jeudi, octobre 06, 2022

LE NOBEL DE LITTÉRATURE À ANNIE ERNAUX

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 NOBEL DE LITTÉRATURE 2022
L'écrivaine française est récompensée « pour le courage et l'acuité clinique avec lesquels elle découvre les racines, les éloignements et les contraintes collectives de la mémoire personnelle ». «Je considère que c'est un très grand honneur qu'on me fait et pour moi en même temps une grande responsabilité, une responsabilité qu'on me donne en me donnant le prix Nobel», a réagi la lauréate auprès de la télévision suédoise SVT. «C'est à dire de témoigner (...) d'une forme de justesse, de justice, par rapport au monde», a ajouté celle qui devient la première autrice française récompensée par le Nobel.

Sophie Joubert

ANNIE ERNAUX 

En 2018, elle acceptait pour la première fois d’être la marraine d’un festival parce que les Rencontres populaires du livre de Saint-Denis se distinguent par leur engagement auprès des habitants de cette ville-monde et leur exigence artistique. Nous republions cet entretien.

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« Ma mère lisait beaucoup. Dès que j’ai appris à lire, j’ai aimé ça. Elle a satisfait mon désir de lecture bien plus que dans les milieux bourgeois. » C. Millerand/Divergence

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« Ma mère lisait beaucoup. Dès que j’ai appris à lire, j’ai aimé ça. Elle a satisfait mon désir de lecture bien plus que dans les milieux bourgeois. » C. Millerand/Divergence

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Les Rencontres populaires du livre de Saint-Denis se tiennent du 4 au 7 octobre dans la salle de la Légion d’honneur de la mairie et à l’école Jean-Vilar, où un premier volet de la manifestation, ouverte à tous, populaire et solidaire, s’effectuera avec le troc-livres. Un second volet, ludique et éducatif, impliquera des spectacles, des ateliers et des expositions, dont « l’Écho des tranchées », réalisée en partenariat avec les écoles et les associations de la ville. Enfin, le troisième volet, dans un esprit multiculturel et alternatif, consistera en un salon des éditeurs indépendants, ainsi que des débats, des conférences, des rencontres et des cafés littéraires mettant à l’honneur la littérature engagée.

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Parmi les intervenants, Gérard Noiriel, Rokhaya Diallo, la Syrienne Hala Mohammad, la Compagnie Jolie Môme, l’association Sciences-Po… La soirée d’ouverture se déroulera ce jeudi, à partir de 18 h 30, au cinéma l’Écran (14, passage de l’Aqueduc, Saint-Denis), avec la lecture du texte d’Annie ­Ernaux en présence des syndicats de cheminots, suivie de la projection du film de René Clément la Bataille du rail (1946). Ce sera ensuite un échange autour de l’ouvrage collectif la Bataille du rail. Cheminots en grève, écrivains solidaires, paru aux Éditions Don Quichotte.

Qu’est-ce qui, dans le projet des Rencontres populaires du livre, vous a amenée à ­accepter d’y participer ?

ANNIE ERNAUX 

Annie Ernaux J’ai reçu une demande de l’éditeur du livre qui a rassemblé tous nos textes pour la Bataille du rail. Cheminots en grève, écrivains solidaires. Il m’a demandé si j’acceptais d’être la marraine des Rencontres. J’ai dit oui. Ce titre est très beau. Jusqu’à présent, je n’étais marraine de rien. En général, je refuse toujours. C’est presque un principe pour moi. Là, c’est très différent, car cela fait appel chez moi à des choses extrêmement profondes.

Il est écrit, dans les attendus de la manifestation, que « la lecture demeure un levier essentiel d’éducation et d’émancipation ». Pouvez-vous nous rappeler votre propre rapport à la lecture ?

Annie Ernaux Il s’agit d’une évidence riante. Je suis née dans un milieu ouvrier. Ma famille était ouvrière. Mes parents avaient réussi à obtenir un petit commerce de café-épicerie. J’étais en quelque sorte déterminée, comme mes cousines, à quitter l’école à 14 ans et à travailler. J’ai eu la chance d’avoir une mère qui lisait beaucoup. Dès que j’ai appris à lire, j’ai aimé ça. Elle a satisfait mon désir de lecture bien plus que dans les milieux bourgeois. Elle me laissait lire tout ce que je voulais. À 11 ans, je me suis plongée dans Une vie de Maupassant, qui était plus ou moins bien caché dans la maison. Il a fallu que je poursuive des études après le bac pour que je perçoive à quel point cela avait été déterminant.

Dans Rencontres populaires du livre, le mot «populaires » est significatif du projet. C’est aussi affirmer une différence avec les festivals de lecture habituels…

Annie Ernaux En effet, cela a beaucoup compté dans mon acceptation. D’abord, que cela se passe à Saint-Denis, un département à la fois très voisin de Paris et qui, en même temps, paraît aux Parisiens intra-muros et à toute une catégorie de la population comme étant en dehors, étranger alors qu’il va faire partie du Grand Paris. Et puis ces Rencontres approchent tout ce qu’il est possible de réaliser en termes d’associations œuvrant pour la culture et le rassemblement des populations dans ce département. Je crois vraiment que les engagements les plus profonds sont toujours fondés sur des fractures intimes, des blessures. On se dit qu’on est appelé à ­témoigner, à s’engager, tout simplement.

Il n’est pas innocent que la création de ces Rencontres ait lieu à l’initiative de la ville de Saint-Denis, dans ce département du 93 qui vient justement d’alerter le gouvernement sur son désengagement patent à son égard…

Annie Ernaux La finalité de ces Rencontres est extrêmement importante. Elles se différencient en cela de tous les Salons du livre où, de toute façon, je ne vais plus jamais, mis à part le Salon du livre de Paris. Tous les autres ne sont que des sortes de célébration. Elles s’inscrivent, à mon sens, dans l’état d’esprit de quelqu’un que j’ai beaucoup admiré, Jack Ralite, qui a été le fondateur des États généraux de la culture.

Sa biographie, par le comité Nobel :

L'écrivaine française  Annie Ernaux  est née en 1940 et a grandi dans la petite ville d'Yvetot en Normandie, où ses parents tenaient à la fois une épicerie et un café. Son milieu était pauvre mais ambitieux, avec des parents qui s'étaient arrachés de la survie prolétarienne à une vie bourgeoise, où les souvenirs des sols en terre battue ne disparaissaient jamais mais où la politique était rarement abordée. Dans ses écrits, Ernaux examine de manière cohérente et sous des angles différents une vie marquée par de fortes disparités de genre, de langue et de classe. Son chemin vers la paternité a été long et ardu.

