lundi, mai 15, 2023

LA FUITE DE DOCUMENTS CLASSIFIÉS : VÉRITÉ OU MACHINATION ?

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L'affaire du jeune Jack Texeira montre clairement que la situation sécuritaire aux États-Unis est loin d'être sous contrôle. Photo : The New York Times
L'AFFAIRE DU JEUNE JACK TEXEIRA MONTRE CLAIREMENT
QUE LA SITUATION SÉCURITAIRE AUX ÉTATS-UNIS
EST LOIN D'ÊTRE SOUS CONTRÔLE.
PHOTO THE NEW YORK TIMES 
La fuite de documents classifiés : vérité ou machination ? / Pour plusieurs analystes, ces révélations sont par trop suspectes / Bien que plusieurs jours se soient écoulés depuis que le complot visant à divulguer des documents secrets des services de renseignement des États-Unis a commencé à se dénouer, rien n'est encore connu avec certitude sur la véritable nature de la fuite.

par Raul Antonio Capote

Le FBI a arrêté jeudi Jack Teixeira pour avoir prétendument divulgué des dizaines de documents de renseignement américains sensibles dans la plus grande violation de la sécurité nationale depuis au moins une décennie. /   Voici ce que nous savons de Teixeira et de la fuite :  Qui est Jack Teixeira ?  Teixeira, 21 ans, est un garde national de l'air du Massachusetts, un membre enrôlé de la 102e Escadre de renseignement située à Joint Base Cape Cod. /
PHOTOMONTAGE NEW YORK POST

Le directeur de la CIA, William Burns, avait qualifié de « profondément regrettable » la dernière fuite de documents contenant des informations sensibles sur le conflit en Ukraine, la question de Taïwan, les manifestations en Israël et d'autres scénarios géopolitiques.

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Les dossiers qui circulent sur les médias sociaux comprennent des informations classifiées sur le Canada, la Chine, Israël et la Corée du Sud, ainsi que sur l'étendue de la surveillance de la Russie par les États-Unis.

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Les autorités de Washington ont qualifié cet incident de grave atteinte à la sécurité, mais pour de nombreux spécialistes à Moscou, à Kiev et aux États-Unis même, l'affaire est trop suspecte. S'agit-il d'une opération de désinformation ? Si oui, qui en est l'auteur ?

Cependant, la centaine de documents mis à jour décrivent en détail les plans secrets des États-Unis et de l'OTAN visant à renforcer les forces militaires de l'Ukraine avant l'offensive tant annoncée. Ils évaluent également l'état désastreux des troupes ukrainiennes, en plus mauvais état que ne l'a reconnu publiquement le gouvernement, rapporte le New York Times.

D'autre part, les documents confirment les activités d'espionnage menées par le gouvernement des États-Unis à l'encontre de ses alliés, comme cela a été révélé à d'autres occasions par diverses sources, y compris WikiLeaks.

Récemment, le bouc émissaire de ce système, Jack Teixeira, 21 ans, membre de la Garde nationale aérienne du Massachusetts, a été arrêté et placé en garde à vue pour avoir téléchargé des lots d'informations secrètes sur un groupe de discussion de jeux en ligne appelé Thug Shaker Central.

Cette arrestation a immédiatement suscité des doutes. Comment un jeune soldat a-t-il pu avoir accès à autant de documents relatifs à la sécurité nationale ?

Tout a commencé lorsque, fin mars, un utilisateur de Thug Shaker Central, connu sous le nom de o.g., a téléchargé des centaines de pages de rapports de renseignement sur le chat du groupe. Il parlait également d'armes et d'équipements militaires, ainsi que du thème d'identification du groupe, à savoir les jeux vidéo, a précisé le Times.

Selon le chef de la CIA, le Pentagone et le ministère de la Justice auraient lancé une enquête pour faire toute la lumière sur cette affaire. Les fuites de documents classifiés comme celle-ci, a déclaré Burns, constituent l'un des principaux problèmes auxquels est confrontée l'agence de renseignement étasunienne.

Il suffit de rappeler le scandale des documents en possession de l'ancien président Donald Trump et de l'actuel hôte de la Maison-Blanche, Joe Biden.

Quelle que soit la vérité sur l'affaire Teixeira - réalité, manipulation ou désinformation - ce qui est clair, c'est le « manque certain de contrôle » en matière de sécurité qui a mis le pays sous les feux de la rampe.

dimanche, mai 14, 2023

CHILI : « SI LA DROITE S’ALLIE À L’ULTRADROITE, ELLES AURONT LA POSSIBILITÉ D’ÉCRIRE LA CONSTITUTION QU’ELLES VEULENT »

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LE CHEF DE FILE D'EXTRÊME DROITE DU PARTI RÉPUBLICAIN,
JOSÉ ANTONIO KAST (C), POSE POUR LA PRESSE APRÈS
AVOIR APPRIS LES RÉSULTATS PARTIELS
DES ÉLECTIONS CONSTITUANTES,
LE 7 MAI À SANTIAGO.
PHOTO  ELVIS GONZÁLEZ, EFE
INTERNATIONAL / CHILI / Chili : « Si la droite s’allie à l’ultradroite, elles auront la possibilité d’écrire la Constitution qu’elles veulent » / Pour le politologue Cristobal Rovira Kaltwasser, la victoire de l’extrême droite à l’élection du Conseil constitutionnel, dimanche 7 mai, est celle de son « programme anti-immigration et sécuritaire ».

Propos recueillis par Flora Genoux (Buenos Aires, correspondante)

Temps de Lecture 5 min.

L’élection du Conseil constitutionnel, chargé d’aider à élaborer une nouvelle Loi fondamentale au Chili, a été marquée par la victoire du Parti républicain (extrême droite), dimanche 7 mai. Une contradiction apparente, dans un pays gouverné par un président de gauche, Gabriel Boric, et où l’extrême droite a toujours refusé de modifier la Constitution héritée de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990). Comme le note Cristobal Rovira Kaltwasser, politologue à l’université Diego-Portales et spécialiste de l’ultradroite et du populisme dans un entretien au Monde, le vote a été porté par les thématiques qui monopolisent le débat politique au Chili aujourd’hui : l’immigration et l’insécurité.

