAINE,  DIFFUSION SAMEDI 25 AVRIL 2020

Au Chili, dans la ville la plus australe du monde, Puerto williams, seuls 18 cas de coronavirus ont été confirmés pour l'instant. Mais sur cette île très isolée, l'épidémie inquiète particulièrement certains habitants. C'est le cas des derniers représentants du peuple indigène yagan, qui craignent de voir disparaître tout un pan de leur culture à cause du virus.


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FENÊTRE SUR COUR

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 MASQUE MAISON-BLANCHE

jeudi, avril 23, 2020

CHILI : JORGE ABBOTT ANNONCE L’OUVERTURE D’UNE ENQUÊTE PÉNALE CONTRE LE TC SUITE À UNE PLAINTE DE CARMEN HERTZ

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ENTRÉE DU TRIBUNAL CONSTITUTIONNEL (TC) À SANTIAGO DU CHILI
PHOTO EFE
Le parquet chilien enquête sur le Tribunal constitutionnel du Chili (TC) pour une durée excessive de l'instruction des affaires de droits de l’homme.
L’AVOCATE ET DÉPUTÉE COMMUNISTE
 CARMEN HERTZ
PHOTO GROUPE PARLEMENTAIRE PCCH
Le bureau du procureur chilien a annoncé l’ouverture d’une enquête pour corruption contre le TC pour le grief d’un retard présumé délibéré de l'instruction dans des affaires relatives aux droits de l’homme.

L’enquête se fonde sur une plainte déposée par l’avocate et députée communiste Carmen Hertz, selon laquelle certains magistrats auraient commis des délits de prévarication et de corruption pour avoir ignoré ces affaires.

MARÍA LUISA BRAHM PRÉSIDENTE DU
TRIBUNAL CONSTITUTIONNEL DU CHILI
PHOTO LA TERCERA
« Il y a eu des affaires bloquées par le TC pendant longtemps et cela a conduit à une situation qui, je dirais, s’est trouvée au bord de la corruption », a déclaré la présidente de la Haute Cour, Mme María Luisa Brahm, qui a pris ses fonctions en août dernier, dans une interview publiée dimanche dernier dans le quotidien «La Tercera».

D’après Mme Brahm, il existe une base juridique pour enquêter à la fois pour prévarication, « alors que certaines affaires auraient été retardées de manière malveillante, en particulier (…) pour des violations des droits de l’homme », et pour corruption, car il y aurait des “accointances” qui « rapporteraient des avantages économiques aux plaideurs qui toucheraient de l’argent expressément pour le retard des affaires ».

« J’ai déclaré au parquet national la nécessité d’ouvrir une enquête sur les délits présumés de prévarication et de corruption des membres du TC qui le composaient lorsque les affaires ont traîné pendant des mois et des mois », a-t-elle annoncé.

Finalement, le procureur général, Jorge Abbott, a annoncé qu’une enquête pour corruption avait en effet été ouverte contre le Tribunal constitutionnel sur la base des plaintes susmentionnées.

EN MARCHE FORCÉE

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LE DÉCONFINEMENT À LA CARTE ?


EN PREMIÈRE LIGNE : IZKIA SICHES, LA JEUNE MÉDECIN QUI DÉFIE LE POUVOIR AU CHILI

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IZKIA SICHES ENVOIE DES MESSAGES
 DE PRÉVENTION CLAIRS ET EFFICACES
PHOTO  MAXPPP / NEWSCOM / JOSE EFE 
Chaque jour, nous vous présentons une figure de la lutte contre le Covid-19 dans le monde. Aujourd’hui, la présidente de l’Ordre des médecins du Chili qui, face à un gouvernement ayant perdu toute crédibilité, est devenue la voix de référence dans le pays, parfois plus forte que celle du ministre de la Santé.
« RESTEZ À LA MAISON »
DESSIN ALEN LAUZAN
Izkia Siches est une surdouée de la médecine. Et de la communication. La jeune femme a su utiliser les réseaux sociaux pour faire entendre sa voix au tout début de la crise. Elle a été la première à alerter le gouvernement sur les dangers de la pandémie. 

Fiche d’identité


Izkia Siches, à l’allure simple et sérieuse, se fait connaître en 2017, lorsqu’elle devient à 31 ans la première femme présidente de l’Ordre des médecins du Chili. Cette médecin, fervent défenseur du service public, travaille dans un hôpital d’un quartier populaire de Santiago. Mais elle n’est pas originaire de la capitale chilienne : elle vient d’Arica, à l’extrême-nord du pays. 

Très tôt, la jeune femme développe un sens du leadership. Lors de ses études à l’Université du Chili, elle est présidente du principal syndicat étudiant. Elle est encartée dans les jeunesses communistes mais elle n'incarne pas les leaders nationaux de ce mouvement.