Son travail de mémoire traitant de son origine rurale apparaît très tôt comme un projet tentant d'élargir les frontières de la littérature au-delà de la fiction au sens étroit. Malgré son style classique et distinctif, elle déclare être une « ethnologue d'elle-même » plutôt qu'une romancière. Elle fait souvent référence à  À la recherche du temps perdu de Marcel Proust , mais il est tout aussi révélateur qu'elle ait été profondément impressionnée par un sociologue comme Pierre Bourdieu. L'ambition de déchirer le voile de la fiction a conduit Ernaux à une reconstruction méthodique du passé mais aussi à une tentative d'écriture d'une prose « brute » sous forme de journal intime, enregistrant des événements purement extérieurs. On le voit dans des ouvrages comme Journal du dehors  (1993 ;  Extérieurs , 1996) ou La vie extérieure 1993–1999 (2000; Things Seen, 2010).

Le premier livre d'Annie Ernaux était  Les armoires vides  (1974;  Cleaned Out , 1990) ,  et déjà dans ce travail elle a commencé son enquête sur son origine normande, mais c'était son quatrième livre, La place  (1983;  A Man's Place, 1992), qui a livré sa percée littéraire. En une petite centaine de pages, elle a dressé un portrait sans passion de son père et de tout le milieu social qui l'avait fondamentalement formé. Le portrait l'a employée à développer une esthétique sobre et motivée par l'éthique, où son style a été forgé dur et transparent. Il a marqué une série d'œuvres en prose autobiographiques un pas au-delà des mondes imaginaires de la fiction. Et même s'il y a toujours une voix narrative, elle est neutre et autant que possible anonymisée. Par ailleurs, Ernaux a inséré des réflexions sur son écriture, où elle prend ses distances avec « la poésie de la mémoire » et prône une écriture  plate : une écriture simple qui, solidaire du père, manifeste son monde et son langage. Le concept d'écriture plate  est liée au  nouveau roman en France des années 1950 et à la recherche de ce que Roland Barthes appelait un « degré zéro de l'écriture ». Il y a cependant aussi une dimension politique importante dans la langue d'Ernaux.

Son écriture est toujours assombrie par un sentiment de trahison envers la classe sociale dont elle est issue. Elle a dit que l'écriture est un acte politique, ouvrant les yeux sur les inégalités sociales. Et pour cela, elle utilise le langage comme « un couteau », comme elle l'appelle, pour déchirer les voiles de l'imaginaire. Dans cette ambition violente mais chaste de révéler la vérité, elle est aussi l'héritière de Jean-Jacques Rousseau.

Quelques années plus tard, elle nous livre un portrait encore plus court, celui de sa mère, sobrement intitulé Une femme  (1987 ;  A Woman's Story,  1990). Il offre des éclaircissements significatifs sur la nature des écrits d'Ernaux, oscillant entre fiction, sociologie et histoire. Dans sa brièveté sévère, c'est un magnifique hommage à une femme forte, qui plus que le père avait su maintenir sa dignité, souvent dans des conditions difficiles. Dans sa relation à sa mère, la honte et le silence pesant ne sont pas présents avec la même acuité.

La honte  (1996 ; Shame  , 1998). Il apparaît à bien des égards comme une continuation du portrait de son père dans sa tentative d'expliquer la rage soudaine du père contre sa mère à un moment particulier du passé. Le premier vers est un véritable coup de fouet : « Mon père a tenté de tuer ma mère un dimanche de juin, en début d'après-midi. Comme toujours, Ernaux cherche à dépasser la limite du tolérable. Avec ses propres mots dans le livre : « J'ai toujours voulu écrire le genre de livre dont il m'est impossible de parler ensuite, le genre de livre qui m'empêche de résister au regard des autres. Ce qui rend l'expérience insupportable, c'est la honte ancrée dans des conditions de vie humiliantes. Quand Annie Ernaux écrit, la question de la dignité ou de l'absence de dignité est sans objet. La littérature lui offre un refuge pour écrire ce qu'il est impossible de communiquer en contact direct avec les autres. Pour Ernaux, avant les débuts sexuels, la honte s'avère être le seul trait durable de l'identité personnelle.

Un chef-d'œuvre de sa production est le récit cliniquement retenu sur l'avortement illégal d'une narratrice de 23 ans, L'événement  (2000;  Happening,  2001). C'est un récit à la première personne, et la distance au moi historique n'est pas soulignée comme dans beaucoup d'autres œuvres. Le je est de toute façon érigé en objet par les restrictions morales d'une société répressive et l'attitude condescendante des gens auxquels il est confronté. C'est un texte d'une honnêteté impitoyable, où elle ajoute entre parenthèses des réflexions d'une voix d'une lucidité vitale, s'adressant à elle-même et au lecteur dans un seul et même flux. Dans les espaces intermédiaires, nous sommes au moment de l'écriture, 25 ans après que «l'événement» ait eu lieu, faisant même le lecteur intensément partie de ce qui s'est passé.

Dans  L'occupation  (2002 ;  La Possession , 2008) Ernaux décortique la mythologie sociale de l'amour romantique. Sur la base des notes d'un journal consignant son abandon par un amant, elle avoue et attaque à la fois une image de soi construite sur des stéréotypes. Sa jalousie se révèle douloureusement comme une forme d'obsession, et une fois de plus les dates de l'écriture signalent le moment où l'écriture devient une arme tranchante disséquant la vérité.

L'écriture d'Annie Ernaux est d'un bout à l'autre subordonnée au processus du temps. Nulle part ailleurs, le pouvoir des conventions sociales sur nos vies ne joue un rôle aussi important que dans Les années (2008 ;  The Years, 2017). C'est son projet le plus ambitieux, qui lui a valu une renommée internationale et une kyrielle d'adeptes et de disciples littéraires. Elle a été qualifiée de "première autobiographie collective" et le poète allemand Durs Grünbein l'a saluée comme une "épopée sociologique" révolutionnaire du monde occidental contemporain. Ernaux substitue dans le récit la mémoire spontanée de soi à la troisième personne de la mémoire collective, suggérant la force de l'air du temps sur sa vie. Il n'y a pas de mémoire affective au sens proustien avec laquelle elle puisse se transporter directement à ses premières années. Nos vies sont façonnées par les histoires racontées, les chansons chantées ou les tendances en vigueur. Et ces conventions passent rapidement. Dès lors, Ernaux a bien du mal à se reconnaître dans la personne qu'elle a été. Dans Les années,  mémoire personnelle et collective se confondent.