Comment expliquer l’ampleur de la victoire du Parti républicain, qui s’impose comme la première force politique avec 35,4 % des voix et près de la moitié des sièges au sein du Conseil ?

Il s’agit d’un triomphe massif, mais il faut faire preuve de prudence dans l’analyse. Le caractère obligatoire du vote a pesé sur cette élection, avec pour conséquence une participation très importante, de l’ordre de 85 %. Et beaucoup de personnes qui, sans cette obligation, seraient restées chez elles ont voté pour le Parti républicain. Par ailleurs, un grand nombre de votes blancs et nuls ont été relevés [environ 21 %]. Ainsi, en observant la totalité de l’électorat, le vote « républicain » doit être ramené à 23 % environ. C’est un chiffre élevé. Mais c’est aussi la totalité du potentiel électoral de José Antonio Kast [chef du parti].

Par ailleurs, cette élection a été très étrange dans le sens où la campagne n’a pas porté sur le changement constitutionnel, mais sur la crise migratoire et l’insécurité. Des électeurs obligés d’aller voter, ayant pu arrêter leur choix très tardivement, ont vu leur choix influencé par ces thématiques-là. Or, que défend l’ultradroite au Chili et dans le monde ? Un programme anti-immigration et sécuritaire. Cela souligne aussi l’erreur de la classe politique, gauche comprise, qui passe son temps à parler de la délinquance. Les électeurs préfèrent l’original à la copie : ils votent républicain.

Enfin, ce triomphe s’explique par la crise que traverse la droite traditionnelle au Chili. Au début du retour à la démocratie, la droite était très à droite, avec une défense totale de l’économie de marché et des valeurs culturelles conservatrices. Mais électoralement, elle a enchaîné les échecs. Elle a commencé alors à modérer son programme, ce qui a permis à Sebastian Piñera d’accéder à deux reprises à la présidence [2010-2014 et 2018-2022]. Mais son second mandat a été catastrophique, marqué par la révolte sociale de 2019, un taux d’approbation au plus bas, puis la pandémie. Ce bilan et la modération de la droite font que certains leaders et électeurs ne se reconnaissent plus dans son programme et cela a ouvert un espace pour le Parti républicain [lancé en 2019], conforté par le résultat de cette élection.

Comment définir ce parti ?

Il s’agit d’un parti d’ultradroite, pour qui la droite traditionnelle est lâche. Une des références internationales de José Antonio Kast est [l’ex-président brésilien] Jair Bolsonaro. En théorie, les républicains défendent la démocratie, mais ils ont avec elle une relation ambivalente. Cela se traduit par des positionnements très autoritaires, en faveur d’une société de l’ordre et hiérarchique. Ils sont antiféministes, opposés au mariage pour tous [approuvé en 2021]. Au cœur de leur programme, on trouve le nativisme, un concept xénophobe et anti-migrants de la nation, selon lequel seule la population née au Chili peut y habiter, faute de quoi l’unité nationale serait menacée. Sur le plan économique, les républicains sont très néolibéraux, ils souhaitent un État réduit au minimum, l’absence d’impôts et une économie de marché dans sa plus grande expression.

Le Chili commémore cette année les 50 ans du coup d’État militaire de 1973. Quels sont les liens idéologiques du Parti républicain avec la dictature de Pinochet ?

José Antonio Kast n’a pas participé directement à la dictature. Mais il a voté en faveur de sa continuité [lors du référendum de 1988]. Il fait partie de cette droite qui ne s’est jamais reconnue dans la modération de son propre camp. Dans ses interviews, il reconnaît les violations des droits humains commises durant la dictature. Mais le 11 septembre 2022 [jour de commémoration du coup d’État militaire], il publie un tweet dans lequel il dit que le pays a été sauvé de la « révolution marxiste » [et « a choisi la liberté »]. Donc de façon enfouie, il y a une certaine revendication de la figure de Pinochet.

► À lire aussi (2022) : Article réservé à nos abonnés Au Chili, les tensions concernant les migrants vénézuéliens s’exacerbent

Qui sont les électeurs du Parti républicain ? Est-ce un vote de conviction ou l’expression d’un mécontentement plus général ?

Sur la base des recherches effectuées l’année dernière, on sait que nombre d’entre eux sont des personnes conservatrices au niveau moral, avec des attitudes xénophobes, anti-migrants et un grand niveau de rejet du système démocratique.

Quel type de Constitution peut émerger d’un Conseil où prédomine la droite dans son ensemble ?

Si la droite s’allie à l’ultradroite, elles auront la possibilité d’écrire la Constitution qu’elles veulent. Mais cela laisse présager un texte qui pourrait être rejeté lors du référendum du 17 décembre. Il existe aussi la possibilité que l’ultradroite essaie de modérer ses positions en vue d’une Constitution succincte, minimale, qui satisfasse le centre gauche sur certains points : la mention de l’État de droit social et démocratique, l’absence de référence à l’avortement et à « la protection de la vie » . Cela ne va pas être facile. Car on peut s’attendre à des attitudes radicales de certains conseillers républicains, qui ne sont pas disposés au compromis.

De quelle façon le résultat de l’élection du Conseil constitutionnel va-t-il influencer le programme de Gabriel Boric et ses chantiers à venir (réforme du système des retraites, relance de la réforme fiscale…) ?

Si l’application de son programme était difficile, elle l’est maintenant encore davantage. Cela dépend encore une fois de l’attitude que va avoir la droite au Congrès : va-t-elle souhaiter dialoguer avec la gauche ou bien s’allier à l’ultradroite ?

Un jeune président de gauche mais un Conseil constitutionnel où s’impose l’extrême droite : comment expliquer cet apparent paradoxe ?