Sa voix plus forte que celle du gouvernement


IZKIA SICHES APPARAÎT SUR TOUTES LES TÉLÉS,
LES RADIOS ET LES RÉSEAUX SOCIAUX
PHOTO MAXPPP / JOSE/EFE/NEWSCOM
En tant que présidente de l’Ordre des médecins, Izkia Siches incarne une institution respectée au Chili. Lorsque le coronavirus menace le monde, elle alerte le gouvernement à la télé, à la radio, sur Facebook ou Twitter. Elle est omniprésente. 

Izkia Siches s’est "placée au centre du jeu grâce à des messages clés, simples et très forts", explique Gaspard Estrada directeur exécutif de l'Observatoire politique de l'Amérique latine et des Caraïbes (Opalc) à Sciences-Po. Elle s’oppose au gouvernement chilien qui, lui, relativise les actions du confinement. "En interpellant les pouvoirs publics, Izkia Siches est devenue la caisse de résonance d’un secteur de la société qui voyait le gouvernement pratiquer une sorte de déni."

Si le gouvernement est si peu écouté, c’est qu’avant de subir une crise sanitaire, le Chili était en train de traverser une grave crise institutionnelle. Pendant des semaines, les Chiliens sont descendus dans la rue pour protester, notamment contre le coût de la vie. Le président Piñera et son gouvernement ont perdu toute crédibilité. Un référendum pour modifier la Constitution doit se tenir le 26 avril, Izkia Siches milite pour son report car la situation sanitaire est trop risquée.

"Ce travail est plus grand que moi"


Si le visage ferme et rassurant d’Izkia Siches s’affiche sur tous les écrans chiliens, la chef de l’Ordre des médecins n’aime pas pour autant parler d’elle :
"Je suis la voix d’un travail plus grand. Seule, je ne suis pas si forte. Nous sommes une grande équipe, nous travaillons tous les jours et ce travail est plus grand que moi"
Humble, Izkia Siches espère que cette crise sanitaire ne va donner une excuse au gouvernement pour oublier la crise sociale qui bouscule le pays depuis le mois d’octobre :

"Le mouvement social est gelé à cause du coronavirus. La pandémie va fragiliser encore plus la société. J’espère qu’on ne va pas se servir de l’argument économique pour dire que le Chili ne peut pas faire les changements structurels dont il a besoin et que ce n’est pas le moment pour les droits sociaux"

Destin politique ?


Même si elle est connue pour son franc-parler, Izkia Siches a l’intelligence de la situation. Elle ne fait pas qu’alerter, elle construit aussi des ponts. Dès le début de la crise, elle entame un dialogue avec les pouvoirs publics, gouvernement, élus locaux. C’est ce qui lui permet d’être repérée par l’opinion publique, de devenir une des figures de la crise sanitaire et de faire bouger les choses. "D’un côté elle a interpellé le pouvoir, de l’autre elle lui a fait comprendre qu’il était en deçà et qu’il n’arrivait pas à voir l’ampleur de la crise à venir", selon Gaspard Estrada.

La jeune médecin aurait-elle finalement la nuance nécessaire pour un tout autre destin ? Certains au Chili, lui prédisent un avenir gouvernemental. Sans aller jusque-là, elle avoue que le "défi sanitaire" est une problématique qui l’intéresse "beaucoup". 

 «CRISE SANITAIRE »
« CRISE ÉCONOMIQUE »
DESSIN ENEKO LAS HERAS
Mais, souligne Izkia Siches, ce n’est pas le moment. "Je ne vais pas me lancer dans une carrière parlementaire mais c’est clair que dans le futur, j’aimerais pouvoir contribuer à renforcer le système de santé chilien. Nous avons un système qui ne fait qu’augmenter les discriminations. Nos patients n’ont pas tous accès aux soins, dans le secteur public, ils attendent parfois longtemps pour être opérés. Je pense que cette pandémie peut permettre de repenser le système de santé différemment." Une crise après l'autre.
« IL N’EST PAS JUSTE DE SACRIFIER
LES GENS POUR SAUVER LE MODÈLE »

 B Chacon 

lundi, avril 20, 2020

CHILI : DES «PASSEPORTS D'IMMUNITÉ» POUR LE DÉCONFINEMENT, UNE PREMIÈRE MONDIALE

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« RÉCEMMENT RÉCUPÉRÉ  »
DESSIN ALEN LAUZAN
Le Chili doit devenir ce 20 avril le premier pays du monde à mettre en place le «passeport d'immunité» pour sortir plus rapidement du confinement. Seulement cette mesure, imaginée dans plusieurs pays, fait débat dans la communauté scientifique. 
« COVID-19 : L'EMPLOYEUR N'EST PAS TENU 
DE PAYER LA RÉMUNÉRATION RESPECTIVE »
En effet, le principe est le suivant : donner une attestation à une personne guérie du coronavirus, pour que celle-ci puisse retourner travailler ou sortir dehors presque normalement. L'idée étant que l'ex-patient en question ne peut plus tomber malade grâce aux anticorps développer par son organisme. Seulement, si cela est effectivement le cas pour une grande part des maladies, rien ne prouve encore que tel est le cas pour le coronavirus.