Annie Ernaux revient toujours sur les obstacles de la vision claire. Dans sa perspective sociale, les mécanismes de la honte ont une force particulière, et dans  Mémoire  de fille  (2016 ;  A Girl's Story, 2019), elle les récupère sous un autre angle. Dans cette œuvre, elle se confronte en tant que jeune femme à la fin des années 1950, lorsqu'elle perd sa virginité dans une colonie d'été dans l'Orne, en Normandie. Les réactions à son comportement, qu'elle contribue elle-même à faire connaître, ont pour effet qu'elle est expulsée de la communauté. Pendant la moitié de sa vie, l'écrivain a choisi de ne pas faire face à l'événement douloureux, qui a eu des effets négatifs à la fois sur sa santé mentale et physique. Elle écrit qu'il s'agit « d'une honte différente de celle d'être la fille de commerçants et de cafés. C'est la honte d'avoir été jadis fier d'être un objet de désir. Son regard est tout aussi impitoyable envers elle-même en tant que jeune femme que envers ceux qui l'humilient. Un passage clé dit : « Quand vous voulez clarifier une vérité qui prévaut […] cela manque toujours : le manque de compréhension de votre expérience au moment où vous faites votre expérience. Cet obstacle s'appelle « l'opacité du présent ».

Annie Ernaux croit manifestement à la force libératrice de l'écriture. Son travail est sans compromis et écrit dans un langage simple, épuré. Et quand elle révèle avec beaucoup de courage et d'acuité clinique l'agonie de l'expérience de classe, décrivant la honte, l'humiliation, la jalousie ou l'incapacité de voir qui vous êtes, elle a réalisé quelque chose d'admirable et de durable.

Anders Olsson, Président du Comité Nobel, Académie suédoise

Les citations sont tirées de :

Shame  / traduit par Tanya Leslie. – New York : Seven Stories Press, 1998

A Girl's Story  / traduit par Alison L. Strayer. – New York : Seven Stories Press, 2019

Bibliographie – une sélection

Les armoires vides. – Paris : Gallimard, 1974

Ce qu’ils disent ou rien. – Paris : Gallimard, 1977

La femme gelée. – Paris : Gallimard, 1981

La place. – Paris : Gallimard, 1983

Une femme. – Paris : Gallimard, 1987

Passion simple. – Paris : Gallimard, 1991

Journal du dehors. – Paris : Gallimard, 1993

”Je ne suis pas sortie de ma nuit”. – Paris : Gallimard, 1996

La honte. – Paris : Gallimard, 1996

L’événement. – Paris : Gallimard, 2000

La vie extérieure : 1993–1999. – Paris : Gallimard, 2000

Se perdre. – Paris : Gallimard, 2001

L’occupation. – Paris : Gallimard, 2002

L’écriture comme un couteau : entretien avec Frédéric-Yves Jeannet. – Paris : Stock, 2002

L’usage de la photo / avec Marc Marie. – Paris : Gallimard, 2005

Les années. – Paris : Gallimard, 2008

L’atelier noir. – Paris : Éd. des Busclats, 2011

L’écriture comme un couteau : entretien avec Frédéric-Yves Jeannet / postface inédite de l’auteur. – Paris : Gallimard, 2011

L’autre fille. – Paris : NiL, 2011

Écrire la vie. – Paris : Gallimard, 2011 [Réunit ”Les armoires vides”…, ainsi que des photos et des extr. du journal intime inédit]

Retour à Yvetot. – Paris : Éd. du Mauconduit, 2013

Regarde les lumières mon amour. – Paris : Seuil, 2014

Le vrai lieu : entretiens avec Michelle Porte. – Paris : Gallimard, 2014

Mémoire de fille. – Paris : Gallimard, 2016

La place. [Édition revue.] – Paris : Gallimard, 2017

Hôtel Casanova : et autres textes brefs. – Paris : Gallimard, 2020

L’atelier noir. [Nouvelle édition.] – Paris : Gallimard, 2022

Le jeune homme. – Paris : Gallimard, 2022

Theatre, film et cetera

Une femme [Spectacle] / mise en scène de Micheline Uzan ; texte d’Annie Ernaux. – Cerge-Pontoise : Théâtre des arts, 1989-04-18

Acteurs du siècle / textes de Annie Ernaux, François Salvaing, Edgar Morin ; préface de Bernard Thibault. – Paris : Éd. Cercle d’art, 2000

Annie Ernaux [Images animées] / Timothy Miller, réal. ; Benoit Canu, comp. ; Annie Ernaux, participante. – la Cinquième ; Paris : MK2 TV, 2000

L’événement, La femme gelée [Spectacle] / mise en scène de Jeanne Champagne ; text d’Annie Ernaux. – Paris : Théâtre du Chaudron, 2002-09-27

L’autre. Directors: Patrick-Mario Bernard, Pierre Trividic. Screenplay: Patrick-Mario Bernard, Pierre Trividic. Based on the novel L’occupation by Annie Ernaux. 2008

L’autre [Images animées] / Pierre Trividic, Patrick-Mario Bernard, réal., scénario ; Annie Ernaux, aut. adapté. Adapté du roman ”L’occupation”. – Paris : MK2 [éd.] : TF1 vidéo, 2010

L’immigré de l’intérieur [Spectacle] / mise en scène et scénographie Jean-Michel Rivinoff ; pièce d’Annie Ernaux. – Orléans : Théâtre d’Orléans, 2011-01-12

Mon week-end au centre commercial . Documentaire. Réalisateur : Naruna Kaplan de Macedo. Scénaristes : Annie Ernaux, Naruna Kaplan de Macedo. 2014

Regarde les lumières mon amour [Spectacle] / mise en scène de Vincent Dhelin et Olivier

Menu ; d’après ”Regarde les lumières mon amour” d’Annie Ernaux. – Armèntieres : Le Vivat, 2016-09-30