Lors de l’élection présidentielle, Gabriel Boric a bénéficié d’un vote anti-Kast au deuxième tour, en décembre 2021 : son triomphe n’était pas seulement dû à son propre mérite ni au fait que tous ceux qui ont voté pour lui s’identifient à la gauche, mais aussi à l’existence d’un adversaire très radical. D’ailleurs, Gabriel Boric était arrivé en deuxième position au premier tour [25,8 % des voix], derrière José Antonio Kast [27,9 %]. Quant au 7 mai, beaucoup d’électeurs étaient insuffisamment renseignés sur cette élection du Conseil constitutionnel, précédée d’une campagne plate et peu visible, et ont voté nul ou blanc.

Or, lors d’une présidentielle, un scrutin plus mobilisant, ils pourraient s’exprimer en faveur d’une option anti-ultradroite, dans le cas d’un affrontement entre l’ultradroite et un autre candidat. En d’autres termes, l’élection du Conseil constitutionnel ne signifie pas que la victoire de l’ultradroite est garantie lors d’une prochaine présidentielle. Les résultats des dernières élections peuvent donner l’impression que le Chili est un pays bipolaire. Je ne pense pas que cela soit vraiment le cas.

Cette élection atteste-t-elle malgré tout de l’ascension de José Antonio Kast, en vue de la présidentielle de 2025 ?

L’essor des républicains a été rapide, mais ils n’ont jamais été mis à l’épreuve. S’ils exercent leur pouvoir au sein du Conseil de façon radicale, s’ils polarisent le débat et mènent à l’échec de cette Constitution, alors ce sera aussi leur échec : ils montreraient qu’ils ne sont pas capables de gouverner. Si, au contraire, ils savent se montrer modérés, avec une capacité de dialogue et de compromis, cela construira leur leadership et leur croissance. L’autre élément à prendre en compte est le comportement de la droite traditionnelle. Si elle s’allie avec l’extrême droite, elle risque, sur le moyen et long terme, d’être phagocytée. Une alliance des droites leur permettrait d’obtenir 50 % des votes. Cela signifierait alors que le Chili entrerait dans une situation démocratiquement très critique.

Cependant, il faut aussi savoir que le rejet que suscite José Antonio Kast au Chili est très important et transversal. Il s’étend de la gauche jusqu’à la droite, avec l’idée que l’ultradroite peut mettre en danger le système démocratique. Par ailleurs le mouvement féministe est important dans le pays. Or, il se situe aux antipodes de l’ultradroite, qui souhaite supprimer le ministère de la femme, ou se prononce contre l’avortement sans aucune exception. C’est un élément essentiel du rejet que suscite l’ultradroite.

Flora Genoux (Buenos Aires, correspondante)

José Antonio K4st, chef du Parti républicain, après l’élection du Conseil constitutionnel, qui rédigera une nouvelle proposition de Constitution, dimanche 7 mai 2023. PHOTO ESTEBAN FELIX / AP
JOSÉ ANTONIO K4ST, CHEF DU PARTI RÉPUBLICAIN, APRÈS
L’ÉLECTION DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL, QUI RÉDIGERA
UNE NOUVELLE PROPOSITION DE CONSTITUTION,
DIMANCHE 7 MAI 2023.
PHOTO ESTEBAN FELIX / AP
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mercredi, mai 10, 2023

AU CHILI, L’EXTRÊME DROITE A LES MAINS LIBRES POUR AGGRAVER LA CONSTITUTION DE PINOCHET

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Au Chili, l’extrême droite a les mains libres pour aggraver la constitution de Pinochet / L’espoir d’une nouvelle Loi fondamentale marquée du sceau du progrès s’éloigne. Dimanche, le parti néofasciste a emporté la majorité des sièges de l’Assemblée constituante pour réformer le texte hérité de la dictature. Les marges de manœuvre du président de gauche Gabriel Boric se réduisent.

Les résultats des élections des nouveaux conseillers constituants sont une catastrophe pour la gauche. La droite l’emporte haut la main, en voix et en nombre de sièges pour la désignation de cinquante conseillers, plus un siège pour les peuples indigènes. Avec 62 % des voix, la droite bénéficiera ainsi de 33 sièges dont 22 pour le Parti républicain.

Le parti d’extrême droite, celui de l’ex-candidat à la présidentielle, José Antonio Kast, sort grand vainqueur de ces élections avec 35,4 % des voix. La droite traditionnelle, avec 21,1 % des voix, récupère quant à elle 11 sièges. Le parti populiste, avec moins de 5,5 %, n’aura pas de représentant.

La gauche n'a même pas la minorité de blocage, le veto

La liste de gauche (Frente amplio, du PS et du PC du Chili) gagne 17 élus avec 28,6 % des voix. Le centre gauche (9 %) ne disposera d’aucun élu. C’est la première fois depuis des dizaines d’années que la démocratie chrétienne est ainsi balayée. Le siège des peuples indigènes a été gagné par un avocat mapuche de gauche.

Une fois les résultats prononcés, le président de gauche Gabriel Boric, désormais pieds et poings liés, a appelé les conseillers constituants « à agir avec sagesse et tempérance pour rédiger un texte qui interprète la (volonté de la) grande majorité du pays ».

Il fallait un minimum de 20 sièges pour avoir la minorité de blocage, le veto. La gauche ne les a pas. Le Parti républicain n’a jamais caché son hostilité à un changement de Constitution. Aujourd’hui, après sa victoire, il parle de « réformer » la Constitution de Pinochet en l’aggravant.

Après le mouvement social de 2019 et sa victoire à la présidentielle en 2021, la gauche, à l’initiative de ce nouvel élan constitutionnel, en sera-t-elle réduite, en décembre prochain, à se prononcer en défaveur de la proposition de la droite de nouvelle Loi fondamentale, quitte à conserver celle de Pinochet comme un pis-aller ?