Les scientifiques, qui travaillent toujours pour comprendre au maximum comment le Covid-19 opère, n'ont pas tranché définitivement sur la question. Depuis plusieurs semaines, l'OMS affirmait qu'il était «probable» que les anticorps immunisent un ancien malade. Mais des rechutes ont été recensées à plusieurs endroit, et notamment en Corée du Sud. 

Impossible pour le moment de savoir si ces malades ont été infecté une nouvelle fois, car les possibilités sont nombreuses. Le retour des symptômes pourrait notamment revenir car le virus n'avait pas été totalement éliminé selon certains spécialistes. Après avoir été affaibli, il recommencerait donc à faire effet. D'autres hypothèses existent également, mais aucune n'a été prouvé scientifiquement. Dans ce contexte, le Chili prend donc un risque de s'exposer à une nouvelle vague de contamination dans les semaines qui viennent. Reste que l'avancée du virus dans le pays sera scruté par les chercheurs, pour orienter les recherches sur l'immunité face au Covid-19.
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« PANDÉMIE /
NÉOLIBÉRALISME »
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EN MARCHE FORCÉE

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CORONAVIRUS : LES PREMIÈRES PISTES DU GOUVERNEMENT POUR LE DÉCONFINEMENT

« IL EXISTE AU CHILI UNE CONCENTRATION MÉDIATIQUE EXCEPTIONNELLE »

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« CHILI UNE CONCENTRATION MÉDIATIQUE EXCEPTIONNELLE »
À la faveur du mouvement social de ces derniers mois au Chili, nous avons interrogé Franck Gaudichaud, spécialiste de ce pays, pour qu’il livre un éclairage sur la structuration du champ médiatique chilien et le rôle des médias dominants dans le traitement des mobilisations sociales, passées et actuelles [1].
Ce texte s’inscrit dans une nouvelle série d’entretiens critiques avec des journalistes, chercheurs, militants, sur l’organisation des médias à l’international et leur traitement des mouvements sociaux.
Propos recueillis par Vincent Bollenot et Nils Solari.

Le contexte : les médias dominants au Chili


Comment qualifier l’état de la concentration des médias au Chili ? Est-elle aussi importante que dans les pays voisins (Argentine, Brésil...) ? Peut-on distinguer des étapes historiques dans l’évolution de cette concentration ?

INPHOGRAPHIE GAMBA
CHILI UNE CONCENTRATION
 MÉDIATIQUE EXCEPTIONNELLE

Concernant la concentration et la comparaison avec l’échelle latino-américaine, il existe au Chili une véritable oligarchie médiatique, une concentration médiatique exceptionnelle. Plusieurs rapports internationaux ont confirmé cela : ceux de l’Observatoire latino-américain de régulation des médias, mais également des rapports sur les droits humains comme ceux issus de la très officielle Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH), ainsi que des études d’universitaires. Toutes ces sources confirment que l’on est dans un pays où la concentration médiatique est dramatiquement élevée, et ce dans une région latino-américaine où il existe déjà globalement une très forte concentration médiatique.

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« CHILI UNE CONCENTRATION
 MÉDIATIQUE EXCEPTIONNELLE »
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dimanche, avril 19, 2020

CHILI : LES DONNÉES PERSONNELLES À NU

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CHILI : LES DONNÉES PERSONNELLES À NU
Dans ce pays encore très marqué par les réformes ultralibérales imposées sous la dictature du général Augusto Pinochet, l'épidémie de coronavirus révèle à quel point les données personnelles y sont mal protégées. 
DANS UN SUPERMARCHÉ
À SANTIAGO, LE 26 MARS.
PHOTO PABLO SANHUEZA
À la caisse des supermarchés chiliens, un rituel n’a pas changé malgré l’épidémie de coronavirus. Avant de scanner les produits, le caissier pose invariablement la même question : «Quel est votre numéro d’identité?», indispensable pour cumuler des points de fidélité.

Vous devez signer un contrat avec un fournisseur d’accès à Internet ? Prendre rendez-vous dans un centre de santé ? Il faudra, là aussi, présenter le numéro d’identité, et parfois une empreinte digitale, même aux temps du Covid-19.