Le Quat’sous [Spectacle] / mise en scène de Laurence Cordier ; d’après ”Une femme”, ”La honte” et ”Les armoires vides”, d’Annie Ernaux. – Bordeaux : Théâtre national Bordeaux Aquitaine, 2016-11-08

Regarde les lumières mon amour [Spectacle] / mise en scène de Marie-Laure Crochant ; textes Annie Ernaux, d’après Regarde les lumières mon amour. Spectacle de la Compagnie la Réciproque. – La Roche-sur-Yon : Le Grande R, 2016-11-29

Gli  anni. Court métrage documentaire. Réalisation : Sara Fgaier. Scénariste : Annie Ernaux (roman : Les Années). 2018

Monsieur le Président. [Tracts de crise n.o 29, 9 pages.] – Paris : Gallimard, 2020

Passion Simple, adaption du roman éponyme d’Annie Ernaux, avec Laetitia Dosch et Sergueï Polounine. Director: Danielle Arbid. Screenplay: Danielle Arbid. 2020

L' événement Réalisation : Audrey Diwan. Scénario de Marcia Romano et Audrey Diwan. D'après le roman d'Annie Ernaux. 2021

J’ai aimé vivre là [Images animées] / Régis Sauder, réal. ; Annie Ernaux, aut. ; Annie Ernaux… [et al.], participants. Comprend des extraits des ouvrages d’Annie Ernaux ”Journal du dehors”, ”La vie extérieure” et ”Les années”. – Marseille : Shellac, 2022

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mercredi, octobre 05, 2022

ANTONY BLINKEN SALUE « L’APPROCHE PARTAGÉE » AVEC LE CHILI

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PHOTO SEBASTIÁN RODRÍGUEZ

Santiago (AFP) – Le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken a salué mercredi « une approche et des priorités partagées » avec le Chili sous la présidence de Gabriel Boric, l’un des dirigeants de gauche récemment élus en Amérique latine.

Look - Travels

PHOTO SEBASTIÁN RODRÍGUEZ

Il s’agissait de la première visite de Blinken au Chili, avec lequel les États-Unis entretiennent historiquement des liens étroits, lors d’un voyage régional qui a débuté lundi en Colombie et le conduira ensuite au Pérou.

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Les points à l’ordre du jour comprenaient la sécurité régionale et la migration.

Saluant « l’approche commune et les priorités partagées » des États-Unis et du Chili, Blinken a déclaré que les pays s’efforceraient ensemble de «construire des économies plus équitables et inclusives … traitant des problèmes qui sont au cœur de la vie de notre peuple ».

Les trois pays sur l’itinéraire de Blinken avaient tous des dirigeants récemment élus sur la gauche du spectre politique, qui en Amérique latine a traditionnellement été fortement anti-américain.

Interrogé à ce sujet, Blinken a déclaré: « mon sentiment personnel est que ce qui motive les électeurs est le désir de voir leurs gouvernements répondre réellement à leurs préoccupations et produire des résultats concrets ».

S’ils échouent, il a ajouté: « il y a de fortes chances qu’ils soient éliminés ».

Mercredi à Santiago, Blinken a rencontré Boric, 36 ans, élu en décembre à la tête d’une alliance de gauche dont fait partie le Parti communiste, ainsi que son homologue chilienne Antonia Urrejola.

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Les responsables américains déclarent en privé qu’ils sont encouragés par les premiers pas de Boric en tant que président, qui ont inclus le soutien à une nouvelle constitution pour remplacer celle héritée de l’ère du dictateur soutenu par les États-Unis, Augusto Pinochet.

Blinken a également abordé les désaccords sur les questions régionales.

En juin, Boric était parmi les dirigeants latino-américains à critiquer la décision de Washington de ne pas inviter le Nicaragua, Cuba et le Venezuela – tous sous sanctions américaines – à un Sommet des Amériques tenu à Los Angeles.

« Nous devons nous unir pour un meilleur développement de nos nations », avait alors déclaré le dirigeant chilien, ajoutant que « l’exclusion n’est pas la solution ».

« Nous devons demander des comptes au gouvernement cubain comme nous le ferions pour tout autre gouvernement pour avoir refusé ces droits au peuple cubain. Nous pouvons avoir des approches différentes sur la meilleure façon de le faire », a déclaré Blinken mercredi.

Urrejola a déclaré qu’ils avaient également discuté du Venezuela, y compris des pourparlers bloqués au Mexique sur la résolution des crises politiques et économiques du pays.

Le dialogue tenu sous les auspices d’un groupe de contact de pays européens et latino-américains a été suspendu par le Venezuela en octobre dernier.

Urrejola a déclaré qu’elle espérait que le groupe pourrait « reprendre les pourparlers avec le gouvernement de (Nicolas) Maduro, ainsi qu’avec l’opposition vénézuélienne », ajoutant que l’objectif était que « le Venezuela en 2024 ait des élections libres et démocratiques ».

Blinken se rendra ensuite à Lima pour assister jeudi à la réunion annuelle de l’Organisation des États américains.

      lundi, octobre 03, 2022

      ENEL: CESSE D'UTILISER LE CHARBON AU CHILI

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      BOCAMINA II

      CercleFinance.com) - La société chilienne du groupe Enel, Enel Chile, a déconnecté et arrêté l'exploitation de l'unité II de sa centrale au charbon de Bocamina, située dans la municipalité de Coronel.

      Abc bourse

      BANNIÈRE FACEBOOK ENEL

      Avec cette étape importante, qui suit la fermeture de Tarapacà en 2019 et de l'unité I de Bocamina en 2021, Enel devient la première compagnie d'électricité du pays à cesser d'utiliser le charbon pour ses opérations de production.

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      SALVATORE BERNABEI

      « L'arrêt de notre dernière unité de production au charbon en activité au Chili souligne l'engagement du groupe Enel envers la décarbonisation de ses systèmes énergétiques », a déclaré Salvatore Bernabei, directeur général d'Enel Green Power.

      Cette fermeture comprend des options de relogement pour les employés de l'usine, la mise en oeuvre d'une vaste série d'initiatives pour le développement social, économique et entrepreneurial de la communauté, ainsi qu'un projet de revégétalisation visant à transformer la zone de 10 hectares de la décharge de cendres de l'usine en une forêt indigène.