► À lire aussi :    Les Chiliens loin des rêves de 2019

Sombres perspectives pour l’échéance présidentielle de 2025

Ces résultats, en termes de pourcentage, sont équivalents à ceux du référendum du 4 septembre 2022, qui avait vu le non à la proposition de nouvelle Constitution l’emporter avec 62 % des voix. Cette stabilité laisse planer de sombres perspectives pour l’échéance présidentielle de 2025.

José Antonio Kast ne cache pas ses ambitions et, hier soir, le siège du Parti républicain était le seul où le champagne coulait. José Antonio Kast et son parti sont devenus le pôle d’attraction de ce côté de l’échiquier. La droite traditionnelle va subir sa force d’attraction, d’autant plus qu’elle n’a plus de partenaire au centre avec qui dialoguer.

Le vote était obligatoire et tous les Chiliens étaient inscrits sur les listes électorales. Les votes nuls et blancs représentent un cinquième des votants. Il y a là une réflexion que la gauche doit mener dans la mesure où quasiment tous les appels à voter blanc ou nul venaient de son camp. Cette désaffection d’une partie de l’électorat de gauche lui a probablement coûté la faible consolation d’une minorité de blocage.

 
LE 7 MAI 2023, À SANTIAGO (CHILI). JOSÉ ANTONIO KAST,
PETIT FILS DE NAZI ET «HÉRITIER» DU DICTATEUR CHILIEN,
SORT GRAND VAINQUEUR DE CES ÉLECTIONS AVEC 35,4 % DES VOIX.
© JAVIER TORRES / AFP


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lundi, mai 08, 2023

LA SIGNATURE DE LA CAPITULATION ALLEMANDE LE 8 MAI 1945

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AU QG DES FORCES SOVIÉTIQUES À KARLHORST PRÈS DE BERLIN LE 8 MAI 1945: HANS JUERGEN STUMPF, COMMANDANT EN CHEF DE LA LUFTWAFFE, LE MARÉCHAL WILHELM KEITEL (AU CENTRE) CHEF D'ÉTAT-MAJOR GÉNÉRAL DE LA WEHRMACHE ET L' AMIRAL HANS GEORG VON FRIEDEBOURG COMMANDANT EN CHEF DE LA KRIEGSMARINE. PHOTO RUE DES ARCHIVES
Que fête-t-on exactement le 8 mai ? Pourquoi la Russie célèbre-t-elle plutôt le 9 mai ? Les anciens alliés auraient-ils ainsi voulu marquer leur différend dès le lendemain de la victoire sur les nazis ? En réalité, la capitulation du régime hitlérien s’est effectuée en deux temps. D’abord à Reims, le 7 mai, en présence de représentants des Alliés. Mais Staline n’a voulu y voir qu’un protocole préliminaire et a exigé qu’elle soit de nouveau signée à Berlin en présence du haut commandement soviétique, qui ne pouvait évidemment pas se rendre à Reims. Le maréchal allemand Wilhelm Keitel signe donc un second acte de capitulation dans la capitale du Reich le 8 mai 1945, à 23 h 01. Soit à 1 h 01 le 9 mai, heure de Moscou.

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 8 MAI 1945, DES FRANÇAISES
PORTE-DRAPEAUX SUR LES CHAMPS-ÉLYSÉES.
PHOTO APIC / GETTYIMAGES


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dimanche, mai 07, 2023

DÉCÈS DU BIOLOGISTE CHILIEN HUMBERTO MATURANA

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HUMBERTO MATURANA

 2021  - 6 MAI - 2023
Deuxième anniversaire de 
la mort d'Humberto Maturana

Humberto Maturana fut un biologiste, et philosophe chilien, né le 14 septembre 1928 à Santiago du Chili et mort dans la même ville le 6 mai 2021

SANTIAGO DE CHILE, 06 MAI 2021.- Le biologiste, philosophe et écrivain chilien Humberto Maturana, auteur du concept d'Autopoïèse et d'une vingtaine de livres, est décédé aujourd'hui à l'âge de 92 ans, quelques semaines à peine après le lancement de son nouveau texte « La révolution réflexive».

ANSA 

HUMBERTO MATURANA
PHOTO VÉRONICA ORTIZ
 
en 1994, il a reçu le Prix national des sciences du Chili pour ses recherches en sciences biologiques, en particulier sur la perception visuelle des vertébrés, et pour ses contributions à la théorie de la connaissance orientée vers l'éducation, la communication et l'écologie

En 1969 et dans les années 1970, il lance les livres Autopoiesis and Cognition: the Realization of the Living and The Tree of Knowledge et El árbol del conocimiento avec Francisco Varela, qui sont à l'origine du au concept d'Autopoïèse qui le rendit célèbre dans le monde entier. 

Le  néologisme d'origine grec, de (auto), qui signifie «lui-même», et (poiesis), qui fait référence à «création ou production». 

En 2000, avec Ximena Dávila, il a fondé le Matríztica Training Institute, qui centre ses activités sur «la compréhension de l'humain, jetant les bases fondamentales du travail collaboratif, de l'innovation et de la haute performance des personnes dans les organisations».

Varela a travaillé à l'Université du Chili, d'abord à l'École de médecine, puis à la Faculté des sciences. Ces dernières semaines, il a fait la promotion de son nouveau livre «La révolution réflexive», écrit avec Dávila.
 
Dans une récente interview interrogée sur la façon dont la pandémie de coronavirus a affecté le Chili, le biologiste et philosophe a répondu qu '"il nous a révélé notre talon chilien, que nous sommes vulnérables par manque de conscience, de prendre au sérieux notre appartenance sociale, de ce que nous sont une communauté de coexistence et nous entrons dans la malhonnêteté. "

À propos du coronavirus, il a déclaré au journal El Mercurio qu'il donne aux êtres humains la possibilité de "faire de la science".

« La science, la seule chose qu'elle fait, ce qui n'est pas peu, est d'établir la validité de ce qui est fait. Ce qu'elle nous dit, c'est la nature des conséquences de ce que nous faisons et où ce que nous faisons est valable par rapport à il ».