Jusqu’à fin mars, pour accéder au site pour télécharger une autorisation de sortie pendant le confinement (déclaré dans une poignée de communes du pays), les autorités chiliennes proposaient d’utiliser un logiciel de reconnaissance faciale, afin d’obtenir des identifiants. À cause d’une importante faille de sécurité, l’application a dû être mise hors service au bout de quelques jours.


Au Chili, l’épidémie de coronavirus n’a en réalité fait que rappeler à quel point les données personnelles sont peu protégées, à commencer par le numéro d’identité assigné à chaque habitant. «Avec ce numéro unique, il est très facile d’accumuler des informations sur une personne, en croisant différentes bases de données nationales d’accès public, puis de créer de nouvelles bases de données et les vendre», souligne Juan Carlos Lara, directeur de recherche à l’ONG Derechos digitales («droits numériques»). Par exemple, le service électoral met en ligne avant chaque élection la liste de tous les inscrits, avec leur nom complet, sexe, numéro d’identité et adresse électorale.

Collecte massive de données


Pour le sénateur de centre gauche Felipe Harboe, du Parti pour la démocratie, le Chili est «très en retard en termes de protection des données personnelles. La loi actuelle date de 1999 et ne prévoit pas la création d’une autorité de contrôle», regrette-t-il. Sans compter qu’en cas d’usage frauduleux de données personnelles, les sanctions sont très faibles.
Cette collecte massive de données a eu un impact direct sur la vie d’Alejandro Matamala, un quarantenaire qui travaille dans la construction. Il s’est vu refuser l’ouverture d’un compte courant, car il y a plusieurs années il avait «tardé à rembourser un crédit à la consommation souscrit auprès d’une enseigne de la grande distribution. Et cette information apparaissait sur l’écran de l’employé de la banque», se souvient-il.

Dans un pays encore très marqué par les réformes ultralibérales imposées sous la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1990), presque tous les retards de paiement des particuliers, y compris pour des montants minimes, sont en effet inscrits sur un registre connu sous le nom de «Dicom». Pour le sénateur Felipe Harboe, cela «correspond à une vision néolibérale, de noter les personnes selon leur historique financier, en retenant uniquement les informations négatives. Et ceux qui défendent ce modèle soutiennent qu’il est préférable que ces données puissent circuler librement». Depuis le début du mouvement social qui a éclaté le 18 octobre 2019 contre les profondes inégalités dans le pays, on peut lire sur les murs de Santiago «Non au Dicom» et autres appels à effacer ce registre.

«Risques accrus» en temps de confinement


Mais si dans les rues du centre de la capitale certains passants, désormais équipés de masques anti-postillons, disent éviter de donner leur numéro d’identité quand ils le peuvent, pour le moment «les gens ont encore peu conscience de la nécessité de protéger leurs données personnelles», estime Felipe Harboe. À cause de l’épidémie, les commandes sur Internet et l’usage des applications de livraison à domicile explosent, et avec elles la collecte d’informations personnelles. «Face à des risques accrus, il est encore plus urgent de protéger ces données», insiste Juan Carlos Lara, qui s’inquiète aussi de l’application que vient de lancer le gouvernement chilien sur le coronavirus, inspirée de celles d’autres pays, comme la Corée du Sud. «Des informations sur des malades et leur localisation sont des données hautement sensibles», et «il serait extrêmement problématique de les collecter et traiter sans des garde-fous suffisants», prévenait-il juste avant le lancement de l’application.

Les entreprises et l’État devraient bientôt être contraints, légalement, de mieux protéger les données personnelles des Chiliens : un projet de loi est en cours d’examen au Parlement. Inspiré du règlement général européen sur la protection des données, le texte bénéficie d’un «large consensus» auprès des différents partis politiques, et pourrait placer de nouveau le Chili «à l’avant-garde de la protection des données personnelles» en Amérique latine, juge Jorge Jaraquemada, président du Conseil pour la transparence. Cette agence publique indépendante devrait devenir, en plus de ses attributions actuelles, l’instance nationale de contrôle de la protection des données personnelles.
Justine Fontaine correspondante au Chili

WUHAN, LE LABO DE LA PEUR OU COMMENT TRUMP ET MACRON MÈNENT LEUR GUERRE DE PROPAGANDE CONTRE LA CHINE ET LA VÉRITÉ

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UNE FEMME EN TENUE DE PROTECTION DANS UN HÔPITAL DE WUHAN, 
EN CHINE, LE 13 AVRIL 2020. PHOTO ALY SONG
Le laboratoire P4 de Wuhan fait partie d'une poignée de laboratoires au monde autorisés à manipuler les agents pathogènes de classe 4, des virus dangereux qui présentent un risque élevé de transmission.
Par Lina Sankari
Malgré les récusations des virologues, Washington ouvre une enquête sur une manipulation d’un laboratoire de Wuhan à l’origine du Covid-19. La propagande devient virale.
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