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      « JE NE PEUX PLUS RESPIRER   »
      DESSIN NESTOR SALAS

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      SAINT-DIÉ ET LE BAPTÊME DE L'AMÉRIQUE

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      MARTIN WALDSEEMÜLLER, 1470-1519
      C’est à l’activité du gymnase vosgien de Saint-Dié que l’on doit, en 1507, la première utilisation du nom d’America pour désigner le nouveau continent découvert par Christophe Colomb en 1492.

      par Hélène Richard

      MARTIN WALDSEEMÜLLER
      VU PAR GASTON SAVE 


      Le gymnase vosgien, groupe d’intellectuels installés à Saint-Dié sous la protection du duc René II de Lorraine, était animé par la passion de la cosmographie. Parmi ces savants, aux côtés de Gauthier ou Vautrin Lud, de Jean Pélerin dit Viator, de Jean Basin ou de Mathias Ringmann, Martin Waldseemüller (1475-1521) est considéré comme le plus savant en géographie. Attelé à une réédition de Geographia de Ptolémée qui doit compléter les travaux du savant grec à la lumière des nouvelles découvertes, il réalise une carte du monde, Universalis cosmographiae... lustrationes (1), grande carte en 12 feuilles, imprimée à Saint-Dié en 1507, qui utilise le récit des voyages de l’Italien Amerigo Vespucci pour dessiner le contour du nouveau continent. Les récits de Vespucci réunis par lui dans la Lettre a Soderini ont été connus à Saint-Dié grâce à une copie parvenue entre les mains de René II de Lorraine. Le quatrième continent, tel que l’identifie Vespucci, reçoit, comme l’Europe, l’Afrique et l’Asie, un nom de femme, tiré du prénom de celui que les membres du gymnase vosgien considèrent comme son découvreur. Le nom d’America figure sur la vaste terre qui est au sud du 15e degré de latitude nord et, au sud des îles Hispaniola et Isabella reconnues par Christophe Colomb.

      Pour accompagner cette carte, paraît un petit livret qui porte la date de 1507, la Cosmographiae Introductio (2) qui annonce aussi l’édition d’un globe en fuseaux.

      Le nom d’America est également porté sur le « globe vert » globe manuscrit anonyme attribué à Martin Waldseemüller, mais il y figure à quatre reprises, au nord, au centre et au sud du nouveau continent. Si le nom disparaît sur les cartes de l’édition de Ptolémée préparée par Waldseemüller et qui paraît finalement à Strasbourg en 1513, il se retrouve dans l’édition de cet ouvrage en 1520 par Laurent Fries.

      Hélène Richard

      directeur du département des cartes et plans

      Bibliothèque nationale de France

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      Universalis cosmographia secundum Ptholomaei
      traditionem et Americi Vespucii alioru[m]que lustrationes

      1. Le titre complet est : Universalis cosmographiae secundum Ptholemae traditionem et Americi Vespucci aliorumque lustrationes. Elle peut être vue sur le site internet de la Bibliothèque du Congrès (https://www.loc.gov/item/2003626426/).

      2. Le titre complet est : Universalis cosmographia secundum Ptholomaei traditionem et Americi Vespucii alioru[m]que lustrationes.  Source: Commemorations Collection 2007


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      dimanche, octobre 02, 2022

      FIG – URGENCES ET CHILI AU PROGRAMME DU 34ème FESTIVAL INTERNATIONAL DE GÉOGRAPHIE DE SAINT-DIÉ-DES-VOSGES

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      CHILI AU PROGRAMME DU 34ème FESTIVAL INTERNATIONAL
      DE GÉOGRAPHIE DE SAINT-DIÉ-DES-VOSGES
      Le rideau vient de tomber sur le 33ème Festival International de Géographie de Saint-Dié-des-Vosges. 230 rendez-vous, 800 intervenants et 40 000 festivaliers ont rythmé ces 3 journées de festival consacrées aux déserts et au Portugal.

      J.J.

      FIG

      Comme le veut la tradition, c’est le maire déodatien qui a l’honneur d’annoncer le prochain thème et le prochain pays invité du FIG. Bruno Toussaint a donc dévoilé ce dimanche après-midi, lors de la cérémonie de clôture à l’Espace Georges-Sadoul, que pour sa 34ème édition le FIG aura pour thème celui des urgences, avec comme pays invité le Chili. 

      Lire aussi : LE NOUVEAU PRÉSIDENT DU CHILI A VÉCU CHEZ CES DEUX RETRAITÉS FRANÇAIS, ILS RÊVENT DE REVOIR LEUR « FILS ADOPTIF »

      Comme l’a précisé Florian Opillard, en sa qualité de nouveau directeur scientifique du festival, le thème du prochain FIG amènera à se pencher sur des questions telles que la capacité d’adaptation de nos sociétés à l’urgence, comment l’urgence produit elle même des territoires, quelle est la spatialité propre des acteurs de la gestion de l’urgence, ou le fait que certains territoires sont plus touchés que d’autres par l’urgence. Rendez-vous désormais les vendredi 29, samedi 30 septembre et dimanche 1er octobre, pour le 34ème Festival International de Géographie de Saint-Dié-des-Vosges. J.J.

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      samedi, octobre 01, 2022

      CHILI - QU’EST DEVENU LE SOUTIEN AU PROCESSUS CONSTITUTIONNEL CHILIEN ?

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      PHOTO REVISTA NUEVA NUEVA SOCIEDAD

      Le 4 septembre 2022, les Chiliens étaient appelés à se prononcer sur le nouveau texte constitutionnel élaboré par la Convention élue les 15 et 16 mai 2021. Le Refus l’a largement emporté avec 61,86% des voix contre 38,14% pour l’Approbation. Cette colonne d’opinion de Noam Titelman, publiée par Nueva Sociedad propose une première analyse des raisons de la victoire du Refus.

      Le Chili a voté majoritairement contre la nouvelle constitution, rédigée par la Convention surgie des mobilisations de 2019. Comment interpréter la large victoire du Refus ?

      par Noam Titelman

      NOAM TITELMAN

      Ce qui, il y a un an, semblait être une formalité pour valider le processus constituant a abouti à une rude défaite pour les forces progressistes chiliennes, avec le Refus (« Rechazo ») remportant presque 25% des voix de plus que l’Approbation (« Apruebo »), lors d’un référendum avec vote obligatoire (à la différence des élections antérieures) et une participation record. Des représentants du Refus ont célébré ce triomphe contre « le revanchisme », l’« octobrisme radical » [1] et un texte constitutionnel « refondateur » contraire à l’âme du Chili et au « sens commun de Chiliens ».