Il y a un mois, il a abordé la question de sa propre mort avec le journal La Tercera lorsqu'il a parlé d'euthanasie. 

"Il est tout à fait légitime de dire" jusqu'à ce qu'ici je vive ". Moi, Humberto Maturana, je veux choisir le moment où je vais mourir. 

Je ne veux pas être un fardeau, je ne veux pas faire de mal », a-t-il déclaré. 

Maturana s'est distingué par sa libre pensée où la science et la philosophie convergent, écrivant plus de 20 livres au cours de sa carrière. 

Le recteur de l'Université du Chili, Ennio Vivaldi, a souligné aujourd'hui Maturana, soulignant que "sa dimension intellectuelle a toujours été une source de fierté pour l'Université du Chili et pour le pays".

«C'était inspirant en ouvrant des alternatives pour percevoir et aborder la biologie», a-t-il souligné. 

D'origine très humble, le scientifique et intellectuel est né le 14 septembre 1928. Il a étudié au Lycée Manuel de Salas et en 1950 il est entré à la Faculté de Médecine de l'Université du Chili. 

Quatre calendriers plus tard, il a été transféré à l'University College London pour étudier l'anatomie et la neurophysiologie grâce à une subvention de la Fondation Rockefeller. 

En 1958, il a obtenu le diplôme de docteur en biologie de l'Université de Harvard, aux États-Unis. (ANSA).

HUMBERTO MATURANA


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AU CHILI, UN PROCESSUS CONSTITUTIONNEL EN BERNE ET DES RÊVES PROGRESSISTES ENVOLÉS

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LE PRÉSIDENT CHILIEN GABRIEL BORIC PREND UN SELFIE
AVEC SES PARTISANS, LE 21 AVRIL À ANTOFAGASTA.
PHOTO PAR RICO RIZZITELLI  AFP 
Au Chili, un processus constitutionnel en berne et des rêves progressistes envolés /  Après l’échec en 2022 du référendum sur une nouvelle Constitution, les Chiliens votent ce dimanche 7 mai pour relancer le processus. Face aux difficultés du quotidien, le scrutin repris en main par la classe politique suscite peu d’engouement.
dans le rafraîchissement automnal qui enveloppe le pays depuis un mois, les Chiliens s’apprêtent à retourner aux urnes ce dimanche 7 mai. L’élection constitue le neuvième scrutin depuis le plébiscite pour le processus constituant, le 25 octobre 2020, visant à réécrire un nouveau texte fondateur (Magna Carta) pour remplacer celui hérité de la dictature de Pinochet. Huit mois après l’échec fracassant de ce projet de nouvelle Constitution (62 % des votants s’étaient prononcés en faveur du non), plus de 15 millions d’inscrits devront élire 50 conseillers constitutionnels parmi 350, disséminés sur cinq listes, dans une élection redevenue obligatoire, sous peine d’amende.

Mais l’élection suscite une relative indifférence.

«Personne ne pense aux véritables enjeux  ni ne pense aux véritables enjeux ni même à la campagne,  soutient Daniel Llancavil, professeur d’histoire, de géographie et d’éducation civique à l’université de Temuco, de passage à Santiago. Il n’y a pas eu d’atmosphère électorale. Des communes entières sont laissées sans information sur ce qui se joue. Les partis sont absents des territoires. Il y a des gens qui ne savent pas que le vote est obligatoire ni quelles sont les listes. Il n’y a pas de communication, en partie à cause de la frustration laissée par le processus précédent.»

Le référendum du 4 septembre se voulait une réponse à l’estadillo social, le très important mouvement de contestation d’octobre 2019. Un an plus tard, les Chiliens avaient voté à 78 % en faveur d’un processus constituant et 155 citoyens-contributeurs – pour la plupart indépendants et issus de mouvements sociaux de gauche – ont élaboré ladite nouvelle Constitution. Après la victoire du non, les partis politiques ont repris la main. Ce deuxième processus se différencie de façon drastique du précédent. Outre une commission paritaire de 24 experts – nommée par le Congrès avec une majorité de juristes – qui a préparé un avant-projet, histoire de border d’éventuels excès, les 50 conseillers chargés de la rédaction du texte fondateur ne seront plus issus du monde indépendant, mais des organisations traditionnelles.

«Le contexte a changé depuis l’estallido social. Les inégalités apparaissaient alors comme l’une des principales préoccupations du pays. Aujourd’hui, les Chiliens sont obnubilés par la violence, qui génère des niveaux élevés d’insécurité, et l’inflation. Comme le discours a changé, la Constitution n’est plus considérée comme un instrument capable d’aider à résoudre les problèmes», déchiffre Sarah Baïz, analyste pour l’institut de sondage Criteria. Croisée au Costanera Center, la tour commerciale qui domine Santiago, Paloma Aymar, assistante sociale à Los Nogales, un des quartiers les plus indigents de la capitale, le dit à sa façon : «Les gens en sont assez de cette question constitutionnelle. En plus, il y a d’autres problèmes quotidiens plus complexes, comme la délinquance ou le pouvoir d’achat en baisse. Nous sortons d’une explosion sociale, d’une pandémie, d’une crise économique, d’un premier processus constituant et maintenant d’un second. L’usure nous guette

Le Chili n’a peut-être jamais été aussi fragmenté : 21 partis politiques siègent au Congrès et certaines coalitions configurées entre 2017 et 2021 menacent d’imploser après le vote de ce dimanche. Tous les partis impliqués sont déjà dans le coup d’après. «Le Conseil constitutionnel sera sans doute en majorité à droite, à cause de nos dissensions au sein de la coalition au pouvoir, mais aussi parce que l’offre de l’opposition est orientée vers la résolution des problèmes à court terme, notamment en matière d’insécurité. Le gouvernement a essayé de se tenir à l’écart du scrutin, mais c’est un peu futile. Tout le monde verra la compétition de dimanche comme le thermomètre électoral du moment», argumente Juan Luis Castro, député du Parti socialiste.

