jeudi, avril 15, 2021

ARELIS URIBE , « LES BÂTARDES » PARAÎT AUX ÉD. QUIDAM

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PARUTION « LES BÂTARDES »

Arelis Uribe donne la parole à celles que la société de son pays ne veut ni voir ni entendre, qui survivent en dépit de tout.

L'Humanité

ARELIS URIBE

La romancière chilienne attire l’attention sur des figures féminines sciemment effacées : écolières, adolescentes, filles mères, femmes des classes moyennes populaires et pauvres des bas quartiers de Santiago, bloquées dans des cases au toit en tôle à la périphérie, ou carrément en marge. Elle prête vie, avec des mots simples, à ces déclassées, discriminées, métisses, précaires. Elle restitue des tranches d’existence, des concentrés d’instants où elle leur donne la parole, au fil d’un vivant pêle-mêle d’êtres et de choses.

En des lieux aux rues anonymes, c’est l’amitié saphique entre deux jeunes filles de milieux différents, les relations virtuelles via Internet à connexion lente, les collèges publics sous-équipés aux « ordinateurs gros comme des fours à micro-ondes » ou le désœuvrement d’une gamine qui collectionne les canettes dénichées dans les poubelles des supermarchés. On boit du rhum-orange dans des gobelets en plastique, on aime les « vêtements noirs décolorés au chlore », on se caresse « comme des désespérées » et on se gave de séries télévisées. Le journal intime des fillettes devient « le carnet de bord de leurs progrès amoureux ».

Des parents fauchés achètent une piscine en plastique minuscule, pour des vacances sans bains de mer. Il n’y a pas d’amour fleur bleue, devant un type qui envoie des photos de son sexe via son portable. L’anniversaire d’un jeune de 18 ans tombe le jour des 18 ans du Non (référendum du 5 octobre 1988 où les Chiliens repoussèrent massivement la dictature de Pinochet)…

Quiltras sans race ni classe

Arelis Uribe, journaliste, directrice de communication à l’Observatoire contre le harcèlement de rue, brosse les portraits de femmes invisibles, non politisées, en instance de conscience féministe. Écriture maigre, phrases courtes, incisives. La Chilienne adopte un point de vue féminin décentré, économiquement faible, en un pays où les auteurs sont d’abord des hommes œuvrant à partir d’une « culture androcentriste que l’on n’interroge pas ».

Le titre original, ​​​​​​​ Quiltras, signifie bâtardes mais va plus loin. « Les cuicos (Blancs des classes aisées) connaissent parfaitement leurs origines, contrairement aux quiltras », écrit-elle. En mapudungun (langue amérindienne parlée par les Indiens mapuches du Chili et d’Argentine), quiltro veut dire chien, « mais comme au Chili les indigènes sont méprisés, le terme signifie aujourd’hui chien sans race, sans classe et tout ce qui est mélangé ».

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