      Comment un processus qui a commencé avec un niveau de soutien rarement vu dans l’histoire nationale s’est-il terminé par un échec ? Qu’est devenu le soutien au processus constitutionnel ?

      Ce processus constitutionnel a commencé le 15 novembre 2019. Résultat d’un soulèvement social massif en octobre de cette année-là, un accord transversal des politiques chiliens avait établi un calendrier pour la rédaction d’une nouvelle Constitution. La première étape de ce calendrier avait été un plébiscite que les Chiliens avaient approuvé avec une majorité écrasante, plus de 78%, pour en finir avec la constitution alors en vigueur au Chili, et avec lequel ils ont décidé que l’organe en charge de la rédaction de la nouvelle Constitution serait une Convention constituante dont les membres seraient élus à cette fin.


      Ces résultats étaient vraiment impressionnants, non seulement en termes de pourcentage de votes, mais aussi de répartition territoriale. Des 346 communes du pays cinq seulement exprimèrent leur rejet au processus constitutionnel. Parmi ces 5 communes trois étaient les communes iconiques de Santiago où réside l’élite économique nationale. Nombreux ont été ceux qui se sont empressés de souligner que ce résultat prouvait que le pays n’était pas polarisé entre gauches et droites, mais que le véritable clivage du moment était le peuple contre l’élite. L’imaginaire d’un peuple homogène affronté à l’élite s’est cristallisé autour des « trois communes » et est devenu une référence partagée dans le débat politique.

      Il a été établi que la Convention constitutionnelle serait paritaire en genre, avec des quotas pour les peuples originels et, en accord avec un fort sentiment anti-partis durant la mobilisation d’octobre 2019, l’acceptation de candidatures indépendantes. Il a été permis, en particulier, aux candidats non affiliés à des partis de se regrouper sur des listes équivalentes à celles des partis.

      Le résultat électoral pour la Convention a durement déçu les attentes de ceux qui espéraient un retour à la politique d’avant l’explosion sociale d’octobre. Les deux coalitions historiques ont obtenu de maigres résultats. La droite a atteint le très faible pourcentage de votes de 20%. Cela ne lui a même pas permis d’atteindre le tiers des membres de la convention et de disposer d’un pouvoir potentiel de veto. La coalition de centre-gauche a vu s’effondrer ses forces centristes et modérées. Peut-être l’exemple le plus notoire de cette crise a été celui de la Démocratie chrétienne qui n’est parvenue à élire dans ses rangs qu’un seul militant pour la Convention constitutionnelle (le président du parti). Mais, de loin, le fait le plus notoire de ces élections a été le succès retentissant des indépendants impliqués dans la mobilisation générale de 2019. Des 155 membres de la Convention constitutionnelle, 103 n’avaient pas de passé militant dans la vie politique traditionnelle. C’est ainsi que finalement une Convention s’est constituée avec des majorités claires pour les secteurs progressistes et, en particulier, avec de nouvelles forces politiques qui ont émergé depuis l’explosion sociale en brandissant les drapeaux du féminisme, de l’indigénisme et un puissant discours anti-élite.

      L’enthousiasme de la population concernant le processus qui allait se mettre en place était immense. 52% parlaient d’« espoir », principale émotion que suscitait le processus, suivi de « joie », pour 46%. Que sont devenus ces 78% de soutien et l’espoir et la joie engendrés par le processus ? Il est probable que les forces progressistes et de gauche passeront les années à venir à tenter de l’expliquer.

      Les raisons provisoires de la défaite

      À mesure que seront révélées davantage de données et qu’avancera le débat, on pourra affiner l’analyse de ce qui s’est passé. Pour l’instant les raisons les plus évidentes qui expliquent le résultat du 4 septembre sont au nombre de trois :

      (1) Le rejet de la politique spectacle de la Convention.

      (2) L’assimilation de la convention avec la politique traditionnelle.

      (3) La réaction des identités traditionnelles face à la force manifestée par des identités subalternes durant le processus.

      Pour ce qui concerne la politique spectacle au sein de la Convention, c’est une des caractéristiques qui a dominé le débat. Au bout de quelque temps, la Convention constitutionnelle a commencé à perdre ses soutiens, surtout parmi les votants de droite qui y voyaient avec méfiance une sorte de conclave d’activistes des causes progressistes. En définitive, si pour les activistes cesser de se mobiliser, même à partir des sphères du pouvoir, était une trahison, pour certains électeurs, en particulier ceux qui préféraient l’ordre, la mobilisation incessante était un cauchemar.

      Plusieurs membres de la Convention avaient atteint une notoriété et une légitimité sociale grâce à leurs performances de rues, qui incluaient déguisements et déclarations provocantes sur des aspects identitaires traditionnels. Dans les manifestations de rue les dénonciations de l’autorité avaient été fréquentes, à grand renfort de cris et de cantiques. Cependant ces mêmes attitudes qui, dans la rue, étaient considérées comme une rébellion contre les abus, affichées au sein de la Convention, et au sein du pouvoir, étaient vues sous un autre éclairage. En outre persistait un comportement similaire à celui de la mobilisation sociale qui donnait une coloration de témoignage à certaines des actions observées au sein de la Convention. Pour certains de ces référents, il était important de présenter des propositions maximalistes, voyantes et symboliques, même s’elles n’obtiendraient pas les voix nécessaires pour être approuvées (par exemple, un membre de la Convention a proposé de dissoudre tous les pouvoirs de l’État et de les remplacer par des assemblées). Les médias ont amplifié ces actes performatifs et les propositions les plus insensées qui ont été, en outre, renforcées par des campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux. Parallèlement à tout cela, des vidéos de certaines de ces déclarations ont circulé fréquemment durant la campagne et sur certaines chaînes de télévision qui soutenaient le Refus. Ce qui, au début, paraissait pittoresque et divertissant a fini par engendrer une certaine inquiétude.

      L’assimilation de la politique de la Convention avec la politique traditionnelle prend corps dans le contexte d’une forte pulsion destituante et d’anti-establishment politique. Selon les données du Centre d’études publiques, le pourcentage de personnes qui se sentaient représentées par un parti est tombé de 53% de la population en 2006 à 19% en 2019. Plus encore, certaines études ont indiqué qu’un pourcentage non négligeable de la population (12%) a fait des positions anti partis « traditionnels » sa principale identité. La force de la Convention venait en un premier temps de ce qu’elle était considérée comme distincte de la politique traditionnelle.