Du reste, Gabriel Boric, intronisé chef de l’Etat en mars 2022, n’échappera pas à une sorte de bilan tant son action semble difficile à lire. Confronté aux réalités quotidiennes, l’ancien leader étudiant de 2011 semble gouverner à la godille. Il a poursuivi la ligne répressive du gouvernement Piñera. Il s’est employé à militariser la frontière du nord du pays et des territoires mapuches de Wallmapu, dans le sud, tout en accordant en décembre l’amnistie à certains manifestants emprisonnés après la révolte sociale d’octobre 2019, comme pour envoyer des signaux à son camp. Quelques mois après l’échec du référendum du 4 septembre, il avait remanié une première fois son gouvernement afin de donner des gages aux marchés et à la droite, avant les négociations pour le nouveau processus constituant.

Le natif de Punta Arenas doit aussi composer avec une récession économique et une inflation due pour l’essentiel à des facteurs extérieurs. La composition hétéroclite de son cabinet l’oblige surtout à essayer de contenter tout le monde. Descendre la durée du temps de travail à 40 heures hebdomadaires mais aussi ferrailler avec le président péruvien à cause des migrants qui souhaitent traverser la frontière dans les deux sens. Un genre de grand écart difficile à tenir sur le long terme.

Dans les urnes, cinq options s’offrent donc aux Chiliens ce dimanche 7 mai, dont l’alliance chère au cœur du président en place, Unidad para Chile, qui réunit le Parti communiste, le Frente Amplio, le Parti socialiste et le FRVS (organisation écologiste). Histoire d’ajouter à la confusion ambiante, une seconde liste, Todo por Chile, comprend deux autres partis de gouvernement (le Parti pour la démocratie et le Parti radical) ainsi qu’un troisième qui n’a pas son rond de serviette au palais présidentiel de la Moneda, la Démocratie-chrétienne. Les conseillers du chef de l’Etat chilien observeront la place occupée par la première et le score cumulé des deux attelages, entendu qu’il leur faudra atteindre 21 conseillers minimum pour disposer d’un droit de veto parmi le concile appelé à écrire la nouvelle Magna Carta.

De l’autre côté du spectre, après un an de gouvernement Boric, l’heure pourrait être également à la recomposition. La droite traditionnelle, regroupée sous la bannière de Chile Seguro, se fait tailler des croupières par deux forces centrifuges, plus en phase avec le climat actuel du pays andin. Le Parti républicain de l’ex-candidat d’extrême droite à la présidentielle, José Antonio Kast, et une force politique marginale jusque-là qui prend de l’ampleur depuis deux ans, El Partido de la gente (PDG). Cette formation a «réussi à se constituer une base, composée pour l’essentiel de comptes Twitter et d’influenceurs, et s’est approprié un discours que le Frente Amplio assumait jusqu’alors : anti-parti, anti-élite, anti-privilèges. Le PDG parvient à représenter l’électorat qui ne s’était pas mobilisé pendant toutes ces années. Il est en phase avec un profil qui ne croit pas beaucoup aux solutions étatiques, mais plutôt à l’esprit d’entreprise. C’est une nouvelle droite», explique Sarah Baïz.

Même si l’ambiance générale semble présager d’une large victoire de la droite, dure, classique ou populiste, dimanche, la proposition de nouvelle Constitution restera quand même à valider en décembre lors d’un référendum. A voir combien les Chiliens sont versatiles depuis trois ans et demi, pas sûr que le texte soit approuvé. Certains à la Moneda planchent déjà, semble-t-il, sur ce scénario.

Au Chili, un processus constitutionnel en berne et des rêves progressistes envolés.

Après l’échec en 2022 du référendum sur une nouvelle Constitution, les Chiliens votent ce dimanche 7 mai pour relancer le processus. Face aux difficultés du quotidien, le scrutin repris en main par la classe politique suscite peu d’engouement.


CHILI PROPAGANDE ÉLECTORALE 
CANDIDATS COMMUNISTES AUX CONSEILLERS CONSTITUTIONNELS 2023
 
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Le dimanche 7 mai 2023 aura lieu l'élection de 50 citoyens et
citoyens qui discuteront et approuveront une proposition 
de texte pour une nouvelle constitution
FLYER PCCH

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AU CHILI, LES FÉMINISTES TENTENT TOUJOURS DE PESER DANS L'ÉCRITURE D'UNE NOUVELLE CONSTITUTION

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UN AGENT ÉLECTORAL PRÉPARE LE MATÉRIEL POUR L'ÉLECTION
DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL CHARGÉE DE RÉDIGER UNE N
OUVELLE CONSTITUTION, PRÉVUE DIMANCHE 7 MAI 2023. AP
Les Chiliens votent, dimanche 7 mai, pour élire cinquante conseillers qui seront chargés d’écrire une nouvelle Constitution afin de remplacer l’actuelle, mise en place sous la dictature Pinochet. Une deuxième tentative en trois ans après le rejet il y a huit mois d’une proposition écrite par une Convention.

Avec notre correspondante à Santiago, Naïla Derroisné

CHILE « DÍA D » 

Dans un café, Camila Miranda, les yeux creusés par la fatigue de la campagne électorale, fait sa pause déjeuner. Elle préside une fondation spécialisée en droits sociaux, et aujourd’hui candidate au poste de conseillère constitutionnelle pour un parti de gauche. Elle se dit aussi féministe. « Nous avons déjà commencé le travail pour avoir une Constitution dite "féministe". C’était lors du précédent processus avec la Convention constituante », souligne-t-elle.

