jeudi, décembre 17, 2020

CHILI : SEBASTIAN PIÑERA OPPOSE SON VETO À L’AMNISTIE

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Le président chilien a exprimé, lundi, son rejet de la proposition de loi qui prévoit la grâce des prisonniers politiques incarcérés pour leur participation au soulèvement populaire.

par Rosa Moussaoui

PHOTO CLAUDIO ABARCA SANDOVAL

Le 27 novembre, des milliers de manifestants reprenaient la rue à Santiago du Chili pour exiger sa démission, un nouvel élan de protestation encore durement réprimé. Lundi, le président chilien de droite, Sebastian Piñera, annonçait, martial, son intention d’opposer un veto à la proposition de loi prévoyant l’amnistie des prisonniers politiques poursuivis pour leur participation au mouvement populaire de l’an dernier. Ce soulèvement avait ébranlé le pays par sa remise en cause radicale du legs de la dictature de Pinochet et des politiques néolibérales gravées dans le marbre de la Constitution de 1980, toujours en vigueur.

Des violences policières légitimées

Le locataire du palais de la Moneda a exprimé « son désaccord total et son opposition à la proposition de loi de grâce générale », qualifiée de « mauvais projet qui menace l’ordre public, la sécurité des citoyens, la démocratie et l’État de droit ». Avant de brosser d’obscurs portraits des manifestants détenus, décrits comme des criminels coupables de « tentatives d’homicides, trafic d’armes, possession illégale d’armes de guerre, incendies, usage de cocktails Molotov, pillages, attaques contre le métro et les transports publics, blessures graves infligées aux carabiniers ». « Les personnes qui sont aujourd’hui privées de liberté (…) ne le sont pas par décision du gouvernement ou du parquet, mais par décision des cours de justice », a fait valoir Piñera, en défendant l’usage par la police d’une « force légitime et proportionnelle », alors même qu’un rapport d’experts du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme avait mis en lumière, fin 2019, de graves violations des droits humains dans la répression des manifestations.

« Une fois de plus, Piñera montre son caractère autoritaire et son incapacité à gouverner ce pays dans une crise politique profonde.» Carmen Hertz, Avocate et députée communiste

Cette entrave présidentielle a suscité l’indignation. Le secrétaire général du Parti communiste chilien, Lautaro Carmona, a jugé injustifiables les poursuites criminelles engagées « dans le cadre d’une mobilisation sociale », en attirant l’attention sur la détresse des parents dont les enfants sont incarcérés. « Piñera menace une fois de plus de restreindre les pouvoirs législatifs du Parlement, une fois de plus, il montre son caractère autoritaire et son incapacité à gouverner ce pays dans une crise politique profonde », a réagi, de son côté, l’avocate et députée communiste Carmen Hertz. Visage emblématique de la répression, Fabiola Campillai, éborgnée comme des centaines d’autres Chiliens par un tir de balle en caoutchouc d'un officier des carabiniers, a estimé qu’il serait « injuste de poursuivre le processus constitutionnel alors qu’il y a plus de 2 500 personnes kidnappées par l’État chilien », en référence au nombre de manifestants placés en « détention préventive », des adolescents issus des milieux populaires, pour la plupart d’entre eux.

Lire aussi : Amérique latine. Soutien aux prisonniers politiques chiliens

Cette nouvelle manœuvre du président chilien s’inscrit en effet dans la stratégie déployée par la droite et par les héritiers de la dictature pour tenter d’enrayer le processus politique déclenché par le mouvement populaire et par le référendum du 25 octobre dernier, qui ont ouvert la voie à un changement de Constitution, une défaite majeure pour le gouvernement conservateur. Les Chiliens doivent élire le 11 avril 2021 les 155 membres de la Convention constitutionnelle chargée de rédiger la nouvelle loi fondamentale. Mais un solide verrou demeure pour l’instant : toute nouvelle disposition devra être approuvée par les deux tiers des membres de cette assemblée. Un moyen de faire obstruction aux transformations sociales et démocratiques que les Chiliens exigent sans trêve depuis plus d’un an.

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