      Il est possible que, paradoxalement, l’usage et l’abus de la politique spectacle et les altercations autour des témoignages personnels aient fait assimiler la conduite des membres de la Convention à celle des membres du Congrès et à la politique traditionnelle, où les mêmes pratiques sont fréquentes. En tous cas cela les éloignait certainement de l’image de représentants plus compétents que les politiques traditionnels pour parvenir à des accords et répondre aux revendications des citoyens. Par ailleurs, au milieu du processus constituant a eu lieu l’élection présidentielle qui a signifié un changement d’orientation du gouvernement. Le nouveau gouvernement était fortement associé à la genèse du processus constituant et, en particulier, Gabriel Boric dans son rôle de député. Être contre le processus constituant est devenu une forme d’opposition au nouveau gouvernement. Une partie des forces opposées à l’institution politique s’était déplacée en faveur du Refus.

      Pour ce qui est de la réaction des identités traditionnelles, le premier article du texte constitutionnel proposé consacrait le Chili comme un « État de droit social et démocratique » et affirmait en outre que cet État serait « plurinational, interculturel et écologique ». Avec la définition du Chili comme État plurinational, les communautés indiennes se voyaient reconnus certains droits collectifs et il était prévu d’instaurer un système de justice indienne.

      Après une opinion négative sur les membres de la constituante, la raison la plus fréquente pour ceux qui ont appuyé le Refus est la plurinationalité. Sur la même ligne, une fois remis le texte constitutionnel, les deux propositions les plus mal évaluées, selon l’enquête Espacio Público-IPSOS, ont été l’État plurinational et la création d’un système de justice indien. Le secteur du Refus est ainsi parvenu à consolider une base de soutien autour des identités traditionnelles de la « chilénité » qui se sentaient menacées par la notion de plurinationalité. Cela s’est trouvé renforcé par des actions et des performances de membres de la convention, avec notamment des commentaires et des actions offensantes relatives à l’hymne national, le drapeau et autres symboles de la patrie. Même si ces positions n’ont pas été exprimées dans le texte constitutionnel, elles ont servi de munitions à la campagne du Refus.

      Le second plébiscite

      Face au plébiscite final, il n’y a pas eu de très grandes surprises concernant le positionnement des forces politiques. De la Démocratie chrétienne à la gauche, tous les partis se sont prononcés pour l’Approbation (même si certains leaders se sont rebellés contre la position officielle). Tous les partis de droite se sont alignés derrière le « Refus ». Néanmoins, l’hétérogénéité était présente au sein des deux camps.

      Assez tôt, des divergences sont apparues entre ceux qui défendaient l’idée du Refus pour garder la Constitution actuelle, avec quelques réformes mineures, et ceux qui défendaient la perspective d’un nouveau processus. Au fur et à mesure de l’avancée de la campagne les seconds ont occupé tout l’espace de parole en faveur du Refus.

      Du côté de l’Approbation, il y eut plus de résistance à discuter de ce qui se passerait après le vote dans le cas où s’imposerait le nouveau texte. Néanmoins au fil de l’avancée de la campagne et tandis que l’Approbation restait loin derrière le Refus dans les enquêtes, les partis officialistes qui soutenaient l’Approbation, se sont ouverts à l’idée que le nouveau texte exigeait quelques modifications. Il a été admis en outre qu’il était important de s’engager sur ces changements pour vaincre certaines réticences de la population, sur l’instauration de la plurinationalité, par exemple. Cela s’est trouvé renforcé par une série d’enquêtes qui montraient non seulement que l’Approbation ne parvenait pas à réduire l’écart avec le Refus, mais aussi qu’une grande majorité des personnes disposées à voter l’Approbation considérait nécessaire d’apporter des modifications au texte une fois approuvé. Alors que la campagne était déjà bien avancée et avec des degrés d’enthousiasme divers, ces partis ont signé un accord pour mener à bien ces changements après le plébiscite.

      En définitive, un plébiscite qui présentait sur le papier deux alternatives a fini par offrir quatre options : « approuver », « approuver pour réformer », « refuser », et « refuser pour rénover ». Ainsi, dans une des dernières enquêtes publiques de Cadem, 17% des personnes interrogées se déclaraient favorables à tout refuser, 35% à refuser pour rénover, 32% à approuver pour réformer et seulement 12% à approuver et appliquer le nouveau texte tel qu’il avait été rédigé par la Convention.

      Le refus dans ce plébiscite de sortie du processsus était très différent de celui du plébiscite du début. Il était non seulement substantiellement plus significatif, mais il avait aussi pénétré des secteurs plus larges de la société que « les trois communes ». Selon les enquêtes, le Refus gagnait dans tous les secteurs socio-économiques sans différences majeures, ce qui s’est confirmé le 4 septembre. Dans les communes populaires de la Région métropolitaine où l’Approbation aurait dû fortement l’emporter, il n’a gagné que par de faibles marges.

      Les différences concernaient en revanche le profil idéologique des votants, avec l’Approbation qui l’emportait largement chez ceux qui s’identifiaient à la gauche. Le Refus était majoritaire chez ceux qui s’identifiaient à la droite, au centre et ceux qui ne se reconnaissaient ni de gauche ni de droite. La différence était aussi importante selon l’âge des votants, avec une victoire de l’Approbation chez les jeunes d’entre 18 et 30 ans. Le Refus l’emportait chez toutes les autres tranches d’âge. C’est-à-dire qu’à la différence du plébiscite du début, la campagne du Refus était parvenue à former une alliance sociale et politique plus diversifiée que celle de l’Approbation.

      Pourquoi le Refus l’a-t-il emporté ?

      En définitive deux grandes interprétations sont possibles qui bien sûr ne s’excluent pas mutuellement, pour expliquer la chute du soutien à l’Approbation et la montée du Refus. La première insiste sur le « votant moyen », qui suppose une forte rupture avec l’attitude prévalente lors des mobilisations. La seconde met en avant l’identité traditionnelle réactive qui s’est consolidée contre la proposition de constitution. Cela suppose de reconnaître que l’explosion sociale avait clairement une composante anti-élite mais pas nécessairement « de gauche ».