► À lire aussi :   CHILI: FIN DE LA CAMPAGNE POUR L’ÉLECTION DES CONSEILLERS CONSTITUTIONNELS

 Raffaella Carrà

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Le mouvement féministe y était alors bien présent mais après l’échec de la Convention, ce sont les partis politiques qui ont repris la main, excluant toute autre forme d’organisation, ce que déplore Camila. « S’enfermer entre partis politiques, cela va mettre une distance avec la population, craint-elle. Ce n’est pas une Constitution pour les politiques mais pour le Chili ! » Lors du premier processus, beaucoup des candidats pour le Conseil constitutionnel chargé de rédiger une nouvelle proposition de Constitution étaient issus de la société civile et des mouvements sociaux. Cette fois, la majorité vient de partis politiques.

Droit à l'IVG

CHILE « DÍA D »

L’année dernière, les féministes avaient réussi à faire inscrire le droit à l’IVG dans la proposition de Constitution. Un combat que la candidate souhaite poursuivre malgré l’opposition de la droite et d’une partie de la société encore conservatrice. « Au minimum, nous voulons que les droits sexuels et reproductifs soient reconnus. Et dans le meilleur des cas, ce serait de pouvoir détailler davantage se qu’impliquent ces droits, notamment l’interruption volontaire de grossesse », explique-t-elle.

Si elle est élue Camila se battra aussi pour « une démocratie paritaire, la reconnaissance du travail domestique, une vie sans violences sexistes et une justice paritaire avec une perspective de genre ».


CHILI PROPAGANDE ÉLECTORALE 
CANDIDATS COMMUNISTES AUX CONSEILLERS CONSTITUTIONNELS 2023
 
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samedi, mai 06, 2023

« MON MAÎTRE AIMÉ », « CHÈRE PRINCESSE » : MARIE BONAPARTE, SIGMUND FREUD ET L’ORGASME IMPOSSIBLE

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MARIE BONAPARTE PRENANT EN PHOTO SIGMUND FREUD

1856 - 6 MAI - 2023

167ème anniversaire de la naissance de Sigmund Freud. 

La correspondance entre le fondateur de la psychanalyse et son introductrice en France paraît enfin, témoignant crûment des préoccupations sexuelles de la princesse, mais surtout d’une exceptionnelle amitié.

Par Elisabeth Roudinesco (Historienne et collaboratrice du « Monde des livres »)

Temps de Lecture 5 min.

« Correspondance intégrale. 1925-1939 », de Marie Bonaparte et Sigmund Freud, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, édité par Rémy Amouroux, Flammarion, 1 118 p., 42 €, numérique 29 €.
« CORRESPONDANCE
INTÉGRALE. 1925-1939 »

La publication de cette correspondance était attendue depuis longtemps par les historiens de la psychanalyse, curieux de connaître les détails de la cure et du rôle de Marie Bonaparte (1882-1962), cette femme si singulière, dont les lettres, alliées à celles de Freud, sont une œuvre à part entière. Tout au long de ces 885 lettres – 578 de Marie Bonaparte, en français d’abord, puis en allemand, 307 de Sigmund Freud (1856-1939), toutes en allemand, sauf rares exceptions –, on découvre enfin ce qu’a été l’amitié exceptionnelle entre l’arrière-petite-nièce de Napoléon, qui a joué un rôle central dans l’implantation de la psychanalyse en France, et le fondateur de la discipline. En 1925, quand elle le rencontre à Vienne, il est déjà atteint de son cancer de la mâchoire, qui lui fera souffrir le martyre jusqu’à sa mort, alors que le « monde d’hier » – le sien –, ­selon la formule de Stefan Zweig, est livré au chaos : montée du nazisme, du fascisme et du stalinisme, destruction de l’Europe centrale, berceau du freudisme.

► À lire aussi :  LES DERNIÈRES VOLONTÉS DE MARIE BONAPARTE

«LE MONDE D'HIER»

Fille de l’anthropologue Roland Bonaparte (1858-1924), Marie perd sa mère à sa naissance, laquelle lui laisse une fortune colossale. Elevée par sa grand-mère paternelle, véritable tyran domestique, elle ne parvient pas à réaliser son rêve de poursuivre des études de médecine. En 1907, elle épouse le prince Georges de Grèce, homosexuel et amant de son ­oncle Valdemar de Danemark. Devenue altesse royale, elle est ­hantée par la quête d’une noble cause et par le problème de sa frigidité, qui la pousse à entretenir de multiples relations sexuelles ou amoureuses : Aristide Briand, Raymond de Saussure et, plus tard, Bronislaw Malinowski ou Marcel Griaule, qu’elle projette d’accompagner en Afrique orientale pour rencontrer des femmes excisées.

C’est donc à l’âge de 43 ans qu’elle commence son analyse avec Freud. Déses­pérée, elle est convaincue que seule la chirurgie peut la guérir. Aussi vante-t-elle les mérites d’une opération alors en vogue, pratiquée par le chirurgien viennois Josef von Halban, consistant à rapprocher le clitoris du vagin pour transférer l’orgasme de la zone clitoridienne vers la zone vaginale.

Une magnifique relation

Au fil des lettres et des rencontres, une magnifique relation se tisse entre Freud et cette princesse hors du commun, à la fois transgressive et conservatrice, l’un contraint à des amputations buccales, l’autre s’adonnant à des chirurgies inutiles. En 1926, elle fonde, avec René Laforgue, Edouard Pichon et bien d’autres, la Société psychanalytique de Paris (SPP), met en chantier, d’une manière magnifique, la traduction des œuvres du maître, organise le mouvement avec autorité, consacre sa fortune à la cause psychanalytique et entre dans le cercle étroit de la famille et des disciples. Cet engagement donne un sens à sa vie et l’éloigne du suicide. Elle l’appelle « Mon maître aimé », « Mon père ». Il lui répond : « Ma chère Mimi », « Chère Princesse », « Ma chère Marie».

L’analyse se déroule par tranches, soit à Vienne, soit dans les échanges épistolaires. Elle adopte la thèse selon laquelle le clitoris serait un petit pénis qui empêcherait la femme d’accéder à la vraie jouissance, forcément vaginale. Freud n’allait pas jusque-là, même s’il pensait que le clitoris était un équivalent féminin de l’organe pénien. À chaque page, elle parle de sa vie d’altesse, qui l’ennuie et la fascine à la fois, de ses terribles difficultés avec ses enfants, Eugénie et Pierre, de ses livres (notamment sa belle biographie d’Edgar Poe), de leurs goûts littéraires, de sa passion pour les criminels auxquels elle rend visite dans les prisons, de sa ren­contre avec Louis-Ferdinand Céline ou de ses chiens adorés, dont elle observe les ébats sexuels.

Surtout, elle lui confie les détails les plus crus de son intimité et ne cesse, au nom de la science et sans la moindre vulgarité, de décrire ses expériences : coït, pénétration, masturbation, mensuration des organes génitaux. Aussi transforme-t-elle la théorie freudienne de la sexualité en une sorte de bataille sauvage avec son corps. Elle imagine même une nuit incestueuse avec son fils. Tantôt elle se regarde comme une femme atteinte d’un syndrome de virilité, tantôt elle se voit comme un homme incapable de vraie ­féminité. Et, parfois, elle reproche à Freud de ne pas être assez favorable à l’égalité entre les sexes. Il rétorque qu’il ne lui conteste aucun droit mais qu’elle revendique des liaisons que pourtant elle réprouve. Quand elle se livre au bistouri de Halban, elle cède aux avances de celui-ci : il veut « essayer » le nouveau ­vagin. Horrifié, Freud lui reproche ­vertement un « acte immoral » et un « crime de lèse-science ».

Soucieux de l’empêcher de céder à ses pulsions, Freud l’encourage à travailler tout en modifiant sa propre position sur la sexualité des femmes. Elle l’écoute et le remercie mais ne cessera jamais d’être obsédée par ces questions et subira encore plusieurs opérations. En 1941, elle ira en Egypte pour rencontrer le gynécologue Naguib Pacha Mahfouz, qui lui expliquera la technique de l’excision chez les femmes musul­manes ; elle prendra en analyse certaines d’entre elles.

L’histoire de la belle-sœur

En juin 1927, elle raconte à Freud l’histoire de sa belle-sœur par ­alliance, Alice von Battenberg, mère du prince Philip, qui épousera la future reine Elisabeth II. Alice lui fait le récit d’un rêve érotique avec un âne affublé d’un immense pénis. Intriguée, Marie lui propose de la « mesurer » puis, à l’aide de son doigt et sans toucher à son clitoris, elle provoque un orgasme vaginal complet. Elle en déduit alors qu’on peut se passer du clitoris quand celui-ci est très proche du vagin. Freud ne répond pas. Par la suite, Alice sera hospitalisée pour un délire mystique. Freud avait déclaré que cette folie religieuse était la ­dernière possibilité pour elle « d’accéder à un ­pénis »­. Convertie à l’orthodoxie, Alice von Battenberg retournera à Athènes, sauvera des juifs de la déportation, obtiendra le titre de « Juste parmi les nations », et fondera une communauté monastique avant de passer les dernières années de sa vie auprès de son fils, au palais de Buckingham.

Quant à Marie Bonaparte, elle déclare, à propos de ces « frictions vaginales », que les femmes comme elle sont aussi « mal loties pour l’accouplement que les hommes tendant au type féminin ». Et elle ajoute : «Voilà enfin une lettre dans laquelle je m’extrais un peu de mon narcissisme ! »

En 1938, avec Ernest Jones et William Bullitt, elle organise l’exil de Freud et des siens à Londres. Dans sa dernière lettre, boule­versante, rédigée le 23 septembre 1939, elle lui parle encore de ses enfants, de la guerre, de son cancer, de ses souffrances. Elle ne l’enverra jamais. À l’aube du 24, elle apprend par la BBC la mort de son « père aimé ». Princesse freudienne, Marie Bonaparte était une épistolière de génie qui a fait de sa vie une œuvre, révélant un Freud d’une subtilité éblouissante. À cet égard, cette correspondance est un morceau d’anthologie digne de figurer dans la grande histoire des femmes.

Lire un extrait [fichier PDF] sur le site des éditions Flammarion.

REPÈRES

6 mai 1856 Sigmund Freud naît à Freiberg, dans l’empire d’Autriche (aujourd’hui Pribor, en République tchèque).

2 juillet 1882 La princesse ­Marie Bonaparte naît à Saint-Cloud (Seine-et-Oise).

1907 Par son mariage avec ­Georges de Grèce, elle devient princesse de Grèce et de Danemark.

1920 Elle publie Guerres militaires et guerres sociales. Méditations (Flammarion).

30 septembre 1925 Sigmund Freud la reçoit à Vienne. Ils commencent une cure psychanalytique qui durera ­jusqu’en 1938, par épisodes.

1926 Marie Bonaparte participe à la fondation de la Société ­psychanalytique de Paris.

1927 Parution du premier ­numéro de la Revue française de psychanalyse, qu’elle soutient financièrement et à laquelle elle contribue régulièrement. Elle traduit Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci, de Freud, première d’une longue série de traductions.

1933 Elle publie Edgar Poe, sa vie, son œuvre. Etude psychanalytique (Denoël et Steele).

23 septembre 1939 Sigmund Freud meurt à Londres.

1951 Marie Bonaparte publie De la sexualité de la femme (PUF).

1952 Chronos, Eros et Thanatos (Imago Publishing) ; Introduction à la théorie des instincts et prophylaxie infantile des névroses (PUF) ; Psychanalyse et biologie (PUF) ; Psychanalyse et anthropologie (PUF).

1958 Parution des mémoires de Marie Bonaparte, A la mémoire des disparus, en deux tomes : ­Derrière les vitres closes et L’Appel des sèves (PUF).

21 septembre 1962 Marie ­Bonaparte meurt à Gassin (Var).

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IL A VRAIMENT FAIT ÇA, FREUD ?
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