      Selon la première interprétation, le premier plébiscite et l’élection des membres de la convention ont été marquées par les traces du conflit entre le peuple et l’élite. Cette configuration de la force politique a effacé en grande partie les différences entre droite et gauche, entre les divers intérêts et visions qui coexistent dans la société. Néanmoins, selon cette interprétation, ce moment de conflit entre « ceux d’en haut » et « ceux d’en bas » a pris fin et a été remplacé par les conflits classiques entre la gauche et la droite. Il est intéressant de noter en ce sens que selon certaines enquêtes, le Refus était associé au combat contre le narcotrafic et à la croissance économique, tandis que l’Approbation était associée à la redistribution de la richesse par le biais des droits sociaux, thèmes relevant typiquement de la droite et de la gauche, respectivement.

      Cette perspective implique que la Constitution actuelle se situerait à « droite » du votant moyen, tandis que la proposition constitutionnelle rejetée se situerait à sa « gauche ». Cela expliquerait la force des options « refuser pour rénover » et « approuver pour réformer ». En définitive, selon cette interprétation, le plébiscite a été gagné par le centre du spectre politique. Cette vision supposerait aussi que le principal déficit du processus constituant a été le manque d’accords sur quelques sujets clés, comme celui du système politique, avec la droite de la Convention. En accord avec cette vision, 77% des sondés ont déclaré qu’ils préféraient que les membres de la convention négocient des accords, même si cela impliquait de céder sur certains sujets et, en même temps, 61% considéraient que les membres de la convention n’avaient pas renoncé à leurs positions.

      La seconde perspective suppose que la posture d’affrontement s’est maintenue entre « ceux d’en haut » et « ceux d’en bas » mais que cette position anti-élite a trouvé, au cours du processus, son expression de droite. C’est-à-dire que les faits qui ont eu lieu au cours des deux ans écoulés ont permis à la droite de revendiquer la révolte et même l’indignation qui jusqu’alors était le monopole de la gauche. Au lieu d’un renforcement du centre modéré, situé entre les gauches et les droites, s’est opéré un renforcement et une politisation des identités sociales traditionnelles.

      De ce point de vue, ce que reflète l’importance des positions non polarisées (« approuver pour réformer » et « refuser pour réformer ») est que de nombreux citoyens ont des identités sociales complexes qui ne sont pas clairement identifiées dans le débat politique actuel. Comme l’explique Liliana Mason, quand ceux qui adhèrent à une position politique se caractérisent par l’homogénéité sociale, il existe une tendance à la polarisation affective. Au contraire, l’existence d’identités complexes favorise la dépolarisation. En d’autres termes, il est possible que pour nombre de personnes, leurs identités en termes de parti, de classe, de religion, d’âge, d’ethnie, ou de lieu de résidence ont « tiré » dans des directions opposées lors de ce plébiscite. Cela pousse aux positions intermédiaires évoquées.

      Cette vision suppose que le principal déficit du processus constituant a été l’incapacité d’intégrer ces identités traditionnelles au processus symbolique de rédaction d’une nouvelle Carta Magna. Aurait manqué en particulier de trouver une manière de présenter le plurinationalisme en l’intégrant à un sens patriotique inclusif. C’était notoire dans certaines des déclarations les plus virulentes de quelques membres de la convention et dans certaines performances qui, réalisées dans une position de pouvoir, semblaient moins une expression de révolte que des discours de mépris envers les personnes avec des identités nationales traditionnelles. Certaines normes constitutionnelles concrètes auraient aussi pu être rédigées de façon à rendre plus explicite la notion d’égalité dans la diversité. Par exemple, on aurait pu explicites les limites du système de justice et des autonomies indiennes.

      La troisième est la bonne

      Il semble qu’il existe un consensus assez large sur le fait que le blocage du processus constitutionnel n’est pas une option viable. Plus encore, il semble qu’existe un accord relatif sur le fait qu’un nouveau processus constitutionnel devra inclure une participation des citoyens. Il est probable que cela implique la convocation d’une nouvelle Convention et un plébiscite final pour ratifier une proposition rénovée de constitution. Ce qui veut dire qu’il est hautement probable que le Chili se dirige vers un troisième plébiscite constitutionnel dans quelques mois.

      La forme précise que doit prendre ce processus est encore en débat et, au-delà des intérêts en jeu, elle dépendra du diagnostic qui finira par prévaloir sur l’autre. Si le Refus est vu comme émanant de la revendication d’une présence plus importante du centre modéré et de dialogue gauche-droite, la pression portera alors sur la possibilité des candidatures indépendantes. Un élément qui contredit ce diagnostic est que le sentiment anti-partis semble être aussi vif qu’il y a deux ans. Selon l’enquête Criteria, 82% des sondés préféreraient que les membres de la nouvelle Convention ne soient pas des militants de partis, sans différence notoire vis-à-vis d’octobre 2020. Cependant cette même enquête révèle que la préférence pour des « experts », déjà majoritaire il y a deux ans, a augmenté au fil du temps. En revanche, le soutien aux « citoyens ordinaires » s’est effondré, passant de 37% à 20%, tandis que la préférence pour les experts est passée de 63% à 80%. Cela rend compliqué l’interprétation d’un conflit entre « ceux d’en haut » et « ceux d’en bas » et pourrait renforcer l’idée de chercher un organe délibératif plus enclin à des accords.

      D’un autre côté, si le diagnostic met l’accent sur le conflit identitaire, sera alors sujet à débat la quantité de sièges réservés aux peuples indiens qu’il faut maintenir dans le processus. En outre, il est probable qu’un nouveau processus sera marqué par une plus grande attention aux aspects symboliques patriotiques. Déjà, vers la fin du processus constituant original, on avait noté un changement important en ce sens. Ce n’est pas pour rien qu’un drapeau chilien a été choisi comme symbole du nouveau texte constitutionnel.

      Le défi qui se présente à la politique chilienne est d’arriver à un nouvel accord qui permette finalement de faire naître rapidement un nouveau texte constitutionnel jouissant d’un soutien populaire large et transversal. Pour cela, il est important de garder en tête la vitesse à laquelle soutien et espoir suscités par un processus peuvent retomber si ces attentes sont trahies.

      Traduction de Françoise Couëdel pour Dial.

      Source (espagnol) : Nueva Sociedad, septembre 2022.

      [1] En relation avec les mobilisations d’octobre 2019 – NdlT.

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